‹ Traité de médecine légaleChapitre 4 sur 167 · INTRODUCTION , HISTOIRE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION , HISTOIRE

Vogel reprend la question des naissances tardives. Viennent ensuite les travaux de Plenk, de Frank, deSikora, deSchlegel, de Bœruer, de W ildberg, etc. A part les précieuses collections publiées par Sehlegel, par Valentin et Zittinann, par Ploucquet, Scherf, Knape, Augustin, Elvert, llust, llenkc, Moritz fit paraître un ouvrage périodique sous le titre de Magasin de psychologie empirique; Udies et Fyl commencèrent un journal demédecine légale et d’hygiène publique ; plus tard, le docteur K.opp fit paraître les Annales de médecine politique. Les chaires de jurisprudence médicale étaient établies dans la plupart des universités allemandes dès le commencement du dix-huitième siècle.

En France, la médecine légale offre une période stationnaire après Ambroise Paré, Pigray et Pineau. Vous en avons déjà expliqué les causes : l'expertise, dédaignée par les docteurs , était abandonnée aux chirurgiens ; il fallait que ceux-ci devinssent plus instruits que des médecins pour relever les fonctions qui leur étaient confiées. Cet exemple d’émulation leur fut donné par trois confrères, qui publièrent des traités sur l’art de rapporter en justice. Gendry d’Angers publia le sien en 1660, Nicolas Blegui de Lyon en 1G64, Deveaux de Paris en 1G93 et 1701. Tous les trois calquent encore leur travail sur celui d’Ambroise Paré : ils se bornent aux cas de compétence chirurgicale ; toutefois, le diagnostic elle pronostic des plaies et blessures est remarquable dans Deveaux, et donne à son travail une supériorité marquée sur tout ce qui s’est fait de son temps. — Vous sommes arrivés à ce dix-huitième siècle qui mit la France à la tôle dumouvement intellectuel, pour la faire marcher ensuite à la tôle de la réforme sociale. La chirurgie avait été reconnue pour une science égale en mérite à la médecine sa sœurainée. Constituée cnacadémie royale, elle était possédée de la plus vive, de la plus noble émulation en présence de la société royale de médecine. Les goûts positifs du siècle, son estime pour la certitude matérielle, les progrès rapides de l’analomic, donnèrentà la chirurgie française un lustre jusqu’alors inconnu. Alors on vit Le cal constater le premier la possibilité d une combustion humaine spontanée ; Brechin et W inslow montrer le danger des inhumations précipitées en prouvant l’incertitude des signes de la mort. Ces travaux rendirent s’il est possible des services encore plus grands ;

ils préparèrent ceux de Louis. Ce fui cet illustre chirurgien qui lit comprendre le premier toute l’importance de la médecine légale. Le premier il montra combien ses applications sont étendues, combien ses éléments sont nombreux, quelle variété etquelle précision de connaissances ils exigent. Louis publia successivement ses lettres sur la certitude des signes de la mort, ses mémoires sur les noyés, sur les moyens de distinguer sur un corps pendu les signes du suicide d’avec ceux de l’assassinat, sur les naissances tardives, etc. Mais ce furent ses consultations dans les affaires Calas, Sirvin, Cassagneux, Baronet, qui mirent le sceau à sa réputation, et, si j’ose m’exprimer ainsi, donnèrent la vogue à la médecine légale. Le dix-huitième siècle avait vu naître une puissance toute nouvelle ; même dans son berceau elle donnait déjà des preuves de sa nature herculéenne : c’était l’opinion publique. Son attention se portait partout où il y avait un préjugé à combattre, une injustice à réparer. Elle avait déjà mille têtes en attendant ses mille bras. Dans l’édifice gothique et incohérent de la législation, les abus étaient encore innombrables ; bien plus, la superstition, le fanatisme, la barbarie y trouvaient des places tenables : la ville de. Crlaris en Suisse brûlait publiquement une sorcière en 17G5 ; Toulouse pouvait bien condamner un protestant à la roue en l’accusant de l’assassinat de son fils; si l’opinion ne pouvait encore prévenir le méfait, elle surgissait bien vite poulie dénoncer, pour empêcher qu’il ne se renouvelât , et, s’il était possible, pour en obtenir la réparation. Elle trouvait de l’écho en faisant vibrer les sentiments de la tolérance et de l’humanité, en plaidant la cause du faible ; le langage était digne du procès : il sortait de la plume de Voltaire. Qu’on juge donc de l’effet produit parues mémoires où Voltaire allait puiser ses meilleurs arguments. Rien ne manqua au triomphe de Louis, ni la sanction des tribunaux, ni les applaudissements et la reconnaissance publique, ni les contradictions amères de quelques confrères jaloux, tels que Petit et Bouvart.

