‹ Traité de médecine légale, suivi du traité des exhumations juridiquesChapitre 11 sur 25 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

DES CHÂNGEMENS PHYSIQUES Qu’ÉPROUVENT UES TISSUS DES CADAVRES ENTERRES DANS DES FOSSES PARTIGU- UIÈRES;

Épiderme. L’épiderme à ürié tèndance marqtiéé à sè détruire. Dans les premiers temps, il s’amincit, se ramollit, et tend à faire corps avec le linceul Ou avec la terre, si lé cadavre a été enterré tout nu. Dans les parties où il n’a pas été enlevé avec la terré qui le recouvrait, il est plissé, soulevé et facile à détacher en lambeaux minces, translucides, d’un blanc grisâtre, même à l’abdomen, où le derme est coloré en vert; à la paume des mains et à la plante des piéds , où il ést plus épais, il est plus séc, plus mat, d’un blanc tirant légèrement Sur le jaune, rugueux, fortement plissé, et semblable à celui de la même partie sur lequel on aurait appliqué pendant long-temps un cataplàsme émollient ; quelquefois sa face interne est partiellement colorée en rongé ou en vert par un liquide séreux que l’on peut enlever par l’eau , et alors la couleur blanche du tissu reparaît. Il n’est guère possible d’établir l’ordre suivant lequel les parties se dépouillent de leur épiderme , parce qu’il n’y a rien de constant à cet égard.

A une époque un peu plus avancée, les portions d’épiderme non encore séparées commeneenîà éprouver

une altération remarquable; souvent elles deviennent graisseuses, et adhèrent de plusi en plus à la terre ou au linceul qui les recouvrent ; elles forment alors des couches d’un jaune rougeâtre ou brunes, composées de plusieurs petites élévations arrondies , comme lenticulaires et confluentes; quelquefois, au lieu de ces couches, on trouve une mucosité gluante et grasse qui semble fournir un moyen d’agglutination entre certains organes : c’est par son intermède, par exemple, que la partie interne des membres thoraciques est souvent collée au thorax. Il arrive aussi qu’au lieu d^un enduit gras et poisseux, on en trouve un autre qui est seO et presque comme- de- la. croûte de fromage, dessér ché. Les enduits dont no us parlons, sous quelque forme qu’ils se présentent , sont quelquefois recouverts, de moisissures blanches, floconneuses, semblables dans certains cas- à de la, gelée blanche. Plus tard l’épiderme a disparu ; Cependant , si pendant la vie il a été soulevé^ par de la sérosité, il peut se faire qu’il résiste à la putréfaction , et qu’on le trouve encore, au bout. de plusieurs mois, avec la plupart des caractères qui lui sont propres.

Ongles, lues ongles se ramollissent , acquièrent une couleur grisâtre, et perdent de leur élasticité ils deviennent aussi de moins en moins translucides ; on peut les arracher facilement, même lorsque le cadavre n’est enterré que depuis vingt ou trente jours. La peau qu’ils recouvrent dès cette époque est lisse , humide et d’un rouge vif, comme de la gelée de groseilles; plus tard , ces ongles tombent après s’être desséchés.

Cheveux et poils. Ges parties résistent beaucoup à la putréfaction ; nous les avons constamment trouvées , avec toutes leurs apparences, même après plusieurs années d’inhumation.

Peau. Après avoir étudié séparément l’épiderme, nous allons examiner les changemens qu’éprouve la peau , que nous ne supposerons pas encore être dépouillée de sa cuticule. Dans les premiers temps , elle est de couleur jaunâtre , tirant un peu sur le rose ,* cepen. dant on voit çà et là des teintes verdâtres , rougeâtres et violacées 5 du reste , elle est à peine ramollie , nullement corrodée , et presque dans l’état naturel. On peut établir en principe qu’elle est plus humide à la partie postérieure du tronc que partout ailleurs.

Plus tard elle est quelquefois recouverte , dans certains endroits, de petites granulations comme sablonneuses, formées par du phosphate de chaux: alors, par l’effet de la putréfaction , elle est presque décollée au dos, où elle paraît former une poche, comme le fait la peau du crapaud au corps de cet animal; son épaisseur n’a pas encore sensiblement diminué, si ce n’est aux paupières où elle se déchire facilement; sa structure est parfaitement reconnaissable, et nulle part on ne la voit transformée en gras.

Plus tard encore elle commence à se dessécher, devient plus mince , et prend une couleur qui varie du jaune fauve au jaune presque orangé^ et au brun quelquefois assez foncé; elle est recouverte par l’enduit dont nous avons parlé à l’occasion de l’épiderme, et dans certains points par de la moisissure; cette der-

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nière n’existe guère dans les parties les plus humides, comme au dos , tandis qu’il y en a beaucoup dans celles qui sont ordinairement sèches. La dessiccation fait chaque jour de nouveaux progrès ; l’enveloppe tégumentaire semble se tanner; aussi, lorsqu’on frappe avec le maflché d’un scalpel sur une partie quelconque du cadavre, on entend un bruit à peu près semblable à celui qu’on produit par la percussion sur une boîte de carton. Si alors on incise ce tissu , on voit que la coupe offre l’aspect d’une couenne grisâtre, et déjà on distingue une tendance évidente à la saponification, tendance qui est surtout marquée là où le tissu cellulaire sous-cutané est chargé de graisse : c’est aussi, dans ces parties qu’en général la péau se conserve le mieux , et si elle se détruit aisément au pourtour Ùe l’anus, cela tient à la facilité avec laquelle les vers peuvent l’attaquer. Son adhérence aux parties sous-jacentes varie; quand elle est appliquée sur des os , elle y tient par du tissu cellulaire sec, facile à déchirer ét à séparer; elle est au contraire très-adhérente lorsqu’elle répond à des portions fournies de tissu cellulaire graisseux , ou lorsqu elle recouvre des parties musculaires, sans l’intermédiaire de ce tissu graisseux abondant.

A une époque encore plus éloignée , la dessiccation et l’amincissement de la peau augmentent là où elle n’a pas été saponifiée, et, comme précédemment, ce sont les parties antérieures qui sont plus sèches ; quelquefois même elle est déjà éxeessivement desséchée en avant, que la partie postérieure est encore très-humide, trèsamincie , et en partie détruite par les vers. Elle brunit

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de plus en. plus ou devient d’un jauue sale; mais en ge'néral elle conserve encore assez de consistance , quoiqu’elle soit détruite et comme corrodée en plusieurs points. Enfin l’amincissement est porté au point que le tissu disparaît peu à peu. Il est inutile d’indiquer que la destruction de l’organe cutané est beaucoup plus rapide dans les portions qui n’ont été ni desséchées ni transformées en gras.

On remarquera, sans doute, que nous n Wons pas compris parmi les changemens que la peau éprouve pendant l’inhumation, les lividités cadavériques , \es vergetures , ni les ecchymoses ; c’est qu’en effet les lividités cadavériques de la peau paraissent ordinairement lorsque le. cadavre commence à se refroidir, et par conséquent bien avant l’inhumation ; d’ailleurs, elles ont été parfaitement décrites , et nous croyons nous-même les avoir fait connaître en détail àans nos Leçons de médecine légale ( tome If, page aSy, a® édition). Quant aux ■vergeturesj comme elles ne sont autre chose que des lividités cadavériques de la peau, traversées par des lignes, des sillons ou des plaques blanchâtres , résultat évident de, la, pression exercée sur les parties livides par les vêtemens., les ligatures, etc., nous ne devions pas nous en occuper davantage par le même motif. Nous n’avons pas fait mention des ecchytnoçes sous-cutanées, parce que nous n’avons jamais eu occasion d’en observer chez les sujets que nous avons fait pourrir, non. pas que nous pensions qu’il ne s’en développe dans aucun cas pendant la putréfaction des cadavres qui ont été enterrés 5 au contraire, tout concourt

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à établir qu’il doit s’en former chez les individus jeunes, gras , abreuvés de sucs, qui ont succombé à une maladie aiguë, et qui ont été inhumés pendant l’été. Ces ecchymoses se montrent le plus souvent dans les parties les plus déclives, comme à l’occiput, aux lombes, ou bien aux paupières et au scrotum, organes dont le tissu iamineux sous -cutané est fort lâché et facile à distendre; il n’arrive jamais qu’elles offrent les diverses nuances jaune clair, jaune foncé, rouge brun et noirâtre, qu’il n’est pas rare de voir dans les ecchymoses faites pendant la vie ; en général , leur couleur est uniforme.

Tissu cellulaire sous-cutané. Ce tissu change à peine dans les premiers temps; toutefois il est aisé de remarquer, même de bonne heure, qu’il se comporte différemment à la partie antérieure du corps , qu’eh arrière et suivant l’épaisseur des couches musculaires qui l’avoisinent. Ainsi, loin de s’infiltrer," il se desséché ét conserve assez de résistance quand il est placé a la partie antérieure du tronc, surtout là où la couche musculaire est mince, comme à l’abdomen et au ihiïiéu du thorax. Il est au contraire infiltré , mou ," péu résistant dans toute la partie postérieure du tronc : cette infiltration peut être simplement sanguinolente, ou bien à la fois sanguinolente et huileuse; dans ce dernier cas, des gouttelettes jaunes, comme graisseuses, sont mêlées au liquide rouge. A la partie postérieure de la têté et du cou , et même dans presque toute l’étendue du dos et des lombes , l’infiltration dont il est le siège est plus ou moins violacée, et présente un aspect gélatineux

assez semblable à celui du tissu cellulaire épicranien de certains enfans nôuveau-nés : là ce tissu est gonflé et se déchire avec facilité. Dans la région fessière et à la partie postérieure des membres , cet état gélatineux est à peine marqué, et le liquidé qui imbibe le tissu cellulaire s’écoule avec beaucoup plus de facilité. Dans -les régions latérales du tkorax et de l’abdomen , ce tissu offre en quelque sorte un état d’infiltration intermédiaire entre celui de la partie antérieure et de la partie postéiiehre du tronc. En avant et sur les côtés des cuisses et des bras, où la couche musculaire est assez épaisse, il est assez humide,, sans être infiltré, et se déchire facilement, ce qui tient évidemment à l’altération putride qu’il éprouve déjà, et qui est plus marquée là que, dans les endroits où les muscles sont/ moins épais. Il est inutile d’ajouter que l’infiltration du tissu , dont il s’agit sera surtout considérable quand le padayre baignera pour ainsi-dire.dans un liquide, comme daps les cas d’anasarque. ( Observ. 7®, pagepo. )

Plus.tard, surtout ..chez les, sujets, gras, le tissuçel- .Julaire , adipeux tend à; se, Jtransfpriner.en sayon; il . devient d’un, gris blanchâtre ou jaupâtre, de cousis r tance de mif , et gjac.tueux.. au toucher j partout où, il est très-abondant , il offrej loraqu’on rincise } un, aspect poreux, ieuUleté,, résultant .de la présence d’une .multitude de petites locules, vides, produites, elles-mêmes soit par la dessiccation,, soit par le dégagement des gaz. Plus tard encore, nous l’ayons vu comme desséché, mat y blanc, ou d’uu blanc grisâtre , filamenteux , et facile à déchirer là où il est ordinairement peu graisseux.

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tandis qu’il tétait jaunâtre, peu -résistant, humide et às^ex, semblable -à du lard bouilli et refroidi , dan^ les endroits où il- est graisseux ; enfin il était d’iin jaune ôra ngé , d’u n aspect globuleux et éidilenîment saponifié - partout ôù il était encore plus- graisseux. La transfôrmation en " saVoii du tissu céîlùlâirè grâîsseüx est loin d’être un phénomène constant • nous' avons en- effet rencontré cèti^su dans Tétât naturel chez un individu qui était enterré depüis six mOis-,' •et'qüi maigre ,

tandis que chez une femme gràése, inhumée à' peu ■ près depuis le même temps et dans le même terrain^ ce tissu était déjà saponifié dans plusieurs parties. i

A une époque plus avancée'j le tissu cellulaire non saponifié se:détruit,aprèss’être desséché étâvbinbrrùni.

Tissu musculaire; Les musclés coraméncënt -par' se . famnillr j èri’ général , ils deviennent d’abord d’un rouge mdîhs foncé partout où ils ne sont pâs tfès-infiltrés; qùelqüéS-ùns éèpéndant offrent ünè’ Coùlêùr' violdêee j ceux dè Tàbdômen sont soüverit verts. Quelque tefnps après ,• leur tissu est encore •parfaitement- reconhaissable ; il n’est pas fransfonhéen ‘gras-J' si cë n’ë^t-âahs les orbites, bù‘ la' saponificatrdn paraît avoir lîéU bièn plus tôt que dans lés aiitres parfrèïr. Leur- càùleuf est albrs verdâtrè où lié de vin. ’Là prérùièrë dé ééà" côlo- ' ràtiôriàl èsi îiéàùcoùp plus dôiùmùnë qùë la'sè'cOtide , qùï ne - fe' f ëmarqûë guère que Hattà dès • ’endmîts ’ où Ton tfoùte unéinfilfration sangUm'Olënte^^f' *'■

' Le tissu délit il s’agît est partout hùniîde (lés Orbites exceptés ) , et , dans plusieurs parties Jùl ésir iinbibë par un liquide sero-sanguinolent de la même çoüleùf que

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celui qui imprègne le tissu cellulaire, et qui est tellement abondant dans certaines régions , surtout au dos, qu’djen idécoüle une. grande quantité nonrseulement par la pression, mais encore par la simple incision j il est même des muscles qui ressemblent à une gelée, au milieu de laquelle se trouveraient des fibres charnues, réunies pourtant de manière à ce qu’on pût très-bien reconnaître la forme des organes queirimbibition a envahis ; malgré cette imbibition qui devrait augmenter leur, volume , les muscles sont affaissés,; et leurs fibres pour ainsi dire dissoutes dans le liquide. A la partie antérieure des membres, le tissu musculaire forme une couche ^ très-peu épaisse sur les os qu’il recouvre, La résistance qu’il présente est en .général considérablement diminuée , et là facilité avec laquelle on le, déchire est en raison directe dé son imbibition r of, comme cet état est plus marqué à la partie postérieure du tronc, et là où les couchés musculaires sont plus iépaissés; que partout ailleurs, c est aussi làiqûé leafibres se déchirent avec le moins d’effort."

Le tissu musculaire , après s’êtré.ramolli et coloré plus ou moins en verdâtre ou , en lie do . .vin , où bien au contraire après être devenu plus pâle , se.- saponifie ou se détruit. La saponification a Uew.-chej^ .les

personnes les fibres musculaires pâlissént de

plus en plus; quelques-unes d’entre elles sont déjà changées en savon blanchâtré,' qp.e d’autres couseryent encore leur couleur rosée : nous n’avons jamais vu un muscle tout entier transformé en gras. L autre genre d’altération, celui qui amène la destruction du muscle^

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est beaucoup plus commun; voici comment il a lieu :

Après s’être ramolli , le tissu musculaire se dessèche petit à petit, et perd de son volume à un point tel que les masses qu’il forme s’aplatissent; à mesure que la <lessiccation augmente, il prend une teinte plus foncée; enfin il peut être toutrà-fait brun ; mais, malgré cet aplatissement et cette coloration , on peut encore reconnaître lés tendons , les aponévroses, et la structure fibreuse de cettes sorte de membrane. La: dessiccation pourtant n atteint pas toas^^lês muscles qui sei détruisent, et ceux qui se conseivent humides offrent toujours une couleur foncée , verte oulie de vin. i

Plus tard j les fibres musculaires- desséchées^ se détruisent; et il ne reste plus à leur place que des feuillets membraneux grisâtres ou dun Jaune brunâtre ,: dans lesquels il estiropossible dé reconnaître des fibres; quelcquefois ces feuillets sont humides ,;bruns etassez sem- ; Mables à des feuilles de tabac- que l’on aurait mouillées apres ies-âvôirdéssécbées;;enfin , ; dans. quelqiiesparties du corps, on ne trouve à la plâcéides muscles, que.des ='JmiâSses-aréôlairesbrunes etîmêmeboirâtres , semblables îpàr'léUr-aspect à certains poiriers.

- A la r^ion; postérieure desimèmbres ,1a dessiccation ■dont nous parlons n est 'jamais: aussi Complète; nous né l’avons pas non plus remarquée dans la région du ' ni des lombes , où les, muscles, sont constamment --baignés dans des li^iides : dans Ces endroits, ils se détruisent pour ainsi dire par macération.

Tissu- - nponéurotique:^ et tendineux. Les aponévroses - qui ; enveloppent les muscles conservent long-temps

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leur brillant et leur consistance ; mais elles ont en général une couleur légèrement bleuâtre là où elles sont peu épaisses il en est de même du tissu tendineux dont la couleur toutefois est plus blanche et plus éclatante, ce qui tient évidémment à sa plus grande épaisseur : en effet, dans les parties où les tendons existent sous la forme aponévrotique, ils ont une teinte analogue à celle des aponévroses.

Plus tard, et à une époque déjà assez avancée , les aponévroses, et les tendons déviènnént d abord opalins et jaunâtres , puis de couleur brune , claire et même foncée; ils se dessèchent plus ou moins complètement, et perdent l’aspect nacré' qui leur est propre; mais il suffit de des riiettre en contact pendant' quelque teùips avec l’eau ; pour qu’ils reprennent leurs caraçtères primitifs; ce sont eux qui constituent, avec le tissu cellùlâi’re , là totalité ou la presque totalité de cè's masses feuilletées qui sont les seuls restes des parties" molles que l’on remarqué dans ces différentes parties dli corps, et qui, à leur toùr,‘ finissént par se détruire entièrement, en sorte que le cadavre sé trouvé réduit au squelette.

' Lé tissu téndineux est üri de ceux qui résisté lé plus à la putréfaction.

Tissu /iÿamenfeifcr- Pendant les premiers mois , les articulations conservent tous leurs t'appoits, et sont maintenues par les iigamens^ ^ui ont à peiné changé d’aspect, et qui présentent encore beaucoup dé résistance. Plus tard ,'le tissu ligamiénteüx se ramollit, jaunit, et, au bout d’un temps assez long, finit par se

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détruire complètement; il résiste beaucoup moins à la décomposition que les tendons. Les ligamens croisés sont ceux que l’on peut reconnaître le plus long-temp^ : quantau?^ autres J ils sont tellement confondus, au bout de quelques, jinois , avec les autres parties molles qui environnent, ces articulations, qu’il est impossible de les distinguer.

Tissu cartilagineux. Les cartilages arîiculaires offrent pendant long-^temps l’aspect et la texture qui leur sont propres, excepté qu’ils sont légèrement rosés. Plus tard, ils deviennent jaunâtres et commencent à s’amincir; leur consistance diminue de plus en plus ; enfin ils se détruisent, et il ne reste plus à leur place, sur les .surfaces articulaires , :qu’un enduit très?mince , humide, légèrement graisseux et ; de couleur bistre, , Les carti- ; lages costauX: brunissent aussi et perdent leur souplesse; mais avant de disparaître ils deviennent tout- ; ;à-fait noirs, fragiles , et sont comme vermoulus. , , i Tissu Les 05 subissent à peine de l’altératipn,

mênie au bout de . plusieurs . centaines, d’années.. On a , trouvé à Saint-Denis ceux du roi Dagobert, moït il y . a près de douze cents ans; à la vérité, ils étaient dans un coffre de bois, placé lui-même dans un tombeau de pierre. Haller dit, dans les premières pages de, ses /ÉUmens de Physiologie, que la gélatine des , os s’est conservée : pendant ; deux mille; ans dans ; des momies , tandis qu’à lairou. dans des terrains humides quelques .siècles suffisent à sa . destruction : alors les os se convertissent en poussière, et disparaissent. ( pour

plus de détails, l’art. 2% aux pag.:349 et 35o.) Les dents

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résistent long-temps ; l’émail est presque indestructible.

Tissu séreux. Les plèvres , le péritoine , etc. , deviennent d’abord grisâtres et se ramollissent; plus tard ces membranes s’amincissent , se déchirent facilement , et tendent à se dessécher; plus tard encore , leur couleur se fonce et passe au bleuâtre, au brun olive, ou au hoir bleuâtre ; quelquefois aussi leur surface est enduite d’une couche noire, comme graisséusé ; enfin elles dispaLraissènt. Nous avons pu reconnaître la plèvre chez un sujet enterré dans une bière épaisse , et ouvert quatorze mois après la mort.

Encéphale. Le cerveau , qui se pourrit si vite quand il est hors du crâne , résiste sensiblement au mouvement de décomposition putride tant qu’il est enfermé dans cette bqîte osseuse. Quelquefois , avant rinhumation , les vaisseaux sont gorgés de sang par l’effet de la mort; ce qui tient à la distension de l’estomaC par des gaz , et au refoulement eiihaüt du diaphragme et du sang contenu dans le côté droit du cœur. Pendant plusieurs semaines , à moins que la température n’ait été fort élevée , le cerveau conserve assez toutes ses propriétés normales pour qu’on puisse y reconnaître les diverses parties qui entrent dans sa composition , et constater les traces d’épanchemens et de ramollissemens pathologiques; cependant' il tend dé bonne heure à devenir d’un gris olivâtre clair. Quelque temps après il se ramollit, et le ramollissement coniinénce par la substance grise, diminue de volume, et ne remplit plus déjà exactement la cavité dü crâne : à cette époque , on

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aperçoit encore, sinon la totalité, au moins une grande partie des circonyplutions , ainsi que les deux substances, dont la blanche est deyenue grisâtre , et l’autre d’un yen oliyâtre. Dans un cas de mort, à la suite d’une apoplexie foudroyante, il fut . trouyé , même d’assez bonne heure , l’éduit en une bouillie très-molle couleur de lie de yin. Plus tard il est encore plus mou,, et pour ainsi dire réduit en bouillie : alors les deux substances , qu’il n’est plus permis de bien distinguer , sont yerdâtres ou couleur de Ue de yin , et répandent une odeur excessiyement fétidej il est inutilej de dire que l’on ne, reconnaît plus aucune des parties qui se trouvent dansdes divers ventricules : on voit ça et là dans la masse de, l’encéphale des filamens entourés de granulations graisseuses , qui semblent être des vaisseaux, A une ^époque plus éloignée encore , l’organe dont nous parlons n’est plus aussi fétide , et sa consistance est alimentée; il forme alors une niasse d’un gris verdâtre , semblable à de la terre .glaise détrempée ou azurée : quelquefois cette masse est jaunâtre à snsurfacef dans d’antres circonstances, elle est percée de trous, faits par des vers. Dans tous, les cas , le cerveau diminue peu à peu de, volume, et il arrive un moment où il n’occupe plus que le dixième et même le douzième delà cavité du crâne, et alors il est souvent saponifié- Dans les nombreuses ouvertures que nous avons faites, nous ayons constamment trouvé une plus ou moins grande partie de cet organe, tandis que déjà il ne restait aucun vestige d’autres viscères j

une fois: seulement ('voyez page 247) le crâne était vide , parce que des vers nombreux avaient dévoré: tout iencéphale.

Le cervelet et. la moelle épinière présentent les mêmes changemens de consistance et de couleur que le cerveau ; ils sont cependant en général plus ramollis.

