‹ Traité de médecine légale, suivi du traité des exhumations juridiquesChapitre 10 sur 25 · IV · texte numérisé non relu

IV

Pulréfaclion de cadavres d’enfans à terme ou âgés de quelques jours, nus ou enveloppés d’une serpillière ou d’un drap, et enterrés au cimetière de Bicêtre, dans des bières de sapin neuf d’un pouce d’épaisseur, ou dans des'boîles plus minces.

Un enfant, du sexe féminin, mort-né, le 3 juin 1823, parce que le placenta s’était détaché trop tôt, fut enterré le meme jour. Voici quel était son état avant l’inhumation. La partie postérieure des oreilles , les commissures des paupières, le dos, le périnée, la région inguinale , m^s surtout la partie interne des grandes lèvres, étaient couverts d’un enduit sébacé; le cordon était coupé et légèrement lié à cinq pouces de distance de l’ombilic. Les articulations des membres étaient mobiles, la peau turgescente, le ventre'flasque, et le bout du cordon comme gélatineux. Les paupières et les lèvres étaient fermées ; les oreilles s’écartaient un peu de la tête : le dos était le siège de plusieurs lividités cadavériques d’un rouge bleuâtre , tandis que partout ailleurs le corps était d’une teinte uniforme , blanche-rougeâtre. Le cadavre était encore chaud sous les aisselles et aux aines ; il exhalait à peine une faible odeur animale. La température était de 16® R.

On l’enterra sur le dos , dans une fosse de trois pieds^ de profondeur, récemment creusée dans un jardin , et pn le recouvrit d’un pied de terre.

Le 0 juin , la fosse fut ouverte ; la température du fond de cette fosse était de ^ R. Le cadavre est roide, toutes les articulations immobiles ; la peau ne peut être soulevée et garde les impressions des doigts que l’on y enfonce. Les os du crâne ne se déplacent pas. La tête est un peu comprimée des deux côtés; le nez et les lèvres offrent aussi des traces de pression. Le bras, gauche a perdu sa fprme cylindrique , ef; l’abdomen est un peu enfoncé. La couleur du cadavre est plus pâle qu’avant l’enterrement. Les paupières, le nez et quelques autres parties sont d'un blanc jaunâtre; les fesses et l’épaule droite sont couvértes de taches d’un blanc foncé sale. Les environs de l’ombilic sont couleur de minium ; les yeux sont ternes , les lèvres légèrement brunâtres , les mamelons d’un bleu brun , les ongles des doigts et des orteils d’un bleu rouge pâle. Le ca-. davre est remis dans la fosse et couvert de terre.

6 août. La température de l’atmosphère a varié; depuis le 5 juin , jusqu’à cê jour, de i5® à R.; aujourd’hui elle est à 20“ à l’air , et à i4° sous terre. Le premier pied . de terre enlevé est assez sec ; le second ■est plus frais , et le troisième en quelque sorte humide. La portion de terre qui entoure immédiatement le cadavre, ressemble à une fourmilière , tant elle est travaillée et en mouvement. HesxmWïers dialeoeharia parcourent les eifvirons. Le cadavre est encore entier, mais considérablement changé ; il semble plus élargi

DÉS EXHDMATIOÜÎS iURIDlQUES. 20 5

de la terre a pénétré dans les intervalles du corps r toutes les parties paraissent avoir été comprimées de haut en bas, suivant leur position respective. Les formes des parties molles sont détruites , les traits du visage effacés; les cavités sont ouvertes, et il en sort des lambeaux de viscères : toute élasticité a disparu^ Les cheveux se détachent facilement; les os de la tête tiennent à peine ensemble. Les cartilages des oreilles et du nez tombent lorsqu’on les touche; l’épiderme manque presque partout; on ne le trouve que là ou deux surfaces cutanées ont été en contact iinmédiat ; le derme , déchiré partout, bosselé, comme s’il était couvert dé verrues, est onctueux ; la graisse semble formée dé deux substances : elle est moins molle et grumeleuse su.r certains points, plus molle et visqueuse sur d’autres. Des bulles de gaz se remarquent çà et là sur le tissu musculaire , surtout dans les interstices des muscles et au voisinage des os. La chair est visqueuse et se déchire sous les doigts. Les tendons , les ligaraens et les aponévroses sont mieux conservés. Les os et les cartilages Sont encore en rapport ; quelques phalanges des doigts se sont détachées. L’épiderme est d’un blanc de lait sale; le derme sous-jacent est marbré de rouge gris et d’un blanc grisâtre ; là où la cuticule est détruité il est d’un brun rougeâtre. On observe çà et là , à la Surface du corps, des champignons verts, des sporotricha • la graisse a un aspect blanc rougeâtre , plus décidé à sa face interne qu’à l’externe. La chair musculaire est rougeâtre tirant sur le jaune brun; aux endroits où la' couche en est fort épaisse , elle a une couleur rougef

TRAITÉ

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clair , tirant sur le rose. Les os larges de la tête sont dégarnis de derme; ils offrent un ton jaune-brun, •voisin du rougeâtre , interrompu par des taches sales , plus foncées en couleur. Les lambeaux des viscères qui sortent des cavités sont d’un rouge-brun ; l’odeur est empyreumatique , plus fétide au voisinage des couches musculaires épaisses. La fosse fut comblée de nouveau.

3o septembre. La température de l’atmosphère est de à deux pieds sous terre , le thermomètre

marque lo®. Arrivé à la place du cadavre, on n’en trouve plus rien , si ce n’est un grand grumeau de terré humide parcouru par des galeries du diamètre d’une plume de corbeau. En poussant plus avant, on découvre enfin un paquet de cheveux , attaché à un îaihbeau de peau blanche, mince, friable et inodore. Toute la masse externe fut alors enlevée; mise sur une planche, elle se divisa en plusieurs grumeaux , dont chacun contenait quelques restes de l’enfànt. Aux points de jonction des grumeaux de terre , on voyait la substance du cadavre qui leur avait servi de noyau ; mais il fat impossible de déterminer quelles parties étaient contenues dans chaque grumeau. La portion de la colonne vertébrale fut seule reconnue , par le moyen des arcs des vertèbres, qui, quoique séparés, étaient retenus ensemble par de la terre et de la graisse. Les membres furent reconnus aux os longs ; les mains et les pieds aux os des phàlanges. La charpente osseuse de la tête était entièrement en morceaux; un peu de substance cérébrale , parcourue par des stries blanches et brunâtres ,

CES EXHU3IATIOSS JURIDIQUES.

et d’un rouge pâle , de consistance onctueuse, adhérait aux os crâniens. A la place du derme et du tissu adipeux, il y avait un peu de gras de cadavres ; ce gras était friable, blanc, et çà et là rougeâtre et jaunâtre; on, y voyait aussi des tâches d’un bleu foncé. Ces espèces d’écorces, formées de gras de cadavres , et situées à la place qui était auparavant occupée par les membres , entouraient un tissu fibreux, comme de la mousse, qui semblait être formée par des - restes de vaisseaux , d’aponévroses et de tendons. Le ton fondamental de ce tissu était le brun, qpii tirait tantôt sur le jaune terreux, tantôt sur le noir. On y voyait des groupes de champignons blancs et verts. Les os étaient d’un jaune sale , les épiphyses colorées en brun , en partie noirâtres.' Il n’y avait plus de traces des viscères thoraciques et abdominaux : l’odeur était ceUe de la terre de jardin fraîchement remuée. {^Güntz.Der Leichnam desMenschen^ etc.; on le cadavre de l’homme dans ses. transformations physiques y etc. y Leipzig, 1827.)

N., enfant mâle, âgé de vingt-cinq jours , mort le 1 1 septembre 1828 au soir, enterré le lendemain dans la journée, fut exhumé le 29 novembre, deux mois dix-sept jours après l’inhumation. La température moyenne de l’atmosphère avait été de z6,6-f-o°en septembre, de 10,8 -{-0° en -octobre, et de 7,4 -f-o® en novembre.

La bière est en peuplier de quatre lignes d’épaisseur, parfaitement jointe et à peine altérée ; elle est humide

TRAITE

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et brunâtre à l’intérieur, surtout à la partie interne dé la paroi inférieure , où l’on voit une grande quantité dé larves. Le drap, quoique d’une étoffe assez serrée, se déchire avec beaucoup de facilité, principalement aux portions qui correspondent à la tête et aux pieds j il est très-bumide, et d’un brun verdâtre taché de noir dans plusieurs endroits; on ne voit pas, comme dans l’observation dix-septième , que les parties qui sont au-delà de la tête et des pieds soient blanches.

Aspect du cadavre. Il est complètement enveloppé dans le drap, et en grande partie réduit au squelette ; il ne paraît offrir de parties molles qu’au thorax et à l’abdomen. La tête, très-affaissée et désarticulée, est éloignéé du tronc ; dans l’intervalle , on trouve les débris des ver» tèbres cervicales. Le thorax et l’abdomen tiennent encore enseriible. Le bras gauche est accolé au thorax; l’avant-bras du même côté, qui tient encore au bras et à la main, estplacé sur l’abdomen, et croise l’avant-bras droit qui est également appuyé sur les parois abdomi^ haies, et qui tient aussi à la main correspondante. Les oâ des membres inférieurs sônt entièrement désarticulés; dépouillés de parties molles, et éloignés des positions qu’ils devraient occuper, à l’exception des deux fémurs; qui conservent à peu près leurs rapports avec le bassin, auquel ils ne tiennent cependant plus.

Tête. La tête n’offre plus qu’un ensemble d’os désarticulés , et séparés les uns des autres , sans aucune partie înolle tégumentaire : on voit des cheveux longs accoléâ 'sur le coronal , les pariétaux et l’occipital ; l’intérieuîr des pariétaux côntient environ une cuillerée d’uiié

bouillie rosée, mêlée de stries blanchâtres , semblables^ à celles que l’on trouve souvent dans les ramolîissemens des corps striés du cerveau. Des cheveux en assez grande quantité sont accolés sur la portion du drap sur laquelle reposent les os du crâne.

Col. On ne voit au col que les diverses portions osseuses qui composent les vertèbres cervicales et plusieurs des os de la face; mais ces os ne nagent = pas, comme chez le sujet de l’observation précédente, au milieu d’une bouillie. .

Tltcraæ. Les clavicules , complètement dépouillées des parties molles, tiennent encore au sternum par leurs extrémités internes. Les parois osseuses du thorax sont entières, et maintenues dans leurs rapports par dés parties molles très-amincies, de couleur brune verdâtre, et même noire par places , dans lesquelles on * peut reconnaître aisément des fibres musculaires. Les cartilages tiennent encore aux côtes et au sternum, Uiais ils ont perdu leur élasticité. Les poumons, gris dans quelques points et d’un bleu ardoise foncé dans d’autres, sont entiers j ramollis, emphysémateux, plus légers que l’eau , et de forme presque ordinaire ; il est impossible de reconnaître leur structure. Le cœur, très- mou, dé couleur ardoise très-foncée, très-aplati, offre d’une manière distincte toutes les cavités , les piliers et les autres parties qui le composent; il est vide; sa surface interne est encore plus foncée que l’externe. Le diaphragme est entier, et laisse facilement apercevoir le centre tendineux. On reconnaît aussi à merveille le médiastin.

Abdomen. L’enveloppe abdominale de couleur jaune,

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grise 5 verdâtre et noirâtre par plaees^ est très-amihcie j facile à déchirer et couverte çà et là de lambeaux (f épidejrme d’uu gris noirâtre j elle paraît formée par la peau^ des fibres musculaires et le péritoine. En incisant l’abdomen, on voit les viscères abdominaux, et Ou est frappé de la teinte noire que présentent ceux d’entre eux qui avoisinent le foie, tels que l’estomac, la portion droite du .diaphragn3ie , etCv : cette nuance est évideminent due à la transsuda tion d’une matière noire qui colore le foie. L’estomac serait dans l’état naturel s’il h’était pas aminei et teint comme nous venons de lé dire. L^ intestins sont aussi plus minces, mais eonservent formes. Le foie, tirant sur le vert-bouteille, occupé la, plaoe ordinaire ; il est ramolli, et laisse apercevoir les deiîx lobes , les sillons de sa face inférieure, et la vésr cule biliafre qui est presque uoire en dehors ; l’intérieur de çette poche contient une matière semblable à de la suie mouillée, qui, étant enlevée,met à nu la raembranè interne, d’un jaune verdâtre. La rate conserve à peu près sa fornie; elle est ramollie, et d’une couleur analogue à celle du foie, quoique moins foufiée à loi?s^toriettr'f elle est presque noire à l’intérieur. Lesr reins sont trèspetits., très -. minces , noirâtres dans la portion qui correspond au foie et à la rate, et surmontés des çupsyles surrénales qui sont bien distinctes j lorsqu on les inciseï, on ne décoüvre plus les diverses substanees qui les, composent; toutefois, on reconnaît bien les calices, Il est impossible de distinguer les parties génitaîésnila vessie- Membres. L’omoplate tient au tronc par des portions membraneuses , restes de fe. peau et des muscles^ des

DES EXHDMAT10?Ï3 JURIDIQUES. 21 I

parties semblables joigneat les membres supérieurs à l^rèoplate. On voit encore quelques parties mollès autour du bras et de l’avant-bras gauches, et de l’avant-bras droit.- On peut reconnaître les cartilages du carpe à gauclie et à droite; les autres parties de la main gauche ne tiennent plus entre elles; le carpe, le métacarpe et pr^que toutes les phalanges de la main, quoique. désarticulées, sont encore maintenues par un reste des tégumens de lapaume de la main.

