ARTICLE III
De Futilité des exhumations juridiques dans les questions relatives à l’infanticide.
Pour mieux apprécier les applications qui peuvent être faites de notre travail à l’histoire de l’infanticide , nous allons parcourir successivement la série des questions qu’il importe de résoudre dans un cas médicolégal de ce genre. Nous savons qu’il faut :
1” Déterminer quel est Vâge de Versant dont on a
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trouvé le. corps. \iÇ,% données qui servent de base à la solution de ce problème étant à pèu près indépendantes du milieu dans lequel le nouveau-né a été plongé , il est inutile d’insister sur ce premier point.
2°. Examiner si V enfant rb était pas mort aidant de sortir de V utérus. On sait que les foetus a.^és au moins de cinq mois, qui restent plusieurs jours ou plusieurs semaines dans la matrice après leur mort, éprouvent un genre dultération caractérisé par la rougeur de la peau, du tissu cellulaire et de la plupart des viscères , parties dont plusieurs sont en même temps le siège d’une infiltration séro-sanguinolente. Or, des altérations semblables peuvent survenir chez des fœtus qui ont vécu^ et dont les cadavres sont restés plus ou moins long-temps dans l’eau , dans la matière des fosses d’àisance , et surtout dans le fumier : d’où il résulte qu’il ne faudrait pas, comme cela a été fait jusqu’à présent , attacher à ces altérations une grande valeur , et juger seulement d’après elles, qu’un nouveau-né, retiré d’un de ces trois milieux , était ou n’était pas mort avant de naître ; ce serait le cas d’examiner attentivement les organes de la circulation et de la respiration.
3". Établir, dans le cas ou un enfant serait sorti vU vantde r utérus , s’il à vécu après ï accouchement, au s’ il est mort en naissant. Parmi les changemens éprouvés par les poumons des nouveau-nés qui ont respiré , les plus imporîans sont sans contredit, raugmentafioif de leur poids absolu et la diminution de leur poids spécifique; en général, ils se précipitent aü^fond de
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. Sjl
l’eau quand l’enfant n’a pas respiré, tandis qu’ils surnagent si la respiration a eu lieu. Eh bien ! il peut arriver que des poumons de fœtus morts-7iés , dont les. cadavres sont restés long-temps dans l’eau ou dans la matière des fosses d’aisance, au lieu de se précipiter, surnagent en totalité ou en partie , lorsque, par suite delà putréfaction, la peau du thorax aura été réduite en lambeaux, et que les poumons auront été en contact immédiat avec le liquide. D’une autre part, nous avons souvent vu des poumons d’enfans qui avaJent 'vécu , et dont les cadavres s’étaient pourris dans les mêmes milieux, ne plus nager sur l’eau et se précipiter au fond, quand on les exprimait sous le liquide pour en faire dégager les gaz développés par la putréfaction : c’est qu’alors la décomposition putride avait été portée au point que les cellules bronchiques étaient détruites et ne renfermaient plus l’air inspiré. L’expert devra donc se tenir sur ses gardes , dans des cas de ce genre, pour ne pas prendre des poumons qui ont respiré pour ceux d’enfans qui n’ont pas vécu; et “Vice versa.
4“. Si V enfant a vécu après sa naissance, déterminer le temps pendant lequel il a vécu. La solution de cette question reposant sur la connaissance de certains changemens qu’éprouvent après la naissance le cordon ombibcal, les poumons, le cœur, la vessie et les intestins , et ces changemens étant à peu près indépendans des milieux dans lesquels sont plongés les corps, nous ne nous appesantirons pas sur ce sujet.
5°. En supposant que l enfant ait vécu après sa nais-
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suncBy chercher a connaître depuis quand il est mort. C’est parti êulièrement d’après l’ëtat plus ou moins avancé de la putréfaction que l’on peut parvenir à résoudre cette question, du nioins d’une manière approximative. Il existe à cet égard une immense difféïenee entre les cadavres d’adultes ou de vieillards qui se pourrissent, et ceux des nouveau-nés que l’on a fait périr après la naissance., et que l’on a laissés plus ou moins de temps dans un milieu quelconque ;. la putréfaction des premiers, comme nous l’avons déjà dit, est influencée par un trop grand nombre de. causes, pour qu’on puisse établir , à quelques jours près, de quelle époque date la mort; tandis qu’il n’en est pas -de même pour les enfans naissans dont nous parlons. En effet , il ne s’agit plus ici de sujets de différens âges ayant succombé à des ajfeetions différentes y et ayant été inhumés nus ou enveloppés dans des terrains qui sont loin d’être de la même nature ce sont .g a,u contraire le plus ordinairement des enfans naissans ayant péri violemment., et presque toujours de la même manière , et ayant été plongés dans un milieu qui ne change pas : on conçoit dès-lors que la marche ' de la putréfaetibn ne doit guère, avoir été ralentie ou accélérée que par les variations de la température atmosphérique. Il ne sera donc pas impossible , en examinant attentivement la marche de le putréfaction dans les différens milieux et dans les saisons diffé^. rentes , de calculer à peu près la somme d’influence exercée par ces variations de température , et de déterminer d’une manière approximative l’époque de la
DES EXHDMATIOÎiS JDRIDIQDES.
