‹ Traité de médecine légale, suivi du traité des exhumations juridiquesChapitre 3 sur 25 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

Des dangers dont les exhumalions-peuvent être accompagnées.

Les auteurs sont tellement remplis d’observations tendant à prouver combien il peut être nuisible à la santé d’exhumer des cadavres, qu’il serait difficile de ne pas reconnaître qu’au moins, dans certains cas, ces, opérations peuvent être accompagnées de quelque danger. Il nous semble cependant que les médecins qui ont écrit sur ce sujet ont singulièrement exagéré ces dan-

gers, comme on pourra en juger par l’exposition des faits suivans :

1°. On lit dans Ramazzini qu’un fossoyeur nommé Piston avait inhumé un jeune homme bien habillé et avec une chaussure neuve : quelques jours après , trouvant, vers le midi, les portes du temple ouvertes, il alla à son tombeau, dérangea la pierre qui le fermait, y descendit, et, voulant ôter les souliers du cadavre, il tomba mort, et fut ainsi puni d’avoir violé ce lieu sacré. [Maladies dës J rtisans, p. 2o5, année 1777O

2°. Vicq-d’Azyr rapporte qu’à Riom en Auvergne on remua la terre d’un ancien cimetière dans le dessein d’endiellir la ville. Peu de temps après , on vit naître une maladie épidémique qui enleva un grand nombre de personnes, particulièrement dans le peuple, et la mortalité se fit surtout sentir aux environs du cimetière. Le même événement avait causé, six ans auparavant, une épidémie dans une petite ville de la même pro-^ vince, appelée Ambert. Une pareille suite de faits ne laisse aucun doute sur l’infection que peuvent causer les e^alaisons des cadavres. [Essais sur les lieux et les dangers des sépultures , 1^. xi^.)

3®. On trouve encore dans le même auteur que Pennicher^ dans son Traité sur les embaumemens , dit que 1^ vapeur d’un tombeau causa à un malheureux fossoyeur une fièvre maligne. ( Gockeu , cent. 1 1 , observ. 33.) On a vu un fait pareil àBreslau en 17 1*9. (Vicq-d’Azye, ouvr. cité, p. 117.)

4®. D’après Haller, une église aurait été infectée par les exhalaisons d’un seul: cadavre , douze ans après sa

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sépulture ; ce cadavre répandit une maladie très-dangereuse dans un couvent entier. (Vicq-d Azyb, ouvr. cité, P- II7-)

5“. Raulin raconte qu’en 1744 la ville de Lectoure -fut affligée d’une maladie populaire qui fit périr près d’un tiers de ses habitans : on en attribua la cause à un vieux cimetière où l’on avait fait des travaux profonds. H dit, à la page suivante, que plusieurs enfans jouaient avec le cadavre d’un pendu qui était mort depuis peu de mois ; le plus bardi d’entre eux frappa d’un coup de poing la poitrine nue de ce cadavre ; il en jaillit une liqueur si corrosive , que celle qui toucha le bras de ce misérable enfant y fit une excoriation si terrible qu’on eut de la peine d’empêcber que ce bras ne se gangré- ■a&X,. {Observations de médecine^ par Joseph Raulin, p. 3po, année 1754-)

6“. En 1744? trois hommes moururent dans le caveau d’une église de Montpellier; le quatrième ne dut son salut qu’à la fuite la plus prompte, et encore éprouva-t-il des vertiges, des lypotbimies, etc., qui mirent sa vie en danger. Ses vêtémens et toute sa personne exhalèrent pendant plusieurs jours une odeur cadavéreuse. (Haguenot, Mémoire lu à la Société de Montpellier, en décembre 1746.)

7®. Un général de Carthage ayant fait ouvrir un lieu de sépulture, devant une petite ville de Sicile, pour y faire des retranchemens, la peste se mit dans son armée. (Navier, Réflexions sur les d-angers des exhumations y année 1775, p. 9.)