Les os du bassin et des membres inférieurs sont sé^ parés les uns des autres,

La face postérieure du tronc est d’une couleur trèsfoncée à droite, surtout inférieurement, où elle présente absolument la même couleur que le foie ; du côté ppppséÿ la teinte, d’un ^s légèrement livide, La partie; moyenne et les parties latérales supérieures du tronc offrent encore de répiderme facile à enlever, et de la . peau amincie qui conserve cependant assez de force; en incisant ces tégumens,, on découvre quelques fibres musculaires et tendineuses très-ramoilies.

La moelle épinière est entièrement détruite ; mais on découvre encore les membranes qui l’enveloppent dans l’état naturel. Le faisceau de nerfs , connu sous le nom de queue de elteval, est très-distinct quoique ramolli.

enfant mâle, âgé d’un mois dix-neuf jours, mort le 9 septembre 1828 au soir, enterré le 10 du même mois dans la journée, a été exhumé le 29 novembre,

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deux ttïôis vingt jours après l’inhumation. l’observation précédente pour la température atmosphérique.- I ;

^ La bière ^ en sapin, d’un pouce d’épaisseur, est entière, parfaitement jointe et presque comme neuve : l’intérieur de ses parois latérales et du couvercle est humide et brunâtre;, cette coloration est beaucoup plus marquée à la face interne de la paroi inférieure.

Le drap^ de consistance ordinaire j ne peut pas être déchiré ; il recouvre tout le corps ; les portions qui sont au-delà de la tête et des extrémités,- offrent la couleur du linge mouillé; les autres qui touchent 'ie corps sont - d’un gris verdâtre ; on voit à l’intérieur une assei grande quantité de Chrysalides rougeâtres, de larves d’ün blanc jâünâtre , sans môuvëraent; et 'de moUches ; dont? quelques-unes vivantes. La surface externe dê-cedrâ-p présente quatre plaques dnne - matière ^assey dàm rose jaunâtre, qui a transstidé àtravëïà son tissu rCësplâqUés occupent les parties -èorrespondantes duj thorax? et de l’abdomen. En arrière,’ le drap est très huinide, decou*^ leur livide, brunâtre ePmêilïe>nôirâtrev’ - l

Le cadavre^ découvert, né’ présenté plus que lesdébris d’un squelette presque éhtièrérnént-désartieuléy et quelqiies parties molles, qùi sontj la paroi antérieure dé l’abdomen, et la matière cérébrale; celle-ci est fluide , et s’est écoulée par suite de la désunion des os du crâne; on la trouve répandue sur les vertèbres cervicales, sur les premières vei-tèbres dorsales,' et sur lés côtés dé la partie supérieure de îàcàvité thoracique. Lés os qüicôm' posent le squelette ; quoique n’offrant pas les rapports

DES EXHIIMATI05S JURIDIQUES.

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qu’on leur connaît , occupent cependant à peu près la place qu’ils occuperaient si ces rapports n’avaient pas été détruits : nous exceptons toutefois les os de la face, qui sont en partie tombés dans la bouillie cérébrale qui est au-devant des vertèbres cervicales.

La tête est inclinée à gauche. Les os sont dénudés , à l’exception d’un petit nombre de points qui sont recouverts d’une membrane épidermoïde très-mince, de couleur bistre claire, à la surface de laquelle sont accoléî une assez grande quantité de petits cheveux. Les deux portions du coronal sont entièrement séparées. Les pariétaux tiennent encore entre eux, ainsi qu’à la portion gauche du çoronal et de l’occipital. Le sphénoïde, les temporaux et tous les os de la face sont séparés. Il n’y a aucun vestige d’yeux ni de langue. La partie latérale gauche du crâne, la plus déclive, contient dans son intérieur environ une once de bouillie cérébrale, d’un rose jaunâtre par places , brunâtre dans d’autres, dans laquelle il est impossible de distinguer aucun des organes qui composent le cerveau, pas plus que les matières blanche et grise; on y découvre cependant encore des lambeaux de la dure-mère.

Col. On ne peut reconnaître aucune des parties qui composent le col , cette région n’étant occupée que par une matière molle et fluide , reste du cerveau, dans laquelle nagent les os de la face, les clavicules, les omoplates, et probablement les cartilages du larynx, qu’il est impossible de retrouver.

Thorax. A. gauche, les côtes sont entièreinént dénudées, privées dé leurs cartilages sternaux, et rie tien-

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nent aux vertèbres que par quelques parties, molles; elles conservent à peu près leurs rapports naturels, quoiqu’il n’y ait plus de traces des muscles intercostaux; à droite, les quatre dernières cotes sternales sont encore munies de leurs cartilages, qui sont aplatis, ininces, très-mous et nullement élastiques : ces côtes , ainâ que les asternalès du même côté, sont réunies entre elles par une membrane d’un vert brunâtre, qui ne peut être que le reste des musclés intercostaux, de la plèvre, et de la peau. Le sternum manque, et les pièces qui le composent se retrouvent dans la bouillie cérébrale dont nous avons déjà parlé; l’absence de cet os et d’une grande partie des cartilages sternaux fait paraître l’ouverture du thorax très-grànde. On aperçoit , à la place qu’occupe ordinairement le cœur, une masse molle, brunâtre, qui semble être le débris de cet organe, quoiqu’il soit impossible d’y distinguer les diverses parties qui le composent; à droite de cette masse, on voit le poumon de ce côté, sous forme d’une masse dhn brun verdâtre, très -fétide et ramollie, non crépitante, et emphysémateuse à là surfacci On trouve une portion du diaphragme à droite.

. Abdomen. Cette cavité est entièrement fermée en avant par une membrane de couleur bistre en haut et au milieu, et d’un jaune sale aux parties inférieures et latérales. Cette membrane, peu épaisse, ne paraît formée que par les portions apoiiévrotiques très-amincies; du moins on n’y découvre plus de traces de fibres musculaires : en l’incisant , on voit lès viscères abdominaux qui sont bien conservés. L’estomac, vide, de couleur

DES EXHUMATIONS JUKIDIQUEC, 2l5

brune noire, surtout à l’extérieur, doit évidemment cette teinte à une matière noire qui colore le foie , et qui transsude. Les intestins, très -amincis, offrent la Couleur qui leur est propre. Le mésentère est parfaitement conservé. I^e foie , peu consistant et beaucoup moins volumineux qu’il ne devait l’être à cet âge, est d’un vert noirâtre, et présente quelques larves à sa surface; on y voit encore la veine ombilicale , le sillon qui la logé et le sinus de la veine-porte; en l’incisant, on distingue bien les vaisseaux sanguins, mais on ne peut plus reconnaître la structure qui appartient à cet organe. La vésicule biliaire est parfaitement reconnaissable à sa forme et à sa situation ; elle est d’un vert plus foncé que dans l’état naturel. La rate est réduite à une bouillie noirâtre comme du cambouis. La vessie est entière, vide , très - lisse et de couleur naturelle. La verge et le scrotum, reconnaissables surtout parla place qu’ils occupent, sont aplatis et comme membraneux. Les nerfs lombaires sont très - apparens. Dans les fosses iliaques , on voit des fibres des psoas , mais beaucoup plus pâles que dans l’état naturel.

Membres. La cuisse gauche et la partie supérieure de la cuisse droite sont recouvertes départies molles d’un jaune brunâtre, assez difficiles à déchirer, dans lesquelles on trouve des restes membraneux qui semblent Spônévrotiques, à l’exception de quelques fibres muscukires, d’un rose pâle. Les deux fémurs tiennent assez fortement au bassin par les parties molles; lés Cartilagës de leurs extrémités supérieures sont réduits à une sorte de gelée roussâtre. .

TRAITE

Les membres thoraciques offrent à peine des traces de parties molles, et les os qui les composent sont désarticulés.

La partie postérieure du tronc est pourvue d’une assez grande quantité de parties molles, qui sont des débris de l’épiderme et de la peau : on voit même près des masses apophysaires des vertèbres , des fibres musculaires et tendineuses. En général, ces diverses parties, excepté la peau, sont peu consistantes : leur couleur’ livide foncée, est tachée de noir, surtout à la portion correspondante au foie.: La paroi abdominale postérieure est conservée à droite; mais- elle est entièreinent détruite à gauche.

Les os n’offrent rien de remarquable ; leurs extrémités sont dépourvues d’épiphyses.

;K,, enfant mâle, âgé d’un mois dix jours, mort le i3 septembre 1 828 à midi , enterré le lendemain , dans une bière de sapin, épaisse d’un pouce environ , fut exhumé le i 5 juin 1829, neuf mois deux jours après l’inhumatipn.

\j^Mère est entière ; elle offre .à l’extérieur presque le même aspect quelle avait avant d’être mise dans la terre : elle est seulement un peu plus humide; en l’ouvrant , on trouve le corps enveloppé dans le drap, qui est entier. La face interne de son couvercle, et ses faces latérales internes sont couvertes d’une cou-

che un peu épaisse d’une moisissure blanche dans la partie supérieure, et présentent inférieurement une couleur brunâtre , semblable à celle du fond de la boîte. Le linceul, d’un gris verdâtre supérieurement, -offre inférieurement l’aspéct d’un linge mouillé : vers sa partie inférieure, on trouve de petites chrysalides blanchâtres , et une quantité considérable de mouches extrêmement petites, noires, se remuant à la surface du drap. En ouvrant celui-ci , on ne trouve plus que des restes assez informes du corps-, qui est presque eritièrèment réduit à ses parties osseuses , dans lesquelles on: reconnaît, supérieurement, le squelette de la tête dt des membres supérieurs, à la partie, moyenne^ la colonne vertébrale , et inférieurement, les membres inférieurs.

Au milieu des os de la partie supérieure qui tiennent encore un peu entre eux de manière à laisser reconnaître le crâne, on remarque la masse cérébrale sous forme d’une substance blanchâtre mêlée de rose, glutineuse, peu fétide, et de la consistance d’une bouillie un peu molle ; les os de la face sont épars à la surface de cette bouillie. On trouve un peu plus bas des portions, des vertèbres du cou, les omoplates , et l’os maxillaire inférieur partagé en deux fragmens.

Les parties osseuses qui forment le thorax èt l’abdomen sont toutes séparées les unes des autres, et plongent dans une matière grasse , de la consistance d’une bouillie, blanche à sa surface, noirâtre ou noire dans d’autres parties : cette matière grasse nous paraît remplacer le foie et les poumons. On ne trouve plus aucune

. TB AITÊ '

trace; de peau- dans les: régions thoracique' ët abdominale.. . . , ;

Les os des membres sont aatièrernent dénudés ; cens dés membres inférieurs sont presque secs^ et ceux des membres supérieurs sont enduits de ceftè bouillie graisseuse qui représentait lés restes du cérreau. ’ . j ;

Les os dû . crâne sont enduits d’une couche peu épaisse d’une espèce de corps gras , auquel sont accolés deschevèux. ; •

Le fond de la bière est très-humide, et d’une couleur brune : on voit à la surface une grande quantité des larves blanches dont nous, avons déjà parlé dans la description d’autres cadavres. La partie postérieure du drap présente une couleur verdâtre foncée j il est enduit de la matière grasse qui a été décrite plus haut, et dont la couleur vàrie suivant que la portion: que l’on examine correspond au crâne-,. à l’abdomen Ou au thorax^

Pqtréfaetion des cadavres d’adültes aas ; renfermés/ dans des bières de sapin dé deux à trois lignés d’épaisseur , et enterrés dans un coin du, jardin, dé la Faculté^ de médecine de Paris?, ou ailleurs. •

OBSERVATION â'S®.

L’un de nous fut appeléle3ojuillet i823,parM. D,^? juge d’instruction, pour savoir si l’on pouvait espérer

DES EXHDMATIO?»S JURIDIQUES. Ù-IQ

de reconnaître qu’un honunemortleSojuin de lainême année, et dont le cadavre avait été inhumé le lendemain, eût péri empoisonné ; nous répondîmes que cela n’était pas impossible. L’exhumation fut faite le août, à sept heures du matin. Le cadavre, recouvert d’une chemise et enveloppé d’un linceul, était enfermé dans une bière en chêne, que l’on avait enterrée dans une fosse particulière de cinq pieds de profondeur.- A peine le cercueil fut-il ouvert qu’il s’exhala une odeur tellement fétide, que nous cimmes convenable de feire retirer lé corps et de le laisser exposé à l’ombre pendant quelques minutes. (La température de l’atmosphère était déjà à 17® th. R.) L’identité n’ayant pu être constacée qu’à dix heures du matin , par des motifs qu’il est inutile d’indiquer, il fut facile d’observer que le cadavye avait augmenté sensiblement de volume pendant les trois heures qu’il était resté à l’air. A dix heures, on le transporta dans une salle de dissection ; là il fut découvert avec rapidité et dépouillé du linceul et de la chemise , avec lesquels une grande partie de l’épiderme se détacha ; l’odeur était tellement infecte qu’il y aurait eu peut-être quelque inconvénient à séjourner pendant plusieurs heures dans cette atmosphère, si on n’étaitpoint parvenu à détruire cette mauvaise odeur : nous répandîmes indistinctement sur toute la surface du corps environ trois pintes d’eau, tenant en dissolution un huitième de son poids de chlorure de chaux ^ l’effet de cette liqueur fut merveilleux; il s’était à peine écoulé une minute, que \ odeur fétide avait entièrement disparu.