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mort. Les diverses observations consignées dans la deuxième section de cet ouvrage nous paraissent propres à remplir ce but.
- : 6“. tout porte à croire, quüun fœtus a <vécu ou qü’ii est mort en naissant ^ déterminer si la mort est naturelle ou si elle peut être attribuée d quelque violence^ et dans ee cas quelle en est V espèce^^ja. possibilité qu’il y â souvent de constater même long-temps après la mortj que celle-ci est le résultat d’un empoisonnement ou d’une blessure , doit faire supposer que, lors d’une exhumation juridique , on pourra parvenir à' reconnaître si la mort des nouveau - nés est violente et nâtürélle 5 toutefois, comme la putréfaction marche' béaUCoiup plus vite chez les nouveau-nés que chez les adultes , il arrivera que l’on ne pourra déjà. plus apprécier.cbe^ les premiers, à une époque déterminée , des altérations que l’on aurait encore pu constater chez les autres ; d’ailleurs, les ehangemens de couleur, de consistance, etc, , amenés successivement par la décompositiomppr tride, dans les difîérens milieux , .viendront compliquer le problème , et en rendront sa solution. aouvent beaucoup plus difficile : c’est assez indiquer aux experts combien ils doivent être circonspects en pareille circonstance. L’observation placée à la fin de cet article page 370) , dépose en faveur de ce que
nous avons étabh , relativement à la possibilité de reconnaître , plus où moins de temps après l’inhumation, le genre de violence dont les nouveau-nés ou les jeunes énfans Ont été l’objet avant la mort.
7®. En admettant quun enfant dont on trouve le
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corps ait été tfié^ est-il possible de prouver qu'il appartient à la femme que l'on accuse , et qu elle est V auteur du meurtre P On sait que la dernière de ces questions est au-dessus de nos ressources, tandis que dans^certains cas le, méd^in peut jeter quelques lumières sur l’autre; en effèt, s’il reconnaît que l’enfant dont il examine le cadavre, est né à peu près à l’époque où la femme est accouchée, il pourra établir qu’il n’est pas impossible qu’il appartienne à cette femme. Il faudra donc, pour îce qui concerne Tenfant , chercher à déterminer combien de temps il a vécu, et depuis quand U est mort, problèmes dont nous venons, de nous occuper et auxquels nous renvoyons. ,
Obs'èrvaéion irelatwe à des 'violences exercées sur un „ énfànt naissanfi.
Rose G...;.., âgée de aS ans, domestique à la campagne , accoucha seule , le 24 mai; à onze heüfès dü matin , dans un jardin écarté (îf Sa grossesse avait à peiné été soupçonnée ; son accouchement n’avâit pas eu de témoins; son ‘enfant, enfoui eii ‘partie dans la terre , qu’elle avait creusée avec une serpette, était, de plus, caché par une pierre quelle avait posée dessus; ainsi elle avait tout lieu d’espérer què
(i) Fait recueilli dans une des audiences de da^cour d- assises de l’Aube , par le docteur Pigeotte , médecin juré près; des tribunaux de l’arrondissement.
cet événement serait à jamais ignoré. Cependant , le lû juin suivant', le cWen d’iin habitant du pays rentre à la maison de son maître, tenant dans sa gueule la main d’un enfant. Cette main paraît avoir été retirée de la terre , ôù elle était restée enfouie pendant quelque temps. Des perquisitions sont faites dans les champs et jardins des environs. Un chat est aperçu dans le jardin de la mère de Rose, paraissant tirer à lui, et dévorer des lambeaux de chair j on approche , et l’on trouve , en partie recouvert par une pierre de dix à douze livres , le cadavre d’un enfant horriblement mutilé. La joue droite avait été: rongée; le côté droit du crâne était de’pouillé du cuir . chevelu , qui avait été aussi rongé 5 il me restait plus rien des parties génitales, et le bras droit avait été arraché dans son arti-: culation avec l’épaule.
Un médecin est appelé par l’autorité pour faîre. la visite du cadavre; et voici le rapport qu’il rédige iramédiatement après la visite , et qu’il affirma ensuite devatit la cour d’assises , lorsqu’il fut entendu comme témoin.
Les mutilations déjà mentionnées’ n’empêchant pas de reconnaître les dimensions , le poids approximatif et la conformation générale de l’enfant , il fut constaté, que son développement et sa conformation né permettment pas dte douter qu’il fut né au terme ordinaire de la grossesse et dans l’état de viabilité.
