ASPHYXIE PAR SUSPENSION OU STRANGULATION
eccliymosée. Puis, en fendant l’artère de bas en haut, on trouve non loin de la bifurcation en carotide externe et interne, une section de la tunique intérieure, le fragment inférieur est adhérent, mais le supérieur est relevé et isolé. Les lèvres de la section sont à peine sanguinolentes. Cette lésion, qu’il ne faut pas confondre avec l’éperon membraneux qui existe à la bifurcation , s’observe à quelques lignes au-dessous de cette division du tronc artériel en deux branches. On ne l’a observé jusqu’ici que deux fois, une sur le pendu que M. Amussat disséqua à Versailles , l’autre sur celui que M. Devergie disséqua à Vincennes. Elle est précieuse, parce qu’elle est une preuve irrécusable de la vie ; jamais on n’a pu la reproduire en étreignant le cou des cadavres. A part la précaution que nous avons recommandée relativement à la bifurcation artérielle, il faut avoir le soin de ne pas se servir de pince en disséquant le vaisseau. La moindre compression avec cet instrument déchire la membrane interne. Au larynx , il est rare que l’on trouve des ruptures des cartilages ou de l’os hyoïde, surtout dans le cas de suicide. Dans les autres cas on a rencontré parfois des fractures de l’os hyoïde, et la déchirure des ligaments qui unissent cet os au cartilage thyroïde. Ces complications peuvent arriver plus aisément dans le cas où le lien porte des nœuds à la partie qui correspond au larynx. Une fois on a trouvé aussi une déchirure de la veine cave supérieure. A la partie postérieure du cou, il n’y a presque jamais de désordre dans le cas de suicide. Cependant on a trouvé du sang épanché dans la couche profonde des muscles. Les cas rapportés où les trois premières vertèbres étaient écartées, leurs ligaments rompus, le ligament transverse de l’atlas distendu, sont des cas exceptionnels (cas d’Ausaux, femme très-forte, pendue dans un grenier en s’élançant d’un tabouret), et dans lesquels la cause de la mort était douteuse. La rupture des ligaments odontoïdiens , le passage de l’apophyse odontoïde dans la cavité de l’atîas, la rupture des ligaments apopbysaires, la déchirure ou compression de la moelle, n’ont pu se rencontrer que chez des individus suppliciés par la corde. Le cas du sabotier de Liège, examiné par PfefTer, ne contredit pas cette assertion, car le cou n’a pas été disséqué ; et, bien qu’on fût frappé de sa mobilité extraordinaire, rien ne prouve
que cette mobilité fût duc à la luxation des vertèbres. Les cadavres qui n’ont pas encore la rigidité cadavérique présentent tous celte mobilité. Le cerveau n’offre souvent que peu d’altération, quelquefois les hémisphères sont piquetés, les veines sont pleinesde sang, les ventricules de sérosité. Dans des cas plus rares , on a trouvé les sinus déchirés avec épenchement de sang. Dans la pendaison , comme dans toutes les morts par asphyxie, la base de la langue est injectée les pupilles saillantes , la membrane du larynx et de la trachée-artère est rose- Beaucoup d’auteurs ont parlé d’une écume qui se trouve dans la trachée et dans la bouche; M. Orfila, regarde cette écume comme se trouvant constamment; mais M. Devergie, qui a déjà ouvert un grand nombre de pendus, déclare ne l’avoir rencontrée que rarement. Les poumons sont plus ou moins gorgés de sang, suivant que la mort a eu lieu par asphyxie ou par congestion cérébrale. Dans le cas d’asphyxie, le côté droit du cœur est aussi plus plein que le gauche , nous avons déjà noté la rupture de la veine cave supérieure, qu’on n’a du reste observée qu’une fois. L’estomac n’offre rien de particulier. Le foie, la rate, les reins, sont engorgés. La verge, chez les pendus qu’on examine peu de temps après la mort, présente fréquemment l’état d’érection ; de plus, le linge de l’individu offre à la région correspondante des taches de sperme qui prouvent que l’éjaculation a eu lieu. Quand on trouve ces effets, on peut toujours affirmer que le sujet a été penda vivant. Mais pour être certain que les taches sont dues à du sperme , il faut savoir les analyser chimiquement.