8®. Un fossoyeur, creusant une fosse dans l’égbse de

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Saint- Alpin d’Amsterdam, y trouva un corps presque dans son entier, quoique inhumé depuis long-temps. Il l’entama d’un coup de hoyau, et fut frappé sur-lechamp de l’odeur infecte de ce cadavre ; il tomba malade et mourut dans les vingt- quatre heures. {Ihid. ,

9». On avait enlevé pendant l’hiver de iy49 tous les bancs de l’église de Saint-Eustache de Paris , pour creuser et construire des caveaux. Les corps morts que l’on rencontra dans la fouille du terrain furent exhumés et transférés pour la plupart derrière l’œuvre. Ceux qu’on devait enterrer dans l’église furent déposés dans un caveau particulier , situé sous les charniers , et ce caveau n’avait point été ouvert depuis fort longtemps. Le 7 mars suivant, les enfans qui étaient au catéchisme tombèrent presque tous en syncope ou en faiblesse dans le même temps. Le dimanche suivant, même accident arriva à une vingtaine d’enfans et autres personnes de tout âge, La semaine suivante , le même événement arriva à Sainte-Périne, d’où l’on avait exhumé des cadavres pour y construire une manufacture de rubans, où l’on faisait travailler de jeunes filles.^ ( Ibid. ^ pag. 19, observation rappoitée par Madoüin. )

10®. Le 20 avril lyyS , on creusa à Saulieu, dans la nef de l’église de Saint-Saturnin , une fosse pour une femme morte de fièvre putride. Les fossoyeurs découvrirent le cercueil d’un corps enterré le 3 mars précédent. En descendant dans la fosse le cadavre de la femme, la bière s’éntr’ouvrit, ainsi que le cercueil dont on vient de parler, et il se répandit sur-le-champ une

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odeur si fétide, que tous les assistans furent forcés de sortir. De cent vingt jeunes gens des deux sexes que l’on préparait à la première communion , cent quatorze tombèrent dangereusement malades, ainsi que le curé et le vicaire, les fossoyeurs et plus de soixantedix autres personnes , dont il en est mort dix-huit , y compris le curé et le vicaire qui ont été enterrés des premiers. (Maret, Journal encyclopédique^ septembre 17^3; et NaVier, ouvrage cité, p. 5. )

11°. L’abbé Rozier dit qü’un particulier de Marseille fit ouvrir des fosses pour planter des arbres dans un endroit où, trente ans auparavant, lors de la peste, on avait enterré un grand nombre de cadavres. A peine eut-on donné quelques coups de bêche j que trois des Ouvriers furent subitement suffoqués , sans qu’on pût les rappeler àla vie. {Ohsermtions physiques^ année i yyS, tom. 1®^, pag. rop. )

ia°. Lé 1 5 janvier 1772, au rapport du P. Cotte, prêtre de l’Oratoire , un fossoyeur creusant une fosse dans le cimetière de Montmorency , donna un coup de bêche sur un cadawe enterré "un an auparavant ; il sortit une vapeur infecte qui le fit frissonner , et lui fit dresser les cheveux sur la tête. Comme il s’appuyait sur sa bêche pour fermer l’ouverture qu’il venait de faire , il tomba mOrt, et les secours qu’on lui donna furent inutiles. ( Ibid. , pag. 109. )

i3° Le seigneur d’un village situé à deux lieues de cette ville mourut d’une fièvré putride le i5 décembre 1773. On voulut lui préparer une fosse distinguée dans l’église. Pourcet effet, on remua plusieurs

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cûdavresj et l’on déplaça le cercueil d’une de ses parentes enterrée au mois de février précédent. L’infection se répandit aussitôt dans l’église; ce qui n’empêcha pas de continuer la cérémonie , comme s’il eut été plus essentiel d’enterrer promptement un mort , que de fuir les coups meurtriers de l’épidémie, en abandonnant et l’église et le cadavre pour quelques jours. Aussi ceux qui assistèrent à ces obsèques payèrent-ils cher leur obstination imprudente. Quinze d’entre eux moururent en huit jours de temps : de ce nombre furent quatre malheureux paysans qui avaient levé la tombe, préparé la fosse, et remué les cercueils. Six curés , assistant à cette révoltante céi’émonie, ont aussi manqué de périr. ( Gazette de santé du lo février iy74* )

i4° On lit dans le Recueil de pièces concernant les exhumations faites dans l’église de Saint-Eloi , de Dunkerque (Paris , 1783), que de deux jeun es gens que la curiosité avait conduits au lieu de l’exhumation, un fut affecté d’une douleur violente de la tête; bientôt la petite-vérole se déclara et il mourut. Dans le nombre des cadavres auxquels il s’était arrêté, plusieurs étaient infectés de petite- vérole confluente. Un ouvrier périt d’un autre genre d’imprudence : il se jouait avec les débris des cadavres , et croyait trouver dans le vin un spécifique suffisant. ( pag. yS. )