' Une portion du cordon ombilical , longue de cinq à six pouces , était restée adhérente à l’abdomen ; l’examen de ce cordon permit de constater que la mort de
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l’enfant devait avoir eu lte^,peu de .temps après la naissance. Il n’avait point é|:ç4ié, il n’ayait pas non plus été coupé avec un instrument txanchan^;^, son ^e^^éipité était frangée," il avait par conséquenyété, diçqhiré. .Une hémorrhagie avaitelle eu lieu am mgpie^t; clq In naissance? Ce, fait n’a pas été éclairchv"
Avant de procéder à l’ouverturè de là pôitrihe, le (médecin expert observé d’abord que le-thoi-ax est plus voûté , et que les côtes sont plus écartées que chez les énfans qui n’ont pâs respiré. la poitrine étant ouverte, on remarque que les pouînOns exhalent uné odeur putride, et sont peu développés^ mais 'ûs sont cvépitahs , et ont une couleur fôse pâle , côùleur très-distincte de la couleur brune et gris famé que présentent’ presque toujours lés poumons des fœtus -dans l’intérieur des^ quels l’air n’a point été introduit , soit natüreïïemènt pàr l’acte de la ■respiratioh , sdit àrfifîèiéîlement par l’insuhlation dans la trâehéeartère.^ ‘ ■ -
' Ces poumons étant extraits dé la poitrine sans en détacher le cœur, on reconnaît que lés gros vaisseaux qui les pénètrent et les cavités du cœur contiennent urié hüîhèür séréus'é sàrigüinôiéhtè. La masse que fbrrnent cësdrgànes reuhis est ènsüîté plongée dans un vaàè relftplî d’eau commune froide , et on la voit surnager et régâgnëf là surface du liquide j lorsqu’aprcs ravdit pbrtée avec la main au fond du vase on cesse de l’y maintenir.
Les poumons ayant été détachés du cœur et divisés en plusieurs fragmens , ces fragmens sont de nouveau ,
plongés dans l’eau , et tous , sans exception, surnagent comme les poumons entiers.
Des fragmens du foie, et le cœur, séparé des poumons, sont soumis à la même épreuve; mais on voit à l'instant ces substances se précipiter au fond duyase, et y rester submergées.
Derçes div@çs.es. ubseryations , le médecin expert tire la conséquence qu’il est probable que l’enfant soumis à son examen avait respjré et avait vécu après sa nais- -sance.,.,. .... ■ - ' . .
li’examep. bas^ventre ne lui présenta rien qui parut méri^r sonnttenti on. . . :
Il avait reniarqué, sur la partie latérale droite du cou , une ecchymose à peu près circulaire d’un pouce environ de diamètre. La dissection lui fit reconnaître que cette ecqhyraose n’était point une fividité cadavérique, mab qu’elle était; produite par 4^ sang extravasé dans les lames du tism =Ç'^Uuîaire placé sous la peau et dans les ^isceaux muscuïeux.subjacens. Cette ecchymose faisantjuger, convenable de pousser la dissection |us.qu’aux vertèbres cervicales ,. et de les isoler des . muscles qui les environnent , ces. muscles f urent trouvés pénétrés d’un sang extravasé. Les ligamens qui unissent la seconde vertèbre à la troisième , et cette troisième à la quatrième , étaient en partie déchirés, et les vertèbres étaient désunies et mobiles les unes sur les autres^
De ces faits, le médecin expert tire cette conséquence, que des tiraillemens violens, des mouvemens de torsion extraordinaire, ont été exercés sur la tête et
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le COU de l’enfant, et que ces violences étaient de nature à lui donner la mort. •
L’ouverture du crâné a-t-elle été omise , ou le médecin expert a-t-il seulemfeht omis d’en faire mention dans son rapport oral devant là cour d’assises ? Ce fait n^'a pas été vérifié. ' . -
Quoi qu’il en piuissé être là fiiiê Rose G...,. , mise en état de prévention , -ét accusée d’avoir donne la mort à l’enfant dont elle était accouçliéé, en exerçant sur lui des violences révélées à la justice par le rappôrt du médecin expert, finit par avouer qu’ellé était accouchée de l’enfant qui avait été trouvé -fê juin dans’
le jardin de sa mère, et que c’était ellë-'même <jüi l'avait caché sous la pierre où il avait été découvert. Esà-il vraisemblable, ainsi qù’a cherché a l’étàblir l’avoCât chargé de la défense deracCusée , que là désunion des vertèbres cervicales, et le déchirement dés ligamèns qui ' les unissent aient eu pour nâüse là chute dé la tête de l’enfant au momeht^dè Fàccouchemént, du la flexion s forcée de là coldhné vërtébràlé'du petit èadavre, pouf le placer dans une boîte qui àùf àit servi a ie transportef ■ d’un lieu à lin autre? C’est uné-quéstion iquè les homttfèà" dé l’art peuvent fadilenient résoudre. .