‹ Traité de médecine légaleChapitre 41 sur 167 · ASPHYXIE PAU SUSPENSION OU STRANGULATION · texte numérisé non relu

ASPHYXIE PAU SUSPENSION OU STRANGULATION

y a aussi des pays où les bourreaux impriment au tronc un mouvement de rotation, pendant que la tête est fixée; d’autres où, le genou appliqué sur la nuque, l’exécuteur tire fortement à lui la tête jusqu’à ce qu’il ait entendu un claquement intérieur. Dans toutes ces circonstances, il y a rupture de ligaments, qui assujétissent les vertèbres cervicales entr’elles. La tête peut être luxée sur le cou latéralement, antérieurement ou postérieurement. Il y a donc quatre morts différentes dans la pendaison , l’asphyxie, la congestion cérébrale, le mélange de ces deux-là, et enfin la compression ou déchirure de la moelle épinière. Cependant, à l’exemple de M. Fodcré , M. Orfila n’en veut reconnaître que deux espèces, l’asphyxie et la lésion de la moelle. Celte dichotomie , qui est insuffisante quand on examine les parties internes , est soutenable relativement à l’appareil des symptômes extérieurs. En effet, on voit des pendus qui souffrent très-peu, qui même éprouvent un sentiment de somnolence qui n’est pas exempt de plaisir, puis qui voient des étincelles bleues, qui ressentent ensuite l’engourdissement des facultés et enfin perdent connaissance. C’est ce que rapportent Bacon de cet homme de sa connaissance, qui avait voulu faireune épreuve sur lui-même ; Morgagni, d’un hommequifutressuscitéaprès avoir été manqué par le bourreau ; Fodéré, de quelques individus que dans les premiers troubles révolutionnaires, les Marseillais avaient attachés à la corde des lanternes ; des observateurs de Paris, l’ont vu chez des malheureux qui dans cette ville avaient été victimes de la fureur populaire, et qui avaient été décrochés à temps. Enfin il paraît indubitable que quelques libertins ont cherché même dans la pendaison, des jouissances que leurs sens blasés leur refusaient dans l’é— lat ordinaire. Ce premier groupe de symptômes se rapporte à l’asphyxie par privation d’air. En voici un autre qui ressort évidemment de la compression de la moelle, convulsion des muscles de la face, saillie et distorsion horrible des yeux, que Ziacchias appelle eepiesme , et que Jirisloplic Burgmann a décrit avec soin ; convulsion des membres, poignets le; mes avec une telle violence que les ongles entrent dans le derme auquel ils correspondent dans la paume de la main. JViais, nofons-lc bien , ces symptômes n’on t jamais été observés que chez les suppliciés par la main du bourreau. Et il ne

suffit pas que l’exécuteur leur ait passé le nœud au cou, et les ait laissé couler doucement, comme dans le cas déjà emprunté a Morgagni ; il faut qu’il leur ait sauté sur les épaules ou exercé des tractions ou des torsions sur les pieds. Dans ces derniers temps, et à l’occasion de la mort du prince de Condé , on s’est beaucoup occupé de la position des pendus , pour induire de cette position les présomptions d’homicide ou de suicide. On était assez généralement porté à croire qu’il fallait que le corps fut suspendu dans toute sa longueur, et pesât sur la corde de tout son poids. Mais un mémoire de M. Marc a clairement démontré qu’un poids bien inférieur à celui de la totalité du corps suffisait pour étreindre le cou, de façon à causer l’asphyxie et la mort. Le prince de Condé, pendu à l’espagnolette d’une fenêtre, touchait au parquet du bout des pieds; mais plusieurs individus dont le suicide n’a jamais été contesté, ont été trouvés pendus les genoux touchant à terre comme, Louis en avait déjà rapporté un exemple ; d’autres avaient écarté leurs jambes en branche de compas. Un jardinier d’Arpajon, enfermé dans le violon d’un corps-de-garde, se pend aux barreaux d’une fenêtre qui n’était qu’à trois pieds et demi du sol* et pour que son cou tire sur la cravatte qui lui sert de lien, il est obligé de s’accroupir, les cuisses fléchies sur le bassin, par conséquent touchant le sol des pieds et presque du siège. Enfin une femme se pend aux Madelonettes à un des pieds de son lit, qui était bien moins haut que la fenêtre du violon , et pour étreindre le lien qu’elle s’est passé au cou, elle glisse son corps dans toute sa longueur sur le carreau le long du lit. Les descriptions du mémoire de M. Marc sont aidées par des dessins d’un médecin des prisons nommé M. Jaequemain. M. Marc aurait pu citer aussi l’exemple encore plus singulier de malades qui se sont pendus assis dans leur lit, en se passant au cou La corde qui leur sert à se relever sur leur séant.— -Lorsqu’on est appelé pour faire l’autopsie d’un pendu, on constate d’abord l’état de la face. Elle peut être injectée et rouge, si le lien comprime circu- Jaircment, et surtout, comme le remarque M. Esquirol, s’il est resté appliqué quelque temps après l’évanouissement et la mort. Si le lien n’a comprimé que la partie antérieure du cou, la face est pâle La saillie des yeux, notée par les auteurs,' se rapporte, comme nous l’avons dit, à des

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suppliciés qui avaient souffert beaucoup; il en est de même delà langue, rouge, saillante et mordue. Par rapport à la position de la langue, Belloc a remarqué que si le lien passait au-dessus du cartilage steniforme ou thyroïde, la langue ne sortait pas parce qu’elle était poussée en arrière par la compression de l’hyoïde.