Petit fut plus heureux dans scs mémoires sur les effets de la suspension et sur les signes de la mort à la suite d’une abstinence complète. Vers la même époque, Lorry traitait d’une manière supérieure une question de survie ; Salin faisait les premiers travaux de toxicologie ; Lafosse

faisait remarquer les phénomènes produits par la mort sur les cadavres pour qu’on ne les confondît pas avec des traces de violences exercées pendant la vie. Il développait avec une certitude nouvelle les signes de la grossesse et de l’accouchement; Cliaussier démontrait devant l’académie de Dijon (1789) la nécessité de créer un enseignement régulier de la médecine légale. Sept ans après, M. Fodéré fit paraître la première édition de son grand ouvrage qui portait le titre suivant : Les lois éclairées par les sciences physiques , ou traité de médecine légale et d'hygiène publique.

Depuis quatre ans les vœux de Cliaussier étaient exaucés, des chaires de médecine légale avaient été créées dans les trois facultés de la France; une seule, celle de Paris , fut d’abord occupée. On la donna à Mahon, qui avait fait dans l’encyclopédie tous les articles relatifs à la médecine légale. Les chaires de Montpellier et de Strasbourg n’ont été remplies que beaucoup plus tard, l’une par M.

Prunelle , l’autre par M. Fodéré.

L’hygiènepublique marcha depairavec la médecine légale. Dans la dernière moitié dmdix-septièmesiècle, la Reynie avait établi une police de santé. Au mois de mars 1G68, il assembla un conseil de médecins pour délibérer sur une question relative à la fabrication du pain. Dans le siècle suivant, l’attention de l’autorité se tourna vers les professions insalubres , les épizooties, l'importation des maladies contagieuses ; l’échevin Pia organisa des secours pour les noyés. Les provinces suivirent les exemples donnés par la capitale : Lyon publia des ordonnances pour arrêter la propagation de la morve ; Marseille prit des mesures énergiques contre l’introduction de la peste. L’hygiène militaire et navale fixa l’attention de la société royale de médecine, qui rédigea une instruction sanitaire pour le voyage de la Peyrouse. Avant de poursuivre les progrès de la médecine légale en France, depuis le commencement du dix-neuvième siècle, nous devons étudier ses phases dans l’Italie et dans l’Angleterre.

Le roi Roger et l’empereur Frédéric II avaient fait de glorieux efforts pour l’avancement de la médecine dans les états de Sicile et de Naples. C’était la continuation de la sollicitude inspirée à leurs prédécesseurs par la célèbre école de Salerne. Dans le treizième siècle , les conftitutions siciliennes de Frédéric avaient

