‹ Traité de médecine légaleChapitre 5 sur 167 · DE JA MÉDECINE LÉGAT .E · texte numérisé non relu

DE JA MÉDECINE LÉGAT .E

pendaison, des noyés, des femmes enceintes, des signes de la mort, de» plaies, dos blessures, des brûlures , des empoisonnements. Jl est temps de revenir aux travaux de notre pays. — En même temps que la médecine légale faisait sentir son utilité aux tribunaux, l’hygiène publique gagnant un principe nouveau et une application certaine k chacun «1«'S pas que faisait la chimie pneumatique, se recommandait davantage aux besoins de l’administration. C'est ce qui détermina la création «lu conseil de salubrité sous le préfet de police Dubois, en 1802. A dater de 1817, sous le comte Angles, l’analyse «les travaux de ce conseil fut publiée chaque année. L’importance de ces travaux et l’utilité d'une pareille institution frappèrent alors les yeux de beaucoup d’autres villes: Lyon , .Marseille, Nantes et Lille s’empressèrent de créer dans leur sein des conseils de salubrité. La plupart des médecins légistes de Paris ont été attachés a cet établissement, Masson, Chaussier, Pelletan , MM. Orfila, Marc, etc. Plusieurs livres remarquables suivirent l i publication du traité de M. Fodéré; Vigni de Rouen fit paraître le sien en 1805; le Manuel d’autopsie de Rose, traduit par M. Marc, fut publié en 1808. Le traité de médecine légale de Mahon fut imprimé en 1807, le cours de médecine légale de Belloc à peu près au même temps. Tous ces ouvrages ont été jugés. La seconde édition de M. Fodéré les rendit presque tous inutiles. Celte seconde édition pouvait passer pour un ouvrage entièrement neuf. Elle était doublée d’étendue : l’auteur modeste et infatigable avait profilé de tous les travaux de ses dévancicrs. Ce livre fera époque dans les annales de Ja médecine légale en France. Il est le premier dans lequel la science ait été embrassée dans sa totalité. Il a un mérite devenu plus rare , il est plein de recherches consciencieuses sur le passé de la science. Notre reconnaissance pour son auteur doit augmenter si nous considérons «ju’il a eu la gloire d’exécuter ce qu’il avait été un des premiers à proposer. M. Fodéré est octogénaire. Mais le mouvement rapide communique à quelques parties de l’art médico-légal par les progrès des sciences physiques, a fait vieillir rapidement quelques parties du livre de M. Fodéré. La toxicologie, bien que traitée avec soin pour le temps oii elle fut composée, ne serait plus admise aujourd’hui comme autorité par uu tri-

butial , encore moins par une académie savante. L’essor pris par la chimie a fait surgir une science toute nouvelle et qui, née comme Ève d' u n c pa r ticul.e d’ u n gra n d

corps, affecte déjà l’égalité avec son Adam; peut-être oserait-elle prétendre bientôt à la supériorité, car elle se regarde comme la partie la plus certaine de la médecine légale, et aujourd’hui la certitude est la mesure de la considération des sciences. Celte science est due presque toute entière à M. Orfïla, qui a publié en 1S1G la première édition de sa toxicologie, et, qui depuis cette époque, a occupé à l’Ecole de médecine les chaires de chimie médicale et de médecine légale. Le problème de l’empoisonnement et la question médico-légale de la recherche des poisons n’avaient pas été vus dans leur totalité par les prédécesseurs de M. Orfila. On s’occupait de trouver des réactifs capables de signaler la présence d’un tel poison , mais on ne pensait pas que c’était d’abord de la présence d’un poison qu’il fallait s’assurer ; il fallait reconnaître ce corps vénéneux au milieu des débris d’aliments, dans la propre substance des intestins et de l’estomac ; et ce mélange non seulement le masquait, mais pouvait en imposer en donnant avec les réactifs des résultats en apparence semblables aux effets qu’aurait produits le toxique. Assez d’expertises faites par des chimistes de province ont prouvé que les phosphates et les matières animales jaunes avaient à tort fait croire à la présence de l’arsenic. Les travaux de M. Orfila et do ses élèves rendront désormais ces erreurs impossibles.

La médecine légale et l’hygiène publique ont reçu en France une impulsion plus forte et un lustre nouveau depuis la création d’un journal qui leur est spécialement consacré. Tous les collaborateurs des Annales sont des membres du conseil de salubrité, des savants exerçant habituellement l’expertise devant les cours et les tribunaux de Paris, des professeurs livrés à l’enseignement de quelqu’une des branches de celte science déjà assez élargie pour se diviser. A la recommandation des talents d’un personnel où figurent les Orfïla , les Marc , les Esquirol , les Barruel , les Devergie, se joint celle d’une position, on peut le dire maintenant, unique au monde. Paris est le centre vers lequel convergent tous les rayons de l’intelligence humaine , le centre d’où ils se réfléchissent continuellement avec un éclat nouveau. Lu «iis-

LÉGALE

sion de civiliser le monde est aujourd’hui répartie entre trois grands états j la pensée est le lot de l’Allemagne; l’expérience pratique celui de l’Angleterre ; la vérification définitive de l’idée et de son application appartiennent à la France. En médecine legale , la France est même désormais en position de prendre sur l’Angleterre l’initiative de l’épreuve, sur l’Allemagne l'initiative de la pensée. Une révolution qui paraît devoir ouvrir à l’intelligence le sanctuaire du pouvoir, jusqu’alors monopolisé par la naissance ou par la richesse, a permis aux médecins d’arriver au corps législatif. Admis à élaborer les lois que jusqu’ici ils n’avaient été appelés qu’a appliquer ou interpréter, ils pourront pourvoir dans la pensée, primitive de ces lois aux besoins constatés par leur expérience ; ils pourront y combler les lacunes laissées par des législateurs totalement étrangers à notre art. Us empêcheront aussi qu’à l’avenir la médecine et le médecin soient traités par la jurisprudence comme des absents ou des ennemis. Depuis le commencement du monde les faiseurs de lois, jaloux sans doute de la science du médecin, l’ont traité comme s’il était aussi leur rival de puissance. Les lois juives déclaraient le médecin impropre à la royauté; les avocats modernes l’ont exclu des héritages. La royauté nous parait peu regrettable ; mais les malades sont-ils si généreux qu’il fallut les encourager légalement à l’ingratitude ! — Il nous reste pour terminer cette introduction à tracer le plan que nous devons suivre dans notre traité : cette tâche ne sera pas longue. La médecine légale n’a réellement point de faits propres ; tous ceux dont elle se compose sont empruntés à quelqu’une des sciences médicales ou à la jurisprudence. Une classification naturelle de ces faits est donc impossible. Les classifications artificielles sont aussi nombreuses que les auteurs; on peut même dire que la plupart n’ont fait que des dictionnaires, car l’ordre alphabétique y parait plutôt suivi que l’affinité des matières. Quant au point de départ primitif , il est aussi arbitraire ; les uns, comme M. Fodéré dans son livre et M. Adelon dans ses cours, partent de la jurisprudence pour aller à la médecine ; les autres commencent par celle-ci pour marcher vers celle-là. Nous croyons que ce dernier plan est celui que doit suivre un médecin. il est naturel qu’il parle de l’objet habituel de scs méditations pour aller vers

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