Au contraire, si le lien passe sur le cartilage cricoïde, la langue fait saillie au dehors. M. Devergie, ayant essayé sur plusieurs cadavres l’effet d’un lien appliqué immédiatement sur l’hyoïde et même audessus, a vu la langue faire saillie ; ce qui est contradictoire avec l’assertion de Belloc, (fui, à la vérité, parle de ce qui se passe chez le vivant. M. Deslancles a fait une série d’expériences qui tendent à prouver que sur le thyroïde le lien produit peu de saillie, qu’au-dessous il en produit beaucoup, et qu’au-dessus il ne la produit pas. La sortie de la langue chez un individu vivant, est un phénomène nerveux, et par conséquent variable. La circonstance de la langue mordue ou au moins placée entre les dents, est assez fréquente. Quand on examine le cou, il faut d’abord considérer la nature du lien, et bien s’assurer que les sillons tracés par ce lien lui correspondent par la largeur, la profondeur, etc. Si on trouvait un sillon d’une dimension qui ne s’accordât pas avec celle du lien, ce serait la preuve d’une violence étrangère , d’un homicide antérieur à la suspension.

Il faut aussi constater si le lien occupe le dessus ou le dessous du larynx ; dans le suicide il est presque toujours au-dessus. L’aspect des sillons est variable suivant le moment où on les examine. Quelques instants après l’application et la * mort, il y a peu d’altération visible à l’extérieur de la peau ; quinze ou vingt heures après, les endroits où les parties molles sont moins abondantes prennent une teinte rousse, sèche etparcheminée. Dans le premier cas les fluides n’ont pas été refoulés , un peu plus tard ce refoulement à lieu, et de plus l’évaporation à eu lieu au dehors. Mais celte évaporation est bien plus prompte si les liens sont enlevés ; c’est alors surtout que l’aspect parcheminé se prononce, et beaucoup plus aux endroits où la peau a pu être comprimée sur un point d’appui solide.

La profondeur du sillon est variable selon la force de la compression ; elle est toujours plus considérable devant que derrière. Les lèvres du sillon sont violacées ou rouges. Cçtte couleur provient

du sang encore contenu dans les vaisseaux. Il ne faut pas la confondre avec l’ecchymose. Elle est plus manifeste chez l’individu quia été pendu vivant, mais on peut la produire en étreignant le cou d’un individu. Au-dessous de la peau , le tissu cellulaire offre un état particulier que M. Esquirol a le premier bien fait connaître. Au sillon extérieur, correspond une lame argentine, formée par les mailles du tissu cellulaire appliquées. La rupture des vésicules adipeuses a vidé de graisse ces cellulles comprimées.

Mais pour trouver ce sillon argentin, il faut disséquer le cou peu de temps après la mort. Si on donne aux liquides le temps de s’évaporer, le sillon n’est plus nacré, il est sec. Au-dessus et au-dessous de la lame argentine ou nacrée , on rencontre parfois des ecchymoses. Elles sont plus fréquentes dans la strangulation violente, par conséquent plus dans l’homicide que dans le suicide par suspension. Autrefois, on regardait l’ecchymose comme un symptôme obligé ; c’était la préocupation de ce qu’on avait remarqué chez les suppliciés. Depuis, le respect de l’ancienne croyance a fait prendre pour des ecchymoses, la rougeur que la peau présente souvent au-dessus et au-dessous du sillon. Un médecin allemand, Fleichmann prétend que dans quatre-vingt-dix cas de pendaison, on a presque toujours trouvé des ecchymoses ; mais Fleichmann n’a pas observé lui-même tous les cas; et les gens qui les avaient recueillis pour lui, y avaient missi peu d’attention, qu’ilsn’ont pas noté à quel endroit se trouvait placé le lien. Il faut savoir aussi que la ligne bleuâtre non ecchymosée se produit chez le cadavre aussi bien que sur le vivant. Du reste, Fleichmann expliquait par la mort prompte, par l’apoplexie, l’absence de l’ecchymose dans les cas selon lui rares. Pour que l’ecchymose eût le temps de se faire, il fallait la lenteur de la mort par asphyxie. La ligne argentine se retrouve sur quelques muscles , d’abord sur les deux sterno-mastoïdiensen avant, en arrière sur les splenius et les cornplexus, quand la compression a été circulaire. On peut retrouver des ecchymoses dans la propre substance des muscles, dans le cas où une grande violence a été exercée, par conséquent dans le cas de suicide. Il faut aussi examiner l’intérieur de l’artère carotide, pour y chercher une lésion observée par M.

Amussat. D’abord on trouve parfois le tissu cellulaire qui avoisine cette artère

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