‹ Traité de médecine légaleChapitre 24 sur 167 · C1IAF. XV. — MERCURE , SUBLIME CORROSIF · texte numérisé non relu

C1IAF. XV. — MERCURE , SUBLIME CORROSIF

Toutes les préparations mercurielles sont vénéneuses , excepté le métal coulant, que l’on a pu avaler impunément à trcs-l'orte dose. Parle métal coulant, nous n’entendons pas les préparations dans lesquelles il est divisé dans la graisse ou les onguents : il n’est pas certain que là il n’ait pas subi un commencement d’oxydation. On sait d’ailleurs que celui-là occasionne des .effets qui, renfermés dans de justes limitifs , sont curatifs de plusieurs maladies, mais qui, poussés trop loin, pourraient être dangereux. La plus délétère des préparations de mercure est le deuto -chlorure ou sublimé corrosif.

C’est une substance solide , cristalline , blanche et très-pesante. L’ancienne distinction qu’on établissait entre elle et le mercure doux était fondée sur ce que celui-ci avait deux faces, une raboteuse et l’autre lisse. La surface lisse n’était pas autre chose que la trace des parois du matras, [contre lequel le mercure doux avait été sublimé. Le deuto-chlorure sublimé peut offrir les mêmes caractères , et plusieurs fragments de calomélas peuvent les avoir perdus. La saveur du deutochlorure est métallique et styptique. Entrons dans l’examen de ses caractères chimiques: 1° Frotte pendant quelque temps sur une lame de cuivre bien propre , le sublimé y forme une couche grise qui finit par blanchir comme de l’argent, surtout si l’on y ajoute un peu d’acide nitrique ou de chlore. Cette couche est composée de proto-chlorure et de mercure métallique qui s’est allie au cuivre. Le sel mercuriel a donc été en grande partie décomposé. 2° Introduisez dans un tube un peu de sublimé corrosif et de potasse ou de soude , ou bien du carbonate de ces alcalis. On se servira avec encore plus d’avantage du flux noir : c’est le mélange de charbon et de potasse qui résulte de la combustion de la crème de tartre. Chauffez ce mélange de flux noir et de sublimé, vous verrez en peu de temps le mercure métallique se revivifier, et miroiter les parois du tube. Quand on opère sur de très-petites quantités, il faut s’assurer que le tube est très-propre : pour eelà , on commence par le doubler d un cylindre de papier qu’on y introduit sur une baguette en guise de mandrin ; dans le creux de ce cylindre de papier, on coule la poudre de flux et de sublimé : cela empêche qu’elle ne dépose sur les

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parois du tube ; du même coup, on a essuyé l’humidité que le tube pouvait contenir, et qui pourrait le faire casser dans l’opération ; une fois la poudre introduite, on chauffe à la lampe d’émail'eur l’extrémité ouverte du tube que l’on effile sans la fermer. Alors, on chauffe à la lampe à esprit-de-vin le mélange : le sublimé cède le chlore au potassium; le mercure mis à nu s’est volatilisé et s’est condensé sur les parois du vase. — La composition double du sublimé impose le devoir de chercher ses deux facteurs. Venons au chlore, après avoir donné ses caractères comme mercure. La solution de sublimé, traitée par le nitrate chargent, forme un précipité lourd, blanc, cailleboté, insoluble dans l’acide nitrique, soluble dans l’ammoniaque : c’est du chlorure d’argent. Ici nous devons faire une observation importante : souvent cette expérience manqué. Le précipité n’est nullement soluble dans l'ammoniaque.

Pour l’obtenir soluble, il faut, au lieu de verser un peu de nitrate d’argent sur une certaine quantité de solution de sublimé, il faut au contraire prendre une assez grande quantité de nitrate et instiller dessus quelques gouttes de solution de sublimé. Lorsqu’on a procédé autrement, l’excès de deuto-chlorure mercuriel quand on y mele de l’ammoniaque sature cet alcali et il se forme un deutochlornre double d’ammoniaque et de mercure ; c’est lui qui trouble la liqueur , car le deuto-chlorure d’argent est dissous réellement dans l’ammoniaque. Ce sel double est soluble dans l’acide nitrique.

