ARTICLE III
De la manière de faire les exhumations juridiques , et des précautions à prendre pour éviter les dangers qui peuvent les accompagner.
Il importe de distinguer le cas où il s’agitsimplement d’extraire un cadavre d’une fosse particulière, de celui qui a pour objet l’évacuation des cimetières et des caves sépulcrales, ou l’extraction d’un cadavre d’une fosse commune.
A. Exhumation d’un cadavre enterré dans une fisse particulière.
Quoiqu’il n’y ait en général aucun danger à exhumer un cadavre enterré dans une fosse particulière , nons croyons devoir conseiller un certain nombre de précautions qui rendent l’opération moins désa-
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gréable (i). i® On choisira le matin de préférence , surtout dans les saisons chaudes , d’abord parce qu’il sera quelquefois nécessaire de prolonger pendant plusieurs heures l’examen du cadavre, et que d’ailleurs les corps inhumés depuis quelques mois peuvent se gonfler et éprouver d’autres changemens , beaucoup plus promptement au milieu du jour, lorsque la température est élevée, que dans la matinée; il est également certain que l’impression désagréable produite par les émanations sur l’organe de l’odorat , est plus marquée pendant la chaleur. 2^ On emploiera deux ou trois fossoyeurs afin que l’exhumation soit faite promptement, et on pourra arroser de temps en temps les parties de la fosse déjà creusées , avec deux ou trois onces d’une faible dissolution de chlorure de chaux ; les fossoyeurs sont tellement habitués aux odeurs qu’exhalent les cadavres en putréfaction, et redoutent tellement peu les effets de ces exhalaisons, que dans les nombreuses exhumations dont nous les avons chargés, ils n’ônt jamais eu recours à cette liqueur désinfectante: nous -même qui assistions à ces opérations, nous n’aVons jamais senti la nécessité d’en faire usage. On doit déjà pressentir que nous regarderons au moins comme inutiles deux précautions indiquées par les auteurs , et qui consistent à garnir la bouche et les narines des ouvriers d’un mouchoir
(i) On ne procédera que d’après l’ordre d’üil hiagistrat, ét en présence d’un juge d’instruction ou de tout autre fonctionnaire délégué à cet effet.
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trempé dans du vinaigre, et à jeter plusieurs livres de dissolution de chlorure de chaux sur le cercueil, aussitôt qu’on aurait creusé assez pour l’apercevoir : cet arrosement doit même être rejeté comme nuisible dans beaucoup de cas ; en effet, lorsque la bière a été brisée, défoncée, la liqpieur dont il s’agit, pénétrera dans son intérieur, et agira sur le corps dont elle pourra altérer les tissus, comme nous le dirons plus bas. Tout ce que nous pouvons conseiller en pareil cas , et seulement lorsque l’odeur putride est très-désagréable, c’est de jeter au fond de la fosse et sur la partie de la bière encore entière , trois ou quatre onces de dissolution de chlorure de chaux ou de soude (i). Dans aucun cas ■ la bière ni le corps ne seront plongés dans une disso- . lution de ces chlorures; il ne faudra même pas répîindre quelques verres ide cette liqueur à la surface du cadavre ; si l’on veut neutraliser momentanément (2) l’odeur désagréable qui s’exhale, on versèra çà et là sur la table ou gît le cadavre , et à côté de lui, deux Ou .trois onces de dissolution de chlorure, qui agira à peu près avec la même énergie que si elle eût été portée sur le corps, et qui n’offrira pas les inconvéniens qui résultent
(i) Cette dissolution pourra être préparée avec une once dé chlorure et deux pintes d’eau.
(2j Nous disons momentanément , parce qu’en effet l’action désinfectante des chlorures est limitée à un temps qui n’est pas très-long, et l'on est obligé de revenir souvent à l’emploi de ces préparations , pour peu que l’examen du cadavre se prolonge.