Les divers accidens dont nous venons de parler ont tellement effrayé les auteurs de médecine légale , que plusieurs d’entre eux n’ont pas hésité à établir que le médecin pourrait refuser son ministère lorsqu’il s’a-

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girait d’un rapport sur un cas d’exhumation faite long^ temps après la mort. Voici comment s’exprime M. Fodéré : « Les effets de la mort , manifestés aussitôt que l’action vitale a cessé , augmentent en raison du temps qui s’est écoulé depuis cette cessation , et suivant la nature de la maladie et de la lésion sous lesquelles l’individu a succombé bientôt tout est confondu; et, sans compter que lorsque la putréfaction est avancée, les gens de l’art ne peuvent être obligés à un examen qui serait autant dangereux pour leur vie qu’inutile pour les éclaircissemens qu’on veut obtenir, il est telles causes de mort et telles lésions qu’il est impossible de distinguer alors d’avec les phénomènes inhérens à l’état cadavérique ; tels sont les douleurs et spasmés , les coups de sang à la tête ou à la poitrine , les commotions, l’étranglement et les divers genres de suffocation,, l’empoisonnement , etc. » ( Traité de médecine légcdét tom. 3 , pag. 71 , année i8i3 ). On lit encore dans la première édition de l’ouvrage du même auteur ( p. 28 ) : « Et si le cadavre exhale déjà une mauvaise odeur, l’homme de l’art peut se refuser a en approcher j car on ne peut l’obliger à une opération qui deviendrait nonseulement inutile en grande partie, mais encore qui pourrait être nuisible à sa santé. »

Les observations qui précèdent ne nous semblent pas toutes propres à prouver les dangers des exhumations; il en est en effet qui paraissent apocryphes; d’autres offrent des détails évidemment exagérés , et les accidens graves qui y sont mentionnés ne sauraient être attribués aux exhalaisons putrides. Comment supposer

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en effet une action aussi malfaisante aux émanations dégagées par un cadavre enterré dans une fosse particulière jlorsque, dans notre travail, ni les fossoyeurs , ni deux ou trois élèves qui nous assistaient, ni nousmêmes, nous n’avons jamais éprouvé d’incommodité notable, quoique les exhumations aient été nombreuses et faites sans prendre aucune précaution, aux diverses époques de la putréfaction , et souvent au milieu des plus grandes chaleurs .P Nous sommes loin de contester les effets nuisibles d’un amas de cadavres en putréfaction , des cimetières dans lesquels on ferait des fouilles pour opérer la translation de plusieurs corps; nous accorderons encore qu’il peut y avoir du danger à descendre dans une fosse commune pour exhumer un cadavre ; mais nous ne saurions admettre ce danger dans le cas d’une exhumation partielle faite dans une fosse particulière : tout au plus les fossoyeurs etles assistans éprouveront-ils de très-légères incommodités j lors même qu’ils n’auront fait usage d’aucune des précautions propres à corriger les mauvais effets des exhalaisons putridec. Il en sera de même des gens de l’art, qui seront obligés d’ouvrir les cadavres et d’examiner pendant plusieurs heures leurs organes. Cette proposition ne nous paraît devoir souffrir d’exception que dans les cas , fort rares , où les médecins et les personnes chargées de pareils travaux seraient considérablement affaiblis par des maladies antécédentes qui les prédisposeraient à en contracter de nouvelles , ou bien lorsque la décomposition des corps étant encore peu avancée, et l’abdomen considérablement tuméfié, on

percerait inaladroitemeRt celui-ci, et on s’obstinerait à respirer, pendant un certain temps , le gaz méphitique qui se dégagerait par l’ouverture. Nous réfutons donc ces auteurs qui, à l’exemple de M. Fodéfé, ont pensé que les gens de l’art pouvaient refuser de faire une exhumation juridique , sous prétexte qu’üs exposaient leur vie; nous le ferons avec d’autant plus de raison qu’il ne nous sera pas difficile d’établir dans la troisième section de cet ouvrage, que ces exhumations, loin d’être inutiles, comme ils l’ont avancé , peuvent dans beaucoup de cas servir à prouver que la mort des individus est le résultat d’une violence extérieure, d’un empoisonnement, etc.