La pie-mèi?e et l’arachnoïde se comportent à . peii près comme les : autres parties dù- tissu séreux (■voyez pag. a85). La dure-mère résiste beaucoup à la putréfacrtion , et présente à peine des changemens dans les premiers temps; plus tard , elle dévient presque toujours verdâtre, se ramollit et se déchire souvent en lambeaux qui offrent une couleur ardoise claire (i).

(i) On ne doit pas considérer la présence d’un: liquide séreux dans les ventricules cérébraux , le canal racbidien ou les aréoles de la pie-mère cérébrale , comme un effet , cadavérique; et on ne pourrait l’attribuer à une cause pathologique qu’autant que ce liquide s’écarterait beaucoup, par sa quantité et ses qualités., des conditions qu’il présente dans l’état normal, et que nous allons exposer. On sait , par les recherches de M. Magendie sur les animaux vivans etsur les cadavres d’individus chez lesquels il n’avait existé aucun dérangement des fonctions du système nerveux , i® que l’espace compris entre la moelle et la dure-mère est habituellement rempli par un liquide incolore , qui soumet la moelle à un certain degré de compression nécessaire à l’exercice de ses fonctions , en même temps qu’il protège cet organe important contre les comnaotions violentes ,etc. ; que l’écoulement de ce liquide, provoqué chez un animal vivant , donne naissance à des symptômes graves que fait bientôt cesser la régénération facile de

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Les nerfs sont parfaitement conservés , même plusieurs mois après rinhumation , et ne diffèrent de leur état normal que par leur solidité qui est moindre,, et par leur couleur qui est un peu rosée. > .

Glohes^ oculaires. Peu de jours après rinhumation , la cornée transparente est déjà affaissée , et notable- i ment obscurcie , et les humeurs vitrée et aqueuse tendent à se colorer en bistre clair ou èn rougeâtre. Quelques semaines après ,raffaissement a fait de tels prot grès, que les yeux semblent quelquefois vides aù pre-

cette humeur; qu’au liquide semblable infiltre les aréoles, de la pie-mère , et distend modérément les ventricules cérébraux; 4° qae la position de ce liquide est surtout. remarquable , puisque dans le rachis comme à la surface du cervelet et du cerveau , il est placé, ainsi que l’avait déjà vu Cotugno , entre le feuillet viscéral de l’arachnoïde et le viscère luimême revêtu par la pie-mère; 5° qu’une simple vapeur lubrifie en dedans les' deux feirillets contigus de l’arachiioïde , et que quand on y rencontre de là sérositéy elle est en petitè quantité et rougeâtre, et due uniquement à là tràhssudation cadavérique, rarement à une irritation des méninges; 6° que le liquide cérébro-spinal peut avec facilité passer du rachis dans les ventricules , ou de ceux-ci dans le l’afchis , par une ouverture placée nntre la face postérieure dù bulbe rachidien et le cervelet' ( elle paraît cependant bouchée par une membrane chez les moutons). On conçoit- qu’il peut aussi facilement passer du rachis dans les aréoles de la pie-mère cérébrale, puisque dans l’un comme dans l’autre cas , il est sous l’arachnoïde. Ces remarques font aussi prévoir que la position dans laquelle on place le cadavre pendant qu'on en fait l’examen , peut favoriser l’acciimulation de cette humeur . soit vers le crâne, soit vers le canal rachidien. •

mier abord ; l’obscurcissement de la cornëe et la coloration des humeurs ont augmenté ; celles-ci sont remplacées par un fluide peu consistant , de couleur bistre qui paraît être due à la choroïde j le cristallin , ainsi que les diverses membranes, conservent leurs caractères. En général, nous avons trouvé les yeux entiers jusqu’au deuxième mois. Plus tard ils se vident, et on ne rencontre que leurs membranes et le cristaillin ; quelque temps après , il n’existe que dés débris brunâtres de la sclérotique; enfin, plus tard, les cavités orbitaires ne renferment qu’une masse de gras de cadavres formée aux dépens des yeux , dont on ne découvre plus de traces , des muscles et du paqüet graisseux de cette région. Il est peu d’organès qui disparaissent aussi promptement que les globes oculaires : dans les exhumations faites à Bicêtre, nous n’en avons jamais trouvé de vestiges quatre mois après la mort.

Organes de la respiration et de la circulation. Avant d’indiquer les divers états que nous ont présentés les poumons , voyons en peu de mots ce qu’ils nous offrent de remarquable vingt-quatre ou trente-six heures après la mort. Si l’agonie n’a pas été longue , la portion des poumons qui était la plus déclive au moment du refroidissenient du cadavre , sera engorgée ; si, comme il arrive le plus ordinairement, l’individu est couclie sur le dos, et que le cadavre n’ait pas été retourné,* la congestion sanguine se trouvera dans la portion dorsale des poumons ; elle occupera au contraire leur partie antérieure ou leur partie inférieure, si, au moirient de la mort, l’individu était couché sur le ventre dans

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une situation vertiGale, comme dans la suspension , et que l’on n’mt point changé l’attitude du cadavre pendant le refroidissement. Si on retourne Je corps immédiatement après la mort, les poumons présenteront à peine quelques traces d’engorgement dans la partie ^i était la plus déclive quand rindividu a cessé de vivre; tout le sang s’accumulera dans les portions les plus déclives au moment du refroidissement. Dans ces différens cas, rengorgement pourra être porté au point deidiminuer la force de cohésion du parenchyme , Ut de chasser entièrement l’air qui occupe les parties les plus„ déclives. Il est inutile de dire, que les bronches se colorent également en rouge dans les portions des poumons où le sang s’est accurnw^®* Si T agonie à longue, ou que le malade ait succomhé. à une affeetion du thorax , avec gêne considéx'able de la respiration , la congestion sanguine occupera Ja partie des poumons la plus déclive «« moment, de la marti. Oti a beau retourner sur le ventre le corps d’un pareil individu qui vient d’empirer étant couché, sur,;. le dos , l’epgqrgement sanguin se trou.yo .dans Ja ppjtion dorsale de la partie thoracique des poumons ; celle qui est la plus déçUye au monient du réfroidissement, offreà peine quelques traces de congestiori. Il suit dé ce qui précède, que Ion se tromperait eji youlaat juger, d’après la lividité de telle- ou telle autre pairtie des poumons , la situation de l’individu au moment de la mort ou du reffoidissement du cadavre, puisquJl est évident que Ion doit tenir compte aussi delà durée de l’agonie.

Les congestions dont nous venons, de parler don-

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. Sp I

lient quelquefois aux poumons, et surtout à leur partie postérieure , une couleur plus ou moins noire, qui, dans certaines circonstances , a pu être regardée par des médecins peu attentifs comme étant le résultat de hi rgangrène on àn sphacèle.

Examinons maintenant les divers états des poumons après une inhumation plus ou moins prolongée. Ils conservent leur aspect naturel pendant long-temps, mais ils ne tardent pas à devenir emphysémateux ; ils ne sont pas plus gorgés de sang à leur partie postérieure , que lorsque la* mort est récente ; oh pèut même , au bout de quelques mois;, reconnaître leur structure , et constater s’ils sont le siège d’une lésion pathologique. Plus tard , ils sont plus ou moins affaissés , et ils n’occupent plus les cavités des plèvres ; leur couleur devient d’un vert-bouteille plus ou moins foncé, tirant sur l’ardoise , ou bleuâtre ; à cette époque , il est rare qu’en les incisant on puisse reconnaître la structure qui leur est propre ; ils sont plus mous , plus faciles à déchirer , et renferment un liquide couleur de bistre. Plus tard encore, ils offrent l’apparence de deux membranes très-aplaties, d’un petit volume , collées contre les parties latérales de. la gouttière vertébrale , est quelque-^ fois' couvertes de moisissures blanches ; et ils diffèrent d^ . tellement de l’état normal , qu’on ne peut les rè-^ eonnaître qu’à leur situation. Enfin , ils perdent peu à peu leur humidité , s’aplatissent de plus en plus , noircissent , et finissent par ne former qu’une masse mince, composée de plusieurs feuillets noirs et secs , qpii est appliquée sur les parties postérieures des cavi-

ip-

TRAITjE

tés thoraciques , et près de la coloime vert^rale Gette masse elle-même ne tarde pas à se détruire.

La membrane muqueuse de là trachée-arlÉre et du larynx commence par devenir d un vert olive clair ou d’un vert noirâtre ; quelquefois cependant , surtout vers la partie supérieure de ce canal, elle est colorée en gris légèrement violacé et parsemée çà et là détachés noirâtres. Plus tard , au lieu de la teinte verdâtre dont nous parlons , on trouve une coloration rougeâtre ou lie de vin , surtout aux parties qui correspondent aux cerceaux cartilagineux. Enfin la couleilr devient noire ou d’un brun foncé. Dans certains cas, Yépithélium de cette membrane muqueuse se détache par petits lambeaux, dont la couleur varie. On remarque aussi quelquefois des granulations grisâtres, comme graisseuses, de la grosseur de deux têtes d’épingle à peu près, déformé irrégulière, paraissant formées d’autres granulations beaucoup plus petites; ces corpuscules j quelquefois assez durs, ainsi que les petits lambeaux d’épithélium déjà mentionnés , pourraient être pris , au premier abord, pour des corps étrangers introduits dans le canal aérien. Indépendamment de ces changemens , le larynx et la trachée-artère se ramollissent de plus en plus , les cerceaux cartilagineux perdent leur élasticité, et au bout d’un certain temps, on ne découvre que les cartilages cricoïde et thyroïde , séparés l’un de l’autre, comme vermoulus, demi-transparens , de couleur jaunâtre , spongieux, cassans , et quelques anneaux de la trachée-artère flexibles , . comme des cartilages, et d’un brun jaunâtre. Enfin, et à une époque

DBS EXHUMATIONS JURIDIQUES.

plus éloignée encore , il ne reste plus de vestige de ces organes.

Diaphragme. Ce muscle conserve pendant assez long-temps son aspect normal : au bout de six et sept mois d’inhumation , nous avons souvent pu reconnaître son centre aponévrptique et des fibres musculaires j plus tard , il s’amincit , se dessèche , dévient olivâtre ou brunit , se perfore quelquefois , et finit par se réduire à une membrane brune , très-mince , n’offrant plus ni la forme, ni la texture de ce muscle. Dans certains cas , on trouve sur les deux faces des granulations dures et blanches de phosphate de chaux.

Cœur et -vaisseaux sanguins. Avant de faire connaître les changemens éprouvés par' eès organes pendant l’inhumation , rappelons l’état dans lequel Us se présentent vingt-quatre ou trente-six heures après la mort. Souvent le cœur est à l’état normal ; quelquefois il est pâle ; dans d’autres cas, il offre une teinte rouge marquée, ou seulement des stries rouges, soit dans l’épaisseur de sa substance, soit à sa surface interne ; enfin sa consistance peut être diminuée. "Les, artères et les rveines peuvent également être le siège d’une coloîration rouge , uniforme ou striée à leur intérieur , quoique le plus ordinairement elles soient à l’état naturel ^ cette teinte rouge se trouve indifféremment à la suite de toutes les maladies , et doit être considérée comme un phénomène cadavérique, résultat manifeste de la transsudation du sang qui se fait après la mort. Au reste , il est aisé de se convaincre par des expériences directes qu’il doit en être ainsi. Que l’on intro-

TBAITH

duise dans un uretère dont la couleur est parfaitement blanche, une certaine quantité de sang fluide, on ne tarde pas à observer ^ après avoir lié ses deux extrémités j que le tissu de ce conduit acquiert une couleur roüge, Quà l’exemple de M. Ghaüssîer, oii injecte par la veine mésentérique une certaine ^ quantité d’eau colorée avec dè l’encre, et quelques heures après on trouvera là ^ portion de ' l’estoWac qui est recouverte par le foie, teinte en noir ; cette 4iqùëur transsudera à travérs des parois: de l’ estomac, ?ët formera à l’épiploon et au colon des taches plus eti moins étendues;

Si Ion examine le cmar après quelque temps d’im bumatiôn^ on voit qu’il est déjà sensiblement ramolli, flasque, d’un violet plus ou moins foncé et plus rarement verdâtre , vide , ou contenant du sang en partie fluide, en partie coagulé ; sa couleur se fonce de plus en plus , surtout à rintérieür, ou elle finit par devenir nOife ;^^ quelquefois les valvules présentent dès taches brunâtres ' qui sont -aussi l’effet d’une imhibition ; d’autres fois oii- remarque â la face interne des oreillettes, ou-à l’extérieur 'de l’organe, des granulations blanches ; dures, semblables à du sablon. Plus tard , le cœur s’aplatit et se réduit à une sorte de languette d’un brun noirâtre , souple , 'amincie , et même déchirée dans quelques pointsy semblable à une double poche dé gomme élastique , dont on 'peut éncbrè écarter les parois de manière à reconnaître les' deux ventricules;' mais déjà on ne distingue plus la texture de l’organe; on aperçoit seulement quelques brides noirâtres qui doivent être les restés des colonnes char-

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. SgS

ïîues. Enfin, comme tous les autres organes , il disparaît et laisse à sa place une couche noire , comme bitumineuse , qui s’enlève facilement par le lavage. Plus les parties molles des parois thoraciques sont détruites de bonne heure ,, plus la disparition don t nous parlons arrive promptement; :

Péricarde, Lé péricarde se colore d’abord en rougeâtre j puis en rouge foncé, enfin en brun noirâtre; il se ramollit de plus en plus , et finit par disparaître. Nous l’avons souvent vu contenir une plus ou moins grande quantité de liquide sanguinolent.

Vaisseaux sanguins. On trouve en général , deux et trois mois après l’inhumation ', une certaine quantité de sang noir fluide ou coagulé , soit dans les veines soit dans les artères. Il est des cas cependant où nous n’en avons pas rencontré au bout d’un mois d’inbu’ mation; et quelquefois, au lieü de sang, nous ayons vu, même huit ou neuf^mois après la mort, un liquide san-; güinolent de coulèiir rosée. Les parois de ces vaisseaux se colorent d’abord, en rose , puis en. roüge , en yioiet foncé et en brun. C’est surtout à l’intérieur que ces teintes sont bien prononcées ; dans certains ca;s , là membrane interne devient vert-bouteille ; tantôt cette coloration est ùniforme, tantôt ce sont des plaques ou des stries,; Quoi qu’il en soit, pendant plusieurs mois, il est facile de séparer les unes des autres les diverses tuniques de ces vaisseaux'. Dans une de nos ouvertures,, l’aorte était encore entière , et parfaitement reconnaissable au bout de quatorze mois d’inhumation.

Organes de la digestion. Catuil digestif. On ne peut

TRAITÉ

bien juger les changemens qui s’opèrent dans le canal digestif pendant le séjour des cadavres dans la terre , qu’en examinant comparativement l’étal de ce canal peu de temps après la mort , avant l’inhumation , par exemple , et plusieurs semaines , et même plusieurs mois après. Comment reconnaître , en effet , qu’il y a eu des changemens de couleur, de consistance, etc. , si oh ne sait pas quelles sont le plus habituellement les couleurs et la consistance des tissus de ce canal quelques heures après la mort ? C’est ce qui nous engage à tracer en peu de mots les principaux états du canal digestif chez des individus qui n’ont pas succombé à une phlegmasie de eet appareil; et comme nos observations ont eu surtout pour objet les cadavres des vieillards , c’est particulièrement de ceux-ci dont nous allons nous occuper.

Quelle que soit la maladie qui occasionne là mort des vieillards (hémorrhagie cérébrale, ramollissement du cerveau , pneumonie , pleurésie, maladies du coeur, etc.), jamais ou presque jamais la membrane muqueuse de l’appareil digestif n’est dans un état parfait d’intégrité ; il est rare qü’on ne rencontre dans l’estomac et les intestins des altérations diverses que l’on ne peut considérer comme morbides que dans un très-petit nombre de cas, et qui cependant ne sont pas l’état physiologique parfait. Bien plus , ces sortes d’altérations sont souvent beaucoup plus prononcées que ne le sont les traces que laissent après elles des maladies très-intenses du conduit alimentaire , maladies qui ont pû seules déterminer la mort des malades.

De toutes ces affections étrangères au tube digestif, celles qui occasionnent les cbangemens les plus remarquables sur la membrane qui le tapisse, sont, sans contredit, les maladies du cœur et des gros vaisseaux ; et comme il est peu de septuagénaires qui meurent sans quelque altération de ces organes , il en est peu aussi qui ne présentent quelques modifications dans la membrane muqueuse gastro-intestinale. Cette altération , qui ne sort pas des bornes physiologiques , tant qu’elle ne consiste que dans une injection .mécanique plus ou moins considérable , peut être portée jusqu’à l’état, morbide; ainsi le sang accumulé dans.ces tissus perméables, agissant comme un corps étranger , finit souvent par déterminer une sorte d’inflammation (si l’on peut s’exprimer ainsi) : alors la rougeur est cerise y 'violette y lie de 'vin , et pénètre profondément la menibrane muqueuse gastrique dans toute son étendue, ou seulement d’une manière plus marquée dans quelquesuns de ses points; d’autres fois, le sang ainsi accumulé s’exhale dans les cavités gastro-intestinales , et donne lieu à des hémorrhagies consécutives.

Mais avant d’atteindre à ces points qui peuvent être considérés comme des états morbides , la membrane muqueuse gastro-intestinale passe par divers états , qui ne gênent que peu ou point l’action des intestins, et qui peuvent être regardés comme physiolo¬

giques. Alors V œsophage est généralement plus injecté que dans l’état normal ; on rencontre çà et là , mais principalement vers le cardia , et vers le tiers inr férieur, des plaques ou taches plus ou moins larges ,

TRAITÉ

violettes , ressemblant parfaitement à une ecchymose f ces taches sont sous un épithélium plus épais et plus dense que celui qui revêt la membrane muqueuse gastrique , si même il en existe dans ce dernier cas. Le diamètre du; conduit œsophagi eh: est quelquefois rétréci d’une manière: partielle. Dans les jjoints qui correspondent aux endroits rétrécis j il existe des plis longitudinaux , et Bans ces endroits les parois de ce conduit paraissent plus épaisses et plus denses. Il est impossible d’ailleurs de reconnaître là les traces d’un travail inflanimatoire.

L’ci présente des variétés infinies dejCdTilèur, de consistance , de volume , de diamètre ^ etc.,La membrane muqueuse quide tapisse , molle, spongieuse recevant Une multitude innombrable de vaisseaux capib laires:, éssêntieilernent pèrhiéâblê- au sang , étant d’ailleurs contihuëllèinent en action', devient facilement , ainsi-qU’on le cOncoit bien , le réceptacle d’üne quantité plus OU moins grande de sang , lorsqu il existe quelque obstacle à la circulation ; aussi estûï extrêmément rare de trouver cette membrane d’un blanc; légèrèment et unïfôrmémëHt rOsé, qui est sa couleur physiologique parfaite^ Mais dans l’exploration dë cette membrane il né faut pas oublierï^^qu’ellë se pénètre avec la plus grande facilité des substances colorantes que renfermé lé Vêntricule ; les lotions les plus exactes et lés plus répétées n enlèvent jamais cornplétèment la coloration produite par cette imbibitioU : ainsi lé vin , lés décoctions dé quinquina, colorent en rouge cette membrane /ët pourraient faire croire à des observa-

DES EXHD.«ATiOîîS JFDB.IDIQUES.

leurs peu attentifs ou peu exercés que la couleur qu’ils communiquent est le résultat d’une injection sanguine : d’autres préparations médicamenteuses ou alimentaires peuvent avoir un résultat analogue ; nous nous bornons à citer ces deux exemples. I;a présence d’un : liquide colorant rouge doit d’abord faire naître des doutes sur la uature de la coloration dé la mém^ brane gastrique; ajoutons encore que cette coloration est uniforme, et qu’on n’y distingue point ces arborisations, ces injections vasculaires; qui sont le caractère de la pénétration véritablè du sang dans les vaisseaux capil- Jaif es ; d’-ailléurs les lotions et la m^cêr^Ùùn détèi* partie , sinon complètement , cette membrane ainsi colorée. îLa part de cette' colomtîbh mécanique ou chimique ainsi faite , il reste à examiner celle qui est le résultat de la stase du sang dans les vaisseaux.

La couleur de la niembrane muqüeuse varie alors depuis une teinte légèrement rosée , depuis rinjectîon la plus légère jusqu’au noir foncé , et cela sans que lés fonctions digestives aient été dérangées d’une manière notablé. La grande courbure de l’estomàc, le grand cul-de-sac , et surtout l’extrémité pyloriquè , sont le siège de cette pénétration sanguine , soit parce que le système capillaire s’y trouve plus développé ; Soit enfin parce que les fluides , y séjournant/ favorisent l’injection de ses vaisseaux. On observe dés plaques plus ou moins étendues (car jamais, ou bien rârèment, là coloration est uniforme) , de couleur rosée ; rouge vif , lie de vin , hv\xixes , bleuâtres ; ardoisées ; et: même noires ; ces plaques ont rétêndüé dé la paume dé là

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TRAITE

main , quelquefois. . plus , d’autres fois moins. Il n’est pas rare de rencontrer la plupart de ces nuances dans un même ventricule , et les lignes qui les séparent sont souvent bien déterminées ; de sorte qu’à côté d’une plaque rosee, on en voit une brune, ou rouge, etc. La membrane muqueuse est souvent tachetée de macules qui présentent un aspect scorbutique ; la surface de cette membrane peut être lisse, polie , ou rugueuse , pôintillée, mamelonnée et quelquefois, parsemée de véritables fongosités très-petites ; souvent aussi de gi'osses veines bleuâtres rampent sous elle et soùs là tunique muqueuse de l’intestin grêle-, qui est d’une couleur blanchâtre et peu cendrée: dans, tous ces eas y l’individu vivant n’éprouvait rien vers ces viscères.

La consistance de la .merahaarie muqueuse- est loin d’être la même dans toute son étendue ; dans quelques points elle est si peu adhérente , qu’elle s’enlève par le frottement avec le dos du scalpel, qu’elle se confond avec de la mucosité; dont on a beaucoup de peine à- la distinguer, tandis que, dans d’autres points , le tranchant de l’instrument la détache très-difficilement..

Les parois de l’estomac sont quelquefois translucides ; on voit seulement serpenter dans leur épaisseur des vaisseaux d’un assez gros calibre. L’estomac est alors d’un considérable : il peut être double

de l’état naturel.

Dans certains cas , ce viscère est ramassé , rétréci ; ses parois sont épaisses, plus consistantes que dans l’état ordinaire ; à l’intérieur , la membrane muqueuse

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. 3oi

est alors ridée, et offre d’une multitude de plis en général longitudinaux. On observe aussi des dilatations et des rétrécissemens partiaux : l’estomac présente alors l’aspect d’une gourde, et c’est vers le point rétréci que la membrane interne présente les plis dont nous avons parlé. Dans quelques circonstances, on trouve la plus grande partie de la membrane muqueuse complètement enlevée vers le grand cul-de-sac de l’estomac, sans qu’il y ait eu maladie du tube digestif ; mais alors l’appareil circulatoire est développé outre mesure.