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de son contact avec la peau et nos organes. Ces incon" véniens, sont as d’être presque intantanément décomposée par l’acide oarbomique et de donner naissance , quand on s’est servi de chlorure de chaux , à du souscarbonate de chaux blanc qui s’applique sur les tissus et les recouvre d’une couche blanche qui ne permet plus de bien, les étudier j b d’altérer proinptement ces. mêmes tissus , de manière à changer leur consistance , leur couleur : ainsi les muscles qui sont d’un rouge tirant légèrement sur le livide, blanchissent, puis deviennent plus livides , verdâtres et plus mous par leur contact avec le chlorure de chaux ; les ; chlorures d^e soude; et de potasse attaquent aussi les organes , mais plus lentement que celui de chaux, et - ne déposent jamais de .sous-carbonaté de chaux , quoiqu’ils communiquent d’abord une teinte blanchâtre aux muscles. 3° On retirera le cadavre du cercueil et on commencera les recherches immédiatemèiit après^ on observe eh effet, surtout en été et lorsque la putréfaction n’est pas encore très-avancée, que les corps qui restent pendant plusieurs heures èn contact avec l’air , se tuméfient, se colorent, et éprouvent des altérations qui seraient propres à induire l’expert en erreur.
B. Évacuation des cimetières et des caves sépulcrales.
Tandis que, lors d’une exhumation juridique, les gens de l’art sont obligés de procéder à l’opération aussitôt qu’ils sont requis , ils peuvent au contraire différer les ti-avaux , et attendre la saison la plus favorable quand
DES EXHCMATIOîfS JDRIDIQDES.
il s'agit de fouiller et d’évacuer des^ cimetières et des caves sépulcrales dans l’intention d’assainir les environs. On ne procédera donc que lorsque fia température ne sera pas trop élevée, et l’on 'suspendra l’opération pendant quelque temps si l’atmosphère devient trop chaude et hiunide, et surtout si le vent souffle du sud; les époques les plus convenables dans nos climats , sont la fin de l’hiver et le commencement du printemps. On emploiera iln nombre d’ouvriers suffisant pour que les travaux puissent être promptement exécutés , et pour peu que les fossoyeurs soient incommodés , on les remplacera par d’autres qui à leur tour pourront céder la place aux premiers : leurs vêtemens seront exposés à l’air à la fin de la journée, et ne serviront que le surlendemain. Ceux des ouvriers qui descendront dans les caves sépulcrales, ou qui lèveront une pierre à chacune des extrémités de ces caves pour pratiquer des ouvertures destinées à renouveler l’air , auront la bouche et les narines garnies d’un mouchoir trempé dans du vinaigre ; et s’il est utile qu’ils aient bu modérément du vin , il importe qu’ils ne soient pas ivres , parce que l’affaissement- qui accompagne le plus souvent cet état semble favoriser l’action délétère des émanations putrides. On évitera aussi que cés fossoyeurs ne se tiennent long-temps courbés en avant , la face rapprochée du sol, et pour cela on fera plutôt usage de bêches et de longues pinces de fer, que de pioches et d’autres instrumens peu longs.
Avant de commencer les travaux il ne sera pas inutile de sonder le terrain dans plusieurs endroits pour s’as-
surer du degré de putréfaction des corps, car il peut se faire <jue dans une portion du même cimetière , la décomposition ait atteint le dernier terme, tandis qu elle ne sera pas trop avancée dans une autre partie : or, ou conçoit que , dans le premier cas , il n’y ait presque aucune précaution à prendre. Toutefois ces fouilles ne doivent pas êtr^trop multipliées , et l’on ne doit en commencer une nouvelle qu’après avoir comblé avec de la terre celle que l’on vient défaire. Qu il s’agisse de ces travaux préparatoires, ou que déjà l’on creuse sur toute la surface du cimetière poyr extraire les corps, on arrosera de temps en temps le terrain avec la dissolution de cKlorure dechaux précédemment indiquée; on pourra n’enlever d’abord qu’un demi-pied de terre sur toute la surface , laisser cette nouvelle couche de terrain en contact avec l’air pendant quelques heures après l’avoir arrosée avec le chlorure , puis enlever un second demi-pied de terre , et agir de même jusqu’à ce que l’on soit arrivé à la profondeur voulue.