Occupons-nous maintenant des caractères du sublimé dissous dans 1 eau. Si l’on verse une goutte de ectte dissolution sur une lame de cuivre bien décapée, il se forme une tache grise qui est du proto-chlorure de mercure. Si on frotte cette tache avec un papier, elle prend le blanc brillant de l’argent : c’cst du mercure métallique. Cette couche mercurielle doit se volatiliser et disparaître en chauffant la plaque de cuivre. Voilà qui atteste la présence du mercure. — Cherchons maintenant la présence de l’acide bydrocbloriquc. Pour cela on peut avoir recours au nitrate d’argent, avec les réserves que nous avons laites plus haut.

Les auteurs conseillent beaucoup d autres réactifs qu’il est bon de connaître , quoique ceux que nous avons donnés soient suffisants pour le médecin-1 existe. Mais l’on peut être appelé à jugci le travail d’autrui dans une consultation me-f

mercure , sublimé corrosip.'

dico-légale , et dans ce cas il faut savoir le degré (le confiance que méritent les réactifs qui auront été employés. 1° Par la potasse, la solution de sublimé précipite en jaune-rougeâtre, si la potasse est faible; si elle est plus forte ou plus abondante, le précipité est jaune-serin : dans le premier cas, il s’est formé un sel double de potasse et de mercure ; dans le second, il s’est précipité du deutoxyde mercuriel. 2° Le sous-carbonate de potasse précipite le sublimé en rouge-brique.

Ici encore il s’est formé un deuto-chlorure double. 3° Par l’eau de chaux , on a , comme par la potasse , d’abord un sel double, puis un oxyde mercuriel -, toutefois l’eau de chaux étant moins riche en alcali que la solution de potasse, il faut employer beaucoup plus de liqueur pour produire des effets analogues. 4° L’hydrocyanate ferruré de potasse fait un précipité blanc si le deuto-chlorure mercucuriel est entièrement exempt de fer.

5° L’ammoniaque forme un précipité blanc qui est un deuto-chlorure ammo-

llydrocyanate ferruré de potasse. .

Eau de chaux

Potasse et son sous-carbonate. . .

Ilydriodate de potasse

Uydrosulfate d’ammoniaque . . . .

Ammoniaque

Acide hydrosulfurique

Proto-chlorure d’étain

niacal et un ammoniure de mercure.

G0 L’hydriotate de potasse détermine un précipité d’abord jaune, puis couleur de chair, puis carmin ; mais il disparaît par excès de l’une ou de l’autre liqueur , ce qui le rend fugace et l’empêche souvent (le paraître. 7° L’hydrosulfatc (l’ammoniaque et l’acide hydrosulfurique forment un précipité brun-noir qui est un sulfure noir, de mercure. 8° Le protochlorure cl’étain récemment préparé précipite le sublimé en gris, qui devient noirâtre. Quand le proto-chlorure d’étain est un peu ancien, il est devenu deutochlorure , et il forme alors un précipité blanc. Ainsi, l’étain enlève au sublimé tantôt partie , tantôt la totalité de son chlore ; le précipité est un mélange de calomélas et de mercure métallique trèsdivisé. Nous allons dresser un tableau de la sensibilité de ces différents réactifs. Le chiffre qui est à côté des noms indique le nombre de parties d’eau dans lesquelles le réactif peut signaler la présence d’une partie de sublimé.

Couleur des précipités.

blanc.

rouge-brique, jaune, jaune-rougeâtre ou jaune-serin , rouge-brique, jaune, chair, carmin, brun-noir, blanc, brun -noir.

gris noirâtre, et si le proto-chlorure est ancien, blanc.

Ce dernier réactif, qui est, comme on voit, très-propre k signaler les moindres parcelles de sublimé, offre cependant une chance de confusion : il se décompose quand on le mêle à l’eau simple et lorme un précipité. Conséquemment on ne serait pas certain si un précipité formé proviendrait de l’eau ou du sublimé qu’elle tiendrait en dissolution.