Telles sont les modifications les plus ordinaires que l’on rencontre dans l’estomac des vieillards qui meurent de maladies du cœur. Ces modifications peuvent être considérées jusqu’à lin certain point comme physiologiques , puisqu’elles permettent le libre exercice des fonctions du ventricule. Mais, dira-t-on , la maladie de l’estomac a été latente dans ces différens cas ; nous répondrons que ces cas étant excessivement nombreux , et la manière dont ils se produisent étant susceptible d’une explication plausible d’après les lois physiologiques, nous aimons mieux les considérer comme des modifications coïncidant avec l’état de santé, que comme des cas pathologiques exceptionnels.

Les intestins , surtout ceux qui plongent dans le petit bassin, présentent des modifications analogues à celles de l’estomac.

Le duodénum est souvent rouge, injecté , brun, etc;, mais ordinairement beaucoup moins que l’estomac. Le séjour de la bile qu’il renferme lui fait contracter une nuance jaune, verdâtre, qui le distingue très-bien de

TEAITE

^estomac, lorsque ce, fluide n’a pas remonté par le pylore dans la cavité gastrique. .

De toutes les divisions intestinales, celle qui est le plus souvent exempte d’altération , c’est le jéjunum ; , coloré en jaune ou en vert par la bile que ses nom' breuses villosités retiennent, il est rarenient le. siège d’injections notables , d’hypertrophies ou d’atrophies de ses .parois, de dilatation ou de rétrécissement j quoiqu’il n’en soit pas entièrement exempt.

Mais l'iléon est au moins aussi souvent que Pestomaù le siège de ces injections violacées , brunes, noirâtres, bleuâtres , que nous avons signalées dans le ventricule. La position très-déclive de cet intestin , qui séjourne presque entièrement dans le petit bassin , le cadavre étant couché sur le dos , paraît être la cause de ce phénomène , qui se passe probablement dans les der-nières heures de la/ vie , ou dans les premières qui suiventiamort.

La membi’ane muqueuse de cet intestin est, en effet j bien souvent d’un rouge très-foncé , et véritablement lie de vin; cette coloration; occupe la totalité de la tu^ nique ; ; elle est seulement plus prononcée par intervalles. L’aire de l’intestin est souvent ; rétrécie ; les par rois paraissent .alors hypertrophiées ; dans d’autres cas iplus rares , le diamètre est plus grand , et les pà? rois plus minces ; cet amincissement, est, quelque-: fois tel que l’intestin est pellucide transparent , et paraît réduit à sa membrane séreuse. Enfin on observe aussi des rétrééissemens et des dilatations alternatifs.

EES EXHUMATIONS JUalDIQt'ES. 3o3

Le rectum, le colon ascendant, transverse et descendant, sont loin de rester étrangers aux modifications dont nous parlons j toutefois elles y sont moins prononcées et moins fréquentes que dans les autres parties du tube digestif. Les épaississemens,.les.rétrécissemens, les dilatations , sont les modifications les plus ordinaires; les injections le sont beaucoup moins : en effet, la coloration du gros intestin, à moins que cet organe n ait été le siège d’un travail morbide , est la plupart du temps d’un blanc légèrement rosé, c’està-dire , physiologique ; bien entendu qu’on a du le netr loyer exactement des fèces qu’il contient , et dont la couleur pourrait avoir altéré la sienne.

Si après avoir examiné le canal digestif des vieillards qui ont succombé avec une maladie de cœur, et ce cas est -excessivement commun, nous étudions ce même canal ckez d’autres vieillards qui ne présentaient aucune trace de cette lésion, nous verrons qu’à la suite de brûlures qui déterminèrent la mort d’un homme de soixante-quinze ans au bout de huit jours, la membrane muqueuse gastrique était grisâtre, et celle des intestins d’un gris de cendre ; que, chez une femme de quatre-vingts ans , morte de vieillesse, la tunique interne de l’estomae était aussi d’une couleur cendrée, ceîie du duodénum blanchâtre avec une nuance jaune peu intense , celle du jéjunum; de l’iléon, du colon et du rectum, blanchâtre, et celle du cæcum grisâtre. M. Billard, à qui nous avons emprunté ces deux faits, place au nombre des colorations qu’il faut considérer comme des phénomènes cadavériques, chez des indi-

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vidus dont la membrane muqueuse gastro-intestinale est dans l’état sain, des plaques jaunes plus ou moins étendues ou de simples bandes de cette couleur répandues sur la surface muqueuse du duodénum et du jéjunum.

Les variétés de coloration de la membrane muqueuse gastro-intestinale, pour être moins nombreuses ch«s les adultes que chez les vieillards , n’en existent pas moins : si l’individu est mort subitement pendant la digestion, d’une affection qui n’intéresse pas le canal digestif, la tunique interne de l’estomac est ordinairement de couleur rose , tandis que celle des intestins est grise, cendrée ou blanche, avec ou sans plaques jaunes; la coloration de la partie interne du tube digestif peut au contraire être plus variée et plus foncée si la mort n’a pas eu lieu pendant la digestion , et qu’elle n’ait pas été prompte , quoique la maladie à laquelle on a succombé n’ait pas été de nature à altérer directement les tissus de l’estomac et des intestins.

Nous terminerons cette esquisse rapide des divers états sous lesquels peut se présenter le canal digestif avant l’époque de l’inhumation , par quelques considérations sur les lividités cadavériques de ce canal. On sait qu’il n’est pas rare de trouver sous la membrane séreuse, dans le tissu même de la partie, des taches rouges, livides ou noirâtres, étendues, irrégulières, semblables à celles que l’on voit à la peau des cadavres: ces taches occupent la partie du canal digestif qui était la déclive au moment du, refroidissement; elles ne dépendent que.de la stase, de la congestion du sang

DÉS EXHUMATIONS JURIDIQUES. 3o5

dans lés capillaires , et ne sauraient être regardées comme des traces d’inflammation. Les deux observations suivantes mettront cette vérité hors de. doute. i“. A l’ouverture de l’abdomen d’un individu qui succomba brusquement à une attaque d’apoplexie , et qui se trouvait peu de temps auparavant dans un état de santé parfaite, on observa que toutes les anses intestinales superposées, et la portion de l’estomac que l’on put découvrir, étaient d’une pâleur remarquable : on n’aperçut de rougeur que dans la partie la plus déclive de chacune de ces anses, et nulle part l’injection veineuse n’était aussi considérable que sur les portions de l’iléura plongées dans le petit bassin. La membrane muqueuse de l’estomac , celle de la vessie étaient rouges à leur partie la plus déclive. Le cadavre était resté en supination: l’ouverture avait été faite vingt -quatre heures après la mort. 2° On plaça sur le ventre^ immédiatement depvès la mort, le cadavre d’un jeune soldat qui venait de succomber à une pneumonie grave et de peu de durée j on veilla à ce que le corps restât dans cette position jusqu’au moment de l’ouverture, qui.fut faite le lendemain. Les lividités cadavériques de la peau se montrèrent à la face, à la poitrine, au ventre et à la partie antérieure des membres ; les portions de l’estomac et de l’intestin grêle qui étaient en rapport avec l’épigastre, l’ombilic et î’hypogastre, offraient les teintes de rose, de rouge, de violet j que l’on remarque ordinairement dans les anses intestinales qui occupent le petit bassin ét les côtés de la colonne vertébrale, et qui , dans cette occasion , étaient toutes d’une extrême

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pâleur, ainsi que la partie postérieure de l’estomae et de la vessie. ( Trousseau , Dissertation inaugurale. Paris, iSaS. }

Arrivons maintenant à la description des divers états que nous avons observés dans le canal digestif des individus exhumés plus ou moins de temps après l’inhumation. Tout ce qui précède montre combien il est difficile , pour ne pas dire impossible , d’affirmer què les colorations et même les ramollissémens dont nous allons parler, soient le résultat du séjour des cadavres dans la terre, puisque nous savons qu’avant d’enterrer les corps la membrane muqueuse pouvait déjà présenter ces colorations et ces ramollissemens : aussi nous bornerons-nous à dire ce que nous avons vu , sans prétendre établir, du moins pour ce qui concerne l’estomac et les intestins , que ce soit un effet nécessaire de l’inhumation prolongée.

La membrane muqueuse de la bouche, le 'voile du palais, le pharynx et la langue, sont verdâtres dans les premiers temps, et sensiblement ramollis; cette couleur se fonce de plus en plus, et finit par devenir noirâtre; toutes ces parties se dessèchent au point qu’au bout de quelques mois on ne trouve à la place de la langue qu’un appendice membraneux, très-sec et fort mince. Dans les premiers temps, la membrane interne de X œsophage était colorée en vert plus ou moins foncé, surtout à sa partie supérieure, car inférieurement elle offrait souvent une couleur rougeâtre , même d’assez bonne heure; quelquefois aussi la teinte verdâtre de la portion inférieure était piquetée de rouge et de violet.

DÈS EXHUMATIONS JURIDIQUES. Zo'J

Bans certains cas , chez les vieillards , nous avons ren^ contré à l’intérieur de ce conduit musculo-membraneux plusieurs petites tumeurs variqueuses remplies de sang noir liquide, et qui ne constituaient pas évidemment une altération cadavérique, mais bien une lésion pathologique. Plus tard, l’œsophage brunissait de plus en plus et se détruisait, comme nous allons le dire en parlant de l’estomac.

Estomac. Ce viscère ne contenait ordinairement qu’une très-petite quantité de liquide. Dans les premiers temps, sa membrane muqueuse était jaunâtre, d’une couleur aurore, grisâtre, d’un gris bleuâtre ou d’un vertbouteille; quelquefois ces teintes étaient piquetées de rouge et de violet ; près du pylore, le plus ordinairement, elle offrait une plaque bleuâtre plus ou moins large, plus fortement colorée que le reste. Plus tard, elle éfâit soulevée dans certains points par des gaz qui formaient des bulles du volume de têtes d’épingle ou plus grosses; souvent alors elle avait acquis une couleur rosée d’abord, puis rougeâtre violacée , et elle était tapissée d’une couche peu épaisse d’un liquide couleur de bistre , ou semblable à de la boue délayée. A une époque encore plus éloignée, elle était d’un gris blanchâtre , avec plusieurs taches bleues , sans la moindre apparence de rougeür : alors l’estomac, qui déjà avait éprouvé un ramolUssement considérable, s’altérait déplus en plus, et bientôt après on ne le retrouvait qu’en partie sous forme d’une portion de cyUndre offrant une cavité ; enfin ce n’était plus qu’une masse feuilletée, desséchée, susceptible d’être réduite en filamens coralUformes ,

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et , en dernier lieu , une matière noire humide , avec le luisant du cambouis , recouverte çà et là de moisis, sure d’un blanc, verdâtre sous forme de petits globules, et'de plaques ressemblant beaucoup à ces lichens d’àpparenCe terreuse qu’on trouve sur les troncs des vieux arbres. Plusieurs mois après l’inburaation , on pouvait encore séparer les trois tuniques de l’estomac; la musculeuse et la séreuse ne présentaient pas toujours les mêmes phénomènes de coloration que la muqueuse ; en général, leur teinte était d’abord grisâtre ou jaunâtre, puis rosée; enfin elle redevenait grisâtre; quelquefois cependant les parties de la membrane séreuse correspondantes au foie et à la rate, étaient rougeâtres, surtout dans les premiers temps.

Intestins. Les intestins étaient d’abord d’un gris quelquefois légèrement rougeâtre à l’extérieur et giisâtre à l’intérieur ; dans certains cas cependant, la tunique muqueuse était rosée ou violacée par parties, et là où elle était couverte d’excrémens, jaunâtre. Plus tard, l’épaisseur des intestins diminuait; ils commençaient à se dessécher et à être collés entre eux , puis brunissaient, devenaient plus secs, et leurs parois s’accollaient de plus en-plus , au point que l’on avait beaucoup de peine à les séparer ; ils constituaient alors une masse qui était assez fortement appbquée contre la colonne vertébrale; ils conservaient pendant long- temps les matières féeales; enfin ils éprouvaient les mêmes altérations que l’estomac , et se détruisaient comme lui.

Nous examinerons ailleurs si les changemens que la putréfaction fait subir au canal digestif sont de nature

à pouvoir être confondus avec ceux que développe une inflammation ( chapitre VI ) ; bornons-nous

actuellement à observer que long-temps après la mort, lors même qu’il n’existe déjà plus de traces des viscères thoraciques, on découvre le plus souvent encore dans l’abdomen quelques vestiges de portions cylindriques du canal digestif, dans les cavités desquelles il seraitpossible de trouver des restes d’une substance vénéneuse.

Épiploons. Les épiploons et le mésentère deviennent d’abord grisâtres ou rosés , et se ramollissent j bientôt après ils se dessèchent, perdent de leur souplesse, et tendent à se transformer en gras de cadavres ; du reste, ces organes se conservent long - temps sans subir d’altération marquée.

lue foie commence par se ramollir et. par. brunir ; sa membrane péritonéale se détache assez facilement , et ne tarde pas à se détruire, du moins en partie ; il suffit de quelques semaines pour que la structure normale de cet organe ne soit plus reconnaissable ; en effet, on ne distingue plus alors les deux substances qui le composent; mais on aperçoit encore très^bienles gros vaisseaux qui sont souvent enduits intérieurement d’une sanie lie de vin foncée. Plus tard, il existe- à la surface du foie des granulations comme sablonneuses de phosphate de chaux, et, chez certains individus, l’intérieur des vaisseaux contient d’autres granulations molles, blanches, évidemment formées par du gras de cadavres. Plus tard encore , l’organe dont il s’agit est réduit à une masse aplatie , épaisse d’un demi-pouce, d’un brun noirâtre , légèrement desséchée , qui , étant coupée , se

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subdivise en feuillets, dans l’intervalle desquels il y a une matière solide, brune, comme bitumineuse,* cette masse , qui s’aplatit de plus en plus , finit par devenir noire, coralliforme , et par se séparer au plus léger effort; quelquefois cependant, au lieu de se dessécher ainsi , le foie se transforme en une matière molle , noirâtre , qui ressemble à du cambouis , sorte de bouillie au milieu de laquelle on aperçoit une matière jaune, comme graisseuse.

La 'vésicule biliaire^ vide ou contenant de la bile, épaisse , d’un vert olive , se retrouve presque avec tous ses caractères , lorsque le foie a subi des changemens notables.

Rate. Elle se ramollit de très-bonne heure , et peut être facilement déchirée; elle brunit de plus en plus, et sa structure normale ne tarde pas à être méconnaissable; bientôt après elle est réduite en une bouillie noirâtre , semblable à du cambouis qu à de la boue d’égouts , qui imprègne les parties voisines et leur communique cette couleur. Enfin, dans certains cas, elle finit par être tellement diffluente, qu’on ne peut la reconnaître que par sa situation ; elle ressemble alors à du sang décomposé.

Le pancréas commence par se ramollir, puis devient plus gris ; le ramollissement est porté à un point tel, que l’organe est transformé en une bouillie d’abord grisâtre, et qui brunit de plus en plus.

Organes urinaires. Les reim ne se ramollissent pas aussi vite que la rate ; cependant ils perdent aussi de bonne heure leur consistance; on peut facilement en

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détacher la membrane extérieure ; les bassinets et les calices sont encore faciles à reconnaître , lorsque déjà les substances corticale et tubuleuse sont entièrement confondues. Enfin , ces organes se transforment en une bouillie brunâtre comme du cambouis, et disparaissent.

La vessie n’offre rien de remarquable pendant les premières semaines j quelquefois cependant elle est le siège d’un emphysème sous-muqueux. Plus tard , elle se rétracte , et éprouve à peu près les mêmes changemens que les intestins : toutefois pn trouve souvent des traces de çes derniers quand déjà elle n’existe plus, ce qui s’explique par le voisinage de l’anus.

Organes génitaux. Dans les premiers temps, ces organes, quoique ramollis, conservent leurs formes; les corps caverneux s’affaissent de bonne heure. Plus tard , la verge est aplatie, ressemble à une peau d’anguille, et n’offre nuUemeut l’aspect de cet organe. Le scrotum, qui d’abord a pu être excessivement distendu par des gaz, se dessèche de plus en plus; les testicules diminuent de volume , acquièrent une couleur vineuse et se transforment en gi as. Plus tard encore , la verge ressemble à un tube d’un tissu consistant, dont les parois sont appliquées l’une sur l’autre, et qui, étant écartées, le réduisent à un cylindre creux. Déjà on ne trouve plus, à la place du scrotum et des testicules, qu’une matière molle, brunâtre, humide, offrant çà et là quelques lambeaux, comme membraneux, et recouverte d’un enduit visqueux , noirâtre , et de beaucoup de vers. A une époque plus éloignée, la destruc-

TRAIT:é

tion des organes génitaux est portée à son comble j et l’on ne peut plus reconnaître le sexe à l’inspection de ces organes, quoique le pubis soit couvert de poils qui sont accollés à la masse feuilletée et carbonnée, à laquelle sont réduites les parties molles.

Chez la femme, les organes génitaux externes, après s’être ramollis, finissent par ne plus constituer qu’une masse informe feuilletée , qui ne permet plus de distinguer le sexe. L’utérus se ramollit aussi, puis s’aplatit, et se déforme tellement qu’au bout de quelques mois on ne le reconnaît qu’à sa situation. Les trompes et les ovaires disparaissent d’assez bonne heure. Les ligamens larges résistent davantage à la putréfaction , et deviennent grisâtres.

Développement de certains gaz. Nous ne donnerions pas une idée complète des cliangemens que peuvent éprouver nos organes pendant l’inhumation , si nous ne parlions pas du développement de certains gaz qui a quelquefois lieu dans la plupart de nos tissus. L’estomac , les intestins , la plèvre , le péricarde , les cavités droites du cœur, les veines caves et d’autres parties du système veineux, l’utérus, la cavité du péritoine et les aréoles du tissu cellulairej, peuvent en effet être distendus par des gaz , qui sont le résultat de la décomposition des fluides : c’est ce que l’on observe particuliérement après des morts promptes et violentes , précédées de douleurs vives, de grands efforts, etc.; et il suffit alors quelquefois de deux ou trois heures pour rendre le corps emphysémateux, au point de le faire nager sur Veau. On ne doit pas hésiter à rapporter au dévelop-

pement 'de ces bulles gazeuses dans les veines , un phénomène en apparence fort extraordinaire, et dont les anciens avaient prétendu tirer une induction juridique; nous voulons parler de la cruentation^ c’est-àdire du suintement et même du jaillissement de sang par les plaies : faut-il s’étonner que le sang contenu dans les veines s’échappe par les ouvertures des vaisseaux d’une plaie , lorsqu’il est poussé par les gaz développés dans le système veineux ?

Après avoir exposé succinctement les phénomènes que présentent les divers organes en se pourrissant, il ne sera pas inutile de jeter un coup d’œil sur les principaux changemenS éprouvés successivement par la tête, le thorax, l’abdomen, le bassin, les membres, et même le drap et la bière.

Tête. La tête tient encore à la colonne vertébrale , et conserve tous ses rapports, que déjà les paupières sont amincies et assez enfoncées pour qu’au premier abord les cavités orbitaires ne paraissent qu’à moitié pleines j les globes oculaires sont affaissés de très-bonne heure; il en est de même du nez, dont les parties latérales cependant sont les seules qui soient quelquefois déprimées. Bientôt après, les cheveux se détachent, les paupières , les parties molles du nez , et même les lèvres déjà très-amincies, se détruisent; une portion de la peau du crâne se détruit aussi, et les os, mis à nu, sont enduits d’une légère couche d’une matière comme graisseuse , couleur de bistre. 11 existe à la partie postérieure de la tête une infiltration sous-cutanée, sérosanguinolente, que l’on trouve également entre le pé-

TRAITE

rioste et les os , et qui est le résultat de la situation du cadavre sur le dos ; là , par conséquent , les parties molles se détachent très -facilement, quoique les tégumens aient encore assez de consistance. Au milieu de tous ces désordres, les oreilles et les joues sont assez bien conservées. On voit aussi çà et là , sur quelques parties du crâne et de la face, des moisissures vertes ou blanchâtres, humides et cotonneuses. Plus tard, entre le troisième et le quatrième mois (du moins dans les ouvertures faites à Bicêtre), on n’apercoit plus aucune partie molle de la fa.ce 5 il n’y a que. quelques débris membraneux , notamment aux régions molaires ; mais l’os maxillaire inférieur tient encore au temporal , et la tête à la colonne vertébrale j à la vérité, une légère traction suffit pour amener la désarticulation. A une époque plus éloignée, les deux mâchoires, largement séparées , laissent voir l’apophyse basilaire de l’occipital ; cependant elles sont encore unies par quelques, débris de parties molles ; la tête tient à peine au tronc. Enfin, plus tard, ces os sont complètement désarticulés et dénudés : alors les os du crâne sont recouverts d’un magma qui est un mélange de terre et de cheveux, et qui, étant enlevé, laisse voir leur couleur bistre clâir-tachée çà et là de larges plaques brunes, foncées^

Thorax. Il est rare que , pendant les trois premiers mois , le thorax ait éprouvé quelque changement dans sa forme ou dans les rapports des diverses pièces qui le composent; les cavités des plèvres peuvent contenir une plus ou moins grande quantité de liquide; mais

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cet épanchement n est pas le résultat de la putréfaction. Enfin , l’affaissement des viscères thoraciques , et notamment des poumons, n’est pas encore assez marqué, pour qu’en ouvrant la poitrine on soit frappé par le vide qu’offriraient ses cavités. Quelque temps après , la dépression est évidente j le sternum semble toucher à la colonne vertébrale; on l’enlève facilement avec la main; quelques-unes des côtes commencent à se séparer de leurs cartilages ; les espaces intercostaux , dans certains points , ne sont plus occupés que par une tunique grisâtre qui sert de moyen d’union ; l’intérieur du thorax, lorsqu’on l’incise , paraît vide et comme tapissé d’une membrane ressemblant par sa couleur et sa consistance à du papier gris mouillé , sans qu’on puisse dire au juste de quels organes cette membrane est le débris. Plus tard , les côtes sont presque entièrement décharnées, et tiennent à peine au sternum , qui est enfoncé, brun, et souvent recouvert de moisissure ; les cartilages sternaux sont presque tous séparés du sternum et des côtes; ceux qui restent sont noirs, percés de trous, encore souples et faciles à enlever ; on n’éprouve pas beaucoup de difficultés à les casser, et alors on entend un léger bruit; les cavités thoraciques sont parsemées de mob sissures blanches ou autrement colorées , et déjà quelques-uns des intervalles intercostaux sont à jour par suite de la destruction des parties qui les remplissaient. A une époque plus éloignée , le sternum et les cartilages costaux sont séparés; on en voit les débris épars dans le thorax et dans l’abdomen; ce qui produit nécessairement une grande ouverture à la partie anté-

rieure du thorax. Plus tard encore, la cage thoracique -est détruite ; le sternum, séparé en deux pièces, occupe la cavité du thorax ; les côtes sont presque toutes détachées et couchées les unes sur les autres , sur les parties latérales du cadavre; elles sont enduites d’une matière noire semblable à un extrait végétal mouillé , et qui est évidemment un reste des parties molles détruites; elles ne sont pas plus fragiles qu’à l’état naturel, mais leur intérieur, est très-sec et très-poreux; il n’en est qu’un très-petit nombre qui conservent encore une partie de leurs cartilages; ceux-ci sont très-souples, d’un gris olivâtre, mais couverts d’un enduit brunâtre , comme vermoulus par places , et offrant une coupe excessivement poreuse; leur substance intérieure est évidemment détruite.