Ces taches, plus ou moins considérables, deviennent gris- jaunâtre en se desséchant; alors l’irrégularité de leur circonférence et la coloration de leur surface , les fait ressembler beaucoup aux régions d’une carte géographique ; l’odeur particulière du sperme se dissipe par la dessiccation, mais celte odeur peut reparaître quand on mouille la tache. La partie tachée est raide ; frottée entre les doigts, la tache s’enlève en écailles. En la chauffant un peu, elle prend une teinte jaune qui ne tient pas au roussissement du linge. Humectée après cet échauft'ement, elle reprend scs anciennes propriétés. La tache plongée dans l’eau, s’y ramollit, et donne au doigt le sentiment d’une matière gluante. Bientôt l’eau se trouble , et parfois , mais non pas toujours, il se
piecipite une matière floconneuse. L'oileur spermatique reparaît alors. La liqueur est un peu alcaline et rétablit le papier tournesol rougi. En filtrant la liqueur et la rapprochant à siccité, on obtient une matière transparente analogue a ia gomme arabique solide. En traitant cette matière solide par l’eau, on a deux parties distinctes, l’une soluble, l’autre insoluble. Celle-ci est soluble dans la potasse. La partie soluble , traitée par le colore, par l’acétate et le sous-acétate de plomb, par le sublimé et par l’alcohol , se trouble et fournit un précipité blanc ou blanc-grisatre. L’acide nitrique mis en contact avec la partie soluble, ne lui fait pas perdre sa transparence, mais la jaunit légèrement. En desséchant la matière floconneuse, ou évaporant la partie soluble, on obtient une matière qui, calcinée, se comporte comme les matières animales, et exhale des vapeurs pyrogénées alcalines. On pourrait confondre avec les taches de sperme des traces d’écoulement blénnorrhagique ; la matière de cet écoulement a, comme on sait, une teinte légèrement jaune ou verte. Les taches d’écoulement dissoute dans l’eau déposent des flocons. Cette solution, chauffée et évaporée, au lieu de donner un résidu transparent, donne des flocons d’albumine.
En reprenant par l’eau le résidu de la dessiccation, et le traitant par l’acide nitrique, la liqueur jaunit, et il se précipite une matière floconneuse. L’acide nitrique employé pour cette opération doit être concentré. M. Orfila, ayant analysé des taches formées par des couches de salive appliquées à plusieurs reprises les unes sur les autres et desséchées , leur a trouvé tous les caractères que nous venons d’assigner aux taches de sperme , moins l’odeur spéciale. Mais quelques physiologistes affirment que dans les moments d’exaltation causée par des désirs vénériens, l’odeur du sperme se communique à toutes les liqueurs excrétées. Il faut donc convenir que l’analyse des taches de sperme n’a pas encore un caractère de certitude satisfaisant.
En même temps qufe du sperme, l’urètre des pendus laisse parfois échapper dusang, et ce fut le cas du prince de Condé. L’incertitude que nous avons déjà vue dans les signes de la mort par submersion, reparaît dans ceux de la mort par strangulation. Trois seulement, l’ecchymose du cou, la rupture de la membrane interne des carotides , et les taches de sperme prouvent que l’individu a été étranglé vi-
LÉGALE
vaut. Mais les deux premiers sont extrêmement rares. L’éjaculation n’est pas bornée à la pendaison , on l’a observée dans des lésions du cerveau et de la moelle épinière. Les autres signes peuvent pour la plupart se reproduire dans la strangulation d’un cadavre , nous voulons parler de ceux qui caractérisent la mort tranquille par suspension. Heureusement c est celle qui a lieu dans le suicide, et la justice n’a besoin d’éclaircissement que lorsqu’il y a suspicion d’homicide. Or l’étranglement fait de violence, étranger à l’individu, est accompagné de signes beaucoup plus décisifs.
Nous les avons distingués et particulaxûsés en les énumérant. Rappelons -les brièvement ; face livide , yeux saillants , et ces deux effets beaucoup plus marqués que dans l’asphysie par le charbon. Langue mordue ou saillante, sillon avec ecchymose et même excoriations, fractures des cartilages du larynx avec ecchymose près des fractures. La rareté de la rupture de la membrane interne des carotides, nous fait regarder comme peu probable, la compression des nerfs pneumogastriques admise par Foderé comme aidant l’asphyxie dans la strangulation. Les désordres vertébraux, tels que luxations, fracture des corps ou des apophyses vertébrales , déchirure ou compression de la moelle , doivent être accompagnés d’ecchymoses ; les traces de congestion cérébrale sont moins significatives , elles sontcommunesà unefoule de maladies. Il en est demêmede larougeurdelaba.se de la langue et de la muqueuse de la trachée; dans toutes les affections catarrhales , on observe cette coloration , puisque les circonstances propres aux cadavres n’offrent que peu de lumières pour distinguer le suicide de l’homicide , il faudrait faire attention aux circonstances extérieures.
Il faut d’abord s’entourer de lumières sur l’état moral de l’individu pendant les derniers temps de sa vie. Presque toujours les gens qui finissent par le suicide, laissent des écrits qui expliquent leurs motifs ou qui empêchent la justice d’accuser des innocents de leur mort. On a dit à ce propos que des meurtriers pourraient forcer les victimes à leur donner même cette espèce de sauf-conduit. Mais les meurtriers sonlordinairementpressés.
On tache de s’assurer si l’individu n’avait pas manifesté l’envie de se détruire, s’il n’avait pas communiqué ce projet à quelqu’un de scs proches ou de ses amis. Enfin, on cherche quel intérêt