Le linceul et la chemise étaient mouillés et tachetés

TBAITÉ

devert, de brun ét de jaune voyait çà et là des por-

tionsrjf^ Jjak-aissaiëint môisies. Oniiious dit que l’individuretait-âgé-’de quarante- quatre ans, qu’il était fort grasy et qu’il avait süccombé-à ünë maladie qui n’avait duré, qiié îiente-huit àiiquarante heures; sa stature était d’énViroii cinq pieds.. La tuméfaction du cadavre était extrême; la peau était d’un brun noirâtre au crâne, d’un blanc rosé à la partie supérieure de la face , noirâtreiéutouTidesclèvrés y moins fon cée aux joues tet au menton ÿlespâujiièresétdientaffaissées et commençaient à tomber eniputrilage: lémez:, la-bouche et le menton , étaient aplatis 'par la pression du iinceul, ce qui altérait singulièrement les traits de Ja face.. La peau était d’un brun noirâtre au cou , grisâtre à la poitrine, où l’on remarquaitiquelques .tâches noires , surt5üt sous le mamelon; elle était d’un blanc salé à l’abdomen et sur les cotés du; tronc, et d? un’ brun noirâtre aux régions sus-pubienne et inguinale, ainsi que sur le scrotum; celui-eiétait id’ailleurs dit volume de la tête d’Un adulte, et ne paraissait devoir son développement excessif qu’à la présence dés gaz. La peau qui revêt les membres thoraciques et abdominaux était d’un vert foncé, marbrée de plaques noires comme torréfiées ; l’extrémité des or^ teils offrait une couleur d’un vert clair. Du reste , la peau du tronc et des membres n’était pas sensiblement ramollie ; il était impossible de la déchirer en opérant d’assez fortes tractions âvèc les pinces.'L’épidermé était détaché ou s’enlevait avec la plus grande facilité , et en arrachant celui qui recouvre les pieds, on séparait én même temps les ongles.

En incisant la peau , on voyait que muscles étaient légèrement ramollis, mais que les faisceaux et les fibres étaient distincts et de couleur rosée; lé^ssü eellnlaire qui les environnait était en- partie saponifié ; toutefois cet état de la graisse âait beaucoup plus sensible à la lace et au tronc. ■ i , ; • r. ■ ^

E’ouverture du, cadavre, faite suivant les règles dé l’art, permit de voir, i® que l’intérieur de la bouche et le pharynx offraient une couleur noitafrê^qui était l’effet de la putréfaction ; que f’œsophagê îétait* près-: que dans l’état naturel; que l’estomac était énormément distendu par des ga®,- et qu’if nç ‘contenait aucun aliment; que sa- consistance ne- paraissait pbint diminuée; que la membrane muqueuse était tapissée d’une couche assez épaisse de miicosités jatmâtres i en enlevant ces mucosHés^qn apercevait pfès' -dë rëxtrémité splénique une tâche <i' un -jaune serin; qui correspondait à -une tache semblable de la -face externe al y avaitau voisinage de&brifiees •œsophâgrenetpylorique^ et de la portion splénique , des traces manifestes tbinflamroation; on voyait aussi près du pylore quelques ecchymoses Y on faisait disparaîtreen grattant légè¬

rement ; ces altérations ^étaient aussi évidentes quelles auraient pu l’être sile, cadavre eûtété ouvert, le lendemain de lamart deUiTidivida^YÀ sùTÎace externé‘de l’estomaC était dans l’état naturel , si toutefois on en- excepte la tache jaune dont nous avons' parlé, La membrane muqueuse du duodénum était également tapissée de mur cosités jaunâtres ; pn en voyait aussi dans lesautres portions dei’intestin grêle , mais elles diminuaient au furet

tbaitE.

àm^urejqtteionjâYatiçaitTers la fin derüéumyOÙ Ton ap^^Y^it qjiglqwes §rains;fiîanchâtres durs, que l’ana- Xj^iàémontràr^tteA&ïoay'ded^.arsemc; du reste, les intestins grêlés afifraient «à ft là des parties emphysémateuses, mais saris ancune tra de. d’inflammation. Leeœcum, le colon et Tiléum paraissaient dans 1 ’êtat naturel. L’épipléon et le mési^tèfcé étaient ichargésde graisse en partieiéapton^e.:; îui -ü,;; ' . , ■i.; - •■ ■■:

;:2?.; Que lié. foie etlà raîCt^les urétèrés, la vessie elle papjeréas; n’offffWéWt- ti®*ï'’^é; :rëBaaà'qTiable ; què les reins étaient ramoUis ét réduits en une sorte de putrilâge^ .qu’il y^avàit dans laseavite de 1 abdomen environ quatre onces d’un liquide Jaune, filant et excessivement grts;.:; - ..-.n-: s'

ï.-3*?>î-Qiae. le. larynx , ;Ia téaehéeraritère et les bronches étaient dans letatnanarelir^e lés poumons étaient. d’pR jarun violacé.,. erépiJariS iefcinfihrés dé gaz j^que le:péficarde était chargé dé: graisse en avant et sur les eôtés;| quelà. face interne , ainsique la surfiice ex.teiüie du. ccéur,f offraient ün.grarid nombre de granulations blanchâtres semblablés à d usablon ; que cét organe était U» peu volumineujt et chargé de: graisse ;, que l’oreillette et le ventricule droits ne contenaient aucune trme de sang liquide ou coagulé y que la membrane interne de cette oreillette était garnie de petites pétrifications semblables à celles dont nous avons déjà parlé; qt^i’ii y avait de pareilles pétrifications dans les cavités ga?jcbes du coeur, mais qu’elles se détachaient par le frottement; qu’il n’y ayait pas non plus de sang dans ces cavités; que les valvules n’étaient pas ossifiées.

que seulement les festons qui se trouTent au eonmienr-r cernent de l’aorte offraient de légères d’ossification (l). ' : ' .

4*^. Qu’ il pf y avait pas un atome de scmg liquide m coagulé dans aucun des vaisseaux que l’on peut apercevoir sans injection préalable j ijue la membrane interne de l’aorte, de l’artère pulmonaire, les veines du même nom , etc. , offraient desi tacTies rosées. .

5°. Que la graisse qui sépare les os du crâne du péricrâne, était en partie saponifiée; que ces .as étaient fragiles et se brisaient en grands fragmcns j qué la massé cérébrale était très-affaîssée:,Ten sorte qu’il y avait un grand vide dans la cavité dutcrâne; . que la duremère était détachée, et qu’il n’y avait pas d’épanebement entre elle et les os; que la couleur de cette membrane était verdâtre , et qu elle ressemblait assez à une vessie à moitié pleine ; que la faux se détachait en lambeaux avec les vaisseaux.qui s’y rendent; que la face interne delà dure-mère était rosée; que sa consistance- n’était jfâs sensiblement diminuée; qu’il était impossible deteconnaître la pie-mère et l’arachnoïde ; que le éervéau était converti en une espèce de houilUe grisâtre et fluide à sa surface, tandis qu’il était d’un blanc cendré^aux

(ij Nous pouvons assurçr que l’aspeçt extérieur du canal digestif, du foie , de la rate, du pancréas, de la vessie, des poumons et du cœur de cet individu, était lei, qu’on aurait pu croire que la mort n'avait eu lieu que la Têilïe ; ’i’ odeur 'de putréfaction était à peine sensible dans ces organes ;qubiqù’’a'ucun d’eux n’eût été toiicbé par le chlorure de chaux. -

TRAITB

parties, médullaires ; que le plexus choroïdien se dessinait sous forme de stries rosées ; que cervelet et le commencement de la moelle allongée offraient le même aspect que le- cerveau.' ■ '

olésÊRVÀTibTf 2^^. - -

Le sieur âgé :de>trdsnte-huit ans , périt le ij? juin 18.24 ; rinhumation .éut lieu le lendemain. Quelque tenips; après'ÿ L’autoritéi-rsoupçonne que la mort peut avoir été. occasion ée>par une substance vénéneuse, et ordonnél’exhumatfon et l’examen du cadavre. MM. Lemoine;; doctem. .en médecine y et Ferrary, pharmacien , désignés’pour exécuter d’opération, se rendéntâucime^ tière le 2 .août à cinq heures du matin ; quarante-cinq jouns' après rinhumâtîon-,-:et dressent, le rapport suivant.::.-... L

Le cadavre de n:u été exhumé, et son identité reconnue , quetversles huit heures et demie;; (La fempéi ratufe étàit alors à 16® th. E..); il était enfermé dans une hière:de sapin, enveloppé d’un drap dé lit; il- n’avait point de chemise , et sa tête était recouverte d’un bonnet de coton. Transporté sur une pierre tombale vers le milieu du cimetière , nous avons procédé de suite à son examen. Il répandait une odeur fétide qui fut promptementhèntfalisée au moyen d’une assez grande quantité d’eau tenant en dissolution du chlorure de chaux : cette dissolution avait déjà été employée pendant l’exhumation; son effet surpassa notre attente, et fit l’admiration des spectateurs.

DES EXHUMATIONS JtJEIDIQUES.

asD

Le drap de lit était recouvert d’une grande quantité de larvés, particulièrement à la partie supérieure de la poitrine, à la partie inférieure du tronc, et le long de la jambe droite; il était brunâtre dans ces différentes parties, et marbré de plaques de même couleur sur le reste de son étendue ; il cédait à la moindre traction.

La face était tuméfiée et recouverte d’une sanie noirâtre ; cependant cette tuméfaction n’empêclia pas que l’individu ne fût reconnu par plusieurs personnes. La peau était dure , raccornie et tannée sur les parties latérales de la face, qui étaient recouvertes d’un bandeau, ainsi que sur la partie antérieure du tronc et des membres : l’épiderme adhérait intimement aux parties sousjacentes , excepté aux mains et aux pieds , où il était facile de l’enlever par lambeaux considérables; les on- ^es suivaient cette membrane.

Un quart- d’heure après l’exhumation, l’abdomen avait acquis un volume considérable , et la verge , longue de deux pouces et demi , s’était relevée au p&int de former, avec' le corps, un angle d’environ quarantecinq degrés. Quelques minutes après, elle faisait un angle droit, conserva cette direction pendant vingt minutes, et ne put être affeissée que. par la pression d’un corps assez pesant. Les cheveux étaient noiraet s’enlevaient à la moindre traction : la harbe avait la meme couleur. La graisse située sous le cuir chevelu était d’un gris sale et saponifiée.

La dure-mère est d’un gris brun dans toute son étendue; elle remplit la cavité du crâne, et n’est point adhérente ; sa consistance est assez ferme. La pie-mère

TRAITÉ

est rouge; le cerveau est d’un gris fonce, dans un état de putrilage tel , qu’il ne peut fournir aucun renseignement.

A l’ouverture du thorax, il s’est dégage des gaz d’une odeur trèsrfétide. Les poumons étaient affaissés, le cœur peu volumineux : le médiastin présentait çà et là quelques feuillets graisseux, et la graisse était saponifiée. Les poumons , d’une couleur brune à leur partie antérieure , étaient noirâtres postérieurement et inférieurement; ils étaient crépitans. Le cœur était mou, et paraissait entièrement vide; les ventricules offraient une couleur brune; l’oreillette droite était rouge; le sommet et le sillon qui loge l’artère coronaire étaient couverts de graisse également saponifiée : la surface interne du ventricule droit, d’un rose pâle , offrait une grande quantité de petits grains blanchâtres nullement adhérens. L’intérieur de l’oreillette droite était rougeâtre. Les colonnes charnues du ventricule gauche sont peu saillantes : roreillette du memé côté paraît dans l’état nature). Les. valvules des ouvertures auricûlkires, celles qui se trouvent à l’entrée des artères pulmonaires et aorte ne sont point ossifiées. La membrane interne de ces vaisseaux est sèche , ainsi que celle des veines-caves. Le système vasculaire était presque entièrement vide de sang,

La cavité buccale était remplie d’une sanie rougeâtre : la langue , légèrement tuméfiée, surtout à la base , était rouge , ainsi que la membrane muqueuse de la bouche. On voyait à la partie antérieure de l’amygdale gauche une phlyctène oblongue du volume de deux

noisettes environ ; il y en avait une autre moins considérable derrière le pilier postérieur correspondant; d’autres vésicules semblables, plus petites, se font remarquer au côté droit de l’isthme du gosier, à l’entrée du pharynx , et au bord gauche de la glotte : ces tumeurs contenaient une matière liquide. L’œsophage ne présente rien de particulier, si ce n’est dans les environs du cardia , où l’on voit des signes manifestes de phlogose.

La surface externe de l’estomac est rouge sur les bords et a son extrémité splénique , et d’un blanc gris dans le reste de son étendue ; elle présente aussi quelques phlyctènes vers son bord inférieur. Ce viscère ne contient que des gaz ; sa face interne est enduite de mucosités rougeâtres , de la consistance d’une bouillie claire , dans laquelle on voit nager une assez grande quantité de grains blanchâtres, un peu plus gros que des grains de millet : la membrane muqueuse est rouge dans toute son étendue , mais surtout vers la portion spléhiquè : là, elle est brune dans une étendue du creux de' la main d’un adulte, et épaissie; la portion de la membrane séreuse correspondante aux deux parties épaisses, office une phlyctène. Dans les environs du pylore, la membrane muqueuse est d’un noir foncé , et c’est particulièrement sur cette partie que l’on observe les gi'ains dont nous avons parlé (i). Ces grains sont plus

(i) L’estomac , examiné le lendemain , a présenté des différences frappantes : les portions les plus enflammées n’offraient qu’une légère phlogose ; les parties noires du pylore étaient d’un rouge bruu.

larges que les autres^ ils soiit aplatis, adhérens, et affectent la forme d’un cône irrégulier.

Les intestins sont distendus par des gaz; ils sont d’un brun cendré, excepté le duodénum et le commencement du jéjunum , dont la membrane muqueuse est rouge, enflammée; on aperçoit aussi sur cette tunique des grains semblables aux précédens. On découvre plusiem’s phlyctènes de la grosseur d’une noisette dans le reste du jéjunum. La surface interne del’iléum, du cæcum, du colon ascendant et du colon transverse , est de couleur naturelle ; on voit à sa surface des mucosités noirâtres desséchées. Le colon descendant présente un assez grand nombre de phlyctènes ; le rectum est rouge dans la partie inférieure; la quantité de mucus contenue dans le canal digestif est évaluée à environ quàtre onces.