Les cercueils non endommagés seront placés en entier et avec soin sur des tombereaux destinés à les, transporter; les autres, ceux qui auront été disjoints, enfoncés ou bris^, exhaleront peut-être une odeur infecte, et devront être arrosés avec une dissolution de chlorure avant de les placer sur les tombereaux : ceüx-ci seront couverts d’une toile imprégnée d’eau vinaigrée,, etlorsque les cadavres ne seront pas encore entièrenient pourris, on aura soin de les placer dans des caisses bien goudronnées et munies d’un couvert. Les débris des cercueils seront brûles sur une grille, d’abord à l’aide
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de fagots ou de charbon de terre , puis ils serviront euxmêmes à entretenir la combustion. S’il y a à transporter des ossemens mêlés de terre, il faudra emporter le tout plutôt que de passer à la claie pour séparer les petits os; en effet, cette ventilation, dans un terrain infecté, pourrait être nuisible.
S’il s’agit de l’exhumation dans des caves sépulcrales situées dans les églises ou ailleurs, après avoir étabb des courans d’air en ouvrant les portes et les croisées, et avoir percé une ouverture à une des extrémités de la cave, on arrosera le sol avec la dissolution de chlorure de chaux, et on s’éloignera pendant plusieurs heures. Alors on s’occupera de renouveler l’air de ces caves. On a d’abord proposé d'allumer du feu dans un fourneau disposé sur une grille placée elle-même sur l’ouverture déjà mentionnée. A l’aide de ce ventilateur, l’air du souterrain sera bientôt renouvelé ; mais il est préférable de recourir à la manche à air. ( Voyez planche i. ) Cette manche consiste tout simplement en une toile de forme cylindritpie, longue de plusieurs toises , offrant un grand nombre de cerceaux que l’on place de deux pieds en deux pieds pour empêcher l’affaissement de la manche sur elle-même. Une des extrémités de cette manche X étant introduite dans la cave sépulcrale Q dont on veut renouveler l’air, l’autre extrémité D vient se rendre dans le cendrier d’un fourneau E où l’on allume le charbon ; et l’on conçoit que celui-ci ne puisse pas brûler sans qu’il se fasse une aspiration telle de l’air du sépulcre , qu’il suffira de très-peu de temps pour le renouveler en entier. Voici du reste'
TRAITÉ
la désignation des diverses parties qui composent cet appareil. , -
A Manche à air servant à. renouveler l’air ^ et dont l’ouverture se trouve du côté du vent.
B Manche pliée. De deux pieds en deux pieds se trouvent des cerceaux.
C Porte pour jeter le charbon.
D Tube en tôle recouvrant la manche à air, et seiv vànt à porter l’air du sépulcre dans le cendrier.
Fourneau où l’on allume le charbon.,
Ç Sépulcre.
Quel que soit le moyen employé pour renouvelerl’air d’un de ces cavèaux, avant d’y faire descendre les fossoyeurs, on s’assurera qu’une bougie allumée, plongée jusqu’au fond, continue à y brûler; si elle s’éteignait, il faudrait encore différer les travaux de quelques heures , et insister sur l’emploi des moyens prescrits. . Les premiers ouvriers qui pénétreront dans ces caveaux auront la bouche et les narines garnies d’un mouchoir trempé dans de l’eau vinaigrée ; ils seront suspendus à une corde qui passera sous les aisselles, et munis d’une sonnette à l’aide de laquelle ils avertiront qu’il est temps de les retirer. . ,
Les travaux une fois terminés, on comblera les vides des cimetières avec la terre qui avait été remuée , et on arrosera avec la dissolution de chlorure ; quant aux caves , on les fermera après les avoir également arrosées. L’emploi réitéré de ce chlorure, pendant quelques jours, permettra d’habiter peu de temps après les ci-
DES EXHOilATIOXS JüaiDÎQUES.
îîietières et autres lieux naguère infectés par des exhalaisons fétides.
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans indiquer les précautions que devront prendre les individus qui habitent dans le voisinage des lieux où se font les exhumations. Ces précautions consistent à fermer les portes et les fenêtres qui donneront du côté de ces lieux , à répandre en été , sur le sol des jardins ou des rues qui avoisinent les habitations, quelques onces de dissolution de chlorure, et à faire de temps à autre des fumigations aromatiques, qui auront au moins l’avantage de masquer l’odeur fétide des cadavres.
Extraction d’un cadavre d’une fosse commune.
On agira comme il vient d'être dit à l’occasion de l’évacuation des caves sépulcrales.
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