HERMAPHRODITES
L’article 312 du code civil permet au mari de désavouer un enfant lorsque pendant le temps qui a couru depuis le 300» jusqu’au lS0e jour avant la naissance de cet enfant , il était , par l’effet de quelque accident, dans l’impossibilité physique de cohabiter avec sa femme. Cette impossibilité n’est pas l’impuissance naturelle ; l’article 3 1 3 l’exclut formellement. (Je ne peut être qu’une impuissance accidentelle. Cette impossibilité de cohabiter avec sa femme, si elle ne lient pas à l’éloignement prévu aussi par 1 ai liclc 312, mais dont nous n’avons pas à nous occuper, ne peut tenir qu à une maladie. Il faut que cette maladie ait duré cent vingt jours pleins , c’esta-dire quatre mois. Or, aucune maladie aiguë ne dure aussi long-temps, et pendant les maladies chroniques , il eu est bien peu qui, dans un si long espace, ne laissent quelques moments lucides où l’homme n’ait pu se rapprocher de sa femme. Qu’il soit alité par sa faiblesse, bien plus, retenu dans son lit par la douleur de la goutte ou du rhumatisme , par une fracture la plus compliquée, là plus longue a se consolider ; qu’une maladie de vessie, la pierre, un rétrécisse» meut du canal , lui imposent la plus ab-
solue reserve, les désirs sont capricieux et font oublier l’hygiène. Les positions les plus gênantes ne sont pas un obstacle à une volonté impérieuse, à une sympathie complaisante. Dans les fièvres inflammatoires, dans les fièvres hectiques même, des hommes ont éprouvé des désirs, et ont pu les satisfaire peu de temps avant d’expirer. Dans 1 asthme , dans la phthisie pulmonaire, l’ardeur est augmentée au lieu d’etre ralentie par le mal. Les maladies de peau, la goutte, le rhumatisme, les dartres, la lèpre, excitent la lasciveté; le calcul vésical, la gravelle , stimulent directement les organes génitaux. Je ne peux me figurer qu’un cas où l’homme soit privé quatre mois de suite de désirs ou de la faculté de les salifaire , c’est celui d’une paraly- ' sie universelle ou d’un idiotisme succédant à une attaque d’apoplexie. Donc le mari pourra bien rarement arguer d'une impuissance accidentelle pour désavouer un entant. Des collatéraux, moins dilficiles d’ordinaire sur le choix de leurs arguments , pourraient contester la légitimité d’un enfant dont la conception se rapporterait au temps d une maladie de son père, qui aurait ensuite succombé. Si la loi française ne leur donne pas explicitement ce droit , la question s’est présentée à d’autres tribunaux, mais elle n’a pas été jugée au profit des collateraux. Telle est cette décision d’un tribunal romain, qui avait consulté Zacchias. Aitémise accouche d’un enfant vigoureux six mois après la mort de son mari, Aurelius Lingius. La légitimité de cet enfant est contestée sous prétexte qu avant sa dernière maladie Aurelius était incapable d’avoir commerce avec sa femme. Les médecins du défunt attestaient lui avoir entendu dire que depuis long-temps il n’éprouvait plus d’érection. L épousé , sa„s nier cette assertion , soutenait que la puissance était revenue au mari quel- ,,„CS mois avant son décos. Elle avait éprouvé des symptômes de grossesse du vivant d’Aurelius, à qui elle ne les avait pas cachés. Elle avait, par le désir exprès de son mari, couché toujours dans sa chambre et dans son lit ; elle était jeune, belle, aimée; le mari avait toujours été porté à l’amour : ce penchant - n’est pas toujours éteint à soixante ans, et la maladie pour laquelle il était alite, et à laquelle il finit par succomber, était l’arthritis , maladie qui réveille les appétits vénériens au lieu de les refrou • Yoilà donc plus de circonstances qu a
n’en fautpourexpliquer des retours de la facullé qu’Aurelius se plaignait d’avoir perdue. Un seul exploité à propos a pu suffire pour procréer l'enfant. La légitimité de l’enfant fut reconnue. Le même auteur raconte, d’après le témoignage de J .-Phi* lippeEuguhius, que dans une ville d’Oinbrie , un artisan avait déjà vécu vingtquatre ans avec son épouse, sans pouvoir en obtenir d’enfant. Il fut attaqué d’une maladie très-aiguë dont il guérit. Pendant sa convalescence, il rendit sa femme féconde, et depuis lors il fut père de plusieurs enfants. Avenzoar, cité dans le même chapitre, raconte de lui-même que cùm esset usus regimint salis calido irt juvenlute , generare non poterat. Accidit autem ipsum caussone , hoc est ar denti febre lahorare , inde cùm usus esset o b id contraria vicias ratione, dehinc fæcundus effeclus est. Il est beaucoup plus ordinaire cependant , que les maladies aiguës produisent un effet tout contraire, au moins immédiatement après qu’elles ont cessé et à plus forte raison pendant qu’elles durent; mais la latitude de cent vingt jours d’impuissance exigée par la loi française dépassé de beaucoup la durée de toutes les affections aiguës et de leur convalescence.