L’épiploon est très-chargé de graisse , le foie peu volumineux et noirâtre ; la rate est très-petite, d’un brun foncé ; les reins sont peu volumineuqs; la veine rénale contient un peu de sang; la vessie est retirée et contractée; elle est vide et saine; les vésicules séminales sont très-petites, rouges, et ne renferment point de sperme.

Les grains blancs trouvés dans l’estomac et dans les premiers intestins , vus à la loupe , ^nt blancs , brillans , et font entendre un léger bruit lorsqu’on les casse; ils passent du blanc au jaune verdâtre à mesure qu’on les examine; ils ont quelque ressemblance avec l’acide arsénieux, mais ils sont formés par une matière animale unie à une petite quantité de graisse.

Le 1 1 septembre 1829, Je fus chargé, par le ministère public, conjointement avec M. Denis, de procéder à l’exhumaticin et à l’autopsie du cadavre de la femme Hivet, à Auteuil près Paris, morte le 10 août et enterrée le lendemain 1 1, précisément trois mois auparavant. La rumeur publique accusait le mari d’être l’auteur de la mort , etd’après quelques versions de témoins , on supposait quelle avait été tuée par des coups rioîens portés sur le crâne, et qui en avaientbrisé les os. Du reste , cette femme, âgée de cinquante-cinq ans environ, était hémiplégique du côté gauche depuis neuf ans , et. malgré son infirmité , elle avait conservé jusqu’à sa mort un embonpoint considérable. On rapportait qu’au moment où elle avait succombé, il s’était écoulé du sang par le nez et par la bouche. Le prévenu disait qu’il n’avait connu la mort de sa femme qu’en entrant le lendemain matin dans sa chambre, et qu’il était d’autant plus loin de la soupçonner morte, qu’elle s’était couchée le soir après son souper, dans un état de parfaite santé. Il ajoutait qu’il avait pensé que sa femme n’avait pu mourir si fa pidement que par un coup de seings

Tels étaient les renseignemens qui nous avaient été transmis , quand nous nous rendîmes à la mairie d’Âuteuil , accompagnés de M. Dieudonné , juge d’instruction , et de M. de Charencey , substitut du procureur du roi. Le cimetière, peu distant du village, est, comme ce dernier, situé dans le bassin de la Seine : le

aSo TRAITÉ

terrain est îrès-sec et caillouteux. Le thermomètre marquait de 9" à 10® au-dessus de zéro, le temps était brumeux, et pendant que nous étions occupés de l’examen du cadavre , il tomba une pluie très-forte qui ne dura que quelques minutes.

Le cercueil était intact dans toute son éténdue; les planches du couvercle étaient affaissées à leur partie moyenne par le poids de la terre qui le recouvrait. La bière put être ainsi extraite de la fos^é dans une intégrité parfaite. Le couvercle enlevé, nous trouvâmes le corps exactement enveloppé par le linceul. Celui-ci était recouvert, dans divers points , de larges taches brunes et verdâtres , produites par des moisissures qui s’étaient surtout formées là où le linge se trouvait en contact avec les planches du cercueil : elles étaient' heapèoup plus multipliées , et très-humides , à la partie postérieure du cadavre. Le fond de la fossé était humide , et la partie qui correspondait au-dessous du milieu de la bière était rempli par un liquide brunâtre, recouvert de moisissures , et qui avait évidemment transsudé à travers les planches du fond du cercueil. Le linge était encore intact j on ne le déchirait que difficilement , et les lettres initiales dont il était marqué , nullement altérées, achevèrent de démontrer que le cadavre exhumé était bien celui de la femme Hivet. En coupant longitudinalément le linceul pour découvrir le corps, les ciseaux furent arrêtés au niveau de l’ombilic, par une plaque assez large de cire à cacheter, rouge, qui collait ensemble la chemise et le drap. Les questions que nous adressâmes à ce sujet à la personne qui avait enseveli la défunte,

DES EXHUMATIOiSS JURIDIQUES. 23 1

nous apprirent que dans le village d’Auteuil, et dansles environs, on avait l’habitude de cacheter ainsi le nombril du mort lorsqu’on l’enveloppe dans le linceul, parce que, suivant l’opinion générale, toutes les matières contenues dans le ventre s’écoulent ordinairement par le nombril peu de temps après la mort, et que, par ce moyen , on empêche cet écoulement d’avoir lieu avant l’inhumation. On conçoit difficilement comment un préjugé aussi ridicule existe encore aujourd’hui parmi les habitans d’un village si voi^n de Paris.

Le cadavre, entièrement découvert, n’a laissé dégager aucune odeur de putréfaction bien prononcée ; il est singulièrement conservé , et dans un état de dessiccation tel, qu’en le prenant, soit par les pieds, soit par les épaules, on pouvait le retourner d’une seule pièce sans que les membres éprouvassent la plus légère flexion.

Aspect extérieur. Les traits du visage sont défigurés par la bouffissure de la face, qui est d’un brun de bistre : bouche ouverte, lèvres desséchées et raccornies, langue noirâtre, dure , sèche, raccornie, réduite à une ou deux lignes d’épaisseur, libre et un peu saillante en avant des arcades dentaires; paupières fermées, noires et raccornies, de même' que le nez, qui est réduit à l’épaisseur de ses cartilages. La couleur brune de la peau est plus foncée au front, au nez, autour des yeux, à la partie supérieure de la tête , de même qu’à la base de la mâchoire qui se confond inférienrement avec le col , dont la tuméfaction est également très-grande ; la peau sèche et brune comme celle de la face ; la bouffissure

des parties molles de la face et des parties supérieures de la poitrine ont effacé presque complètement la région cervicale, qui n’est indiquée que par un sillon profond, résultant de la flexion naturelle de la tête sur la poitrine. La peau du cou et de la partie supérieure de la poitrine est également sèche , comme tannée. La partie postérieure de la tête, qui reposait sur le fond du cercueil, est blanchâtre, légèrement humide, et tranche, par sa décolora tipn, avec la couleur rougebrun des parties envifonnantes , laquelle avait beaucoup d’analogie avec celle qu’on observe à la suite des lividités cadavériques.; Les cheveux, grisâtres et courts, s’enlèvent aisément par un simple grattage de la surface du cuir chevelu. La peau de la face, du cou et de la partie supérieure de la poitrine, est recouverte d’une couche graisseuse , butireuse , d’une demi-ligne d’épaisseur, d’un gris jaunâtre , qu’on enlève facilement en grattant la peau avec le dos d’un scalpel. Cètte couche graisseuse, déposée à la surface du derme, permet de reconnaître, quand elle est enlevée,- que la couleur foncée de cette partie des tégumens est due exclusivement à la teinte bistre du derme, dont les caractères anatomiques sont parfaitement conservés, et qui a une couleur de suie tout-à-fait semblable à celle qu’on observe dans les momies.

Cette couleur, bistre du derme disparaît insensiblement au-dessous du tiers supérieur de la poitrine; les deux tiers inférieurs de cette région , et tout Fabdoraen, jusqu’à la partie supérieure des cuisses, sont d’un blanc rosé. Dans toute cette étendue, la peau présente sa cou-

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. Ii33

leur et sa souplesse naturelles; l’épiderme est intact et adhérent au derme. A la partie postérieure et externe des membres supérieurs, les tégumens sont d’un vert noirâtre, tandis qu’à la partie interne et antérieure ils ont conservé leur couleur naturelle , particulièrement là où ces membres sont en contact avec les parois de là poitrine et du ventre. Les avant-bras étaient croisés audevant du pubis.

Aux membres inférieurs , la peau présente des traces de putréfaction plus avancée; elle est recouverte de moisissures d’un gris verdâtre, très-nombreuses, et correspondant surtout aux parties en contact avec le linceul. Les genoux ont une teinte jaunâtre, et les tégumens y sont plus secs; aux cuisses et aux jambes, on remarque dans différons points plusieurs taches verdâtres.

Toute la partie postérieure du cadavre est humide, et d’une teinte rougeâtre plus prononcée sur les^parties latérales du tronc , ainsi qu’on l’observe communément quelque temps après la mort sur les cadavres qui présentent des lividités multipliées au dos , aux lombes et à la face postérieure des cuisses et des jambes.

Les ongles des pieds et des mains sont singulièrement ramolbs , d’un blanc grisâtre, et se rapprochant de l’état de l’épiderme.

La conservation des tégumens , également la même sur toutes les parties du cadavre , nous permit de constater, avec la plus grande exactitude, qu’il n’existait sur aucun point de traces de lésion extérieurei

En incisant la peau dans les diverses régions du corps,

TRAITE

on reconnaît que cette membrane est notablement desséchée, coriace , et présente à la coupe une surface lisse et polie , semblable à celle de la couenne de lard bouilli. I^e tissu adipeux sous-cutané a la consistance du suif; sa couleur est d’un gris blanchâtre, et offre à la coupe une siirface granuleuse qui semble résulter de l’agglomération de granulations miliaires. Il est onctueux au toucher, et donne la sensation d’un savon gras. Dans toutes les régions où le tissu cellulaire et le tissu adipeux sous^cutanés sont naturellement abondans,la couche qu’ils forment , incisée suivant son épaisseur, offre un aspect poreux, feuilleté, résultant de la présence d’une multitude de petites locules vides, produites par l’écartement des lames du tissu cellulaire, écartement dû, soit à l’état d’exsiccation de ce tissu, soit au dégagement de quelques gaz développés pendant les premiers temps de l’inhumation du cadavre.

Tous, les muscles de la face , des parois thoraciques et abdominales, des membres supérieurs et inférieurs, ont conservé la structure anatomique qui leur est propre. Coupés profondément, soit parallèlement, soit perpendiculairement à la direction de leurs fibres , leur tissu présente upe teinte unifornie d’un gris rosé, exactement semblable à celle de la chair bouillie; ils sont gras au toucher : du reste, on peut isoler les fibres et les faisceaux qui les constituent , jusqu’aux tendons ou aux aponévroses d’insertion qui ont conservé tous leurs caractères physiques. Les muscles de la cuisse droite sont notablement plus rouges que ceux de la gauche; |a même différence n’existe pas dans les muscles des

jambes, non plus que dans ceux des membres supérieurs. (On se rappelle que cette femme était hémiplégique du côté gauche. ) Mais la différence de couleur paraît indépendante de cette circonstance.

Tète. Le crâne fut dénudé avec la plus grande facilité, les parties molles qui le recouvrent n’y adhérant que faiblement; toute la surface fut ruginée avec soin, et nous reconnûmes qu’il n’existait aucune fracture ou fêlure des os qui le constituent. Ces os étaient d’un blanc grisâtre ; ils se laissèrent briser assez aisément. Le cerveau, diminué de volume, ne remplissait que les quatre cinquièmes de la cavité crânienne : la duremère qui l’enveloppait était blanche , sans aucune altération. La pie-mère n’existe plus : on trouve à sa place une matière jaunâtre, grasse, grumeleuse, qui enduit toute la surface des lobes cérébraux.

Ces derniers ont encore leur forme très-distincte : la saillie et les sinuosités des circonvolutions sont conservées, à l’exception du tiers antérieur du lobe droit, qui est entièrement transformé en une matière grasse, jaunâtre, pour ainsi dire friable, composée de grumeaux d’uH blanc jaunâtre, déformé irrégulière, de consistance de suif, mêlés à une substance -demi-liquide , huileuse , plus jaune et sans odeur. Cette matière est semblable à celle qui recouvrait l’un et l’autre lobes. Les deux tiers postérieurs du lobe droit sont très-ramollis, presque convertis en bouillie, en sorte qu’on n’y distingue qu’imparfaitement les substances blanche et grise. Le lobe gauche, au contraire, est bien plus consistant, plus gros; on peut l’inciser par tranches, qui

TRAITE

laissent apercevoir les nuances grise et blanche des deux substances qui le forment. La teinte de la substance grise diffère à peine de celle qu’on observe dans l’état naturel, petL après la mort.

Le cervelet à la même consistance que le lobe gauche : les substances blanche et grise y sont très-distinctes, sa structure feuilletée est très-reconnaissable j la pie-mère qui le recouvre ordinairement est disparue,* et sa face inférieure , ainsi que la moelle allongée, sont baignées par un liquide huileux, très-jaune, qui stagne dans toutes les anfractuosités de la base du crâne, et qui reflue en as^sez grande abondance du canal vertébral : ce liquide huileux contient une multitude de granulations graisseuses, consistantes , semblables à celles déjà décrites. Il n’y à aucune fracture des Os de la base du crâne. La masse encéphalique, en totalité, laisse dégager une odeur très-peu fétide j mais un peu plus prononcée que le reste du cadavre.

Le cou, énormément gonflé par le boursoufflement des parties molles qui le composent, se continuait, comme nous l’avons déjà dit, d’une part avec la tête, de l’autre avec le haut de la poitrine, sans former en avant et sur fes côtés la dépression qu’on observe ordinairement. Il n’existait qu’un sillon assez profond audessous de la base de la mâchoire , produit à la fois par la flexion latérale de la tête, et par l’adhérence plus grande de la peau à la base de la mâchoire, adhérence qui s’était opposée au soulèvement de cette partie des tégumens.

Poitrine. Les poumons étaient entièrement affaissés

CES EXHTI5IA.TIOSS IÜRIDIQCE5.

sur eux-mémes , aplatis transversalement, appliqués sur les côtés du rachis et du péricarde, de la même manière qu’ils le sont chez un fœtus qui n’a pas respiré. Ils sont tellement revenus sur eux-mêmes, qu’ils sont pour ainsi dire réduits à leur enveloppe séreuse. Leur tissu est mou, presque sec, et d’un vert noirâtre. La trachéeartère fut ouverte dans toute sa longueur, ainsi que les bronches; la cavité de ces canaux aérifères était libre dans toute son étendue. La membrane qui les tapisse était sèche et d’un gris verdâtre. On remarquait seulement à la face postérieure de la trachée jusqu’aux premiers rameaux bronchiques, une tache longitudinale brunâtre, évidemment formée par du sang desséché, qui s’était écoulé de l’arrière - gorge dans la trachéeartère et les bronches.