Abdomen. Pendant long-temps l’abdomen n’éprouve aucun changement notable , si ce n’est qu’il devient vert, jaune marbré de vert ou ochracé. Du troisième au quatrième mois; du moins dans nos expériences, il® s’affaisse, et ses parois tendent à se rapprocher du rachis ; quelque temps après , ces parois sont réduites à une couche membraneuse , quelquefois humide , mais le plus souvent mince, desséchée, brune, couverte de terre et de moisissure , très-facile à déchirer , collée surtout inférieurement à la colonne vertébrale et même au bassin; lorsqu’on l’enlève, on remarque un vide considérable sur les deux côtés de cette colonne et dans le bassin. Quand cette couche est humide , les feuillets qui la composent sont comme savonneux, d’un blanc jaunâtre , et ordinairement séparés les uns

des autres par une quantité innombrable de vers. Quelques semaines après , les parois abdominales sont tellement collées au rachis, qu’on ne les détache facilement que sur les côtés, où elles existent sous forme d’une couche feuilletée, d’un rouge noirâtre à l’intérieur et quelquefois encroûtée de gras de cadavres à l’extérieur. H résulte de l’accoUement sur la colonne vertébrale, de la portion sous-ombilicale des parois dont nous parlons, un creux très-prononcé, à partir de l’appendice xyphoïde, jusqu’un peu au-^dessous de, l’ombilic. Quelquefois, au lieu de présenter une surface lisse et unie, la couche membraneuse qui est collée au rachis , offre des bosselures et des enfoncemens. A une époque plus éloignée, les parois abdominales sont réduites à quelques débris tégumentaires d’une cou-.leur bistre, olivâtre ou noirâtre, souvent perforés dans plusieurs endroits , et qui tiennent encore aux dernières côtes, au pubis, et à la partie postérieure des Crêtes iliaques j ces débris paraissent formés par le péritoine, et peut-être par des portions des muscles droits et obhques , fortement desséchés et en quelque sorte méconnaissables. Enfin tout est détruit et on ne trouve sur les côtés du rachis, et adhérente à des os qui en sont teints, qu’une matière noire, humide, avec le luisant du cambouis, formant en quelques endroits des. masses épaisses d’un demi-pouce, qui sont évidemment des débris des parties molles."^

La conservation des viscères abdominaux , dépendant surtout de l’état d’intégrité des parois abdominales, il ne sera pas sans intérêt de jeter un coup d’œil

TRAITÉ

rapide sur les époques auxquelles ces parois se détruisent. Nous trouvons ici , ce que nous voyons partout ailleurs, des différences immenses qui tiennent à des causes souvent difficiles à déterminer. Ainsi il ne res-^ tait plus de traces de parois abdominales chez les sujets des observations n®, i4® (voj-ez pages i3i et i54), qui avaient été exhumés , le premier neuf mois dix-huit jours , et l’autre treize mois seize jours après l’inhumation; tandis qu’il existait une portion de paroi abdominale chez un individu dont le corps était inhumé depuis dix-sept mois six jours ( obsèrvation i5®, page 1 58 ) ; et ce qui est bien plus extraordinaire , chez un autre sujet enterré - vingt-trois mois cinq jours avant, la paroi antérieure de l’abdomen était presque entière et sous forme d’une membrane comme tannée, au milieu de laquelle on voyait l’enfoncement ombilical, et à laquelle adhéraient des feuillets de couleur bistre ou noirâtre, semblables à des feuilles de tabac préparées et humectées ; ces feuillets étaient réunis entre eux par desfilamens mous , semblables à de l’amadou et se déchirant avec facilité observ. i6®). Pourtant tous ceS sujets avaient été déposés dans des bières du même bois, de même épaisseur, enveloppés d’une serpillière , et à côté les uns des autres dans le cimetière de Bicêtre. Nous pouvons encore ajouter, pour mieux faire ressortir ces différences , que l’individu qui fait le sujet de l’obseiration 20®, et qui avait été inhumé deux ans neuf jours auparavant, n’offrait aucune trace de paroi abdominale, quoiqu’il eût été

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. SlQ

enterré dans une bière excessivement épaisse ^ et enveloppé d’«/ï drap de toile.

La cavité abdominale ne contient jamais de liquide dans son intérieur, à moins qu’il n’en existât avant la mort ,* au contraire, les viscères abdominaux tendent de plus en plus à se dessécher, et leur aspect est loin d’être humide quelques mois après l’inhumation. Du reste, la conservation des organes contenus dans l’abdomen a quelque chose de surprenant pour les personnes peu habituées à ces sortes de recherches : on peut diré que tant que les parois abdominales sont intactes, les viscères sous-jacens conservent leur intégrité, leurs formes, et même leurs rapports ; seulement quand l’affaissement de ces parois a été porté jusqu’au point de les coller au rachis , et lorsque déjà les organes eux-mêmes ont considérablement diminué de volume , n’aperçoit-on pas d’abord facilement , en ouvrant l’abdomen , toutes les parties qui y sont contenues. Plus tard , la difficulté devient plus grande ; et si l’on reconnaît bien le foie, la rate et les reins , plutôt à leur situation qu’à leur forme , on ne trouve à la place du canal digestif qu’un amas de tuniques membraneuses affaissées , débris évidens de l’estomac et des intestins; car en les écartant on refait la cavité du premier et une partie des autres : du reste , ces tuniques sèches, d’un brun verdâtre, amincies, perforées dans certains points , ne permettraient pas , ni à beaucoup près, de refaire toute la longueur du canal digestif , non plus que d’en distinguer les diverses

TRAITÉ

parties, ni les tuniques constituantes , et encore moins les altérations morbides , si la maladie qui a déterminé la mort était de natureà en produire. Plus tard encore, on ne découvre plus qu’une masse feuilletée, desséchée , dont l’intérieur est souvent rempli de vers , et que l’on peut réduire en fiiamens coralliformes j dans un point de cette masse seulement, on reconnaît encore quelques vestiges de portions cylindriques appartenant au canal intestinal. Enfin , et comme nous l’avons déjà dit à l’occasion des parois de cette région , il ne reste plus dans la cavité de l’abdomen qu’une petite quantité de matière noire comme du cambouis.

Membres. Pendant les premières semaines, les membres ne présentent rien de remarquable j seulement là où les bras appuient sur le thorax et sur l’abdomen , la peau a conservé sa couleur naturelle , tandis qu’ailleurs elle peut être déjà fortement colorée; là aussi il existe une mucosité gluante, rougeâtre, qui semble, unir ces parties , et lorsqu’on vient à les séparer, l’épiderme se détache. Plus tard,, à mesure que la peau et les muscles se pourrissent , quelques parties de ces membres sont à nu ; mais les os conservent encore leurs rapports , parce que les ligamens articulaires rte sont pas détruits : en général alors, les portions qui ne sont pas décharnées, se présentent sous deux états : i® elles offi^ent beaucoup de parties molles qui sont imprégnées de terre , de moisissure blanche, de débris delà serpillière , et qui ont l’apparence d’une matière solide, feuilletée et comme cartonnée à l’extérieur, et sous laquelle on sent des vides : cette matière est évidem-

ment formée par les élémens fibreux et aponévrotique, sans la moindre trace de gras de cadavres ; en l’incisant , il en sort une quantité considérable de vers et de mouches : quelquefois aussi cette couehe est filandreuse, comme celluleuse, grasse au toucher, d’un ou de deux pouces d’épaisseur dans beaucoup de points, et offre extérieurement une sorte de croûte formée par du gras de cadavres, tandis qu’in té rieurement elle ressemble à du bois pourri j si ce n’est .que les filamens sont plus humides et qu’il est. possible de distinguer çà et là qu’ils sont de nature animale ;

les parties molles sont réduites à une couche, assez mince , desséchée , grisâtre, parsemée dans: quelques, endroits de moisissures blanches , pouvant: se subdiviser en deux lames , dont la plus externe semble; devoir être la peau , et l’interne la partie aponêvrbtiqué^i .oit bien en une couche également mince , spongiéoser, filandreuse ^ sèche, couleur d’amadou, dans làqüejlo-il n’est plus permis de reconnaître ni nerfs, ni; vaisseaux, ni muscles. ; ; , r b ; i

: À une époque plus éloignée , le plus léger effort suffit pour séparer les os. xies: membres j .tant les ligaf. mens; présentent peu de résistance ; quelques débris filamenteux des parties molles, les maintiennent , seuls dans leurs rapports ,• bientôt après ces os ne; tiennent plus entre eux , quoiqu’ils conservent leur situation respective. Enfin , plus tard, lorsque tous les :mO;yens; d’union sont détruits, la séparation des; os est comr; plètè,- et. on les trouveÿsolés soit dans la bière, dans ledrap ou dans la terre.

TRAITE

Bière. La bière s’altère d’autant plus vite, tcnit étant égal d’ailleurs , qu’elle est en bois plus mince» En gé^ néral, ce n’êst guère qu’au bout de plusieurs semaines, même pour les bières qui ont peu d’épaisseur, que l’on y rémarqué-des changemens • l’intérieur de la planche inférieure GUinmence par devenir d’un gris noirâtre ^ plaqué de taches noires ; il est enduit de moisissures notamment sur la partie où reposent la tête et le dos; il existe ^âiissi-une assez grande quantité d’une bouillie 'brunâtre trèss-fétide , recouverte elle-même‘, dans plu>i sieurs points^ de vers, de larves, d’œufs; bientôt après, i’êxtérièUr dé la planche, inférieure présenté une colo- ■râtionœt un enduitanalogues; lésais latéraux sont déjetés en dehors et comme pliés; ils sont brunâtres^ grisa? très par. places, et en quelque sorim tapissés de larves à l’intérieur; lefond delà bière ne tarde pasàseperforef; eù pluâeurs endroits , il est comme , rongé; par des Vers ; le bois qui environne les. parties; perforées • est noir et paraît gras ; ; on y voit aussi quelquefois une matière brillantè , moins brune , comme graisseusé i enfin on découvre au milieu- de ce fond, des, milliers de larvés et de veré,.dont;jquelques-uns ont dix li^es de long» Déjà à cette époque le; couvercle est enfoneéj brisé en ■ plusieurs parties; ; et la . terre a; pén être ; jufe? qu’au fond de la bière. Plus tard il est difficile; de; ré? tirer cette boîte san s rompré les. planches, latérales; et le couvercle; les divers Aagmens de; cespartieséffrent,sürtout à l’intérieur, desfointés variées;, jauneSj blanches', noires, vineuses , et eiï certains lieux ressembleiit à l’intérieur d’un vieux tonneau ; le bois.qui les fornie

est pourrri au point qu oh peut lé reduii’è èh poudré en le pressant entre les doigts. Enfin l’altération finit" par être portée si loin qu’il est impossiblè de retirer la bière autrement qué par petits fragmens ^ il a suffi , pour qué cela’ eût lieu dans nos èxpériénces , de treiïé; à quatorze mois , lorsque les boîtes étaient eh sapin minée , tandis que deui ans après lés bières étaient' intactes et à peine colorées en jaune à l’extérieur , quand elles avaient été faites àvéc le rhêmè boisj aÿânt un pouce d’épàisseiir. ( V. observ. 2ô®, page iggf).

Serpillière et drap. La serpilîièré étle drap se détrüî- ' sent beaucoup plus vite, lof sqüé le cadavre h’â pas été' déposé dàns une bière. Dans cë cas , là pf ëihîèfé dé'cés toiles ne tarde pas plus dé vingt à quafànté joüfs à être rédüîté éiï îahabeàux bfühâïres et ihêmë nÔîP râtfês , déjà à moitié pôüfris , dont quélqués-üns së' détàcbeht fàcilëinëht , tandis" qué d’àütfeS sQn't intimé-' mérit mélangés avec la t efré àvéclaqùéUe ils sôht cdmhaë' massés , et tèlléinënt adbéf ehs àii corps , qué pbüf léà^ehlêVëf, il faut gratter assez fôftéihént avec le scalpel' et alors oh detaCbe aussi dé' larges plaques d’épi défraé ' qùirëstéht étf oifëmeht unies àVec ce mélange de teffè et dé Sérprlliêfe. Si le corps a été entèf ré dans uâë bière , la serpillière sé couvre dans plusieurs points d’œüfs, dé larvés j d’ïnSëétës'^' ef "dé ia même sanié dont nous avons ■ parlé ai l’occasiôri de la bière : cette bouillie bfùhâtfé, fofme, suf fout à la fàée postériëüfë du cofps j et ho^' taih’méht ail hrveâu'du Col , dé la lêté , dés épaulés , dés éspècés; ' dé plaqués noires semblables à dé la poix flüidëÿ oh gfisâtréS corinhé delà sariié pürülefifé , mêlée

TBAITÉ

de poix liquide; quelquefois aussi la matière a la consistance et l’aspect du cambouis. Déjà la serpillière se déchire facilement, et peut être couverte de moisissures blanches. La putréfaction faisant des progrès , cefte toile s’enlèvé par fragmens de couleur de fumier, ou noirs^ enduits le plus ordinairement d’une matière, comme bitumineuse. Enfin, on n’eii trouve plus de traces,

- , Le commence par se colorer en ja’une tirant plus ou moins sur le roussâtre, dans les parties qui sont en contact avec le corps; quelque temps après, sa, surface interne se rêcouyre,:Surtout dans les portions sur lesquelles repose le cadavre , de:taches ou de petites plaques de couleur extrêmement variée, plus ou;moins épaisses, ordinairement mollasses , quelquefoiapresque, diffluentes, provenant souvent de l’épiderme altéré; tandis qn à, l’extérieur pn ; voit dans plusieurs points, une matière comme glutineuse jaune pu rougeâtre j: sous forme de boutons lenticulaires, àe Malaftites qui a évidemment transudé à cette époque la cousis-, tance du drap n’est pas sensiblement, dimipnée^ e.t-plu-;. sieqrs, des parties qui n’ont pas été .em contact immé-. diat ayec^ lê , cadavre , sont ^encore blanches,. Plus tard , il est encore entier ; mais de couleur , différente; sa partie intérieure: .est .fauve très'fpncéjpar, places, et parsemée de taches jipirâtres^ si l’on en excepte les portions où il a]rait été npué , comme celles qui sont au-dessus de la tête .et au-delà des piedS: et qui sont blanches; sa partie postérieure , celle qui est appliquée sur le fond de la bière, est. beaucoup plus humide et

beaucoup plus tachée en brun , en jaune foncé , en lie de vin , surtout dans les environs de la tête : souvent alors cette toile est presque entièrement couverte à l’extérieur de larves d’un blanc jaunâtre , encore vivantes, qui la rendent comme lanugineuse , tandis qu’à l’intérieur on trouve dans quelques points une moisissure jaune , et dans d’autres un enduit graisseux, d’un brun noirâtre , et une quantité innombrable de larves qui s’agitent en tous sens. Déjà à cette époque elle est pourrie dalis certains points , et se déchire avec la plus grande facilité; ailleurs elle adhère assez fortement à quelques parties du corps , et dans ces portions l’épiderme est sous forme de lambeaux mous presque poisseux.

Plus tard l’altération est plus marquée : il ne reste plus que des lambeaux plus ou moins volumineux , qui cachent une partie du corps, et qui sont entièrement pourris; leur couleur est brune noirâtre , mais ils sont tellement couverts de moisissures blanches et de chrysalides roussâtres, que cette couleur brune n’est pas apparente au premier abord, et qu’ils offrent l’aspect de certains lichens. Lorsqu’ils ont été débarrassés de ces diverses matières , on voit qu’ils sont humides, imprégnés d’une matière grasse à laquelle ils doivent leur couleur brune , et très-faciles à déchirer.

n arrive enfin une époque où il ne reste plus de traces de cette toile; nous n’en avons pas trouvé chex dé Noresse , qui fut exhumée trois ans cinq mois après sa mort (7^. observ. 3i® ); tandis qu’elle existait

TRAITÉ

eneQre çp, partie dgns un ç£is d’exhumatipn faite sept ans après l’inheraatipn. ,

. Après avoir décrit les changemeps que les tissus éprouYÇtif s.UçcessiYement en se decoinposant, il importe de déterminer si ces chapgenieus arrivent à époques Jtàes^ qvt. bien si la nature présente à cet egard des variations plus ou moins nombreuses.

Il résulte de nos, recherches et de celles d’un trèsgrand nombre d’auteurs qui nous ont précédés , que les. cadavres, enterrés à la menie époque se pourrissent avec des vitesses différentes, les. uns. étant déjà coruplétement réduits au squelette, tandis que d’autres, sont encore entiers ou commencent à peme à subir la décomposition putride. Il ne sera pas sans intérêt de jeter un. coup d’ceil sur les principales cames de ces différences, d’autant mieux que leur examen justifiera rimpossibili.té où nous étions de préciser l’époque dé la mort d’un individu enterré depuis quelque temps.

Ces causes se rapportent particulièrement à râge, à la constitution , au sexe , à l’état de maigreur ou d’obésité, de mutilation ou d'intégrité des sujets , au^enre et à la durée de la maladie à laquelle ils ont succombé , aux phénomènes qui ont précédé immédiatement la mort, qui a pu arriver après upe agonie plus ou moins longue , ou subitement,, à. répoque où rinhumatipn a eu lieu, à la. ponte de quelques insectes à la surface du corps , à la nature des terrains, à la profondeur de la fosse, à l’état nu o,u enveloppé des cadavres qui ont pu être habillés, enfermés, dans un drap ou dans, une serpillière , à la présence ou à l’absence d’une

DES EXHtJ^UTIOI^S JDBIDIQÜES. 3^7

bière , à la nature et à l’épaisseur de celle-ei , qui pouvait être en bois de sapin , de chêne plus où moins, mince, en plomb , etc, , aux influences atmosphériques, telles que la température , le degré d’humidité.,; etc.

Examinons chacune de ces causes èn particulier,

Jge. hes observations 22, 28 et 24 , prouvent d’une manière incontestable que les cadavres d’enfâns 'très-jeunes mis dans la terre, se pourrissent beaucoup plus, vite que ceux des adultes et des vieillards, toutes les, autres circonstances étant égaies d’ailleurs.

Constitution de Vindividu^ Quoique l’influence dç la. constitution soit moins facile à prouver que celle de l’âge, on ne peut pas moins établir ^e des individns. d’un tempérament lymphatique, sanguin, etc., mis. dans la terre, toutes, les autres circonstances étant les mêmes d’ailleurs , se pourrissent avec des vitesses différentes. N’a-t-on pas vu en effet des sujets à peu près du même ^e,. aussi maigres les uns que les autres, ayant succombé à. la même affection (lors d’une épidémie), et après avoir été malades à peu près le même nombre de jours , ayant été enterrés dans des bières de bois pareil et de la même épaisseur, à côté les uns des, autres , dans, le même terrain et vingt-quatre heures après la mort; n’a-t-on pas vu , disons-nous , ces individus se pourrir dans des temps très-inégaux ;:et tandis, que l'un des cadavres était au dernier terme de la décomposition , l’autre commençait à peine à s’altérer? A quelle cause attribuer dans ce cas la différence dont nous parlons, si ce n’est à la constitution àe& individus,, qui n’était pas la même ? L’influence dont il s’agit tient,.

TRAIl’E

dans beaucoup de circonstances, à ce que la quantité des fluides animaux n’est pas la même chez les sujets de différente constitution , et à ce que les tissus n’offrent pas le même degré de densité.

Sexe'. La prédominance du système lymphatique chez la femme, et la plus grande quantité de graisse que contient son tissu cellulaire sous-cutané, font que la putréfaction marche plus vite chez elle en général que chez l’homme, tout étant égal d’ailleurs. •

Etat de maigreur ou d'obésité. Ce qui vient d’être dit relativement au sexe doit déjà faire sentir que l’état d’obésité favorise la putréfaction dans la terre 5 c’est ce 4 que l’expérience démontre. Il y a plus : comme nous le dirons ailleurs , la plus ou moins grande quantité de graisse influe sur le genre de décomposition qu’éprouvent les corps. ( V. gras de cadavres , page 35o. )

État de mutilation ou d' intégrité du L’observa¬

tion 9^ (p. 106) prouve combien marche rapidement la putréfaction des cadavres qUi offrent des solutions de continuité d’une certaine étendue : on sait aussi que les parties contuses , ecchymosées, dans lesquelles, il y a du sang épanché , se pourrissent beaucoup plus vite que celles qui sont dans des conditions opposées j et cependant nous supposons qu’il n’y a aucune perte de substance , ni aucune trace de solution de continuité à la peau : à plus forte raison cette différence serait-elle sensible, s’il y avait eu une plaie contuse du vivant de l’individu.

Genre et durée de la maladie a laquelle ont succombé les sujets. En général , la putréfaction marche plus vite

DES ESHDMATIOSS JURIDIQUES.

chez les individus qui ont succombé à une maladie aique chez ceux qui sont morts d’une affection chrô^ nique' qui a exténué le corps; la prédominance des humeurs sur les solides, dans le premier cas, rend suffisamment raison du fait. Il serait curieux de déterminer par des expériences nombreuses quel genre d’influence chaque groupe de maladies aiguës exerce sur le développement de. la putréfaction ; il faudrait pour cela enterrer comparativement des sujets ayant succombé à des encéphalites , à des pneumonies , à des gastro-entérites, etc. ; mais ce travail est hérissé de difficultés, les autres influences qui hâtent là putré-^ faction étant trop nombreuses et trop variables , pour qu’on pût supposer leur action nulle. dans la décomposition des corps. Quoi qil ri en soit , nous savons que tout étant égal d’ailleurs , la putréfaction s’empare plus lentement du cadavre d’un individu mort par hémorrhagie que de celui dont les vaisseaux sont distendus par le sang, comme on le voit après quelques asphyxies ; que les individus qui meurent dans un état d’anasarque se pourrissent beaucoup plus vite ( obserr. page 89 ); que ceux qui ont succombé à la petite-vérole , ou à toute autre affection pustuleuse de la peau, se détruisentplus rapidement que les autres(/^. page 264) 5 enfin , que les parties dans lesquelles l’irritation, l’inflammation ont attiré le sang, se pourrissent trèspromptement. Il est probable aussi que l’altération manifeste qu’éprouvent les humeurs et même les so-. lides dans certaines maladies aiguës, doit être une des, causes qui hâtent la putréfaction.

TRAITÉ

Pfæmmknesquiontpupvéeéderimmédiatementlamorl. Que la mort soit subite, ou précédée d’une maladie qui aura duré quelques jours ; que celle-ci se termine par une agonie longue ou courte j qu’elle soit le résultat de l’introduction dans le torrent de la circulation d’un de ces virus qui paraissent altérer le sang, la marche de la putréfaction sera plus ou moins rapide, sans que l’on puisse apprécier au juste la somme d’influence de chacun de ces élémens.