On empêche ce doute en mêlant préalablement au liquide qu’on veut examiner quelques gouttes d’acide hydrochlorique : ce moyen empêche la décomposimn par l’eau du deuto-chlorure d’étain.

, r0ls procédés ont été conseillés pour retrouver le sublimé corrosif étendu ( une giandc quantité d’eau. Le premier consiste a traiter ce liquide par l’éther. On met la dissolution de sublimé dans iinehole à médecine ; on verse par-dessus éther, qui forme une couche visible. On agile doucement et lentement pendant

plusieurs minutes. Puis on verse le liquide dans un entonnoir : l’eau gagne le lond ; on la laisse échapper et l’on ne garde que l’éther. On évapore celui-ci ; le sublimé se précipite , on le reprend par l’eau distillée et on l’expérimente par les réactifs que nous avons déjà indiqués.

M. Orfila insinue que l’éther reprend tout le sublimé dissous dans l’eau; il paraît, d’après des expériences de Wcnzel , de Henry et de Devcrgie, que cette assertion n’est pas tout-à-fait exacte Passons au second procédé. Smilhson a inventé une petite pile voltaïque composée (l un ruban d’étain auquel est collée une feuille d’or. On tourne ce ruban en spirale, on le relie par un fil et on le plonge dans la liqueur à examiner, en y ajoutant une goutte d’acide hydrocldorlque. On laisse la pile séjourner un ou deux jours; au bout de ce temps, quelquefois bien avant qu’il soit passé, lu

lame d’or a changé de couleur. On retir la pile, on la déplie, on la sèche entre deux feuilles de papier Joseph, on la frotte : une couche blanche recouvre les lames d’or. Pour être certain que cette couche blanc-métallique est du mercure, il faut introduire la pile au fond d’un tube, affiler le bout libre à la lampe, puis chauffer le bout fermé jusqu’à ce que le mercure qui était fixé sur l’or s’en soit détaché, et ait étamé l’intérieur du tube. Obtenir le mercure séparé et à l’état métallique est indispensable, pour être certain qu’on avait à faire à un sel mercuriel, car la lame d’or de la pile de Smithson blanchit lorsqu’on la plonge dans de l’eau saturée de sel marin , ou aiguisée d’acide hydro chlorique. En résumé la pile employée comme nous le conseillons est aussi bonne pour retrouver de petites portions de sublimé que le proto-chlorure d’étain. Mais elle n’agit que dans certaines limites, et si la liqueur était trop abondante et la proportion de sublimé trop petite , l’inaction de la pile ne devrait pas faire décider que le sublimé manque tout-à-fait : ceci nous amène au troisième et dernier procédé.

On a conseillé de faire évaporer l’eau.

On peut le faire sans crainte de perdre le sublimé par l’évaporation. On a beau faire bouillir vite , lentement , au bain marie , au bain de sable, à feu nu , le sublimé reste toujours dans le marc du liquide. Quand il est concentré, on l’essaye par la pile de Smithson. Cet instrument peutfaire retrouver un quatre-vingt millième de sublimé.

Le sublimé en contact avec les liquides végétauxou animaux se décompose le plus souvent et passe à l’état de calomélas.

Cette décomposition alieuencoreplus sûrement lorsque le sublimé demeure quelque temps en contact avec des matières animales solides. Mais, quelle que soit la décomposition que les sels mercuriels subissent dans l’estomac, jamais ils ne peuvent y revivifier du mercure coulant, et si l’on y rencontre du métal en cet élat , il faut conclure, ou que le malade avait pris en guise de contre-poison la limaille de fer ou de quelque autre métal capable de revivifier le mercure , ou bien qu’il avait avalé de l’onguent mercuriel mal fait ou même du mercure liquide. Parmi les liquides végétaux, il en est quelquesuns tels que l’eau-de-vie, le vinaigre et l’éther, qui ne subissent aucun changement quand on y mêle du sublimé. La plupart des autres sont modifiés, les uns