La cavité de l’une et l’autre plèvres contenait dans sa partie postérieure un liquide rougeâtre, huileux, assez abondant ( une demi-livre environ ). Ce liquide était mélangé avec une matière grasse, d’un gris jaunâtre, séparée en.grumeaux plus ou moins gros, dont une partie s’était déposée sur la plèvre costale dans sa moitié postérieure. Cette matière, onctueuse et de consistance de savon, ressemblait complètement à celle qui existait dans la cavité du crâne.

Le péricarde est sec; sa cavité, sans sérosité , est tapissée dans une partie de sa surface par une légère couche graisseuse, formée par l’agglomération d’un grand nombre de petites granulations de la même nature,: cœur flasque, vide de sang, légèrement décoloré; le tissu adipeux qui accompagne les vaisseaux coronaires

TRAITÉ

est également transformé en une matière grumeleuse , plus solide , onctueuse , et d’un gris jaunâtre. Les parois de l’aorte, des carotides, des iliaques, etc., sont sèches, élastiques comme dans l’état naturel, et d’une couleur très-légèrement rosée.

Abdomen. A l’ouverture de cette cavité, il ne s’est dégagé aucune mauvaise odeur. Tous les organes sont un peu affaissés, et recouverts par l’épiploon, qui est chargé de graisse, dont la couleur est blanc-jaunâtre. Toute la surface du péritoine pariétal est tapissée de petits grains graisseux, jaunâtres, inodores, disséminés isolément , ou groupés les uns près des autres j leur consistance est assez grande; ils ont, au touchér, l’onctueux du savon. Ges grains graisseux étaientmélangés à d’autres grains moins nombreux, plus blancs, trèssolides , d’apparence cristalline , et paraissant formés de phosphate^de chaux.

Le tissu adipeux des épiploons, celui qui enveloppe les reins, en tin mot, partout où l’on en observe dans l’abdomen, est très-consistant, d’un blanc jaunâtre, grumeleux, formé de granulations très - distinctes. Au centre de la plupart des lobules graisseux les plus gros , existe un liquide rougeâtre, huileux; chaque lobule forme ainsi une espèce de géode, dont les parois Compactés et consistantes extérieurement , présentaient intérieurement des saiUies stalactiformes produites par l’agglomération des granulations graisseuses.

L’estomac et les in testins ont extérieurement la couleur <ju’ils offrent habituellement dans l’état sain : ce degré de conservation est remarquable. Leurs parois

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. 23g

sont molles et résistantes comme dans l’état naturel. La surface interne de l’estomac est sèche, d’un rose pâle; on n’y aperçoit aucune ramification vasculaire , et aucune trace d’altération. Même aspect pour les intestins grêles , qui sont un peu rétrécis, et dont la couleur est seulement un peu grisâtre. Ces derniers, de même que l’estomac, ne renferment aucune espèce de matière étrangère. Les gros intestins ont à l’intérieur la couleur grisâtre des intestins grêles, et contiennent quelques débris de matières fécales. Tout le paquet intestinal que j’avais enlevé fut soumis à l’analyse chimique, et il fut démontré qu’il n’y existait aucune trace de substances vénéneuses. Quelques grains blanchâtres, graisseux, semblables à ceux dont il a été plusieurs fois question , existaient seulement sur quelques points de la surface de l’estomac ; l’analyse fit voir qu’ils étaient essentiellement formés de matière animale;

Le foie était d’uh vert noirâtre , flétri , dans uii commencement de dessiccation ; il offrait à l’intérieur la même couleur qu’à l’extérieur. On voyait à sa surface plusieurs groupes assez larges de grains très-blancs, durs, d’apparence cristalline, rudes au toucher, èt- qui tranchaient d’une manière remarquable sur le fond vérdâtre de l’organe ; ces grains formaient, par leur agglomération, des plaques arrondies, à zones concentriques ét ondulées , qui offraient beaucoup d’analogie avec ces lichens blancs qu’oii voit sur l’éeof ce de certains arbres; ils paraissaient être des cristaux de phosphaté dé chaux. On en retrouvait encore de nombreux à l’intérieur du foièj sur la paroi interne des veines hépati-

TRAITE

qnes : il en existait dans toutes leurs ramifications.

La rate a conserve une densité assez grande j sa couleur et son volume sont les mêmes que quelques jours seulement après la mort. Arintérieur, elle est d’un rouge lie de vin»

Les réins sont exactement dans le même état que sur un sujet mort depuis vingt-quatre heures. Sans doute leur conservation est due à la couche graisseuse trèsépaisse qui les enveloppait entièrement. La vessie était vide , et sa membrane interne à peine humide : du reste, cet organe était parfaitement conservé.

L’utérus était très -aplati^ sa cavité libre et de couleur grisâtre. Ses parois éprouvaient, un commencement de transformation graisseuse.

L’état de conservation dans lequel nous trouvâmes le cadavre de la femme Hivet rendit toutes les recherches extrêmement faciles, et les détails qui précèdent ont prouvé qu’il n’existait sur aucun point du corps et d^s aucun des organes du ventre et de la poitrine la moindre trace d’altération. Il n’en était pas de même du cerveau; en effet, on a dû remarquer que le lobe droit était bien plus mou et plus désorganisé que le lobe gauche; que son tiers antérieur était converti. en une matière grasse, liquide et concrète, entièrement semblable à celle qui existait sur toute la surface du cerveau, à la base du crâne et dans le canal rachidien. Ajoutons qu’une matière de même nature se trouvait dans l’une et l’autre plèvres , en arrière des poumons , là où s’était épanché peu à peu le sang que contenaient ces organes au moment de la mort. L’abondance de cette

DES EXHD3IATXOSS JURIDIQUES. 24 1

matière dans cette région, mais surtout dans le crâne et le rachis, où elle remplaçait en quelque sorte la membrane vasculaire ( pie-mère) qui enveloppait le cerveau et la moelle , nous démontrait qu’elle s’était formée particulièrement dans les parties où le sang était plus abondant dans les premiers temps qui suivirent la mort.

Maintenant’, si nous avons égard à l’état antérieur de la femme Hivet, qui était hémiplégique du côté gauche depuis neuf ans , à son extrême embonpoint, à la rapidité de sa mort, aux traces de mucosités sanguinolentes écoulées dans la trachée-artère et les bronches , n’est-il pas très-probable qu’une nouvelle hémorrhagie cérébrale s’est manifestée subitement , et a causé la mort d’autant plus promptement qu’elle a eu lieu dans le côté du cerveau déjà altéré? Le ramollissement plus considérable observé dans le lobe droit ne vient-il pas à l’appui de cette opinion ? En outre , la transformation huileuse et graisseuse de son tiers antérieur n’est-elle pas le résultat de l’hémorrhagie qui désorganisa tout à coup cette portion du cerveau , et qui causa la mort ? Cette dernière question nous paraît résolue affirmativement par les faits que nous venons de signaler, savoir, que cette matière grasse, huileuse et concrète, n’existait que dans les points où du sang avait été accumulé plus abondamment au moment de la mort.

Quant à la formation des grains de phosphate de chaux disséminés à la surface du péritoine et dans la cavité des veines du foie, nous ne hasardons aucune conjecture à cet égard; nous ferons seulement remarquer que la présence de ce sel calcaire dans la profon-

TRAITÉ

deur des tissus d’un cadavre parfaitement intact , est un phénomène digne d’attention , et qui mérite d’être signalé parmi les changemens que le corps subit dans le sein de la terre. (Ollivier, d’Angers.)

Le 3o janvier 1826, je partis de Vannes à quatre heures et demie du matin, accompagné de M. le procureur du roi, de M. le juge d’instruction , d’un commis greffier et de M. Quéral, élève en médecine. Nous arrivâmes au bourg de Caden à onze heures et demie. Le thermomètre de Réaumur marquait Lèvent

soufflait du sud-est; la pluie commença aussitôt , et augmenta pendant toute la durée de l’opération.

Pendant que je disposais ce qui était nécessaire pour l’exhumation , le maire déclara et prouva , par les registres de la commune, que François Le Borgne, âgé de cinquante-huit ans, était mort le 8 octobre i8a5, et qu’on l’avait inhumé le lendemain , 9 octobre, cent treize jours avant l’exhumation. M. le vicaire désigna le lieu où il avait donné à François Le Borgne la sépulture ecclésiastique. Le garde-champêtre et le fossoyeur de la commune de Caden furent chargés d’exhumer le cadavre.

Après avoir enlevé environ trois pieds de terre végétale, on découvrit le cercueil et on l’arrosa d’une solution de demi-livre de chlorure de chaux dans six Hvres d’eau. Ce cercueil fut enlevé et placé sür le bord de la fosse sans qu’il se manifestât aucune odeur fétide ; mais

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lorsqu’on l’ouvrit, il se dégagea des miasmes très-fétides, qu’une forte ablution de solution de chlorure de chaux neutralisa sur-le-daamp. Le cercueil était trèsbien Conservé, sans rupture, et ne contenait aucun corps étranger qui aurait pu occasionner quelque fracture ou quelque lésion des parties molles. Le cadavre était enveloppé d’un linceul parfaitement cousu, putréfié dans quelques-unes de ses parties, notamment vers la tête, vers la partie antérieure de la poitrine, et vers la plante des pieds. Ce cadavre fut transporté sur une table en pierre située dans le cimetière. Dans ce moment, une odeur très-fétide exigea de nouvelles ablu- . tiens de la solution de chlorure, et fut détruite sur-lechamp. Le linceul enlevé, de nouvelles ablutions luirent faites. Malgré l’altération des traits de la face , il eût été facile de constater l’identité. Plusieurs assistans reconnurent que le cadavre était celui de François Le Borgne.

Extérieur. Le corps a éprouvé une diminution de. volume j les muscles sont aplatis et rétractés; la peau est durcie , noire et comme tannée ; les poils se détachent par le simple frottement; il n’existe aucune trace de solution de continuité ; l’exposition à l’air n’a pas produit la tuméfaction observée dans quelques cas analogues.

Poitrine. La peau est très-adhérente aux muscles ; ces derniers se détachent des os avec facilité : lorsque j’ai scié les côtes et le sternum, il s’est dégagé de ces os, et surtout du sternum, une odeur très-fétide : du reste , il n’y a aucune fracture aux os de la poitrine. Les pou-

TRAITÉ

mons, presque affaissés, sont appliqués sur la partie postérieure de la poitrine, et convertis en une masse putrilagineuse , verdâtre , renfermée dans les plèvres durcies : l’incision de cette masse laisse échapper unli^ quide écuraeux , et mêlé de quelques bulles gazeuses. Le cœur est vide, mollasse, jaune pâle, mais on distingue encore ses cavités; il est sain, et s’il avait été malade , on aurait pu le reconnaître.

uébdomen. ljes muscles sont très-araineis, rétractés et fortement adhérens à la peau. L’estomac et les intestins ont éprouvé un commencement de putréfection ; on peut cependant les déplisser. L’estomac et les gros intestins sont livides ; les intestins grêler sont d’un jaune Un peu 'rosé. Le foie, putréfié et aplati, présente sesmembranes d’enveîoppe assez, fermes, son tissu propre converti en une bouillie noirâtre un peu consistante..

La rate est dans un état de putréfaction beaucoup plus avancé ; ses membranes aplaties renferment une pulpe noirâtre et diffluente. La vessie est vide, et assese bien conservée; les reins sont putréfiés.

Tête. Les tégumeiis se détachent avec ^cilité;. les os sont sans fracture; la dure-mère conserve la forme qu’elle a dans l’état sain ; le cerveau, diminué de moitié, réduit en une masse verdâtre et diffluente, est contenu dans les fosses cérébrales postérieures-, et la moitié postérieure dés cérébrales moyennes.

Membres. Les muscîea sont pâles , aplatis , adhérens les uns aux autres et desséchés : les os sont sans fracture et sans luxation.

Des faits ci-dessus observés, j’ai conclu que la mort

DES EXEC3ÎATIOXS JCEIBIQDES. 245

devait être attribuée à une maladie des parties molles , que l’état avancé de la putréfaction a empêché de reconnaître. Pendant tout le temps qu’a duré l’opération , il s’est dégagé des gaz très-fétides , sous la forme d’une fumée sensible même pour l’œil. Les aspersions et ablutions faites avec la solution de chlorure de chaux les ont détruits à l’instant même. La quantité de chlorure employée a été de sept livres huit onces. La promptitude avec laquelle l’odeur se renouvelait, et la crainte de me blesser, ou d’aggraver une blessure que je m’étais faite au doigt la veille de l’opération, m’ont empêché de porter mes recherches plus loin qu’il n’était nécessaire pour la solution des questions qui m’étaient faites par M. le procureur du roi et le juge d’instruction. J’ai été surtout fâché de ne pas examiner plus particulièrement l’état des organes digestifs.

On peut cependant déduire de cette observation les conclusions suivantes ; L’exhumation peut être pratiquée sans danger au bout de cent treize jours, de séjour dans la terre, en, se servant du chlorure de chaux comme moyen désinfectant : je pense, même qu’un mois plus. tôt, avant la dessiccation des muscles , cette opération eût été plus dangereuse. A mesure que la putréfaction fait des progrès, les organes putréfiés tendent à s’appliquer vers les parties du corps les plus déclives, et abandonnent les parties les plus élevées., Les organes parenchymateux se putréfient beaucoup plus promptement que les organes membraneux- On peut donc, à une époque avancée, après l’inhumation, reconnaître des maladi es du cœur, de la vessie , des organes digestifs.

TRAITÉ

et dans le eas d’empoisonnement par les substances métalliques, surtout, où il est souvent utile de procéder à l’exhumation , ^el que soit le temps écoulé depuis la mort.