créé l’anatomie en ordonnant que tous les cinq ans il serait procédé à la dissection et démonstration publique d’tin cadavre humain. Le reste de l’Italie avait suivi cette impulsion, et il s’y était formé des chirurgiens habiles , dont quelques-uns émigrèrent en France pendant les querelles des Guelfes et des Gibelins. Ce n’est pourtant qu’au commencement du dix-septième siècle, en 1G02, que parut le traité de Fortunatus Fidelis. Ce livre est en réalité le premier où la médecine légale ait été envisagée d’ensemble; mais il a , comme ceux de Zebirius et d’Ammannus, publiés postérieurement, le défaut d’appartenir plutôt à la controverse et à la théologie scolastique qu’à la bonne médecine. Ces défauts se retrouvent jusqu’à un certain point dans l’immense ouvrage de Zacchias, publié pour la première fois à Rome en 1G21 ; mais ils sont rachetés par de nombreuses et belles qualités. Zacchias , médecin d’un pape et écrivant surtout pour des tribunaux ecclésiastiques , ne pouvait éviter de se montrer canoniste érudit et théologien croyant. L’érudition était à la mode alors, parce qu’on n’avait pas encore inventé ï’axiôme commode pour la vanité et pour la paresse : que la science date d’hier. Mais Zacchias , en citant ses prédécesseurs trop souvent et avec une crédulité un peu trop respectueuse, sait consigner à propos ses réflexions propres et les connaissances de son siècle en médecine eten jurisprudence. Sa droiture d’homme bon et instruit avait parfois à lutter contre les embarras de sa position officielle et l’omnipotence des coutumes et des abus de son pays et de son gouvernement; il se tire de cette perplexité presque toujours en homme habile et souvent en homme courageux. Il se montre sceptique dans le chapitre des miracles, humain dans celui de la torture. Qu’on place dans un tel siècle et dans un tel pays tous les hommes qui se sont raillés de lui pour se dispenser de le lire, et l’on verra s’ils s’acquitteront de sa tâche avec si peu de péril pour leur caractère et pour leur esprit.

Aucun ouvrage remarquable sur la médecine légale n’est sorti de l’Italie depuis celui de Zacchias jusqu’à l’époque où l’Italie, conquise par la France, a reçu nos codes. Depuis, un médecin deTurin, Lorenzo Martini , a publié des éléments de police médicale et une introduction à la médecine légale. Dans ce dernier ouvrage , il s’est occupé spécialement des

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questions qui relèvent «lu <lroit canoni- (|UC : C«: droit a encore une très-grande force en Italie. Sous ce rapport, Martini

est vraiment le continuateur «le /.acchias.

I ii autre médecin légiste, Bor/.ellatli, a public ii Bologne une médecine légale selon l’esprit «les lois civile» et pénales en vigueur dans les gouvernement» d’Italie.

En Angleterre, la médecine légale est pourainsi «lire créée avec le dix-neuvième siècle. En 1708, le docteur Duncan reproduisait devant les patrons «le l’université d'Edimbourg les arguments présentés par Chaussier a l’académie de Dijon pour motiver l’établissement «l’une chaire de médecine légale. Ce n’est que cinq ans après , en 1803 , que l’on lit droit a cet appel en nommant professeur le frère puîné de Duncan. Depuis, il a eu pour successeur dans sa chaire Je docteurChristison, qui s’est fait connaître avantageusement par la publication d’une Toxicologie. En Angleterre , les médecins ont été plutôt appelés comme témoins que comme experts devant les cours de justice. S.-M. Farr avait traduit , en 1788, les El ('munis de jurisprudence médicale de Feselius; Th. Percival avait publié, en 1800, un volume sur le môme sujet; J. Johnstonc a fait paraître son Traité vers le m«*:me temps ; William Hunier avait publié quelques mémoires sur l'infanticide et sur les moyens de reconnaître les moindres parcelles d’arsenic. Quand Londres a été dotée «l’une université par les soins de M. Brougham , devenu depuis chancelier, une chaire de jurisprudence médicale a été attachée a cette université. Paris et Fonbianquc ont publié vers cette époque leur Traité de médecine légale ; Forsith a publié son travail peu après.

L’Espagne émancipée va sans doute bientôt fournir son contingent ; jusqu’ici elle en était restée au droit canon et aux cas de conscience analysés parlesTorreblanca et les Sanchez. On pourrait sans doute trouver trace de la science qui nous occupe chez d’autres nations, mais elles sont trop légères et trop incertaines pour mériter de nous occuper. Quelques dispositions «lu code indien connu sous le nom de lois de Menou, semblent supposer dans les juges des notions médicales. Les Sinologues affirment «jue les Chinois possèdent un traité de médecine légale spécialement consacré aux violences extérieures visibles sans ouvrir le cadavre. Il y est traité de l’étranglement par

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