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immédiatement, les autres un peu plus lard. Ainsi, le vin ne change pas d’abord, mais au bout de quelques heures , d’un jour ou de deux jours, il est décoloré et présente un dépôt. L’eau sucrée résiste jusqu’à trois mois. Le cidre, la bière, le thé, l’infusion de quinquina, déposent soudain, le thé en jaune-vert, le quinquina en blanc-rougeâtre. Christison a observé que si on sépare par un filtre ce premier dépôt, l’action du sublimé continue sur le liquide incolore qui a passé, et un nouveau dépôt s’y est formé le lendemain. Cet effet est plus prompt et plus complet sur l’imfusion de thé que sur celle de quinquina. Le gluten décompose aussi le sublimé fort rapidement, et Thaddé à constaté que cette décomposition était complète si on mêlait quatre parties de gluten à une partie de sublimé. Boullay a prouvé que les extraits aqueux végétaux le décomposaient aussi. Passons aux liquides animaux. Le lait n’éprouve aucun changement. Bertholet fit remarquer le premier que l’albumine décomposait le sublimé. La fibrine le décompose aussi ; la gélatine à moins d’effet. Le premier effet du sublimé sur les matières animales qu’il décompose est de les convertir en une matière blanche nacrée , filante. Peu à peu cette couleur passe au gris, et la consistance de la matière animale augmente au point qu’elle se racornit. Enfin elle finit par se recouvrir d’une couche de calomélas. C'est là ce qui se passe dans les pièces anatomiques qu’on conserve dans une solution de sublimé ; elles acquièrent avec le temps une teinte gris-noixâtre. Pour découvrir le sublimé dans les liqueurs végétales , dans le vin par exemple , il faut le décolorer par le cliai’boix. M. Orfila a conseillé d’y faire passer un courant de chlore qui enlève la matière végétale. Le liquide, réduità l’état incolore, peut alors être expérimenté par la pile de .Smithson. Nous avons déjà dit qu’il était toujours indispensable d’obtenir ensuite le mei-cure à l’état de globules. On peut se servir du même procédé quand on a à chercher le sublimé dans des liqueurs animales : le chlore les décolore, et de plus il fait passer le calomélas à l’état de dcuto-chlorure. Lorsque la matière est incorporée dans les tissus, la mort peut être arrivée avant que le changement du sublimé en calomélas soit complet. Après la mort , cette altération peut se faire lentement. MM. Orfila et Lcsucur ont retrouvé le sublimé dans un estomac,

offrant encore les caractères de sublimé après deux et trois mois d’ensevelissement. Alors, on rencontre des plaques grises , desquelles il est aisé de détacher la matière et de l’expérimenter. Si la décomposition est plus avancée, il y a quatre procédés proposés. Le premier, qui était le seul en usage jusqu’en 1825, consiste à mêler de la potasse, à la matière animale, à évaporera siccité, puis à introduire ce résidu dans une cornue garnie d’un récipient. On chauffe la cornue jusqu’au rouge. Sans l’addition de la potasse, le calomélas, qui est volatil , serait passé à la distillation , mais la potasse l’a retenu et a facilité la réduction du métal : c’est du mercure à l’état métallique qui a passé et qui s’est collé le long du bec de la cornue avec de l’huile empyreumatique. Maintenant, il faut détacher cette huile au moyen de l’huile de térébenthine, puis on ajoute de l’eau; on décante, et l’on trouve au fond les globules mercuriels qu’on essaie sur une lame d’or. Disons, avant de parler des autrcsinconvénicnts de ce procédé, que lorsqu’on distille des matières végétales, l’huile empyreumatique qu’elles produisent se dissout fort difficilement par l’huile de térébenthine. Ensuite, il faut, pour que cette dissolution s’opère même pour les matières animales , se servir d’une huile de térébenthine, extrêmement rectifiée, qu’il n’est pas toujours aisé de se procurer. Autre embarras , les bulles de graisse ou d’air mêlées à l’huile empyreumatique ou à celle de térébenthine, quand elles sont petites, peuvent

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