Quant aux maladies chroniques, répétons-le, on ne peut jamais être certain qu’elles n’ont pas laissé quelque intervalle propice au retour de la faculté perdue.
Nous avons dit que l’erreur de personne était soutenable comme motif de nullité du mariage, dans le cas où l un des deux époux se trouvait hermaphrodite. Nous devons donc étudier les vices de conformation auxquels on a donné ce nom. D’aprcs l étymologic , l’hermaphrodite possède les deux sexes. Les êtres méritant réellement ce nom , n’existent pas dans les classes supérieures d’animaux, pas plus dans l’espèce humaine que chez les autres mammifères. Cette certitude est acquise depuis que l’anatomie est constituée comme science positive. Avant cette époque, non-seulement on a cru à l’existence des hermaphrodites., mais on a truité comme des monstres dangereux des êtres qui n’étaient qu’imparfaits et dignes de pitié. Les Athéniens noyaient les hermaphrodites dans la mer , les Romains dans le Tibre. ^ irgile a cru à leur existence, et Ausone l’a répété; Tertulicn , entraîné par l’erreur commune, a composé quelques écrits contre eux. Zaccliias , qui ne croit pas a leur
IMPUISSANCE ACCIDENTELLE xistence , nous a donné le motif cano-
îiquc pour lequel la justice était si sévère contre ceux qui étaient censés avoir fait asage des deux sexes. Cet abus était assimilé au crime de sodomie. Nihil enirn zliud fortè est sodomia pecatum quant :oitus cum compnri sexu , vel non in vase naturali , ex quo impossibilesit gent ralionem seq:~ i: neque enim solius ma- -if cum mare carnalis conjunclio sodonica peccatum est , sed eliam fœminœ .um fœmind. Le même auteur, ne regardant pas les hermaphrodites comme possédant un sexe au complet, révoque en doute es accusations portées contre ces malicureux par des femmes qui se disaient rosses de leurs œuvres. Avoir été séduites par une personne qui portait les abits de leur propre sexe , leur parafait une excuse propre à couvrir leur liertinage ; mais l’accusation avait des onséquences terribles. Rochefort, dans m dictionnaire au mot hermaphrodite, ipporie qu’une servante d’Écosse ayant :ndu enceinte la fille de son maître , it condamnée à être enterrée toute vive, (ontaigne , dans le premier volume de •s voyages , parle d’une femme des enirons de Plombières qui s’était mariée )mme telle, et qui plus tard, reconnue aur un homme, fut pendue, pour avoir, ‘sait l’arrêt , fait un mauvais usage 2 l’état irrégulier de ses organes.