Époque ou V inhumation a eu lieu. La putréfaction marchant plus rapidement dans l’air que dans tout autre milieu, il est évident que si elle ne s’est pas encore développée lorsqu’on enterre le corps , celui-ei tardera plus à être pourri, que si l’inhumation avait eu lieu plusieurs heurqs et surtout plusieurs jours après le commencement de la putréfaction ; il pourrait arriver même, en éte', qu’au bout d’un mois d’inhumation un cadavre qui n’aurait été inhumé que cinq ou six jours après la mort , et déjà lorsque la putréfaction était trèsavancée , fût aussi pourri qu’il l’eût été sept ou huit mois après la mort , s’il eût été enterré vingt ou vingtquatre heures après. Dèsdors on concevra l’influence d’un certain nombre de causes secondaires qui agissent sur les corps depuis l’instant de la mort jusqu’au moment, où la putréfaetion se manifeste : celle-ci ne se développant que lorsque la rigidité cadavérique a cessé d’exister, il est évident que la durée de cette rigidité^ durée qui est loin d’être la même pour tous les cadavres j doit exercer de l’influenee sur la marche de la putréfaction ; ilsuffîra , pour justifier cette assertion , d’établir qu’il est

des sujets qui ne sont plus raides quand on les enterre, tandis que d’autres offrent un état de rigidité remarquable; les premiers seuls ont commencé à se pourrir a^ant l’inhuma tion. Or, si la durée de la rigidité est un élément dont on doit tenir compte , ne savonsnous pas que celte durée est en grande partie subordonnée à celle de la çbaleur, ou, en d’autres termes , que la rigidité ne s’établît, le plus ordinairement que dans les parties déjà refroidies ? Voilà ce qui détermine une marche differente dans la putréfaction des corps, suivant qu’ils ont été enveloppés de vêtemens àe laine, de draps de fil-, ou qu’ils ont été nus, suivant qu’ils ont été laissés dans des chambres froides, ou dans d’autres qui ont été chauffées.

Ponte de quelques insectes. Nous savons qu’en été, élans l’espace de temps pendant lequel les cadavres sont exposés à l’air, avant l’inhumation, quelques mouches pondent à la surface de la peau des œufs qui , éclos plus tard dans le cercueil , peuvent donner naissance à d’autres mouches; celles-ci, après s’être fécondées , peuvent encore reproduire sept ou huit fois des générations qui vont eii se multipliant à l’infini.

Les insectes qui paraissent se repaître de préférence des cadavres, et dont les œufs sont déposés à la surface du corps, sont les suivans : musca tachina simplex àe Meigen ; vomitoria , cæsarea, domestica , camaria , fircata ; seatophaga stercoria^ thjreophora cynophila; anthrenus;dermestes; hister;necrophorus; sylpha; ptenus fur , imperialis ; oxypoms , lathrobium; pœderus ; ste-

nus ; oxjrtelus ; tachinus ; aleockara ; notems ; scarites; harpalus ; jülüs lepisma:

Or, il est avéré que , dans les premiers temps après la niort , les mouches ne s’arrêtent pas autour des cadavres ; que plus tard elles ne font que voltiger près d’eüx, et qu’enfin, lorsque la putréfaction est plus avancée , elles s’appliquent sur eux et y déposent leurs œufs ; bientôt en effet on voit des larves plus ou moins nombreüsés ramper sur plusieurs de leurs parties, Que si l’on enterre maintenant deux cadavres, dont l’un offre à sa surface des milliers d’œufs, tandis que l’autre n’en présente pas encore , il est évident que le premier se pourrira beaucoup plus vite, toutes les autres circonstances ^tant les mêmes , parce que le propre dêis larves est de détruire nos tissus pour s’en nourrir. On ne saurait donc nier l’influencé de la ponte des insectes à la surface du corps sur là marche de la putréfaction.

Ge serait ici le cas de se demander quelle est, dans toutes les saisons de l’année , l’origine de ces larves , de ces nymphes et de ces insectes , surtout de là musca tachina simplex de Meigen, que nous avons si souvent rencontrée à l’ouverture de cadavres, enterrés à la profondeur de quatre à six pieds , depuis plusieurs mois et même depuis quelques années. La ponte de quelques-unes de ces mouches à la surface des cadavres paraîtra insuffisante pour expliquer le phénomène, dès qu’on l’observe également sur les corps enterrés en hiver , époque pendant laquelle il n’y a point de

mouches. On n’admettra pas non plus que ces insectes, qui sont mous et très -faibles, puissent sortir de la terre et d’une aussi grande profondeur pour aller, pro-pager leur espèce. Il est tout aussi invraisemblable de supposer que les insectes aériens aient .pu percer la terre pour parvenir jusqu’au cadavre. Si l’on ne rencontrait que des larvés ou des nymphes , on aurait pu croire que ces insectes étaient dans une sorte d’engourdissement ou d’hybérnation qui aurait pu- cesser par une circonstance. pppftrtun.e|;.mais leà larves, les nymphes et les mouches se trouvent ensemble,, et plusieurs des nymphes ont dpnné . des insectes parfaits. Quelle peut donc être l’origine ;de, ees races d’amniaux ? Avouons. qu’il nous est imppssiblè de; résoudre ce problème. : r : ; :

Nature des ierraims.{\'S^it%. ui^ pag.e‘33p^Z- ‘j- Pression. Profondeur^.e lar^ossè.:^K pression retarde, la putréfaction,,coipme.l’0jîtpxouvé Godard et quelques; au très; auteurs. Oa;poi#Fra;juger dés résultats; obtenus par Godard , par l’o^périéùî^’ suivante {r):: , . >

- Lç; i;0 ;mars , k sixtheures^ du, soir , ; lei therntométré étant de,,8:à io° , éto mit deux; morceaux de,maigre de veau , d’égal poids ^ dans une mêmei.; quantité, dîeau ,. mais contenue daHSvdeuXibduîeilJcs dre différente hamtepr, sawir: ru;ne,-de dejax„poUces et demi j l’autre de trois pieds , y copipçis de, tuyau, que l’on, y: avait

(i) Godard. Fojéz Dissertation sur les. antiseptiques , imprimëé paï ordre de l’ Acadérifie. Paris,' i’j'6'g j page 268 et

suiv.

TRAITÉ

adapté;; la petite bouteille fut bbüchée avec uti boni chon de . cire j percé d’ün trou égal à rOuverture du tuyau.;..: "

Le i4 5 à la même heure , oïl voyait de l’air dégagé dans la :petite^bôüteiliëi5 il ftë paraissait rien dans ramre.?; V ^

LeiT5v-à*onze:heurëS' dti-Tftatin , lé mOrcéaü de la petite bouteille flottait; et som eaù était louche-; on voyait; dans l’autre quelques büli'es , mais en bien moindre: quautité que; da&a la -petite, éf son eaüconservaifesatranspàrencê^:' -

Le ly, à six:heures du soir, lé nombre des bulles de la petitè;hduteille';était bêaueou|) augmenté ; lé morceau; continuait; d’y flOtt^^îtandis- qu-il^ n’y avait rien de changé dans l’autre.

Le 22, à sept heures et demie du inàtih , l’éâu dè la petite /bouteille puaïf bien plus, et était beaucoup phisrdouphe;que celle qui était au fond dé là grande ;■ carrl’eak- G-ôntenue dans la partie supérieure 'èt dans le tuyau n’avaii pas reçu la mOrndré Ulteràtiorti Là’Èaêmé différence avait heu dans les puanteurs de leurs -riandes; mais ;cés'demieres' puanteurs ont disparu dès-qué les morceaux itiresT de 1 eau ont - ete exposés à hàir pendant quelques secondes Si Ion fait attention que la viande de bouteille était entouree d’un plus grand volume d’eau que celle de la grande , on jugerà qu’à pourriture égale, l’eau de celle-ci aurait dû puer davantage que celle de l’autre , puisque les miasmes putrides y étaient délayés dans.moins d’eau ; cependant le contraire a eu lieu , et par conséquent la différence

da la transparence des eaiax , de leux puanteur, et dte celle des viandes, prouve d’une façon manifeste lâ vertu antiseptique de la compression. . , '

Plus la fosse sera profonde, les autres circonstances étant les mêmes, plus la putréfaction sera' donc retarrdée , d’autant mieux que la terre est plus froide dans l’étendue de quelques pieds àimesure qu’on la creuse plus profondément. ^ - •.

. Etat nu ou enveloppÀ.du eadtcwê.. Les faits; recueillis jusqu’à , ce jour, et entre autres plusieurs; de nos obser» vations , établissent que plus' les corps ^ônt immédiàtë*ment en contact avec la terré-^ plus ils se- pourrissent facilement , tout étant égafd’ailleursj'âinsi' unnadavrie enterré' nu - se pourrira- beaucoup, plus promptement qu’il ne l’eût fait dans un même terrain-, s’iL eût -été. enveloppé &xitidrap&. enfermé dans une bière ^n-pion^fla putréfaction serait déjà moins tardive , sf la. bière, était eu cÆénê de l’épaisseur d^unpauce, vcicans ^uxiovei si, étant construite avec le; meme bois :,:elle n’avaît que* quelques lignes d’épaisseur , moins encore si elle- était en sapin, et surtout sinelubci était trèsmiince , enfin le ralentissement dont nous -parlons, seraits .beancoupf moins sensible, si le corps j au lieu d’être inbmné dahs> une bière , était simplement enveloppé : de vêtemens , ou d’un drap ou d’une serpillière. On -concevra l’im; fluence: de \ enveloppe sur. la putréfaction , quand on; saura, que les viscères ne: doLvent. -règlement leur., longue conservation, relativement à la; peau , qua; cequ’ils sont enveloppés par cellcrci ; aussitôt que la des* tructiou a atteint les tégumens, la- putréfiiction dés

TRAITÉ

viscères marche rapidement. Voyez, à l’appui de ce que nous avançons , combien le cerveau se conserve long-temps par rapport aux autres organes; c’est parce qu’il est recouvert d’une enveloppe très-solide, le crâne ; dèsdors., il est aisé. de sentir toute l’influence que doivent exercer sur là marche de la putréfaction les vêtemens , et surtout les bières qui agissent dans le même sens que les enveloppes naturelles , c’est-à-dire , eh* ralentissaiit, l’action -des- causes destructives des corps; Nous . ne prétendons pas cependant que les obstacles apportés par les.bières au dévelôppèinent de la putréfaction puissent être tels que celle-^ci soit complètement arrêtée; loin de là, les corps les moins . disposés à se pourrir finissent par se détruire , même lorsqu ils sont renfermés dans des. bières en plomb; nous disonsjseuiement que; tout étant égal d’ailleurs ,1a dé- Goihposition putride marché d’autant plus lentement que le corpsrest enveloppé -dc; manière à se soustraire davantage à l’action des àgenS extérieurs. :

i > Jr^uenées atmosphériques. . Il . s.ûffirà.de. :S%haler l’inr , fluerice.d;e,la:chaleur et de l’humidité atmosphériques , pour eonvaincre nos; lecteurs du rôle que jouent ces élémehsrpQur accélérer la putréfaction. ... ; .

, ;:Que pênsef maintenant de ropihion;déiBurdach, sur, le imode d’altération .que les norps éprouvent dans les terre? Suivant lui, il faut .reGonnaître trois .périodes dans cette: décomposition : 1° Bouffissure de tout le corps par développement de substances gazeuses ; c’est la période de fermentation qui dure plusieurs rriois. 2? Conversion des parties molles en une matièreipul-

tacée , verdâtre ou d’un brun foncé ; le corps s’affaisse parce que les gaz se volatilisent; cette période de^ deux à trois ans.: 3® Les gaz achèvent de se dégager p l’odeupLétide est remplacée par une b dëuf de moisissure, et il reste une matière terreuse grasse, friable, brunâtre, qui né se convertit qu’au bout d’un nombre considérable d^ années en une cendre qui se mêle' à? laterre ordinaire. , ; : . :

Nous né saurions admettre de pareilles ddées>!sur la marche de la putréfaction dans la terre; elles, sont évidemment erronées, et propres à induire les-experts en erreur. Et d’abord, pour eé qui concerne lâ' première période, n’avons-nous pas vu §o.uVeHty-pôür ne pas dire presque toujours , les cadavres ouverts dix, quinze, quarante, cinquante jnürs après l’-inhumation, dans un état d’affaissement qui ne ressemblait guère à celui dont parle Burdach, qui' suppose que le corps est bouffi pendant cette première époque, à laquelle il assigne une durée de plusieurs Mùis^ l^on pas que nous prétendions que jamais les cadavres ne se tuméfient lorsqu’ils commencent à se pourrir ; nous voulons seulement établir que cette tuméfaction na pas nécessairement lieu , puisqu'elle manque souvent, et que lorsqu’elle existé , elle ne dure pas, en général.^ ni à beaucoup près, autant de temps que l’indique Burdach. Quant à la seconde période , il est évident qué cet auteur s’est encore trompé ;- car tout en accordant que le corps s’affaisse , il n’en est pas moins vrai que les parties molles ne se convertissent pas 'Constamment en une matière pultacée ; n’avons-nous pas vu au éoil-

TRAITÉ

traire :ees parties se des&eoher peiir la plupart ,, se xe-' duireen làmelles ou en filamens coralliformes , et quelques;^XHies d’entre elles imiter même unê sorte dè cartonnage? D’ailleurs, comment admettre qüe Géttè période dure de deux à trois ans j lorsque dans la plupart de nos éxpériéncés lesrcadavres étaient déjà presque réduits au squelette au bout de quatorze , quinze ou dix-huit mois , même lorsqu’ils avaient iété ienterrés dans; des ibieresLet enveloppés d’une toile ? L’inexàctitùde;deS' pbérlomènes^ànnQncés comme caractérisant la troisième: période , ne saurait non plus être mise en doute ; enieffet ,- la matière grasse qui ireste .en petite quantité , comme .dernier ^te.rme .de la décompositlôn putride, n’est: ni terreuse ni friable 5 c’est unejsorte de cambouis . mou.,: oléagineûx , semblable -à, :du vieux oing fortenient coloré- ^

.Ajoutons; à tous ces faits , qui combattent vîqtorieutt sementropinion de. ;Burdacfeî,"qu en .admettant mêmp que là daréç’des.périddeÀ'assignées parlui:fûM'e3|a<tte pour des observations; faites dans un terrain donné et avec; certains, cadavres, j^elle ue ; le; serait plus , quand il s’agicaitd’àùtres terrains et de sujéts qui seraientplacés dans d’autres eonditions.; Des experts ne sauraient. donc assez se méfier de pareils .résultats, qui malbeurensement ont déjà été pris plusieurs .dois pour guidée lorsqu’il a été question de déterminer répoqu.e à laquelle avait; eu lieu la njort d’individus ineonnus, ;

On prévoit déjà que nouS; n’adoptérons.pas davantage l’opinion, des; médecins. et des-anatomistesquiadmettent,.d’après le dire dés fossoyeurs, -qu’il faut de

BES EXHUMATIONS J DRIDIQtJES. 33.g

trois à ;Çuatr^ ^Bs pour, la fdestructioïi complète des paries molles d’un padavre sous, terre; d’autres por-= tent j üsqu a six. ans le laps de temps népessaire à . l’accomplissement de ce travail. Ne sait-on pas qu-il -y /a à ept cga.rd des .vaiâétés èt des différénees uussi-. nombreuses rqu’extrâordinaires ? .Les :exemples de conservation dp corps ensevelis depuis plusieurs; années sé présentent en foule ; no us.nous'bornerons à .eni ' citer, quel;ques-uns. Limprecht a fait connaître une observa--, lion, .intitulée : mam in \Sfipulf}hr,Q ultra sre'eülum-a;^ :

ommputrjieUuè[cqmer:vata^^\m loin , il dit que;^ pas,santv par im:;>monastère- de la. .Gaule narbonnai.se, on 3 lii avait" fait voir; des çKdavres . bien conservés qu’on avait ; -depuis ; ; long - temps retirés- i de leurs i sépuJeréS:

article. Momification )j. 'Faper a communiqué a; Fabrice de HUden une observation intitulée : çere^

bro nonputrejaçtq in eadaaere quinqûagennis annis sub terva-repositol - - ! - , , r.' r ;:i ;

De la putréfaction comparée dé fragnkeiis de Cuisse d’un même - : cadayre;iidausj<fesii^resj3e=:diffécepte.nature. . ’ij

Les Lterrains.hâtent-ou. retardent la putréfaction par plusieurs causes; Leur situation : deux terrains de même nature^dont l’un sera élevé’et en pente, et dont l’autre sera dans unLond, n’agiront. pas démême sur les corps : le. premier étant beaucoup, plus, secy ralentira la marcbe-

3'4o TKÀrtÉ

dè la décomposition , tandis que l’autre pourra la fa- . y&ns&r. Leur degré â’ktifritdité': la putre'faetrôn'hé se déWloppe jamais quand les corps sont dessécliés ; âü' contraire éllè parcourt' rapidèmeiit ses përiodèsdïiiiÿ' un= ‘milieu humide; donc elle arrivera hièntôt; à seii dérnîër terme dans dés terrains humides ; tandiÿ^^e dans lés terrains qui se dessèchépt aisément, elle sera singulièrement retardée'. Leur rlatiitê chtmiqile î* •'nouS' entendons ici par nature chimique, non-seulement là eUmposition du terrain , ên tant qu’on^ le cèn^dèré' comme formé de plusieurs oxydes métaliiqüM^ dé sulfate , de carbonate de chaux j-etc. ,mais encore sa composition accidentelle ; en effet, il peut contenir des- gàtplus ou moins fétides , -des matières animales en putré-^ faction ou à moitié pourries, etc. ; ainsi rious'vérrons, en parlant du gras des cadavres , qu’au cimetière des Innocéns non-seulement la 'putréfaction aVait 'été- ra-" lentie, mais encore quelle avait fourni iin prodtiit particulier, le gras de cadavres; et nous dirons que Fourcroy et Thouret avaient attribué ces deux phénomènes à ce que la terre qui recouvrait les corps avait été promptement saturée des gaz provenant de la première période de la putréfaction. Ne sait-on pas, d’une autre part, que la terre des cimetières où l’on a enterré beaucoup de cadavres, et qui par conséquent est fortement imprégnée: de détritus de matières putréfiées , 'hâte la putréfaction .*^ Ges diverses propositions seront du reste;; éclaircies par les expériencés suivantes, qui ont autant pour. objét de-faîre conhaîti'e l’influence des terrains;surla marche de la; putréfaction

DES EXHUMiçXIOSA JÜBIDIQCES.

<jue le- genre’ d’altération, que; chacun , 4&v ces; terraitis ^it réprouver à, Inrtnntièrc sniinale.'. Ces expériences ^nt -été faites avec des' parties d’un, itieiae cadavre 5, eiive- Jpppées. d’un omêrae lingç;, et enterrées, au même, manient afin: de pouvoir hién juger la seule influence qui ne fut pas la même, celle du terrain. Que si l’on nous blâmait d’avoir agi ainsi et dé ne pas avoir clierclié à résoudre lè pfolilèméàvéG des cadayres’ entiers, inhumes dans difféfens cimetièrés, nous répondrons que les résultats’ fdurhis par un travail de ce genre eussent été loin d’être concluàhs comme ceux que nous allons faire conhàîtféj'parcè ’qu’il eût été impossible d’affirmer qüè'iés différencés observées dépendaient plutôt de la natûre du terrain qué dè l’agé , de la constitution du sujet, de là maladie à laqûéllé il àvâit succombe’ de la durée de ’célîe-cij êtc. *

Evcpériences, ■ ‘ Mb

Le 1 5. avril : i S3o , on., a .enfferméidans .quatre ^cs, àp toile crue assez, épaisse ; quatre , j&^gmens , égaugî^de cuisses d’un cadavre -encore frais, ne présentant aucune coloration ni aucunjndice de; putréfaction ; chaçun^^ ces .ftagmens était long d’environ six pouces. Les sajçs ont.été aussitôt enterrés à un pied de profondeur dans quatre tas de terre de la hauteur et de la largeur d’un mètre, préalablement disposés les uns à côté des autres, dans un coin du jardin de la Faculté de Médecine de Paris. Ces terres seront désignées sous les noms de terj:e Ae Bicètre , de terre du jardin de la Faculté de Médecine

TRAITE

de ‘Paris ^ àë terrmu Ÿ €:P 'àë si^hiP Xërré dé^ Bicêfré ^ |îrise dans lè cimetièpe (>ù noti^aTkjns eniférré toûs les Gàdàrvres dôRfri^if^fé p'âTle i^scj^^^ryèst'^Étanêtivël éâlé^ité f-û' në pfesèfité âuéujif dès êâràelèjpëé dei^ tepÿés ' végétales 5 ëÜé a fpurhi à rànàîy éé y sîff dik mille parties :

, . Matière organique très-a^otécj soluble dans " , : .

l’eau,. . . . •••*.• ,P?p4—

Sulfate de chaux. . . . . . , . 0,238

, ^"Matière organique insoluble . . . . . . . . . -o,520 .

. , Silice et sable siliceux . . . . . . .

Carbonate de chau,x. ...... . • • 3;8oo

: Oxyde, de fer. . . ....... . . . . . . ... ...... o,54o

: Phosphate de chaux. . . . 0,100

Alumine. . . . . . . . 0,080

Perte . . . . ". . . . . . . . 0,082

La terre du jardin de la Faculté de Médecine de Paris diffère de la précédente . éri ee qu’elle contient beaucoup moins de matière organique azotée^ et qu’elle ÿehférmé dés iàéîritus'^é -végétaux idont:^ la décomposition est d^à très-àvàftééé» aussi ést-ellé noircit offret-èlle Faspècü d’uné terré végétale; du résteyelle est égar lèiheiît très-Héhé ë& càrboRàte de chaux*; et contient àiissi une assez grande quantité de Sulfate de chaux. 'Lé terréàû est principalement caractérise par !a -forte proportion de détritus dë végétaux qu’il renfermé ; ces détritus sont loin d’êtrë àusSi pourris qué ceux qui existent dans la terre du jardin; eh sortè que le terreau constitue véritablement un térrairi beaucoup plus végétal; il est prihcipalenaent formé de silice et dè ciàrbo-

DES EX.ÏID MATIONS JORIDIQUES.

naté de chaux. Le sable de carrière est essentielléraent siliceux et très-ferrugineux f on y voit quelques traces de mica et â peine du carbonate dé chaux. ' '1

Èàiamèn le 24 avril.-— Terre de Bicêire:h& ^ est ehtiei', très-altéré, et se déchiré au plus léger éffiàrt'; sa surface interné eist ehdüité d’uhe sanie lie de^n sale et d’une coifchè jaunâtrerdessécheè. Il n’y'a'phis dTépidermé ; le derme 'est' blanc âda partie' întér , rôtigé viheiix dans 'tfhé pÔfÜQîi'dé la partie "ëktémë; il est luisant, humide et assez resistahÉ. Lés inuscléà, déjà très-raniôllis , sont d’un’ rouge pâle tirant ùm-peu sur le vert dans quelques points. Lé tissu cellulairè ne piataft pas altéré, • r -î::

■ Terre du jardin de la Faculté de Medeciné. "Lé sac est éntiér, moins, altéré que lé précédent , quoiqu’il commence cependant à se déchirér avec assez de facilité. Il n’y a plus d’épiderme; le derme est très-humide, coloré en blanc , en rouge et en verdâtre. Les muscles sont à peu près comme les precédéhs; lé tissu ééilulaire est huilèux , jaune, éî n’offre pas la moindre apparence dé- gras.: Cé fragment de cuisse parafé être arrivé au même degré de putréfaction que celui* qui avait été rais dans la terre de Bicètre.

