ET DE LA PHYSIONOMIE, ETC
cinq ou six pouces de taille, les cheveux noirs, le visage maigre et brun , le nez camard, les yeux petits, la tôle ronde , la voix grêle, très-peu de barbe, la taille déliée. Les signalements de tous ses enrôlements étaient conformes à ce type. Le médecin et le chirurgien qui visitèrent Pierre Mège lui trouvèrent une difformité singulière : ses deux mamelles, au lieu d’occuper la poitrine, étaient placées sur le venlre à trois pouces au-dessus des hanches. Il n'avait qu’un seul testicule qui était même trèspetit. Sa verge était très-chétive. On s’explique par là la qualité particulière de la voix et la rareté de la barbe. Mais est-il croyable que les nourrices n’eussent pas pensé à faire valoir une organisation si rare dans le cas qu’elle eût réellement appartenu au fils Decaille ; et Pierre Mège lui-même ne s’en serait-il pas prévalu si elle n’avait pas dû fournir contre lui un argument sans réplique?
Laissons la cause de Narcisse Mon- (aud , pour arriver à celle de Barouet.
Remi Barouet rentre chez lui après une absence de vingt-deux ans ; il est reconnu par un grand nombre d’habitants de son village, mais sa sœur, la veuve Lamort , qui avait recueilli sa portion d’hoirie revenant à lui Remi , refuse de le reconnaître ; bien plus , aidée du curé du lieu, elle veut taire passer Remi pour le fils d’un vieux vigneron d’une paroisse voisine, absent depuis longues années, et dont on n’avait pas de nouvelles. Babilot, persuadé par le curé, rencontre Barouet; ils ne se reconnaissent d’abord ni l’un ni l’autre, mais tout à coup Babilot s’écrie qu’il a retrouvé son fils, lequel doit porter à la cuisse une tache de vinaigre provenant d’une désirance de sa mère.
Barouet réfute aisément l’erreur du vieillard, qui veut se désister, mais on l’en empêche. On crie partout que le pré^ tendu Remi Barouet a été reconnu pour être François Babilot; on obtient un acte de notoriété publique. Barouet est arrête et condamné aux galères par le bai liage de Reims ; il est flétri et renvoyé aux galères comme faussaire. Deux ans après , on obtient la révision du procès au parlement de Paris. Le célèbre chirurgien Louis fut requis pour examiner le corps du malheureux Barouet.
Barouet était né en mai 1717, par conséquent en 1777 il avait soixante ans.
Babilot, an contraire, était né le 28 septembre 17 31; il ne devait par conséquent avoir que quarante-six ans. Babilot, qui
avait servi, était bel homme; au contraire , Barouet était voîité , et sa taille était au dessous de cinq pieds. Le père de Babilot avait déclaré que son fils avait à la cuisse une tache de vinaigre de la largeur d’un écu de six livres ; Barouet ne Payait pas. Il n’y avait pas même de cicatrice à cette place. Baronet avait une jambe plus courte que l’autre et les malléoles très-grosses, ce qui le faisait boiter ; Babilot, au contraire, était bien fait et ne boitait pas. Tous deux avaient des cicatrices à la joue et à la gorge. Barouet en avait de plus une au sourcil , suite d’un coup de pierre , attesté par celui qui l’avait lancée. Toutes ces circonstances furent pesées par Louis avec une sagacité admirable. Il examina la valeur de l’âge, des taches ou envies , des cicatrices et des autres traits de ressemblance , tels que les épaules hautes , les cicatrices de fractures, les traces de luxations ; partout sa science fit la part de la réalité , et expliqua les causes de l’erreur, de l’illusion du peuple. La cicatrice du sourcil aurait dû, selon les témoins , se trouver à gauche : elle était pourtant à droite. « J’ai cru , dit Louis , entrevoir la raison de cette différence sur un cas dont l’époque est ancienne : les déposants, à quion ne peut supposer qu’une intelligence fort bornée, ont attribué au côté gauche ce qu’effectivement ils ont vu à gauche ; mais ce qui est à la gauche de l’observateur est à la droite de l’objet observé. Voilà, je pense, la seule manière de concilier la vérité du fait avec l’erreur de- la désignation locale. L’expérience m’a donné plusieurs preuves de pareilles erreurs. »Le rapport de Louis décida le parlement à révoquer la sentence qui avait condamné Barouet; il fut déchargé de toute accusation, réintégré dans son nom et tous ses droits de citoyen.
Nous devons maintenant étudier les circonstances qui changent la physionomie individuelle. Parmi ces circonstances, il en est d’uniformes et de variables. Les premières n’impriment que des altérations lentes : nous les rapporterons à un chef principal, les âges de la vie humaine. Les autres peuvent causer des altérations très-rapides, comme certaines maladies et blessures , ou bien des altérations lentes, comme celles de l’âge, mais plus incertaines et plus variables : telles sont le climat, le régime, quelques professions.
LÉGALE
IDENTITÉ ; INFLUENCE DE L’AGE, DU RE- GIME, DES MALADIES , DES PASSIONS , DES