Dans le cas d’infanticide , cette mesure ne serait pas inutile, puisque l’on pourrait voir si les poumons renferment, comme dans le cas présent, un fluide écumeux mêlé de bulles d’air, et on serait porté à croire que ces bulles d’air appartiennent à l’air inspiré , puisque dans tous les autres organes putréfiés, dont plusieurs, tels que la rate, l’étaient beaucoup plus que les poumons , nous n’avons pas trouvé de buHes gazeuses; on pourrait , d’ailleurs ^ faire passer ces gaz sous une cloche placée sur l’appareil pneumatîco-chimique, et en faire l’analyse. (Observ. de M. le docteur Mauricet.)

X*^, âgé de vingt-quatre ans, mort de la petitevérole confluente, le 26 juillet 1829, au douzième jour ' de la maladie , fut inhumé le 2y juillet , à sept heures du matin , dans un des coins du jardin de l’hospice de la Faculté de médecine de Paris. La fosse était creusée à trois pieds environ , la bière en sapin mince , et le corps enveloppé d’une serpillière.

La maladie était déjà assez avancée; il y avait des pustules très-abondantes à la face , où elles étaient excoriées et croûteuses , et aux membres , tant supérieurs qu’inférieurs ; il y en avait beaucoup moins au thorax, au ventre , au dos et aux fesses : l’abdomen était

BES EXHUiLrriOîîS JTIRtDIQUES.

légèrement yerdâtre à sa partie inférieure ; la verge était aussi le siège de quelques pustules : du reste , le cadavre n’était ni tuméfié ni d’une coloration insolite.

U exhumation eut lieu le 3i janvier i83o, àmidi^ six mois quatre jours après l’enterrement. Il fut imposa sible de retirer la bière , parce que la terre était gelée tout autour : on se borna donc à l’ouvrir sur place pour en extraire le corps , qui était encore enveloppé par la serpillière. Celle-ci n’était déchirée que vQrs la partie supérieure de la cuisse droite; ce qui permit d’enlever le cadavre entier. ; elle offrait.supécieurement une couleur brune assez semblable à celle du fumier ; inférieurement elle est d’un brun clair : partout elle est assez résistante et couverte de vers d’un blanc jaunâtre, qui abondent surtout à sa partie postérieure^

Le cadavre , d’une teinte généralement olivâtre foncée, est presque entièrement réduit au squelette ; ce que l’on n’aurait guère pu soupçonner , d’après l’état assez bien conservé de la serpillière. La tête est entièrement séparée du tronc et dépouillée de parties molles , excepté à la partie antérieure et supérieure, où l’on trouve une sorte de membrane très-amincie, de couleur olivâtre, couverte de cheveux qui y sont simplement accolés. Il n’y a plus ni cerveau, ni cervelet, ni vestiges des méninges ; il n’y a pas non plus de vers dans la cavité du crâne. La vacuité de cette boîte est un fait qui nous paraît d’autant plus extraordinaire, que, jusqu’à présent, nous ne l’avions pas encore remarquée; nous avons même trouvé une quantité notable d’encéphàle chez le sujet de l’observation 3 1®, qui n’a été exhumé qu’au

bout de trois ans et quatre mois. Il est certain qu’iei les parties molles de l’intérieur du crâne ont été dévorées par les vers qui ont dû sortir de cette cavité , aussitôt qu’elle a cessé de pouvoir leur fournir un aliment. La mâchoire inférieure est détachée et armée de toutes ses dents ; il en manque au contraire quelques-unes à l’os maxillaire supérieur; il est probable qu elles auront été arrachées après la mort par les. garçons d’amphithéâtre. Les cinq premières vertèbres du cou sont également séparées des autres, et tiennent à peine entre elles ; on ne trouve des parties qui composent le col le larynx et la trachée-artère , qu’une portion du cartilage cricoïde qui est olivâtre ; les autres parties sont perdues au milieu des débris des organes thoraciques et des vers très-nomhreux qui sont logés dans^les cavités des plèvres.

Les différentes pièces qui composent le et

les cartilages costaux sont séparées; on en voit les débris épars dans le thorax et dans l’abdomen; ce qui produit nécessairement une grande ouverture à la partie antérieure du thorax; les espaces intercostaux, surtout supérieurement et' en avant , sont vides ; inférieurement et à la partie postérieure des côtes supérieures, on rencontre des parties molles de couleur bistre , qui paraissent formées par les muscles intercostaux et le tissu cellulaire ; on ne découvre aucune trace de peau; et quoique le tissu ait une apparence fi breuse, ôn ne peut cependant pas distinguer latex türe mus culaire;rien,dans ces parties, n’annonce la conversion des tissus en gras de cadavres. La cavité thoracique, ^en apparence vide, con-

DES EXHDMATI02!ÎS JURIDIQUES.

tient, outre des vers excessivement nombreux, des débris du poumon gaucbe , sous forme d’une masse d’un vert foncé , aplatie , comme membraneuse , humide, dont la structure n’est plus celle du poumon, et dans la{pieUe il y a aussi beaucoup de vers ; dans la cavité droite du thorax , il reste à la place du poumon une sorte de terreau brunâtre. On aperçoit encore plusieurs portions de la plèvre costale , qui est ti’èsmince , d’un vert olive , et assez fortement adhérente . aux côtes. Il n’y a plus de vestige de cœur ni de vaisseaux.

Le diaphragme est presque entier et aminci; il conserve toutes ses attaches postérieures, ainsi que ses rapports avec le foie , auquel il adhère encore assez intimement ; il est de couleur olive foncée , même dans son centre aponévrotique , ’que l’on distingue cependant à son brillant.

Abdomen. Au premier aspect , il semble réduit à ses parois osseuses, parce que les débris des parties molles qui forment sa face antérieure sont affaissés , et plongent dans la cavité du bassin et sur les fosses iliaques. En soulevant ces parties, on voit qu’elles tiennent aux dernières côtes, aux pubis et à la partie postérieure des crêtes iliaques , ainsi qu’au ligament de Fallope du côté gauche , qui existe encore ; elles sont de couleur olivâtre et perforées dans plusieurs endroits ; leur plus grande épaisseur est dans le trajet de la ligne blanche. En les disséquant , on les trouve formées de quelques restes de peau dépouillée d’épiderme, moUe, amincie, offrant de petites perforations arron-

TRAITE

aSo

dies , dont la circonférence présente une teinte plus= foncée , et qui intéressent tout le derme : ces perforations paraissent être les anciens boutons ■varioliques. Pour peu que l’on étende la peau dont nous parlons , on y remarque en outre un assez grand nombre de petites élevures et de points ou s’inséraient les poils j ces élevures pourraient très-bien n’être aussi que des boutons déprimés de la petite-vérole. Les autres parties qui composent les débris des parois abdominales sont le tissu cellulaire sous-cutané , des muscles encore reconnaissables à leur structure , et non à leur couleur , qui est d’un bistre olivâtre.

Le bassin est presque entièrement réduit au squelette J excepté en arrière , où l’on voit des débris filamenteux et membraneux des parties molles, et en avant, à la région pubienne , où l’on trouve aussi.au milieu d’une masse molle les restes des organes génitaux dont il sera parlé plus bas.

Partie postérieure du tronc. U existe de la peau dans une assez grande étendue; elle est verte olivâtre, humide, et recouvre des parties molles dans lesquelles il est aisé de reconnaître des muscles verdâtres, des aponévroses et des tendons , qui offrent la même couleur, mais qui présentent encore leur aspect nacré. Aucune de ces parties n’est infiltrée ; on remarque entre elles plusieurs lames dans lesquelles sont logés des vers nombreux. Les jihro-cartilages qui unissent les vertèbres dorsales et lombaires sont d’un vert olive : toutes ces vertèbres tiennent entre elles. Le canal vertébral est rempli de vers, excepté supérieurement, depuis l’occi-

pital jusqu’à la seconde vertèbre dorsale , où les vertèbres sont dénudées et réduites au squelette. H n’y a plus de vestiges de moelle épinière ni de membranes.

Le foie est sous forme d’une masse aplatie , comme membraneuse, dont l’épaisseur varie dans ses différentes parties d’une à dix lignes ; le lobe gauche est le plus aminci ; il est mou , de couleur olivâtre à l’extérieur, jaune verdâtre à l’intérieur, d’une structure vasculaire et aréolaire très-prononcée 5 bien différente de celle du foie dans l’état ordinaire, mais dans laquelle on reconnaît bien distinctement les vaisseaux veineux , qui sont bleus. La vésicule biliaire est entière, de couleur olivâtre à l’extérieur, rouge bnin à l’intérieur, où il existe un peu de bile épaisse, de cette dernière couleur.

Uestomac et tous les intestins sont contenus dans l’abdomen; ils sont tellement affaissés et appliqués sur la colonne vertébrale, qu’au premier abord on ne se douterait pas de leur existence ; on les retire en entier ; mais il y a une si grande quantité de vers , et le méséntère et les épiploons sont tellement rongés et défigurés , qu’on a beaucoup de peine à reconnaître l’estomac et les divers intestins. Enfin, par une dissection soignée, on parvient à caractériser chacune de ces parties, et on voit que l’estomac, d’une couleur grise olivâtre , ne renferme dans son intérieur qu’une grande quantité de vers, qu’il est composé de trois membranes, que la tunique muqueuse, loin d’être rouge ^ est d’un gris blanchâtre avec plusieurs taches bleues à la partie correspondante à la rate. Les intestins sont en appa-

rence dans l’état naturel ; ils sont cependant colorés extérieurement en olive très-foncé ; leur membrane muqueuse est teinte en jaune verdâtre par de la bile : on n’aperçoit aucune trace de rougeur. Les gros intestins contiennent des matières fécales. Une substance vénéneuse qui aurait été introduite dans le canal digestif avant la mort, aurait pu encore être reconnue.

La rate, de grandeur naturelle, est aplatie, d’un bleu tirant sur le vert, de structure plus compacte que, dans l’état ordinaire ; elle ne contient point de sang; sa membrane externe se détache avec facilité.

On ne trouve ni les reins ni le pancréas. La vessie ne contient que des vers qui l’ont perforée dans plusieurs, points ; elle offre la couleur olivâtre du canal digestif, sans la moindre trace de rougeur.

Organes génitaux. Il ne reste de ces organes qu’une, masse dans laquelle on reconnaît les enveloppes des corps caverneux et la cloison fibreuse qui les sépare, le canal del’ urètre et quelques poils ; les autres parties sont sous forme de feuillets membraneux, de filamens mous, humides, mêlés de vers. Quoi qu’il en soit, il eût été facile de constater le sexe du sujet aux débris des corps caverneux.

Membres. Les parties qui composent les membres thoraciques sont désunies, excepté l’humérus, qui est encore articulé avec l’omoplate, mais peu solidement; cette union a lieu au moyen de parties molles, semblables à celles de la cuisse, si ce n’est qu’ elles sont plus sèches.

Membres abdominaux. Les fémurs sont enveloppés à

la partie antérieure externe, et un peu à la partie interne, par des restes de parties molles, singulièrement affaissées , collées sur l’os , d’une ligne environ d’épaisseur, et qui sont formées par une assez grande quantité de peau dépouillée de son épiderme, d’une couleur olive claire, assez résistante, comme tannée, et moins humide que celle de l’abdomen,- le tissu cellulaire graisseux sous-jacent est jaune, très-reconnaissable et nullement transformé en gras; les muscles sont réduits à des feuillets membraneux, accolés les uns aux autres;^ et lorsqu’on les sépare, on découvre des filamens celluleux presque secs, qui sont des débris d’un tissu cellulaire olivâtre. On voit, au milieu de la portion de cette masse qui occupe la région inguinale, de gros filamens, véritables restes des vaisseaux encore canaliculés , et des nerfs; les nerfs sciatique et crural sont parfaitement conservés, mais d’un brun olivâtre. A la partie postérieure des cuisses existe une masse feuilletée filamenteuse, semblable à celle dont nous venons de parler. Les aponévroses intermusculaires , quoique verdâtres , présentent encore le reflet nacré et la structure qui leur sont propres, et peuvent être facilement distinguées.

Les articulations du fémur avec le tibia , et du péroné avec ce dernier os, sont assez fortement maintenues par des restes de parties molles, composées de filamens, d’un peu de peau semblable à celle des cuisses,: et de fibres ligamenteuses olivâtres, qui ont perdu beaucoup de leur sobdité. Les cartilages de cette articular tion , de couleur olive claire , sont souples et se coupent avec facilité. Le paquet graisseux qui se trouve

SOUS le ligament inférieur de la rotule, semble avoir subi un commencement de transformation en gras. Les tibias sont complètement dénudés, et les péronés presque complètement; il ne reste plus à la place des parties molles des jambes qu’un réseau, de couleur brune, formé de filamens et de feuillets desséchés et criblés de trous. Les pieds sont entiers, à l’exception des dernières phalanges qui sont presque toutes tombées; ils sont recouverts, si ce n’est à leur partie interne et supérieure, de parties molles d’un brun verdâtre très-foncé; ces parties sont formées de peau , de feuillets celluleux, sous-jacens et de tendons; la peau est amincie, desséchée, comme tannée, translucide, d’un rouge brun lorsqu’elle est vue par réflexion , et jaune verdâtre quand elle est vue par réfraction ; elle est encore trèsrésistante : les feuillets celluleux sont évidemment les débris des muscles et du tissu cellulaire.

Les os sont olivâtres, très -résis tans, et ne présentent rien de remarquable : ils renferment encore de la moelle.

Le' cadavre exhale une odeur très-désagréable, surtout vers les parties molles de l’abdomen et du thorax.