Terreau. Le sac est entier, mais comraehce à se déchirer ; sa surface externe est fortement imprégnée d’une sanie rougeâtre. On trouve à' péine des traces d’épiderme; le derme, à peu près coloré comme dans les expériences précédentes, est un peu plus mou; les muscles sont aussi beaucoup plus ramollis; la putréfaction est évidemment plus avancée.

■3i44 ■■ - - XHAiaïÉ ; -i./. ' •

Le^ac est eaii^r , et n.ej.§a déchiré. . ment. L’epiderme est .détaché presque partout ; les por lions qui restent se séparent îrès-hiçilemept ; le deripe et les muscles, sont à peu près co.nime dans le fragnient .pîaeéalan.s la terre de Bicêtre j toutefois, la .pixtréfaçüjpn ,est -moins avancée. ;Le tissu mellulaire ne , paraît pas

javqir; prouvé ;de chang-ÇW^PÇ mutable. , . j ; - -

. , J .hîlÇ^/diatement après d’examen , ces divers fragmeps lonj. été .enfermés de inouveau dans les sacs.,jef enterrjés àJa meme profondenr. v' -; .ji .

, a^avril. La décompositipn^pptride est-plus marquée; le fragment placé dans le sable ; est le moins aynimé ,

tandis que celui qui est dans le terreau , est le , plus pourri ; les deux autres pffrent à peu près le même degré; d’altération; nulle part on n’aperçoh; de graSi^e cadavres. La destruction des sacs est en rapport avec celle des fragmens. ■ ,'.r, :

. 2m<24 besaacs sont assez pourris pour qu’il soit im¬

possible de s’en servin; aussi, enterre-tron .les^.fragmens à nu; du reste, la putréfaction a encore fait de nouveaux progrès , et toujours en suivant la même naarçhe.

ip mai. Tous les fragmens sont plus pourris £ue la dernière fois , et la différence qui a déjà été remarquée est encore plus prononcée, c’est-à-dire qUe le fragment entouré de sable est le moins altéré , tandis que celui qui occupe le terreau est le plus avancé. Il y à une quantité notable de gras de cadavres dans le morceau placé dans la terre du jardin; celui qui est enterré dans Ja terre de Bicêtre en contient moins, et il y en a encpre moins dans celui qui a été mis dans le terreau; le frag-

DES EXHDMÀÎIQH3 JCEiDIQDES.

îîien t qujenveloppe le sable b en renferme ;pas Jn^tQut.

2.g 7nai.—Sable:.ijes: rnuselesj qn oique jrcïSfis^soHt très;- -ratnoUjs^ la .peau est presqueccomplétement détruite., eï là rpasse des parties molles' -se''détache£aTeeasse2n<îe ;fa©ilité‘ des; Os , en entramant. lelpériostei La; pjorîiott dp isable qui! tn.ucheiinimediat.éinent ees^partîesîjnsttjnnirâ tce j , on dirait qu’il yse forme/ un .peu dei gras de! cadavres dans quelques : points dèda surlace du radignMnfe- Tçrre de La; putréfaction .es|;ibe^

avancée que .dans i le: sable ^ ;jet;miêœé3 que; dansî dü jardin ; . les parties molles /. sont, .entfoiemenî? détachéesides; os, et -réduites >én. une: bonilliêrdéacbuleu.r ardoise claire parqmrliesj; olivâtre .et. blartchâtre .dans d’autres ;' le.- gras d.e;;Gadavrfes:; plusiabondautCjqite la dernière ;fois , ne l’est pas autant cÿjié.ÀsdkA3..?tekre>.Æu jardin, et il est à moiâé. desséché dansièertains points. Terré du jardinide la ^àérdté.jLes muscles son.t.viblacés;. et moins ramobis qüedansda-terrede BiGêtre;de •>savou est déjà presqueLsecfet éniquantité plus cousidéu’âble que, partout ailleurs: Terreau, La putréfaction est ijejiîrêmement ; avancée 5 les: muscles, de oco.uleuna'oxtssâtre; ont atteint le dernier terme;du ramollissement ; il y a -plus de gras de cadavres mais il ne présente pas la siccité de celui du fragment qui entoure la terre du jardin. . - ; : ; .1 .1 • . ;

5 juin, — Sable. On ne pêul pas dire qu’il se soit formé du gras de cadavres; tout au plus remàrque-t^on dans quelques points une îegèré tendance à là '^^sapônificàtion; les parties molles sont à peu près dans le même état que le 29 mai. Terre de Bieêtre. On trouve à peine

- - .-TRAITÉ

dei-trèeês ide^imiscies ;- ros^ est -presque dénudé; les paBiièsanalles qui restent;,- qui par conséquent sont ^rtrèè-perâtesquantitéj'soncpresqne entièrenieait trans- ■fbTméBs3djr:s3tràon^ jTê’grè -du faT/di’n dg ïâ Faculté. Le ^asoést-encùre; piùs abondant que' la dernière •' fois ; il -iiEipteraît^fornii ô qu’aux ;dépens ;de ; la peau ©i; du tisSu -e^ulaire.«H^S4^eïftané : cœiaîotuve^an-déssous la couche -«ïusculaireitaolacee:et;trè^râinollir. Fèrrnaa. 1\ s’est upiere-irn changement lèmar-quaïde'-pendânt ces huit joiffljs-, la quaitite de saTOn-ekt-tellement abondante, qud y en a beaucoup plusique dans la tei-re du jardin, ce qui n-nvcUt pas ettLeurjusquralôrs ; ce graa est aussi plus sec et mieux f orme:; qaei. celui de cetre terre; il n est pa dautfeux -qu’indépéndaiahient de'^la peau et du t ssu celWairC j Une' portion de la couche /musculeuse le oir:^alerHèntsap:ôniiEge* -

Il résulté âease- qui précède, queia patréfeetian éstdom davbir marebéaiee la même rapidité dans les -qhatreoterrjihrs stmmisùL’expérieneeq 2^ qu’ellea été beaucoup: plus lentei'^dans le sable et ;beaucoup^plus prompte dans le terreauique partout ailleurs , jusqu’au ; moment -OÙ il; y a ea unê certaine quantité de; gras de câfdà^vreS-de formé (i); 3“ qu’à ;cette époque la décom-

(i) Ces résultats ne s’accordent guère avec ceux que.Thourçt -dit.avoir été consignés dans «n rapport fait à l’Académie royale dçs sciences , en iy38., par Lémsry, Geoffroy et Hunaijld. Les expériences de, ces savansdes auraient conduits à admettre qu’en général c’est en raison de sa facilité A absorber ou à transmettre les gaz , que la putréfaction dans les terres offre des variétés ; ainsê, le sable sec serait , de toutes les terres ^

DES EXHUMAXIGSS JURIDIQUES. 347

position piitÉidè-a- Mt âü pon traire, beaucoup/ phïs do progrès , là où il y avait moins de gras , coramë' dans la terre de Bicêtre, que dans le terreau, et dans la terre du jardin qui en renfermaient davantage; et que si, dans le sable où il ne s’était point formé de savon , la putréfaction était bèàùcoùp iftoîns^vàncée, cela tient à ce que ce terrain jouit à un très-haut degré de la propriété 'd'é raiëùtir lâ^ (îéétùripbàitiôn' ij*'” les

terrains ne sont pas égâîé'tiiéht' propres à opérer la saponification de nos tissus, et qu’en général le terreau ef leà ^Ù^te''Vé'^éïàlèS ^ëe'mblènt' être 'iiéûl; qui là tîéterrû:mènt%' âhëûî èï lë plùs ^fëinptëùieHt j ’B* què'ëéttê trarisfbrînâïiùn'g'rÙiS'sèùse paraît cùùi'mènnef par là péâù et le tissu' célluiairé SOus-cùtâÙé ^ |ioür' gaghet ehMifè lés 'ihüàèlës; '6® que quèlle qüè%ôit la rapidité â^ëè laquéllë 'à ïièu là pùtréïàctîofri jusqu’à repOqùé' ùu la saponification n envahi rme nssez" grande partin de la peau ; elle ■ s’arrête eh quelque ■ sorte dès eét dùstânt , Ou du anoihs ne suit plus là 'inême marche ;• pùîs^üuù liëiï' dé 'sê ràinollîrdé plus eh plus , de dèvèhir pultacés et de disparaître , les tissus sous-jacens passent au gras, et finissent par former une masse, d’un blano grisâtre , sèche , dans laquelle; il n’est plus possible de les rec:on-

cellé qûi favoriserait lë plus la décomposition dés corps tandis que les terres àrgileusés' ét; compactés là retardéraiëhi. Tôütês nos tecfaerchés pour déèbuvHr ce' rapport- ayànt été inlruétaéuses , il nous a été impossible dé juger la valëür dés expériences qui lui servent de base , et dont les résultats pa-s raitront si extraordinaires.

naître^; page; 3§o,,. pour, l’histpire : du gTâs:-de

Ca^-vgRÇS^^- -^i- tnio;- : J'C-r;; v "r \

s .^p|4a p^t^’^fadQdoiï. def:^^e4aYFej5^ptass4s dans d^] -fosffef^p ., ^ ■ .- , .;, . çQmniunes.,,;

Xe? pada:vres giii. se pourrissent dans, des^foss^s cx>m* injupes, pejiTent sç, présenter au rnoins sous, trois, éta^s différent, : i° ils sont réduits au squelette , on ne tToure plus* que leurs ossemens; 2° ils sont.,trausfQrtnés ep ^ras , c’est-â.-dire ÿ ils ont éj^ouyé une yéritable n^i^çaù'onÿ : ils sont çXangés' en mpmi/e^

(ï):- L;e, lecteur sera peulrêthe. tenté d&cfojre queïla saponif £çatîp,a.et, la, momification sont exclt^iyemeptJL’apapagg de* corps qui se, pourrissent dans des fosses, communes , puisse nous traitons de ces transformations, à l’occasion des cadayres entassés dàns ces fossés ; il tfeiï est pourtant' pa® àinsi : Ta •moTiiîficatiyh a ' fort sdavéüt’ liéU' ddns‘-lés‘ éxfeüiirâTîynÿ^aVtielIeS j quand le terrain est sec et expUsé à une'tempét’ata¥e élevée ; la saponification , il est vrai , ne s’observe guère que partiellement lorsque les cadavres sont enterrés dans dés fosses particulières ; on ne trouve alors de tranformés en savon , et encore en savon incomplet , (^e la peau, le tissu cellulaire , les muscles et un très-petit nombre de viscèi'es,; pour que les corps soient coTMp/eïemeni congés en il faut

qu'ils se pourrissent , après avoir été entassés dans des fpsses communes.

DES EXHUMATiOïîS ‘ JURIDIQUES. S 49

Nous ïi’affirraerdhs pas que cette tiiplé alteration' soit constante j et qu’on l’ait reconnue toutes' Tes' fois' que l’on' a“eü ^occasion d’observer des cadavres entéirës dans des fosses comrôunes : ndustaanqribtts à cèt égard des descriptions qu’il nous serait nécessaire' d’avoir sur l’état anatomique et clnmiqüé des corps exhuniés de la plupart de ces fossés communes ; mais nous établirons que- dans lé travail de èé' genre , ié plus remarquable qui ait été fait jüsqu’à' cé jour, celui qui avait pour objet les fouillés du cimetière des Innoééiis de Paris, cès trois états 'ont, été observés et signalés par Foürcroy et Thouretj dont les mémoires nous’ serviront principalement de guide dans la rédaction de cet artielel ^ -*■ • ' ' ’’ . . . ■

. ' Cadavïes réduits a leurs ossemeàs:‘ ' ^ —

Les Cadavres que l’on trouve réduits au squelette dans les fosses communes peuvéntprimitivement avoir subi là transformation graisseuse , et avoir ensuite été dépouillés de toutes lea parties molles par l’action des eaiix ; mais il est probable qiiè plusieurs dé cés cadatrés ont été réduits à leurs bsseméns sans avoir été saponifiésÿ et après avoir éprouvé un gétirê d’altération’ analogue' à celui (pi’ils subissent dam les cimetières , lorsqu’ils sbrit enterrés dans des fosses particulières, altération que nous avons décrite avéè soin dans ‘ l’articlé précédent. Quoi qu’il en sbit’, lés bs’ùne fois dépbüiirés^de leurs

35p ..THflTÉ. V

ch^M Mcoü^sfp^, que trisrl^teç^îity soif jqué

les.-p^ayres aient été jnhBin^ jia^S; dpafofôes comm nes,.ou 4an,s 4eslombeaux-|)aj:%rulieçs} en ^éné^al, ils deyiejijapnî 4’^n, jaungrjn^nWp, j. ^steiés, qqeiqu^fpis, dp rouge. JDes.qs humains, :depui$ (Six jGpjits ans,

ont^ençore fourni à. Janalf^fe-arj ppirr -rpq;,<fe;gplahne pt iio. de, graisse: à ^peu près^ Gpmme s’ils -eurent été fyais; pn ,s^q en -effet qqe,ia gélatipe -np jf0rme,g^é^ queies39/tPP des os.. Si Je terrain dansJpqpe) îifîhHT Imatiopayait epHeueutétéà la températiire deé^^-rhét' theriuomèlte. centigrade Ja grabse rj^ÿr^it -fopd’t ^t; ^ serait éçp}û^.Xl est cependaiït des cas PÙ les^es sitbi^ sent un genre, d’altétation reinairguabîejfceüx.queJen retira d’un tombeau du onzième siècle , trouvé dâns Je sol" de l’ancienne église de Sainte-Geneviève de Paris j présentèrent des caractères particuliers , tout-à-fait dif- ■férens de ceux que l’on avait recueillis au cimetière des Innocens. Ges os, qui pouvaient avoir! sept cents ans, étaient en général extrêmement fragiles ; il suffisait de les presser ^légèrement avec les, doigts ppur.jijes. bri^r; ils étaiëntpourpreS, à peu près comme Ja yindesT

séchée , et leur surface .était, recouverte, d’unp quantité de cristaux blancs et brillans de phosph^ate acide de chaux.,jCes- os^ éi;,qie.nt;^ejpa^uable&;pgr l’absence de.màtière animale et de, carbonate def chaux j .rÇt par , la présence, de la m.atîere pourpre et du phpspi^^l^ acide de chaux; toutpprte à croire quq^a inatière colorante pourpre, qui, était spluhle, dans .l’es tint danSrl’alcool ,, était le résultat de |a décomposition de la partie gélatineuse des os; Quant à l-’origih'edn phosphate acide

DÈS EXHüMAT^IpSS JURIDIQUES. 35 J

de chaux, Fourcroy et yàuquelin pensaient ^ue fe matière animale contenait du, phosphore: qui; s’ètaift converti en acide ^hpsphoriqîie^ lequel -se serahscpnjry biné d’abord au carbonate de jChauX;, p^ au phP^f. phate de chaux des os, et .lés aurait transforinés-’^ phosphate acide; celte fori^ation ;der.pho^phatP:v<J^ chaux très-soluble, serait même un des moyeng;fd.opfi la nature se servirait pour détruire le tissu desrOS;,-'et pour le mêler aux couches terreuses., {^Annales miiséum d’Histoire.jnuturelle , tome ^ ^

§. lï. .

Cadavres .transformés -,eaîgras.:: ; ; ,

Il ne sera -pas inutile ;:'hvant de-déerire:,rétat de xes cadavres ,rd.’iîidiqhér suecihctjeaneniiMmanière'clbntiife étaient enterrés j d’autant mieux;que:cette connaissant pourra nous - servir ^daris la: recherche; des 3eausi^:qùr déterminent la sapomficatiQn.j : ; ’ ; . ; j: jû; < -J?- ,.

;Les fosses; communes .dukcz^sag^ièrê - rfey /nho^/fts avaient trente pieds de profondeur et vingt dé largeur dans leursdeux diamètres; on&y plaçai ty par-itings très-serrés , ,les corps des pauvres: renfermés dans leurs bières. 'La nécessité id;en:. entasser un' grand nombre obligeait les homraesïchargés deicet emploi de' placeé les bières si près-les runes des autres ,:' qü on petit se figurer ces fosses remplies nomma.un. massif, de-cadavres , séparés seulement par deux planehes d’environ six lignes d’épaisseur, sans aucune: couche de terre in-

3'Sd’ ■-■-TRAÎTé---" '■

térpîDséé entfë' éuîÉ. Gés - fossés cpnteiiâient chaéurté liïiUé - cents ; oadavréSi” 'EorSqu elles étàient

plëinéS'^" ôïi cîiargeait lài dernière couche des -edf^s d%rivîran üri pied • dé >téÿre'^ ét dri creusait urië noufëllé 'foSsé'' t-'quèiqü’é; distance; ■Chaque fossé réstait éttvirôiv trëis-éns ouverte et il fallait ce temps pdér làb remplir; Le nombre phis^ du moins grand dès m'diî:sÿ GôiHpâré 'à f étendue dù^ ciméti'èf é -, rendait ’nécesMirë lé creusement dé cës fosses a dés époques plus oü mom’s; rapprocliées ; c’était au plus tôt après quihzè ârisjét ati plus tard après trente ans , qu’une fosse était faite dans le même lieu. L’expérience avait appris aux fossoyeurs que ce temps ne suffisait pas pour la destruction entière , des corps. La première fouille que l’on fit dans une fosse fermée et remplie depuis quinze ans, permit de constater que les eercuéià étaient Conservés dans tôàtes leurs dimensions et leur solidité ; qu’à rexceptiqn d’une légère teinte noire dont les bières étaient salies extérieurement , et qui était due à lai terre qui; les environnait, ces bières avaient conservé leur fraîcheur; toütefoisjélles étaient uiipeuaffaisséesles unes sur lés autres ; le bois en était sain , et seulement teint enijaune. - Description- des -cada9resi' \jés: corps étaient placés sur la planche du fond de la bière ; il existait une distance assez grande entre leur isurfàee etla planche dé dessus ; ils étaient tellement aplatis , qu’ils semblaient avoir été soumis à une forte compression f i)? Le linge

(i) Quelqu’afiaisés qù'e’Sbièht les badâvfes'coînpiétement saponifiés ,• ou ne peut pas moMsétabîir que lé gras qui s^est

qui les recouvrait était comme adhérent aux corps qui, avec la forme des différentes régions , n’offraient plus, en soulevant ce linge, que des masses irrégulières d’une matière molle, ductile, düun gris blanc; ces masses environnaient les os de toutes parts; elles n’uvaient point dé solidité, et se cassaient par une pression un peu brusque. L’aspect de cette matière , son tissu , sa mollesse, la fit d’abord comparer au fromage blanc ordinaire, et cette comparaison était juste, surtout par les empreintes ou aréoles que les fils tissus du linge avaient formées à sa surface. En touchant à cette substance blanche, elle cédait sous le doigt, et se ramollissait en la frottant quelque temps. Les cadavres ainsi changés en gras ne répandaient point une odeur très-infecte.

En examinant attentivement beaucoup de corps passés à cet état, on reconnut que tous n’étaient pas également avancés dans cette espèce de conversion. Plusieurs offraient, au milieu de masses blanches et grasses , des portions de muscles reconnaissables à leur tissu fibreux , et à leur couleur plus ou moins rouge. Dans ceux qui étaient complètement convertis en gras, les masses qui recouvraient les os étaient partout de la même nature , c’estrà-dire , présentaient indistinctement , dans toutes les régions , une substance grise, le plus souvent molle et ductille, quelquefois sèche, toujours facile à séparer, en fragmens poreux , percés de cavités, et n’offrant plus aucune trace des mem-

formé a plus de volume que u’en avait toute la graisse du corps.

354 TRAITK

bÿanés, dès muscles', des tendons, des vaisseaux des nerfs : on eut dit au premier aspect que ces masses blancbeS' n’étaient que du tissu cellulaire dont elks représentaient très-bien les aréoles et les vésicules.

En suivant cette matière blanche dans les différentes régions du corps, on put se convaincre que Ic tissu dé la peau éprouvait partout cette altération remarquablef On reconnut ensuite que les parties ligamenteuses et tendineuses, qui attachent et retiennent les os , n’existaiént plus, ou qu’au moins, ayant perdu leur tissu et leur ténacité, elles laissaient les articulations sansatlaches , sans soutien , et les os livrés à leur propre pesan» leur ; de sorte qu’il n’existait plus entre eux qü’une juxtaposition sans réunion et sans adhérence : aussi lé moindre effort suffisait-il pour les sépurer, comme le savaient lès fossoyeiïrs , qui, pour transporter ces corps et les enlever des fosses que Ton voulait vider, les pliaient et les roulaient sur eux-mêmes de la tète aux pieds, en éCàrtant ainsi les extrémités des os autrefois articulés.

Il r^y avait pms de cavité abdominale. Les tégumens et les muscles de cette région, changés en matière grasse comme les autres parties molles de ces corps, étaient affaissés et appuyés sur la colonne vertébrale , de sorte que le reste était aplati, et qu’il ne restait plus dé place pour les viscères ; aussi ne troUvait-on presque jamais de traces de ceux-ci dans les lieux presque effacés qu’occupait autrefois la cavité abdominale. En vain cherchait-on dans le plus grand nombre des corps et le lieu et la substance de l’estomac, des intestins , de la vessie et

même du foie, de k rate, d^ reinsot de la matrice chez les femmes : tous ces viscèios étaient fondus, et sou-^ vent il n’en restait absolument aucune trace 5 quelque-^ fois seulement on trouvait des masses irrégulières de la même nature que la matière grasse, de différéns volumes, depuis celui d’une noix jusqu’à deux ou trois pouces de diamètre, dans les régions du foie ou de la rate. , ■ ^ ;

L’extérieur de la poitrine «tait aplati et comprimé comme le reste des organes; les cotes, luxées sponta»nément dans leurs articulations avec les vertèbres , étaient affaissées et couchées sur la colonne dorsale ; leur partie arquée ne kissait entre elles et les vertèbres qu’un petit espace de chaque côté, bien différent des cavités thoraciques , par l’ét endiie et par k forme. On n’y retrouvait point distinctement la plèvre, le médiastin, les gros vaisseaux, la trachée-artère, ni même les poumons et le cœur : ces viscères étaient souvent entièrement fondus , et la plus grande partie avait presque disparu; on ne voyait à leur place que quelques grumeaux de matière grasse; cette matière étant le produit de k décomposition de viscères chargés de sang ét de diverses espèces d’humeurs, différait de celle de k sur-face du corps et des os longs , en ce qu’elle avait toujours une couleur plus ou moins rouge ou brune. Quelquefois on trouvait dans la poitrine une masse irrégulièrement arrondie , de même nature que les précédentes , et qui paraissait appartenir à la graisse et au tissu fibreux du cœur : apparemment que chez les sujets chez lesquels eek s’observait, le cœur avait été pri-

TKAIpi

mitivenient chargé de graisse. Dans d’autres circonstances, il y avait ^ dans tin des côtés du thorax, une masse de forme ovoïde, qui paraissait en avoir occupé toutes les dimensions, offrant à sa surface des empreintes trèsrévidentés des côtes, et qui devait être la suite d’un engorgement très-considérable de l’un des lobes du poumon, fortement pénétré et distendu par une congestion de sucs épais et lymphatiques, ^extérieur de la poitrine des femines présentait souvent la masse glanduleuse et adipeuse des mamelles , convertie en matière grasse , très-blanche et très-homogène.