-^ous adopterons la division proposée ir M. Marc , pour l’hermaphrodisme parent. I , a première division comprend s vices de conformation des parties gélules de l’homme; la seconde, les vices : conformation de l’appareil générateur : la femme ; la troisième , une organition qui ne peut être rapportée à aucun :s deux sexes. L’hermaphrouisme male est le plus souvent qu’un hypospadias us ou moins compliqué. La verge peut -e prise pour un clitoris très-déve- )pé; le scrotum fendu représente les indes lèvres, et un cul-de-sac dans lecl s ouvre l'urètre représente un vau. Y°uvcr,t les testicules sont restés ns e ventre ; cependant ils peuvent •e sorhs de l’anneau et descendus dans
an|°,t,‘m; rt',,e.elîl«t l’organisation de soldat de manne que Fodéré vit à m,,on I a ™rgc était bien conformée - bourses contenaient deux testicules- «is au dessous de la racine de la vergé dans la direction du raphé, elles se u valent séparées par une fente longiiinaled environ deux pouces, s’enfouit dans sou milieu en forme d’en-
, hermaphrodites. 211
tonnoir , dans lequel l’extrémité du doigt pouvait aisément être introduite, et qui et. tit continuellement humectée par quelques mucosités. Ce jeune homme, dont la taille était à peu près de cinq pieds , avait la peau blanche et douce , peu de barbe, le sein développé comme celui d’une fille de seize ans, ferme et arrondi. Ses hanches étaient évasées, ses cuisses épaisses, ses genoux un peu en dedans ; il fut réformé. Telle devait être aussi l’organisation d’une Fragoletta qui a vécu en Angleterre, et dont la Gazette des Tribu naux de février 1833 a rapporté l’histoire. M. Worbe a constaté une organisation à peu près semblable chez un individu qui avait été baptisé sous le nom de Marie-Marguerite, et qui, vers l’âge de quatorze ans , se plaignit d’une tumeur dans l’aine droite et bientôt apres dans l’aine gauche. Les parents, inquiets de ces tumeurs et de l’absence des règles, firent visiter leur enfant pour savoir si elle serait propre au mariage. M. Worbe trouva un scrotum bilobé dans l’épaisseur duquel était de chaque côté descendu un testicule. A la place de la verge existait un gland imperforé au dessous duquel commençait un demi-canal aboutissant à un pouce et demi en avant de la marge de 1 anus, et se terminant a une ouverture qui était le méat urinaire. Le tribunal de Dreux, sur requête présentée par les paienls et sur visite d’experts , jugea que Marguerite appartenait au sexe masculin , qu’elle en devait prendre les habits, et que son acte de naissance serait rectifié. Le docteur Schweikar et plusieurs autres auteurs ont rapporté des exemples semblables.
L hermaphrodisme féminin dépend presque toujours du développement excessif du clitoris. II a été d’autant plus lacile de prendre cct organe pour une verge , que les femmes ont en même temps cet ensemble de signes qui caractérisent la virago : la voix rauque, le duvet du mcnlon converti en barbe la peau brune et velue, la taille élevée les formes carrées, les muscles prononcés; I oblitération partielle ou totale du vagin peut venir augmenter la confusion et masquer davantage le sexe féminin Celle disposition s’observait chez Madeleine Lefort, qui s’est long-temps montrée pour de l’argent dans les fêles foraines des environs de Paris. Madeleine Lefort avait la voix un peu forte, mais douce les traits beaux et réguliers, mais son
mon ton portait une barbe brune très- ses imitaient les nymphes. Entre ce» ny
immun i plies s’ouvrait l’uretre comme chez
JULIIIUU ‘ 1 ~ ~
touft'ue. Les seins étaient volumineux, les mains potelées. Je l’ai vue plusieurs fois et entendue chanter à Paris et à Saint-Cloud. Béclard , qui l’avait observée pour en taire un rapporta la société de la faculté de médecine, dit que l’urètre se prolongeait chez elle au-delà de la symphyse du pubis, mais qu’elle possédait de plus une matrice et un vagm : celui ci était en avant fermé par une membrane épaisse et dure : à la racine du clitoris péniforme . cette membrane était percée d’une ouverture arrondie qui donnait passage à l’urine et au sang des règles. C’est sans doute en introduisant son doigt par celte ouverture, que Béclard s’assura de l’existence du vagin et de la matrice, que d’ailleurs l’évacuation menstruelle faisait suffisamment supposer. Une observation rapportée par baviard prouve que la chute de matrice a pu être prise pour un pénis volumineux, et tromper sur le sexe de l’individu.