Remarques. Cette observation est remarquable, i°par la rapidité avec laquelle la putréfaction a marché, quoique l’inhumation eût eu lieu dans un terrain qui n’est pas très-propre à l’accélérer : c’est donc à la petitevérole que l’on doit attribuer la rapidité de la décomposition; 2° par l’absence de toutes les parties qui composent l’encéphale. Il est inutile d’indiquer l’impossibilité absolue où se seraient trouvés les gens de l’art

BES EXHrHATICKîS ItfRIBIQtFES. 255

àe constater que la mort avait été le résultat d’une phîegma^e cutanée.

femme âgée de soixante-huit ans, succomba, le 27 juillet 1828, à une pneumonie qui avait duré soixante-cinq jours. Elle fut inhumée le lendemain dans un des coins du jardin de l’hospice de la Faculté de Médecine de Paris , après avoir été enveloppée d’une serpillière et placée dans une bière de sapin mince. La fosse était creusée à trois pieds et demi. Avant l’inhumation , on constata que le ventre était verdâtre , qu’il y avait quelques excoriations sur les mamelles qui étaient assez voluiriineuses , que la partie inférieure des jambes était légèrement verdâtre, et qu’à leurs parties internes il existait quelques 'vésicules, dont les unes étaient affaissées et les autres remplies de sérosité ; on voyait sur la face dorsale du pied droit une escharre large comme une pièce de trente sous , et sur la face correspondante du pied gauche une autre qui était un peu moins large. Les parties génitales étaient flasques et très-rouges ; il y avait aussi de la rougeur au pourtour de l’anus et à la partie supérieure des cuisses : du reste, le cadavre était assez gras.

Exhumation le 28 février 1824, à dix heures du matin, c’est-à-dire sept mois quatre jours après l’inhumation. La bière, de deux à trois lignes d’épaisseur, ne peut être retirée que par fragmens , non pas parce qu’elle est pourrie , car en examinant chacune des pièces

TRAITE

qui la composent, on voit quelles sont assez résistantes, et que le bois est presque neuf; la difficulté qu’on éprouve à l’extraire tient à ce quelle a été cassée par les hommes chargés de l’exhumation , et à ce quelle adhère assez à la terre qui l’entoure. Du reste , la surface de quelques-uns des fragmens de cette boîte offrent une couleur naturelle , brunâtre ou noirâtre ; il en est qui sont couverts de moisissures blanches, surtout à l’intérieur.

Un thermomètre centigrade, laissé pendant quelques minutes dans la terre à la profondeur où était la bière, marque 3,6 -{-o°; tandis que la température atmosphérique est de 8,7 -}~ o®. ,

La serpillière est presque entièrement réduite en filamens et en lambeaux, semblables à du fumier un peu humide, de Couleur grise, brune et même noirâtre dans certains endroits, dont les uns, mêlés et couverts de terre, adhèrent entièrement à la surface du cadavre avec lequel ils semblent faire corps, et dont les autres sont libres et placés çà et là à côté des différentes parties du sujet. ^

Le cadavre est entier et couvert de terre dans beaucoup d’endroits ; il y a à peine quelques vers à sa face postérieure; il n’exhale point d’odeur désagréable, et sent évidemment le fromage de Chester; sa position n’offre de remarquable que la demi-flexion des membres inférieurs et l’application immédiate du genou gauche sur la partie interne et inférieure de la cuisse droite ; quant aux mains, elles sont appliquées, la gauche sur l’épine iliaque antérieure et supérieure , et la

DES EXHÜMATIOSS JURIDIQUES. 23^

droite sur le pubis correspondant. Sa couleur est généralement fauve; dans quelques points cependant elle est brunâtre, et dans une très-grande étendue, surtout au côté gauche, la surfacé du corps est couverte de moisissures blanches cotonneuses, Offrant dés flocous par places, et qui, étant grattées et enlevées avec le scalpel, laissent voir la couleur fauve de la surface du corps dont nous avons déjà parlé.

La peau existe partout , excepté vers la partiemoyeniie droite de l’arcade dentaire supérieure , à la partie antérieure du cou, à- ses parties latérales gauche et postérieure , où cependant il en reste quelques traces sur le côté droit de lapoitrine , au niveau des trois premières fausses côtes én avant, et dans imo étendue de deux pouces carrés environ : elle est encore détruite j dans quelques parties du dos la partie Supérieure de la . cuisse droite -et autour dé l’anus. Elle est plisséè , comme demi-desséchée , quoiqu’elle offre éncorè l’apparence charnue; lorsqu’on frappe avec le scalpel sur les parties où elle ne recouvre pas immédiatement les OS, onéhtend un bruit semblable à celui qué donne Un càrtôn videsur lequel on frappe ; et eiï effet-, au premier abord, le cadavre a- un aspect cartonné , si ôn peut s’expriméf ainsi. En détachant quelques fragmens de peau dans différentes régions ; on voit quelle est recouverte dans beaucoup d’endroits d’un enduit fauve auquel elle doit sa couleur, enduit qui est assez épais , "et qui ressemble, pour sa consistance , à de la crOiite de fromage de Ghester, dont il a eàac/ejràeét rodéür. Débarrassé de

teaité

cette couche^ la peau est amincie, comme tan»ée, surtout au crâne, dé couleur dans certaines par¬

ties, et marbrée de fauve, de gris et de brun dans d’autres 5 sa consistance est à peu près célle d’un vieux gant mouillé, et elle est en partie saponifiée , car l’analyse y démontre la présence des acides margarique et oléique unis à de l’ammoniaque et à de la chaux. Il n’y a point ^épiderme , et il paraît probable que l’enduit dont nous venons de parler est le résultat de la fonte de cet épiderme : toutefois, on découvre à la partie interne des jambes quelques lambeaux de cuticule soulevés, sensiblement éloignés des membres , et qui paraissent être les débris des, vésicules séreuses observées et notées au .moment de l’inhumation; cette portion d’épiderme, en effet, s’étant trouvée soulevée pir la sérosité , a pu résister au mouvement général de décomposition , étant en quelque sorte isolée. Quoi qu’il . en soit , les débris dont il s’agit sont translucides , fauves, pem*ésistanS) et ressemblent assez à une feuille à moitié desséchée qui aurait été en partie rongée et piquetée. Les ongles esisteat encore, mais ils adhèrent très-peu ; le plus léger effort suffit pour les détacher : ils sOrit recouverts de l’enduit caséeux déjà indiqué et de terre ; leur couleur est fauve, et leur consistance semblable à du parchemin vieux et desséché; ils sont translucideSi Le tissu cellulaire j dans les parties où il est ordi-; nairement peu graisseux , est comme desséché, mat, blano. ou d’un blanc grbâtre , filamenteux et facile à déchirer; là où il est graisseux , il est d’un blanc légèrement jaü-

DES EXHUMÂTIOîîS JURIDIQUES. aSg

nâtre , peu résistant , humide , assez semblable à du lard bouilU et refroidi; il diffère par conséquent du tissu cellulaire graisseux dans letat naturel j qui est d’un jaune plus foncé , et dont les globules graisseux sont parfaitement distincts. Dans les parties du corps où le tissu cellulaire graisseux est très-abondant , comme aux fesses , les couches /es plus profondes sont d’un jaune orangé^ et offrent encore l’aspect globuleux, quoique moins apparent qu’à l’état normal : l’odeur de ce tissu cellulaire est à peu près celle du fromage de Chester. Il est en partie transformé en savon , car il fournit à l’analyse des acides margariqiie et oléiqué unis à l’ammoniaque et à la chaux.

Les muscles des cuisses semblent convertis eh partie en gras , excepté en arrière où l’on aperçoit quelques fibres d’un rose plus ou moins pâle qui tendent aussi à se saponifier ; soumis à l’analyse , ils donnent en effet du savon ammoniacal et calcaire ; comme la peau et le tissu cellulaire graisseux. Ceux de la partie postérieure des jambes sont dans le même état que ceux de la partie postérieure de la cuisse. Du reste , la texture des muscles qui ont subi un commencement de transformation en gras, est telle que l’on reconnaît encore la disposition des fibres musculaires ; leur consistance n’est pas grande, puisqu’on les déchire trèsfacilement; leur odeur est celle du fromage de Chesteri Au milieu de ces masses saponifiées, bn reconnaît à leur structure et à leur brillant nacré les parties tendineuses et aponévrotiques. Aux bras et aux avant^

TRAITÉ

bras, les muscles, moins changés que les pi-écédens, conservent davantage leur couleur, leur consistance et leur aspect musculaire , quoiqu’ils soient déjà en pai’îie saponifiés, et qu’ils tendent évidemment à se saponifier de plus en plus.

Les tendons existent partout , et sont très-reconnaissables, quoique de couleur jaunâtre^ et moins brillans que dans l’état naturel; ils sont souples et très-résistans ; mis dans l’eau, ils reprennent promptement tous les caractères qui leur sont propres.; On ne trouve aux membres ni nerfs ni 'vaisseaux ; ils sont probablement transformés en , et confondus avec les fibres musculaires. Les cartilages articulaires sont en partie détruits; les portions qui restent sont amincies et d’un blanc jaunâ^e. Les ïigamens ne paraissent pas différer de l’état normal, si ce n’est qu’ils sont grisâtres. Les os sont blànes, très-fragiles, spongieux w et se laissent facilement couper avec le scalpèl , surtout vers leurs^ extrémités ; cet état tient évidemment à une altération pathologique des os , et ne dépend en aucune manière du séjoi'jr prolongé dans la terre.

Tête. La tête tient encore assez fortement au trône; la face est méconnaissable, et couverte de moisissures blanches , excepté aux lèvres et à la joue gauche : un morceau de serpillière est appliqué sur celle-ci et y adhère asset ; lorsqu’on l’enlève , on voit la peau d’un jaune fauve. Les fosses orbitaires paraissent pleines au premier abordi Les paupières sôntréduites à une naembrane mince s desséchée ; on ne trouve plus à la place

DES EXHUMATIONS JUEIDIQUES.

des yeux que les restes des membranes, sous forme d’une coque incomplète, ayant encore jusqu’à un certain point la forme du globe oculaire : ces restes de membranes parmi lesquels on reconnaît bien les débris de la sclérotique, sont de couleur brunâtre et assez résistans. Le nerf optique, dont les rapports avec la sclérotique sont très-manifestes, est brunâtre, luisant, très-consistant et peu volumineux. Ces diverses parties, mises dans l’eau, ne tardent pas à reprendre leur blancheur et leur aspect ordinaires. On ne trouve plus de vestiges des muscles du globe de l’œil, ni du paquet graisseux qui existe ordinairement dans l’orbite. Le nez est aplati, singulièrement déformé, détruit à peu près dans son tiers inférieur droit; la peau qui le recouvre est d’un brun très-foncé, desséchée et amincie ; il n’offre plus aucune trace de cartilage. Les deux joues sont comme cartonnées; la droite n’est détruite que vers la commissure correspondante; lorsqu’on enlève la moisissure qui la recouvre en grande partie, on voit qu’elle est d’un brun clair mêlé çà et là de taches plus foncées; que la peau est amincie ; que le tissu cellulaire graisseux et brunâtre tend à se trans--. former en gras, et qu’à la place des muscles on trouve une masse réticulaire d’un brun noirâtre, formée de filamens et de portions membraneuses. La j o ue gauche^ d’une teinte généralement fauve, est à peu près dans le même état que la droite,^ si ce n’est qu’elle est moins altérée. La bouche est ouverte; il n’y a plus que quelques dents molaires à la mâchoire supérieure; l’os

'TRAITS

maxîHaîre inférieur, au contraire, en est assez bien garni ; ces dents sont vacillantes et peuvent être facilement arraoliées avec des pinces j elles sont brünâtres, ce qui tient à la présence d’un enduit que Fon peut enlever par l’eau; alors elles sont jaunâtres. JL,es lèvres sont réduites à une membrane très -mince, brune : la supérieure est. presque entièrement détruite dans sa portion droite; l’inférieure est un peu rongée vers ses bords : du reste , elle est entière ; la commissure gauche est la seule qui existe. L’os maxillaire inférieur est maintenu dans sa position, et tient encore fortement. La peau du crâne, sur laquelle sont accolés des cheveux gris qui tiennent à peine, est très-sèche dans ks deux tiers antérieurs , et plus humide dans le tiers postérieur : quand on l’enlève, on détaehe en même temps les parties aponévrotiques et musculaires de l’occipito-frontaî, qui forment un tout avec elle; alors on voit les os du crâne à nu , excepté là où la peau est humide et où ces os sont recouverts d’une certaine quantité de vers.

Le cerneau occupe au moins la moitié de la cavité du crâne; il est mou, mais non diffluent, dune couleur violette à l’extérieur, dans certains points , et grise dans d’autres : on peut reconnaître très-bien les deux substances, dont la couleur, diffère à peine de l’état normal.-' Le cervelet est beaucoup, plus altéré ; il en reste à peine quelques portions qui sont ramollies et presque réduites çn pulpe grise mélangée de violet. La moelle épinière est détruite; ses enveloppes existent, et leur cavité est remplie de vers blancs. L’odeur qu’exhalent ces, orga-^:

BES EXHBMAXIOlfS ïUaiDIQÜBS.

B€s est des. plus infectes, ta dure-mère, la seule des membranes de l’encéphale que l’on puisse reconnaître , est assez résistante, entière , et offre tous les caractères des membranes séreuses,

A la place des parties molles qui composent le co/, on trouve une masse formée par des filamens et des portions membraneuses brunâtres et même noirâtres, humides et mêlées de vers postérieurement, presque sèches antérieurement, et dans laquelle il est impossible de reconnaître autre chose que l’os hyoïde, le larjmx, le commencement de la trachée-artère, les vertèbres et quelques restes de peau.