La tête était environnée de matière grasse.; La face n’ éiàit plus reconnaissable dans le plus grand nombre des sujets 5 la bouché, désorganisée, n’offt'ait plus de langue ni: de palais ; les mâchoires , désarticulées et plus ou moins écartées, étaient environnées de plaques irrégulières de Quelques grumeaux de la même matière tenaient ordinairement là place des parties situées dans la bouche; les cartilages du nez participaient à l’altéra- Jiion généralé de la peau ; il n’y avait plus dans les orbites que quelques plaques blanches au lieu d’yeux ; on découvrait encore les cils et les sourcils ; les oreilles étaient également désorganisées ; le cuir chevelu,‘changé comme les autres or gdines, conservait encore les cheveux. \je crâne ' renfermait constamment le cerveau rapetissé, noirâtre à sa surface, et absolument comnieles

autres viscères ; du moins c’est ce que l’on put observer sur uh'grand nombre de sujets qui furent examinés avec soin. J’ai réuni , dit Thouret, une nombreuse suite de différons organes et de différentes parties Sa-

BES EXHÜMATIOXS JURIDIQUES.

ponifiées; la conservation du cerveau, qui reste même dans les corps qui ne passent point au gras., après l’entière destruction des parties molles, est une circonstance digne d’une attention toute particulière. - ; •

, Les parties qui, indépendamment des poiis et àes cheveux, avaient résisté à la saponification, étaient les o«^/e^,qui se conservaient intacts, et les toutefois;, cette altération avait atteint Fintérieur de ceux-ci; là moelle, la membrane médullaire et toutes les divi^Æms qu’elle forme jusqu’aux cellules du, tissu alvéolaire., étaient changées en grasl. Certains; principek colorans résistaient également à la saponification ; tels sont celui de la bile, les glandes bronchiques , le de la

choroïde et la partie rouge. du sang. - - : j

Curieux de connaître les. phénomènes que présentaient les cadavres dans les premiers temps de leur dé... composition dans les fosses communes, et par conséqùen t bien avant d’être transformés en gras , Fourcroy inter-, terrogea les fossoyeurs, qui lui apprirent les détails suivans :

Les corps enterrés ne changent sensiblement de couleur qu’au bout de sept .à huit jours.' C’est dans, le basventre que se passe la première scène de cette alteration; l’abdomen se boursouffle et paraît être distendu par des fluides élastiques qui se dégagent dans son intérieur; ce boursoufflement a lieu plus ou moins promptement , suivant que l’abdomen est plus ou moins gros et rempli de fluides, suivant la profondeur où les corps sont enfouis , et surtout suivant la température plus ou moins chaude de l’air. Ainsi, en réunissant toutes les circon-

stances favorables à ce premier degré de la décorapo' sitioii putride, un corps très-gras j dent le ventre est infiltré, enterré à peu de profondeur dans üne.sàisoii chaude ÿ offre ce boursoufEeraent;du bas-ventre: au bdutdetrois ou quatre jours , tandis qu’un corps maigre, desséché, profonclément enfoui dans une saison froide^ peut jcester plusieurs semaines sans présenter d’altéra-^ tion sensible. Les fossoyeurs ont cru remarquer qu’un temps d’orage avait une grande influence sur ce boursoufflement; du ventre f ils assurent que cet état de l’atmosphère favorise singulièrement cette dilatatioHi Suivantleur témoignage et leurs expressions ,' le ventre bout à l’approche des orages; eette distension du ventre va , suivant eux , en augmentant,] usqu’à ce que les parois trop tendues, et ayant d’ailleurs leur tissu relâché et ramolli par la putréfaction qui les attaque, cèdent à l’effort de cette raréfaction intérieure , et se brisent^ee une sorte d’explosion. Il paraît que c’est aux environs de lanneâu , et quelquefois autour du nonîbril , que sé fait cette espèce d’éruption ; il s’écoule alors par ces ouvertures un fluide sanieux brunâtre, d’une odeur très-fétide, et il se dégage en même temps un fluide élastique très-méphitique.

Les corps amoncelés les uns sur les autres ne sont pas j comme ceux qui sont enterrés dans des fosses particulières , exposés sur un sol qui puisse en absorber l’humidité. Comme ils se récouvrent les uns les autres,' l’évaporation due à l’atmosphère n’a point ou presque point d’influence sur eux; en un mot, ils ne sont point exposés aux circonstances environnantes, et l’altéra*

tion qu’ils éprouYcnt ne dépend que de,jLeur propre substance. , , . ,

Lorsque la rupture des parois du bas-y entre est faite , la putréfaction abdominale qui en est la cause, a. déjà désorganisé les viscères mous de cette cavité j Testomaç et les intestins ne forment plus un tube membraneux continu. Brisées en plusieurs, points et déjà fondues en sérosités putrides , les portions de membranes qui restent encore tombent et s’affaissent sur elles-mêmes ; bientôt la putréfaction qui s’y est établie , et dont la marche devient de plus eu plus rapide , en détruit et en désorganise tout-à-fait le tissu; il n’en reste dope, quelque temps après la rupture du bas -ventre, que quelques fragmens qui s’appliquent et se confondent avec les parois mêmes de c^te cavité. Le parenchyme du foie , plus solide , paraît résister à cette fonte septique; la putréfaction. s’y ralentit, et ne va point jusqu’à la destruction complète; l’humidité n’y est plus assez abondante pour en faciliter la décomposition. totale; et telle est sans doute la cause de ces fragmens de §ras que l’on trouve à la placq de tous les viscères du basventre. Le diaphragme , rœsophage, le médiastin , les vaisseaux , les membranes, et toutes les parties molles contenues dans la cavité thoracique, se désorganisent à peu près en même temps que les viscères abdominaux. La rupture des fibres du diaphragme paraît accompagner ou suivre immédiatement celle des parois du ventre ; à mesure que les liquides du thorax s’épuisent, les portions solides du cœur et des poumons éprouvent la même altération que la base de tous les.

TRAITÉ

autres organes; mais nomme le tissu pulmonaire est très-lâche et contient beaucoup de sucs , les parois des cellules qui les constituent s’affaissent et se compriment, de sorte que sa forme se perd bientôt, et qu’il ne reste plus de sa substance que quelques masses irrégulières àe gras. Quoique les cavités du cœur donnent aussi lieu à l’affaissement de ses parois musculaires , celles-ci étant d’un tissu plus dense, perdent moins de leur forme générale, et donnent, par leur conversion en ^as, naissance à ces masses irrégulièrement arrondies , que nous avons dit exister dans la cavité thoracique.

Le même affaissement , la même désorganisation ayant lieu avec plus ou moins d’énergie dans toutes les parties musculaires , tendineuses et ligamenteuses qui ‘ environnent les os, suivant leur mollesse et la quantité de sucs dont elles sont pénétrées, la conversion en s’opère successivement dans toutes ces parties ; tout ce qui esf membraneux et plus ou moins muqueux se détruit et disparaît : c’est pour cela qu’on ne trouve plus de traces de vaisseaux, de nerfs, d’aponévroses, au milieu des masses de gras qui recouvrent les • os des extrémités. Voici du reste comment s’exprime Thouret à l’occasion de l’ordre et des principaux phénomène de cette transmutation en gras. C’est la peau qui la première subit la saponification : d’abord son tissu fibreux subsiste; mais le corps adipeux est déjà blanc. Lorsque celui-ci est passé' à cet état, il offre encore en quelques parties la couleur jaune qui lui est ordinaire. Sous la peau et la couche de graisse déjà trans-

DÈS EXHUMATIONS JDHIDIQUES, 36 1

formées, les muscles conservent encore quelque temps leur couleur. Les viscères sont long-temps aussi reconnaissables dans leurs cavités , où on les voit d’abord seulement affaissés, desséchés, et ayant perdu de, leur volpme. Mais bientôt ces mêmes parties subissent la conversion, et l’on voit se développer dans leur tissu la matière du gras , qui les pénètre enfin profondément. Toutes les chairs ayant éprouvé la transmutation , le tissu fibreux subsiste encore dans les masses qu’il forme , et ce n’est que lorsqu'il n’en reste plus de vestiges que la saponification est complète.

Mais que deviennent les corps ainsi changés en; gras, se conservent-ils sans se détruire ^ o\x h\en se. décomposent-ils P Xlnelc^nes faits semblent autoriser à croire que ces corps se décomposent par l’action des pluies, qui les réduisent à l’état de squelette. Dans plusieurs fosses communes que l’on fit creuser au cimetière/ des Innocens , on trouva quelques bières dérangées de leur position horizontale par l’éboulement des terres : dans plusieurs de ces bières placées obliquement, \sl portion inférieure des corps était réduite à l’état de squelette, tandis que la partie supérieure présentait les masses de gras ordinaires dans tous ces corps; il était aisé de juger par l’inspection qu’une cause dissolvante agi sur le bas de ces cadavi-es, sans porter son action sur les parties élevées. Cette cause ne fut pas difficile à reconnaître ; on trouva dans la partieinférieure de ces bières un fluide brun et fétide; la terre des environs était humide et pénétrée des mêmes miasmes que l’eau des bières; celles-ci d’ailleurs ne se trouvaient qu’au

302 TRAITÉ

bas des fosses , et en-général tons les cadavi-fcs qui occupaient cette région avaient la matière grasse la plus molle , la plus altérée et la moins abondante. On reconnaît à ces indices l’action de l’eau des pluies; en filtrant à travers une terre perméable, elle se rassemble dans le fond des fosses , elle baigne la partie des cadarres qui y sont “situés, elle enlève la; .matière grasse qui y plonge ; car on verra tout a l’heure que, cette matière se: délaie facilement dans’ l’eau. Les fosjsoyeurs. ont remarqüé qu’après de longues, et fortes pluies , le dessus des fosses ou le sol qui les récouvre se creüseét s’abaisse de quelques pouces : on voit dans cette observation la .preuve d’une. diminution dans la masse des corps dont la matière soluble est peu à peu' enlevée par l’eau et distribuée en: moléculès plus ténues dans la terre qui les environne , et dans laquelle on a trouvé les éléniens de cette substance. ■

La dégradation ou décomposition dont il s’agit commence par les cavités ; on nei trouve plus dans le thorax et dans rabdomen qu’une petite quantité de gras sous formé de débris et comme émiettés : alors les os sont désarticulés, le sternum et les tégumens du yentre sont appliqués sur la colonne épinière, le^ côtes sont couchées de chaque côté , les vertèbres séparées , et l’on trouve dansles jeunes sujets les épiphyses désunies. La décomposition a lieu ensuite dans les chairs par la partie qui correspond au tissu cellulaire; ce gras, toujours spongieux et d’une consistance plus rare, se réduit aussi en débris ou en fragmens plus ou moins atténués. La peau et le corps adipeux se conservent d’une

BES EXHUMÀTiOSS JÜKIDIQUES.

manière rplus durable; ils offrent des plaques plus ou moins épaisses et étèndués, di-v;erseinent .configurées, le plus ordinairement de I f oj?nie cireulake^ qui slappliquentsur les oalongs , qu! elles en veloppenttet quelles touchentt immédiateraent ; elles conservent longi-temps leur densité et leur blancheur, le cuir chef élu surtoutL Mais ce gras lui-même se détruit à làdongue,. et iVon ne trouve plus enfin : à la surface des os qu’inïe suh" stance peu abondante , ou molle coriune.de l’argile dér trempée et un peu épaisse, dont elle; aja, eouleur;, ou sèche et comme; friahlë;; d’une teinte; plus rembrunie, IL paraît que c’est, le résidu des ^principes côlorans et indestructibles, ou; le principe terreux, peutfêtré, qui restent ainsi comriié mêlés d’un peu dé gras.,'

De . la nature et propriétés du gras des cadavres. Composition chimique. Le gras des eadavres., considéré à tort par Fourcroy comme un composé èi ammoniaque et ^adipocire , est formé , d’uprès M. Chevreulj d’acide margarique^ d’un acide gràs et liquide , qui paraît être ïoléique, d’un -çen àe substance amère ÿ d’un iprincipê colorant orangé^ qui colore l’acide liquide , d’une trace de principe odorant, d’a/fi/reon/âr^Me, detrès-petites quan' tités de chaux et de potasse, de quelques sels ; les alcalis dont nous parlons saturent en partie les acides margarique et oléique; ce dernier n’existe qu-en trèspetite proportion dans le gras, surtout relativement à l’acide margarique qui y est très-abondant (i). Il est

(i) Lé gras des câda'si es analysé par Fouréi’oy fournit un gros et demi de sous-phosphate de chaux par livre.

l’KAlTÉ

aisé de conclure de cette analyse que le gras des cadavres est un savon à double acide et à base ammoniacale. Quelquefois cependant il est -formé diacides margariquè et oléique combinés à la chaurj c’est lorsque les Cadavres qui le fournissent se ;.pourrissent; dans de l’eau contenant du carbonate ou dussulfate de chaux: c’est ainsi que M. Ghévreul a trouvé que du gras proé venant'd’un cadavre,de bélier,, qui avait macéré dans l’eau ^ de puits, était à l’état' de savon calcaire, il arrive quelquefois aussi que les. parties des;cadavres qui sont déposées dans la terre , sesaponifi'én t èt se- transforment en un véritablê savon calcaire : noüs avons ënterré^ le 4 décémbre ida8 , un estomac , une portion de peau avec le tissu cellulaire sous-jacent , deux testicules humains et un épiploon : tous ces organes appartenaient à l’espèce jiumâine; chacun d’eux avait été enveloppé d’un linge et placé dans une petite boîte en bois de sapin ; ces boîtes avaient été enterrées à la profondeur de deux pieds et. demi; leur exhumation eut lieu le 3o juillet 1 829, . sept mois vingt-sept jours après les avoir placées dans la terre. A la place de l’ estomac on trouva environ un demi-gros de de cadavres, »«/lëment ammoniacal^ mais bien composé d’acides margarique et oléique et de chauxi La peau , assez humide, offrait çà et là l’apparence du. gras des cadavres, 'et fournissait à l’analyse un savon calcaire nullement ammoniacal. Les testicules étaient méconnaissables et transformés en gras d’un blanc jaunâtre , 'véritable savon cût/ca/re aussi. Enfin, l’épiploon avait conservé son aspect et sa structure dans plusieurs points, Umdis que

DES KXHDMaTIOTîS JDRIDIQCEJ. 305

dans d’autres il n’était pins reconnaissable , et se trouvait changé en une masse graisseuse jaunâtre, ayant l’odeur du fromage dè Roquèf or t , et composée acides gras et de chaux. . .

Nous étions à peu près certains que la présence dé ce savon calcaire, aux dépens du savon ammoniacal dans ces matières grasses ^ tenait à ce que .les. eaux pluviales, en filti*ant à travers les terres jusque -dans l’intérieur des bières , avaient dissous des sels calcaires qui avaient décomposé le savon ammoniacal et l’avaient changé- en savon calcaire : cependant nous, crûmes xlevoir nous assurer, par des expériences directes , que les choses s’étaient réellement passées ainsi. ;

I®. Nous préparâmes un savon ammoniacal avec de l’acide stéarique pur et de l’ammoniaqué caustique, et nous le plongeâmes au milieu d’une dissolution de éul- &lte de chaux; au bout de trois semaine, en examinant ce savon, nous le trouvâmes entièrement changé en stéarate de chaux , et il s’était formé, du sulfate d’ammoniaque.

2®. Le .3o octobre 1829, nous renfermâmes un estomac vide et bien lavé dans uneboîte de plomb, enve^ loppée elle-même par des planches de bois blanc; nous enterrâmes aussitôt cette boîte à deux pieds et demi de profondeur. A côté , nous en plaçâmes une autre en bois blanc., dans laquelle nous avions également mis un estomac humain bien lavé et vide. L’exhumation de ces boîtes eut lieu le 29 mai i83o, sept mois après rinhuraation. L’estomac contenu dans la boîte eh bois blanc était transformé en savon eh partie anîmoniacalj

TRAITÉ

mais suTtoutjé«tljgaire; taiijdis que celui quittait enfermé dansiepfomè n offrait auçuîïe trace de saponification; il etaitimêmepen altéré. Il e^t évident que, dans cette dernière expérience , la marche de la putréfaction avait été singulièrement ralentie à raison de la double enveloppe-, et surtout de la boîte de plomb ; et tout porte à cJFôire -que si le petit appareil fut resté en terre autant de temps qu’41 était nécessaire pour changer l’estomac enjsavôn , celui-ci n’eût pas été de nature calcaire; niais bien ammoniacal.

Propriétés dureras des- cadavres. Les caractères du gras des cadavres varient suivant l’époque de sa formation et quelques autres circonstances que nous allons faire cohnaîfre. Dans les corps nouvéllement saponifiés, c’estnà-dire; dans ceux qui ne sont enterrés que depuis trois à cinq ans, il est mou et très-ductile; il contient U ne. grande quantité d'eau et est trèsdéger. Dans les cadavres qui sont convertis en gras depuis trente ou quarante ans, il est plus sèc et plus cassant, en plaques plus denses ; on a même vu des corps placés dans des terrains secs, dont quelques portions de la matière grasse étaient devenues transparentes; l’aspect, le tissu grenu et la qualité cassante tic cette matière ainsi desséchée, imitent assez bien la cire ; nous verrons tout à l'heure, en parlant de l’action de l’air sur ce corps , quels sont les changemens que le temps lui frit éprouver. L’époque de la formation du gras influe aussi sur ses caractères; en général, tout celui qui pàraît formé depuis long-temps est èZanc, égal dans tous ses points, ei. ne contient aucune matière étrangère , aucun reste

CES EXHÜM ATiOKS JXJRIOIQUES.

de tissu fibreux; tel est surtout cèliii qui appartient à la peau des extrémités : au contraire, quand le gras est récent , il n’est ni aussi^homogène ni aussi pur que le précédent; on y trouve encore des portions de muscles, de tendons , de ligamens, dont lé tissu, quoique déjà altéré et changé dans sa couleur, est encore reconnaissable ; suivant que la conversion est plus ou moins avancée , ces restes de tissu sont plus ou moins périév très de matière grasse,- comme enchâssée entre les interstices des fibres. Chez quèlques sujets on voit là; matière grasse présenter des surfaces brillantes de lacouleur de l’or et de l’argent :: on dirait qu’une couche légère de mica est étendue sur ces surfaces; dans quelques-uns même cette propriété chatoyante offre assez d’éclat pour mériter detrè conservée par le dessin et l’impression. On voit aussi dans plusieurs points de la matière grasse des couleurs orangées

incarnates fort brillantes : ees couleurs se rencontrent surtout aux environs des os qui en sont eux-mêmes pénétrés.

Le gras des cadavres se ramollit pur la chaleur ex. le raoxivement des doigts; il fond comme une graisse lorsqu’on le chauffe au bain-marie à la température de l’ébullitioa. Dïstille à feu nu en vases clos, il fournit d’abord de l’eau chargée d’ammoniaquf et au bout d’un temps assez long , une huile qui se fige dans l’allonge; enfin , et beaucoup plus.tard, du sous-carbonate d’ammoniaque cristallisé , qui finit par se dissoudre dans l’huile (Fourcroy ) ; il n’est pas douteux aussi qu’il se forme dans cette opération des traces de gaz

TRAITÉ

inflammable et de charbon , et le produit volatil odorant roux et acide que fournissent les acides margarique et oléique que l’on, distille.

Chauffé avec le contact de Y air, \e gras des cadavres s’enflamme et brûle rapidement; le charbon résidu est peu abondant et difficile à incinérer.

Lorsqu’on expose des fragmens de gras des cadavres à Xair sec et chaud pendant l’été, ils deviennent secs et cassans, sans diminuer de volume ; ils blanchissent et perdent l’odeur qui les caractérisait; leur surface finit par être friable et par se réduire presque en poussière sous le doigt ; non-seulement le gras a perdu de l’eau par son exposition à l’air, mais il s’est encore dégagé de l’ammoniaque. Fourcroy assure ne pas avoir retiré de cet alcali , en analysant des portions de gras des cadavres qui étaient restées assez long-temps en contact avec l’air chaud , pour devenir demi-transparentes après avoir été fondues, et pour avoir plusieurs des caractères extérieurs d’une vraie cire. L’action de l’air sur cette matière grasse explique , d’après ce savant célèbre, pourquoi les portions de cette matière qui se trouvaient à la partie supérieure des fosses du cimetière des Innocens étaient sèches, tandis qu’elles étaient humides lorsqu’elles occupaient le fond des fosses.

D’après Thouret, par son exposition kX air humide y le gras des cadavres sè couvre de moisissures très-abondantes qui offrent les couleurs les plus vives et les plus variées.

Le gras des cadavres, délayé dans un mortier de verre avec un peu d’eaa froide , s’y mêle très-facilement,

DES EXHUaiATIONS JURIDIQUES. 309

et forme une espèce de magma , ou pâte molle et uniforme. En ajoutant de Veau, la liqueur devient opaque, semblable à de l’eau de savon , et on y voit des espèces de stries brillantes et saUnées. Dans cette expérience, le gras absorbe l’eau avec tant d’activité et y adhère tellement, qu’il en retient toujours une grande quantité , ce qui augmente singulièrement son volume j il est simplement délayé et non dissous. Cette action de l’eau froide sur le gras des cadavres vient suffisamment à l’appui de ce que nous avons établi, lorsque nous avons parlé de la manière dont les pluies agissaient sur les corps saponifiés. L’ea« que l’on fait bouillir sur le gras des cadavres acquiert la consistance et la forme d’un mucilage épais de graine de lin; par le refroidissement, la liqueur se prend en une sorte de pâte- ductile, qui, étant étendue d’eau froide , s’y délaye comme a V ordinaire^ sans s’y dissoudre; car, par le filtre, on peut en séparer la matière savonneuse.

Toutefois, si le gras des cadavres sur lequel on agit a été long-temps exposé à l’air sec et chaud , s’il a perdu une grande quantité d’ammoniaque, l’eau ne le délaye plus aussi facilement que dans son état oïdinaire.

L’acide hydrochlorique étendu d’eau décompose le gras des cadavres, surtout à une douce chaleur, se combine avec l’ammoniaque, la potasse. et la chaux, avec lesquelles il forme des hydrochlorates solubles, et laisse les acides gras ; la dissolution , riche surtout en hydrochlorate d’ammoniaque, si le gras n’est pas calcaire, dégage beaucoup d’alcali volatil par l’addition de la potasse. L’acide hydrochlorique, comme oh voit, four-

riit un rnoyen simple de connaître la nature de la base ou des basés qui entrent dans la eomposition de ces savons.

Si, après avoir tenu en fusion pendant quelque temps le gras des cadavres ammoniacal, oh y ajoute à froid de la chaux vive, il se dégage de l’ammoniaque.