Marguerite Malaure , que les médecins et capitouls de la ville de Toulouse déclarèrent hermaphrodite en 1693 , en lui enioignant néanmoins de porter des habits de femme , vint à Paris et se présenta à Saviard, qui reconnut et réduisit la descente de matrice. Un fait semblable a été consigné par S. Everard Home, dans les Transactions philosophiques
de 1799. . , , , .
Enfin, les hermaphrodites de la troisième division sont ceux qui n’appartiennent décidément à aucun sexe, ou qui possèdent quelque organe appartenant a chaque sexe, mais dans un état d’imperfection qui les rend incapables de remplir lem but. Le plus souvent, cependant, les hermaphrodites neutres paraissent etre primitivement des mâles arrêtes dans leur évolution par l’atrophie des testicules.
L’exemple le plus curieux de cette orga-
„iSn ambiguë, csl ce Pierre Hubert
décrit dans les mémoires de 1 academie de Dijon : il avait le buste d'une temme, mais la saillie des bancl.es la forme presque carrée des cuisses et des jambes, la petitesse des genoux, le taisaient ressembler davantage au sexe masculin.
1 'inspection des organes de la geneia- Lu augmentait encore l'indécision : ..u
coims ronX'loûUîc'nûâtre jiouces, ayant
la forme d'un membre viril
clitoris, recouvrait une grande 1er de to^
filée par deux replis de a ] e " ! ‘
tant les grandes lèvres, dans 1 nBervalle desquelles deux petites cretes spongau-
phes s’ouvrait l’urètre comme chez les femmes, et au-dessous de ce méat miliaire était une (ouverture presque entièrement fermée par une membrane qui simulait l’hymen. Une sorte de caroncule myrtiforme contribuait à donner à toutes ces parties l’apparence de l’entré'e d’un vagin. Lors de sa mort en octobre 1767 , on reconnut par la dissection que le corps allongé qu’on pouvait regarder comme un pénis, était en effet un pénis imperforé , d’une structure à peu près analogue à celle du pénis ordinaire. Le vagin se terminait en un cul-de sac qui n’avait pas plus d’un pouce de profondeur. Dans la lèvre gauche étaient contenus un véritable testicule avec le cordon des vaisseaux spermatiques , le canal déférent, et une vésicule séminale pleine de fluide spermatique. La lèvre droite renfermait une poche membraneuse dans laquelle descendait, lorsqu’on comprimait le ventre avec la main, dans la région iliaque droite, un coips ovoïde que l’on reconnut être une matrice sans aucune communication avec les parties extérieures , mais accompagnée d’une trompe et d’un ovaire. Hubert avait donc les organes essentiels des deux sexes , et cependant, il n était en réalité apte à remplir les fonctions ni de l’un ni de l’autre : en vain un testicule élaborait une semence prolifique ; l’imperforation du pénis s’opposait à son émission ; une trompe embrassait en vain un ovaire bien conformé ; la matrice était renfermée dans une poche sans ouverture.
L’erreur commise par les parents et la sage-femme de Dreux dans leur déclaration du sexe de Marguerite, a de commise bien des fois, non seulement a propos d’hypospades , mais encore a propos de petites filles que la longueur de leur clitoris faisait prendre pour des garçons. Lorsque le sexe est douteux, la sage-femme ou l’accoucheur ne doivent pas se hâter de le juger ; ils doivent fau t part de leur doute à l’autorité, qui iecoit les déclarations d’état civil , e! n( tranche la question qu’après avoir sun le développement de l’enfant et de se; parties génitales. Dans l’examen d ur hermaphrodite ou soupçonne tel, le nie decin doit sans doute écouter ce que le connaissances ou parents tic ilu lui pourront apprendre de scs goûts mais attacher la plus grande împortauc à ce qu’il verra lui-même en inspectant