Thorax. Le thorax est entier, et offire sa eonfiguration naturelle. Les reins sont parfaitement reconnaissables et assez volumineux; les mamelons sont visibles, mais on ne peut pas retrouver les excoriations, qui furent notées lors de l’inhumation ; on découvre bien çà et là quelques portions de peau détruites, qui pourraient bien correspondre à ces excoriations ; mais on ne saurait affirmer qu’il en soit ainsi. Il n’y a plus de vestige de glande mammaire; il n’existe sous la péàu des mamelles que du tissu cellulaire graisseux, qui tend à se saponifier, et qui offre, jusqu’à un certain point, l’aspect de celui du bras. A la place des muscles qui recouvrent les parties latérales du thorax, on ne trouve plus que des feuillets membraneux , en général brunâtres , mais fauves dans quelques points, presque complètement desséchés et percés çà et là de trous. Les cavités, thoraciques, sont presque vides ; on y remarque quel-

TRAITÉ

ques yers, mais point de liquide. La plèvre j que l’on reconnaît encore, est très-mince, très-facile à déchirer, et couverte d’un enduit ' noirâtre ; il en est de même du médiastin, qui est aussi très-recpnnaissable. Les poumons présentent des adhérences nombreuses , et sont refoulés àla partie postérieure ; ils sont réduits à une sorte demembrane d’une demi-ligne d’épaisseur, et d’une longueur à peu près égale à celle du poumon dans l’état naturel, lisse, luisante, noire, assez molle , dans laquelle on ne distingue plus la structure des poumons , mais qui offre une substance homogène , que l’on peut cependant dif viser en plusieurs feuillets. Les pièces du larynx sont assez réunies entre elles pour qu’on puisse reconnaître cet organe i ces pièces sont d’une couleur brunâtre; les cartilages sont presque ossifiés et se coupent avec^ facilité ;îa membrane interne qu’jîs recouvrent est presque noire. La trachée-artère est entière, ramollie, d’une couleur brune à l’extérieur, noire à l’intérieur; les cerceaux qui la composent ont perdu leur élasticité etsont également noirs, Le péricarde^ dont il ne manque aucune fportion,- est brunâtre à ses deux faces, èt contient le coeur, sans qu’il y ait aucun liquide entre ces deux organes. A l’exception de l’oreillette droite, qui a été probablement rongée par des vers, on trouve dans le cœur toutes les parties qui le composent; il est mou , vide, et d’un gris livide à l’extérieur, tandis qu’à l’intérieur il est noirâtre, excepté là où les colonnes charnues ont été détruites, et où il est d’un gris livide. Les deux yeutiicules et l’oreillette gauche sont très • distincts,

quoique notablement amincis et perforés çà et là par des vers; les colonnes charnues, qui sont encore assez nombreuses , s’attachent visiblement aux valvules tricuspide et mitrale, et sont extrêmement minces; les valvules sygmoïdes et l’origine de X aorte sont très-visibles; ce gros tronc artériel est d’un gris noirâtre à sa naissance, et offre distinctement les trois membranes qui le composent; plus bas, dans tout l’abdomen, il est aussi très - visible , mais sa membrane interne, âù lieu d’être noirâtre, est d’un blanc jaunâtre.

Le diaphragme^ fortement refoulé en haut, est trèsaminci et gris verdâtre. On y reconnaît très-bien le centre phrénique et dès restes de fibres musculaires minces et verdâtres; il existe sur ses deux faces des granulations dures , semblables à celles dont nous avons déjà parlé plusieurs fois.

Abdomen. L’abdomen présente une forme très-différente de celle qu’il a dans l’état naturel ; il est enfoncé ; ses parois antérieures paraissent comme appliq iaes contre la colonne vertébrale , et offrent des bosselures et des enfonceraens. Lorsqu’on enlève la terre et la moisissure qui recouvrent la presque totalité de la surface abdominale, on voit que la peau est sèche et de couleur fauve ; on ne trouve à la place des muscles et des autres parties qui formaient ces parois, que les aponévroses et quelques fibres musculaires à peine reconnaissables; cés parois sont extrêmement amincies et desséchées. On remarque, à l’ouverture de l’abdomen, que la cavité abdominale est extrêmement sèche, et que les

XKAI-TÉ

viscères, qui , au premier abord, paraissent- aussi desséchés^ sont fortement refoulés en arrière; ce refou-, lement fait, pour peu que l’on tende en avant les lambeaux des parois incisées, qu’il existe un vide trèsconsidérable entre ces mêmes parois et les viscères abdominaux. ^ .

U épiploon gastro-colique est- entier, plus mou que dans l’état naturel, et transformé en gras de cadavres, \J estomac^ entier au s» , est grisâtre à l’intérieur comme à l’extérieur, et vide; sa membrane muqueuse est lisse et ne présente aucune trace de rougeur ; çà et là on y voit quelques points emphysémateux; les autres tuniques sont distinctes et peuvent être séparées , mais elles sont très amincies. Il serait impossible de confondre cet estomac avec un autre qui serait enflammé.. Le canal intestinal et le mésentère forment, avec restomac etl’épb ploon gastro-colique , une sorte de masse dans laquelle plusieurs parties Sont réunies, accolées et entortillées appoint qu’on ne peut pas les reconnaître au premier aboid. Gette masse est de couleur marbrée de ruse , de vert , de gris , de brun et de noir : lorsqu’à l’aide des doigts on est parvenu à en séparer les circonvolutions intestinales et le mésentère, on peut s’assurer que. celui-ci est en grande partie transformé- en gras d’un, blanc mat, que le rectum contient des matières fécales molles et noires , qui lui communiquent cette couleur, et que les intestins sont humides ou secs ; les portions humides sont d’un blanc grisâtre à l’extérieur comme à l’intérieur, sans la moindre trace de rougeur ; quelques-

unes aussi sont vertes ; les parties qui sont desséchées sont brunâtres à leurs deux faces.

Le foie est attaché au moyen de son ligament suspenseur, qui est très-reconnaissable, et dans répaisseür duquel on voit le ligament formé par la veine ombilicale oblitérée. Il est aplati et déformé; sa partie la plus épaisse n’offi-e guère que huit lignes ; il est en général d’un gris livide, excepté à son lobe droit qui est brun; il est flasque, et présente à sa face supérieure des granulations de phosphate de chaux , semblables à celles^ qui ont été déjà décrites plusieurs fois; sa structure est méconnaissable ; on ne peut guère y apercevoir que les orifices des vaisseaux qui le parcourent ; à l’intérieur de ces vaisseaux , on remarque des granulations molles blanches, évidemment formées par du gras de-cadavres. La 'vésicule biliaire est remplie par un calcul de deux pouces de longueur et d’un pouce dans son centre, où il est le plus large ; sa surface interne est enduited’une matière jaune graisseuse, qui ressemble à de la bile épaissie \ la membrane qui est sous cet enduit est Ÿeloutéepverte et presque comme dans l’état naturel. La 'veine-cave , qui est vide, est très-visible dans la partie inférieure de l’abdomen , et se fait remarquer à l’intérieur comme à l’extérieur par une couleur blanche, quoiqu’elle ne soit pas Saponifiée. Les reins sont aplatis, bleuâtres à l’extérieur et olivâtres à l’intérieur, ramollis et humides; on y distingue des mamelons etde& calices ; la graisse qui se trouve dans le bassine 1 est ennartie saponifiée. La vessie esî; détruite dans sa partie-

S68 TRAITÉ

inférieure ; on peut encore reconnaître sa cavité, qui est vide; sa membrane muqueuse est brunâtre et couverte de larves très-petites et blanches ; ses parois sont amincies et comme desséchées ; on peut les diviser en plusieurs feuillets celluleux.

La rate est entière, d’un bleu foncé et ramollie.

JJ utérus est tellement aplati et déformé , qu’on ne le reconnaît d’abord qu!à sa situation; cependant, en l’incisant et en introduisant le scalpel, on peut très-facilement, séparer la paroi antérieure de là postérieure, et apercevoir son col et sa cavité : du reste, ces parois, ressemblent à du caoutchouc, si ce n’est qu’elles sont beaucoup plus molles. On ne trouve plus ni trompes ni ovaires; mais on voit encore les ligamens larges sous forme d’un feuillet membraneux grisâtre.

jjes parties génitales externes ne constituent plus qu’une masse informe , feuilletée , qui ne permet pas de reconnaître le sexe.

lybs et colonne 'vertébrale. Comme nous l’avons déjà dit, la peau du dos est rongée et perforée dans quelques endroits : elle est amincie et humide vers la partie supérieure du tronc , de couleur brunâtre ; quoique plus sèche inférieurement, elle l’est cependant moins que dans les parties antérieures du tronc. Les masses musculaires qui avoisinent la colonne vertébrale sont humides supérieurement, conserventîeur aspect fibreux et ne sont point transformées en gras; leur couleur est brune foncée; lorsqu’on lés incise, on y trouve une quantité considérable de vers blancs; inférieurement

DES EXHDSiATIONS JUniDIQUES. 26g

les muscles sont plus secs et sous forme de membranes minces, d’un brun foncé. Ees portions aponévro tiques et tendineuses de cette région sont parfaitement reconnaissables , et offrent leur aspect varié et luisant, quoique moins éclatant. La colonne vertébrale forme un tout continu, et les ligamens vertébraux existent partout.

Réflexions. Cette observation est remarquable sous plusieurs rapports : i® Il a été impossible, lors de l’exhumatidn, de constater que les seins étaient excoriés, que les parties génitales externes étaient rouges, et qu’il y avait des phlyctènes aux jambes et des escarres aux pieds : toutes lésions que l’on avait reconnues au moment de rinhumation: ; cependant, relativement aux escarres, nous dirons qu’à la place où elles avaient été notées^, sur le dos des pieds, nous avons tiM>uvé deux cavités d’environ huit lignes de large et une ligne et demie de profondeur, ce qui est d’autant- plus remarquable ^ que les pieds étaient entiers , à l’exception des cavités que nous signalons. 2° Ce cadavre , qui a été enterré dans le même terrain que l’individu mort de la petite-vérole , qui fait le sujet de la 29® observation {xoy. pag. 246)j.était étonnamment conservé, tandis que l’autre était à la dernière période de la putréfaction; et cependant les; corps étaient à côté l’un de l’autre , et avaient été inhumés et exhumés à peu près à la même époque ; cette différence j qui peut tenir en partie à l’âge dés sujets, dépend évidemment surtout de ce que l’un d’eux avait succombé à une maladie de la peau , qui a dû hâter singulièrement

TRAITÉ

la destruclioü. 3° L’altération éprouvée par ce cadavre est très-remarquable , et telle que nous né l’avions encore jamais observée à ce degré, dans aucune de nos exhumations; nous voulons parler de la saponification de la peau , des muscles et du tissu cellulaire , qui était fort avancée dans plusieurs parties > tandis que dans d’autres il y avait eu dessèchement et même destruction,

OBSERVATION 3 t^i

Le 26 septembre 1828, l’un de nous fut chargé par le ministère public de procéder à l’exhumation du cadavre de madame Noresse, morte le 6 mai 1825^ Le cadavre avait été enveloppé , dit-on , d’un drap, et placé dans une bière d’ environ neuf à dix lignes d’épaisseur, enterrée à six pieds de profondeur dans le cimetière dé l’est de Tours.

La bierè se brisa , et on ne l’obtint que par morceaux; alors on vit que ces fragmens étaient pourris, tachés çà et là en brun , en violet , en noir. On ne découvrit au^ cun vestige de drap. Le cadavre, réduit âu squelette, ne put pas être enlevé en totalité; au plus léger effort, les os se séparaient , et on ne les obtenait que dans cet état d’isolement. Il tomba tant de terre, qui se mêla avec les os, qu’il fat impossible de découvrir d’autrés parties molles ^ qu’une espèce d’enduit brunâtre qui tapissait les extrémités des côtes et les vertèbres ; toutefois, le crâne,- qui se laissa briser facilement , contenait

DES EipiUMATIOîîtS JUEiDIQDÈS.

environ un septième de la masàe cérébrale d’un gris légèrement verdâtre, très -molle, comme graisseuse et ralliement fétide. Il y avait des cheveux sur la tète. On reconnut facilement aux os du bassin que le cadavre était celui d’une femme. ‘

Le '25 mars 1829, un fossoyeur découvrit , dans un cimetière de Valenciennes, doux cadavres parfaitement conservés. Voici ce qui nous a été écrit â ce sujet :

Le 2 avril , à cinq heures du matin , le procureur du roi, accompagné du juge d’instruction, d’un médecin^ d’un chirurgien et de deux pharmaciens , s’est rendu au cimetière pour procéder à rexhumation des deux icadavres. Les cercueils étaient placés l’un au-dessus dé l’autre j parallèlement ; la partie droite inférieure du premier était posée sur la partie supérieure gauche du second. L’autopsie du pi’emier cadavre a été faite avec les précautions usitées en pareil cas , et il a été constaté que l’individu n’était pas mort de mort violente , mais qu’il avait succombé à une péripneumonie avec comphcation de gastro- entérite. Il avait été saigné aux deux bras , les bandes y étaient encore. La saignée du bras gauche était belle et d’un rouge vif, ainsi qu’un peu de sang qui s’eii était épanché.

Le second cadavre était aussi bien conservé que le premier. Le procureur du roi, le juge d’instruction et la commission ont reconnu unanimement qu’il n’y avait

TRAITE

point eu inhumation illicite^ Le premier cercueil était de hêtre et de bois-blanc , et le second de chêne ; dans l’un et dans l’aiitre, les, clous qui servaient à unir les planches n’étàient seulement pas oxydés. A l’endroit où se trouvaient les cercueils , le terrain est un composé de terre végétale mêlée de silex et de carbonate de chaux, plutôt siliceux que calcaire 5 il est humide, frais,, compacte, et peu éloigné d’une rivière au-dessus de laquelle il s’élève de douzn à quinze pieds. On a la certitude que l’inhumation des deux cadavres remonte

au moms,à rannée::ï8i4'

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