U alcool. froid ne dissout point ee savon; bouillant^ il «n dissout 90,3 parties sur ïoo, et il les laisse presque lentièrement déposer par refroidissement. Les 9,7 parties non dissoutes par l’alcool bouillant sont formées d’un principe colorant jaune, d’une matière azotée^ d’une matière grasse, de phosphate de chaux, dechaux^ de magnésie , d’oxide de fm", d’acide lactique , et de deux sels désignés par M. Chevreul sous les noms de' laefat&s de potasse et de soude.

Origine du gras des cadaores; circonstances qui influent sur sa formation ; théorie de sa production. Le gras des cadavres ne se produit que là où il y a de la graisse èt une matière azotée ; le corps gras fournit les acides margarîque et oléique, et la substance animale l’ammoniaque : telle est X origine de celte matière gra^è. Les preuves de cette assertion se présentent eh foulé; nous ne choisirons que les suivantes : ^

I®. Les cadavres entiers, ou une partie d’ün cadavte: formant un tout fini, c’est-à-(hre constituant un membre j la tête ou le thorax, parties dans lesquelles on trouve de la peau, de la graisse, des muscles, etc. , sé changent en gras dans l’eau stagnante d’un étang ou dans l’eau peu courante des bords d’une rivière. On sait que Georges Smith Gibbès a décrit , en 1 794 > les

procédés qu’il faudrait suivre pour obtenir en grand le gras des cadavres. ( Voyez son Mémoire intitulé : On the conversion of animal muscle into a substance much ressemhling sperrriaceti , dans les Transactions philosophiques.') Les muscles isolés ne fournissent qu’une petite quantité de gras , et seulement lorsqu’ils sont riches en graisse.

2°. La graisse lessivée, exsangue, et isolée des parties qui contiennent de l’ammoniaque , ne se transforme pas en gras des cadavres. ( Güntz.^ ouvrage cité. )

3®. M. Gay-Lussac a fait voir que la fibrine du sang parfaitement lavée et débarrassée de graisse , ne se changeait point en gras des cadavres.

4®. M. Chevreul a fait la même observation sur les tendons d’éléphans et la chair musculaire de bœuf privés de graisse et submergés pendant un an dan^ l’eau distillée.

5®. Après sept mois vingt-six jours d’inhumation à la profondeur de deux pieds et demi, nous avons vu de la peau, que nous avions préalablement dépouillée de tissu cellulaire , ne pas s’étre transformée en gras / elle était réduite à de petites lamelles inodores, comme tannées , brunâtres d’un côté et fauves de l’autre , difficiles à déchirer, d’une texture filamenteuse. Au contraire, la peau du même individu, encore adhérente au tissu cellulaire graisseux inhumé dans le même terrain, le même jour, à la même profondeur, et dans une boîte pareille, était assez humide, offrait dans certaines parties Y aspect du gras , et fournissait àYaüosüjse nn savon calcaire.

Si nous examinons maintenant les circonstances qui injluent sur. la formation du gras des cadavres dans la terre ^ nous verrons, qu’il faut à peu près trois ans de séjour dans la terré pour que les corps soient complètement convertis en gras , tandis que cette transformation s’opère plus vite dans l’eau j tout étant égal d’ailleurs ; 2° que l’on n’a presque jamais observé cette transmutation complète dans des corps isolés ou enterrés seuls; que, dans ce cas, en effet, on ne trouve que quelques parties saponifiées , et encore ne sont-^ elles pas toujours à l’état de savon parfait ; il n’y a que les cadavres accumulés dans les fosses communes qui sont sujets à la saponification complète; 3“ que parmi les corps inhumés dans des fosses communes, ceux qui sont à la partie inférieure de ces fosses paraissent être les premiers à subir la transformation en gras; 4° que cette transmutation ne s’établit pas également bien dans \es diverses espèces de terres^ quoi qu’en ait dit Fourcroy. (Fayez nos expériences à la page 347*) Déjà Thouret avait annoncé qu’on ne trouvait des- traces de ce phénomène que dans celles des couches de terre qui ont une couleur noire, qu’elles doivent à une grande quantité de dont elles sont surchar¬

gées , ou bien dans les grandes fosses toujours enveloppées et pénètréês cCune terre très-noire , qui recouvre mêftie de plusieurs pieds les massifs des cercueils. Ce qui avait induit Fourcroy en erreur, c’est qu’il avait constaté la présence du gras des cadavres dans un grand nombre de cimetières , et toutes les fois que les corps étaient déposés en masse, et les uns à côté des

autres; mais cette observation ne prouve pas que tel: terrain ne soit pas plus propre que te! autre à opérer là saponification ; 5® qu’une couche épaisse du sol est nécessaire au-dessus des corps ; trop près de la surface , l’évaporation des gaz aurait lieu , la terre ne s’en saturerait pas, et n’offrirait par conséquent plus les conditions voulues; 6®" que les corps chargés de beaucoup d’embonpoint, qui sont en même temps d’une structure forte et robuste, d’un tissu compacte et soKde sont ceux qui ont le plus de propension à passeu à Pétât gras, tandis que les corps très-secs et très-maigres se changent plus particulièrement en momies ; 7° que le sexe ne paraît pas influer d’une manière sensible sur l’époque où se fait la saponification ; 8® que les jeunes sujets se transforment plus tôt en gras que les adultes et les vieillards.

Il nous est impossible de déterminer, faute d’obser-' varions, s’il y a des différences à raison àe\?L position des fosses , pour le moment où la saponification commence dans chacune d’elles , si les corps que l’on trouve réduits à leurs ossemens ont d’abord été saponifiés , ou bien s’ils ont été décomposés par un autre genre de destruction ; enfin si ceux qui ont été changés en gras ont seuls subi cette transmutation d'une manière simultanée ou successive.

La théorie de la production du gras des cadavres dans la terre n’est pas aisée à établir , parce que nous, manquons encore d’un certain nombre de données qui sont indispensables; cependant tout porte à croire^ que les, corps entassés dans les fosses commencent à?

TRAITÉ

S.Q pourrir coinme ceux qui sont dans des sépultures; particulières ou dans l’air; mais qu’au bout d’un certain temps, il arrive un autre genre de décomposition, hi. transjbrmation en gras. La cause de cette saponification paraît tenir à ce que la terre étant trop peu abondante autour de l’immense quantité des corps contenus dans les caveaux , ne tarde pas à être saturée des produits volatils de la putréfaction ; , dès-lors elle né hâte plus la décomposition putride par sa disposition à recevoir les produits. Le contraire arriverait si les cadavres se pourrissaient dans l’air ou isolément dans la terre, c’est-à-dire que, dans ce «is, les gaz ayant une libre issue dans l’air , ou pouvant être retenus par la terre , la décomposition continuerait comme elle avait commencé. Les produits gazeux de la putréfaction dans les fosses communes, d’après ce qui vient d^’être dit, étant en quelque sorte réfléchis sur les, parties molles, ou retenus dans leurs tissus, il se passe de nouveaux, phénomènes , ûn nouvel ordre de décomposition. Yoici comment Fourcroy explique la pütréfaction des corps dans ces fosses : le carbone s’échappe en grande quantité sous la forme d’acide carbonique , soit en réagissant sur l’eau , soit en absor- ' bant l’oxigène contenu dans les iriatières animaltô. Cette volatilisation du carbone avec l’oxigène ^t la cause de la perte considérable qu’éprouvent les matières animales en sé convertissant en gras ; car ce dernier ne fait que le dixième ou \e douzième de tout le corps. L’àzote , principe très-abondant dans ces sub- 5.tances , se combine en entier k l’hydrogène, et foimS'

^ammoniaque, dont une portion se dégage en vapeurs, et l’autre reste fixée dans le gras ; le résidu des matières animales , privées d’une grande partie de leur carbone , de leur oxigène et de tout leur azote , se trouve contenir une proportion beaucoup plus forte ’ d’hydrogène ; et c’est cet hydrogène carboné et légè-. cernent oxidé qui constitue la matière grasse (acides , margarique et oléique) , dont l’union avec l’ammoniaque forme le savon des cadavres. Il resterait seulement à déterminer si c’est foxigène contenu dans la matière animale , ou celui de l’eau faisant partie de cette matière , qui a opéré la décomposijion ; peut-être la proportion considérable d%ydrogène qui existe , soit dans, l’ammoniaque formée, soit dans la matière grasse- du savon , doit-elle faire penser que là décomposition de' l’eau est nécessaire à cette opération. ( Fourcroy , deuxième mémoire , page yi. ).

Thouret, an contraice, n’était pas éloigné d’admettre que la matière gçasse dq. gras deseadayres (acides margarique et oléiquey n’èst pas, le produit de la putré-. faction , mais qu’elle existe toute formée chez l’hommependant la vie. Après avoir indiqué qu’on retire beaucoup àeMane de haleine des cavités du cenreau de la baleine , de la bile , quelquefois du foie^ du cerveau, de l’homme et de tous les animaux , il dît : « Mais si cette substance existe déjà formée dans l’animal vivant,, pourquoi l’attribuerait-on au mouvement de destruction et de putréfaction, lorsqu’elle paraît après la mprtP^ Si dans lés corps du cimetière on a trouvé cette matière réduite à l’état de savon ^ et unie à une certaine

3^6 TRAITÉ

quantité d’alcali volatil , qui ne peut être que le produit d’une putréfaction avancée , cette putréfaction et la formation de l’alcali volatil n’ont-elles pas pu s’opérer seules , et la matière du gras , antérieurement existante, ne subir d’autre changement que celui de s’unir à une substance alcaline , qui , dans l’état ordinaire , n’était pas formée ? » (Mémoire cité, page 27.) Gette théorie, à laquelle on pouvait opposer tant d’objections au moment où elle fut publiée , n’est plus admissible aujourd’hui , que j’on connaît la différence immense qui existe entre le gras des cadavres et le blanc de baleine (principalement formé de cétiné) , que Thouret supposait à torç exister abondamment dans le corps humain.

§. ni:

Cadavres changés en momies sèches.

' Le mot momie , pris dans l’acception la plus étendue, sert à désigner toute espece cadavres artificiellement ou naturellement modifiés dans leur texture , et préservés ainsi de la putréfaction. On a désigné sous le nom de momies grasses les corps saponifiés dont il a été question dans le paragraphe précédent, tandis qü’on a appelé momies '^seches ceux qui , loin- d’avoir subi ce genre de transformation , ont perdu leurs fluides , et sont dans un état de dessiccation complète. Les momies ?>ot\X artificielles ow. naturelles y\es>

premières ne sont autre chose que des cadavres embaumés par un procédé quelconque : telles sont les momies égyptiennes , les momies des îles Fortunées

Xaxos, les momies péruviennes , etc. Les momies naturelles , au contraire , ne sont le résultat d’aucune préparation : ce sont des cadavres qui, à raison de circonstances particulières , dépendantes de la température , du terrain ,.etc. , se sont desséchés sans se pourrir. 11 ne doit être question dans cet article que des momies sèches naturelles appartenant à l’espèce humaine.

Établissons d’abord par des faits la possibilité que des cadavres humains enterrés dans des fosses communes se transforment en momies sèches à côté de corps qui se saponifient, et même d’autres qui se trouvent réduits à leurs ossemens. i® Voici ce que l’on remarqua lors des fouilles du cimetière des Innocens : dans quelques corps que l’on trouvait toujours isolés, la peau , les muscles , les tendons et les aponévroses étaient desséchés , cassans^ durs , d’une couleur plus ou moins grise, et semblables aux momies de quelques caveaux où l’on a observé ce ebangement , comme les catacombes de Rome et le caveau des Cordeliers de Toulouse. (Fourcroy, mémoire cité.) Parmi les différons corps changés en momies sèches" que j’ai trouvés au cimetière des Innocens , dit Thouret , et que je conserve au nombre de cinquante à soixante , il n’y a qu’un seul corps d’homme ; les femmes , en effet , paraissent avoir une propension plus grande à se changer en momies. (Rapport déjà cité, page 48. j 2® On lit dans le Recueil de pièces concernant les exhumations faites dans V enceinte de V église de Saint-Eloi de la ville de Dunkerque , « que , parmi les onze cadavres qui, dans le nombre des soixante exhumés le 12 et le i3 mars , se

TRAITE

sont trouvés en entier, il y en avait trois entièrement desséchés et semblables aux momies. Les anciens avaient plusieurs opinions sur la durée des corps enterrés. Nous avons des caveaux dans lesquels ils se conservent des siècles^ tels sont ceux des Cordeliers de Toulouse, où l’on en voit plusieurs qui sont encore en entieci. Ici on ne peut attribuer cette conservation au terrain et à l’exposition , puisqu a côté des espèces de momies dont il s’agit , il se trouvait des corps toiit-à-fait putréfiés : il faut donc faire dépendre ce phénomène‘de la constitution des corps mêmes, ou peut-être de l’usage long et immodéré des liqueurs fortes. » (page 4^.)

■ Descripiicu des eadavres réduits a V état de momie seche naturelle. Autant les descriptions des momies artificielles sont communes ^ autant- celles des momies, naturelles sont rares et peu détaillées. Nous prendrons, pour guide dans ce travail le mémoire de M. de Puymaurin fils , intitulé Détails çkirniques et observations sur la conservation des corps qui sont déposés aux mveaux des Cordeliers et des Jaçobms de Toulouse { 'noÿi. tome 3® des Mémoires de l’Académie de Toulouse, 1787 ) , et la notice de Vicq-d’Aayr sur les corps dêpa< .sés dans les caveaux des Cordeliers de la même ville;, (Histoire de la Çoçiété royale de médecine, année j 779 .} Les corps ou momies étaient rangés debout dans, l’un et dans l’autre caveaiiî et adossés au mur< La cbarpente osseuse et la peau qui les recouvre étaient parfaitement conservées, et leur permettaient de se soutenir dans cette position. Toutes les parties internes de ces corps. , musculeuses , tendineuses , carti-

lagineuses , le foie , le poumon et tous les viscères contenus dans les trois grandes cavités, ressemblaient à de l’amadou et prenaient feu comme lui , mais n’avaient point la même souplesse ni la même solidité ; elles tombaient en- poussière quand on les pressait entre les doigts , par l’effet de l’attaque constante des mites qui les dévoraient. Les paupières , les lèvres , les oreilles , la langue , étaient bien conservées , mais ne ressemblaient plus qu’à un cuir sec et ridé ; il en était de même de la peau qui recouvrait ces momies. Le tissu cellulaire avait cependant encore dans la plupart sa souplesse et son intégrité. Le nez et ses cloisons intérieures, les dents et les ongles étaient aussi à peu près comme dans leur premier état. Les ongles /de certains corps avaient même conservé toute leur fraîcheur. Les ligamens et les tendons résistaient au tranchant du scalpel ; il fallait une force considérable pour les diviser. Le nerf médian supportait la dissection jusqu'au doigt; l’artère radiale avait été poursuivie jusqu’à la paume de la main , et sa: cavité avait permis l’introduction d’un stylet plus gros qu’une soie de porc. Les recherches que l’on fit pour découvrir les veines, furent inutiles. Le périoste était détruit en partie ; les portions qui ne l’avaient pas été étaient desséchées et recouvraient les parties dures ; mais on l’en détachait avec un peu de patience. Les os étaient très-légers ; ils avaient la solidité ordinaire ; l’acide nitrique les attà- . quait. Quelques-unes de ces momies, surtout celles du caveau des Jacobins , avaient les parties de la génération bien entières et parfaitement conservées ; le seiif

scrotum existait dans les autres , mais sans nulle apparence de testicules. La partie dont la conservation était la plus frappante , était la face ; tous les traits de la physionomie étaient conservés au point de reconnaître les personnes.

Le cerveau de presque toutes ces momies était réduit en une poudre jaune et grossière, sans odeur ni saveur; elle ressemblait à de la sciure de bois , et prenait feu comme elle , mais avec quelque détonation.

Le poids moyen de ces momies était de dix livres; tandis que la pesanteur moyenne des sujets vivans devait être de cent cinquante livres.

Indépendamment des corps conservés dans ces deux caveaux , on en voyait encore une vingtaine rangés à la file , et placés debout dans une tribune qui est dans le porche de fégbse de Saint-Nicolas. Ces corps étaient enterrés dans un terrain sablonneux. « Il est très-singulier, dit M. de Puymaurin, qu’exposés au grand air depuis un grand nombre d’années , üs se soient aussi bien conservés qu’ils le sont; du reste, les cadavres maigres et peu chargés d’humeurs sont surtout ceux qui restent sans s’altérer ; le sable absorbe leurs parties humides , tandis que la chaleur du soleil opère une prompte dessiccation. » (^. page i3i.)

Voici maintenant les observations faites par Vicqd’Azyr sur plusieurs membres des momies de Saint- Nicolas qu’il a disséqués avec soin. Lorsqu’on enlevait la peau desséchée, comme tannée et noirâtre, de ces coi’ps , on trouvait dans les endroits où le tissu cellulaire était le plus lâche, quelques dépouilles d’in-

sectes ; partout ailleurs on n’en rencontrait point ; tout y était affaissé, mais plein et comme collé à l’os. On voyait sous la peau deux espèces de substances différentes : l’une présentait des plaques minces , cotonneuses, jaunâtres , irrégulières; l’autre était composée de fibres parallèles et semblables à celles que l’on aperçoit dans les écorces des arbres desséchés. Parmi ces dernières, on en remarquait aux condyles de l’humérus, dans lesquelles la forme blanche tendineuse était trèsr reconnaissable. Les fibres que l’on trouvait ainsi sous la peau se ployaient cependant sans se rompre , et brûlaient à la manière des poils et des cheveux , lorsqu’on les exposait à la flamme d’une bougie. Mais ce qui fixa surtout l’attention de Vicq-d’Azyr , cè fut le tendon du muscle biceps , dans lequel; les trousseaux de fibres ligamenteuses et parallèles étaient très-distincts; elles opposaient même beaucoup de résistance lorsqu’on voulait les couper avec des ciseaux.

Causes de la momification naturelle des cadavres humains. Il est* difficile de ne pas admettre que les cadavres de certains individus se momifient par des causes qui nous sont encore inconnues, et qui pourraient bien dépendre jusqu’à un certain point de la constitution de ces mêmes individus ; comment expliquer en effet ces momifications sèches , 'observées à Dunkerque et dans le cimetière des Innocens, à Paris, à côté de cadavres qui subissaient des transformations d’un genre tout différent, et sous des influences propres à développer la saponification , ou à réduire les corps en squelettes Mais si , dans quelqiies circon-

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stances, nous ne pouvons pas apprécier les causes qui opèrent la momification sèche des corps, souvent nous pouvons l’attribuer , sans crainte de nous tromper, à la nature du terrain et à la chaleur de l’atmosphère : ne sait-on pas que des caravanes entières enterrées dans les sables brûlans de l’Arabie s’y sont complètement desséchées ? Chardin ne nous parle-t-il pas de la conservation et de la momification sèche de certains cadavres dans les sables du Corassan (Perse) , où ils Sont ensevelis depuis deux mille ans? Combien ne poUrrions-nous pas citer encore de faits à l’appui de cette manière de voir ?

Quoi qu’il en soit , nous sommes loin de regarder l’excès de froid comme une cause de momification ; nul doute que les corps ne se conservent au milieu des glaces , mais ils n’éprouvent alors aucune altération ; tandis que, pendant leur transformation en momies, ils sont pour le moins desséchés : que l’on vienne à retirer des glacés du Kaintschatka les* cadavres des poissons qui y sont restés plongés pendant plusieurs mois, on verra qu’ils ne seront pas pourris; mais à peine seront-ils en contact avec l’air, à la température de lo® à i5 - -f- O®, la putréfaction sê développera et parcourra la marche ordinaire. /

La momification des cadavre^ dans lès caveaux de Toulouse peut-elle être expliquée par la nature du sol et par la chaleur de l’atmosphère, ou bien dépendelle de quelque autre cause Avant de chescher à résoudre cette question , établissons , ï® que le caveau des Cordeliers était une petite chapelle souterraine.

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ide ia forme à peu près d’un ovale allongé , longue de dix-huit pieds, large de douze et haute de six et demi; que l’on y descendait par un escalier très-étroit qui avait quinze marches, et qui n’avait d’autre ouverture que celle de cet escalier ; 2° que les cadavres de tout sexe et de tout âge qui étaient conservés dans ce caveau, avaient été retirés de quelques tombeaux de l’église et du cloître , qui ont seuls le privilège de les garantir de la dissolution ordinaire : en effet, à l’ouverture de ces tombeaux on trouvait les corps entiers , on les portait au clocher,, on les y laissait quelque temps , et quand ils étaient parj^aitement desséchés^ on les déposait dans le caveau des Cordeliers; 3® que les cadavres des^Gordeliers , que l’on ensevelissait dans un caveau qui rè était destiné que pour eux ^ n’avaient pas l’avantage de se conserver entiers ; ces cadavres étaient simplement enterrés dans des fosses creusées dans la terre nue^ et étaient recouverts ensuite de la terre qui en avait été tirée; 4** que le caveau des Jacobins était moins enfoncé que celui des Cordeliers ; il était ovale , aussi long que le précédent , mais il avait quatre pieds de plus de large et trois pieds de plus de hauteur ; il était mieux éclairé et mieux aéré que le précédent ; 5° qu’il ne renfermait que les corps des religieux de la maison", les seuls de tous ceux qu’on enterrait dans le cloître ou dans l’église qui ne Jkissent pas détruits. Ces religieux étaient enterrés dans des tombes en briques et en pierre de taille, maçonnées à chaux et à sable, et tous n’étment pas également bien conservés, ee qui paraissait tenir à la

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constitution des individus , aux maladies auxquelles ils avaient succombé, etc.; 6® que les corps des individus enterrés dans des tombes ordinaires ne se conservaient pas dans l’église ni dans le cloître des Ja^ cobins.

Il paraîtrait, d’après ce qui précède, que la momb fication sèche observée à Toulouse pourrait très-bien , reconnaître pour une des principales causes l’inhumation dans des tombes hermétiquement fermées ^ puisqu’on ne l’a jamais remarquée dans les corps entérrés dans la terre nue. On avait été tenté d’abord d’attribuer la conservation des cadavres exhumés et portés au car veau des Cordeliers, à ce que la chaux qui avait servi à la construction de l’église où ils étaient primitivement inliumés, avait été éteinte sur les terrains où les tombeaux étaient placés , et qu’elle y avait séjourné longtemps; mais alors pourquoi l’église et le cloître des Jacobins, qui ne conservaient point les cadavres, comme nous l’avons déjà dit, et sur lesquels la chaux avait été également éteinte , se comportaient-ils autrement ?

Quoi qu’il en soit,M. de Puymaurin n’est pas éloigné d’admettre que la putréfaction avait été suspendue , et la dessiccation opérée dans les tombes hermétiquement fermées , parce que la masse d’air pur qui y était contenue ne pouvant pas se renouveler, était bientôt viciée, et le corps se trouvait enveloppé d’une atmos- , phère én quelque sorte conservatrice. « Si on met de la braise dans un four dont la bouche soit close, ditil, l’air pur y étant bientôt absorbé, il ne reste pins

que le méphitique ; les lumières s’y éteignent, l’huile de tartre s’y cristallise, la braise cesse alors de se détruire et redevient un charbon ordinaire » ( page ï3o ).

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