Nous irons même plus loin; nous sommes persuadés que dans un certain nombre de cas d’exhumations de plusieurs cadavres , et de fouilles dans les caves sépulcrales, on a attribué aux exhalaisons putrides, des fièvres et des maladies épidémiques qui devaient nécessairement reconnaître une toute autre cause. Parmi lês faits nombreux qui appuient cette manière de voir, nous citerons les exhumations du cimetière et de l’église des Saints-Innocens de Paris , et les observations consignées par M. Parent-Duchâtelet dans un rapport sur l’enlèvement et l’emploi des chevaux morts.

1°. Les exhumations du cimetière et de l’église des Innocens eurent lieu du mois de décembre 1^85 jusqu’au mois de mai 1786, du mois de décembre de la même année au mois de février 1787, et du mois d'août au mois d’octobre suivant. Il y avait déjà près de six ans que l’on n’enterrait plus les morts dans le ci-

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metière, tondis qu’aucune interruption n’avait eu lieu pour les cérémonies funéraires dans l’église. C’est dans le sein de la tranquillité et du calme , dit Thouret , qu’ont été terminées les opérations dont nous avons à rendre compte , et qui ayant été reprises à différentes époques, et continuées constamment chaque fois le jour et la nuit, ont eu plus de dix mois de durée. Pendant cette longue suite de travaux , une couche de huit à dix pieds de terre infectée pour la plus grande partie, soit des débris' des cadavres, soit par les immondices des maisons voisines , a été enlevée de toute la surface du cimetière et de l’église , sur une étendue de deux mille toises carrées^ plus de quatre-vingts caveaux funéraires ont été ouverts et fouillés j quarante à cinquante des fosses communes ont été creusées à huit et dix pieds de profondeur , quelques-unes jusqu’au fond , et plus de quinze à vingt mille cadavres appartenant à toutes sortes d’époques , ont été exhumés avec leurs bières. Exécutées principalement pendant l’hiver, et ayant eu aussi lieu en grande partie dans les temps des p lus grandes chaleurs; commencées d’abord avec tous les soins possibles, avec toutes les précautions connues, et continuées presque enxntier^sans en employer pour ainsi dire aucune; nul danger ne s’est manifesté pendant le cours de ces opérations. {Rapport sur les exhumations du cimetière et de V église des Saints-Innocens^ par M. Thouret, p. lo , année 1789. )

Objectera-t-on que depuis plusieurs années on n’enterrait plus les cadavres dans ces lieux, et que déjà la décomposition putride avait atteint cette période où il ne

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se dégage presque plus d’émanations fétides et nuisibles? D’ailleurs, dira-t-on, les cadavres avaient éprouvé, dans le cimetière des Innocens, une transformation en gras qui rendait leur action sur l’économie animale beaucoup moins intense , pour ne pas dire nulle. Il est vrai que ceux de ces corps qui s’étaient transformés en gras dans ce cimetière ne devaient exhaler que peu ou point d’odeur malfaisante ; mais n’avons - nous pas dit que pendant les six années qui avaient précédé les travaux , on n’avait pas cessé d’inhumer dans l’église des Saints-Innocens ; dès-lors ne devait-on pas extraire des caves , des cadavres non encore transformés en gras et en pleine putréfaction ? On remarquait, dit Thouret, toutes les nuances de la destruction, toutes les métamorphoses de la mortrassemblées, depuis le corps qui se dissout et se putréfie^ jusqu’à ceux plus privilégiés qui sè changent en momies sèches et fibreuses. » (Pag. i6.)

Du resté , les détails suivans , extraits d’un Mémoire deFourcroy, confirment pleinement nôtre manière de voir. Guriéùx d’avoir dés renseignemeris positifs sur les altérations qu’éprouvent les cadavres que l’on jette dans lés fosses Communes, ce savant célèbre interrogea à plusieurs reprises un grand nombre de fossoyeurs du cimetière des Saints-Innocens, qui lui apprirent qu’ils n’étaient exposés à un véritable danger que dans la première période de la décomposition des corps, c’est-à-dire quelques jours après leur inhumation, lorsque le ventre , après avoir été distendu par des gaz , se déchire aux environs de l’anneau , et quelquefois au-

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tour du nombril j il s’écoule alors par ces ouvertures un fluide sanieux, brunâtre, d’une odeur très-fétide, et il se dégage en même temps un fluide élastique trèsméphitique , et dont on doit redouter les dangereux effets. Il est arrivé plusieurs fois dans des fouilles de cimetière, que la pioche ayant ouvert ainsi le bas-ventre , le gaz qui s’en est élevé a frappé subitement d’apoplexie les ouvriers employés à ce travail : telle est la cause des malheurs arrivés dans les cimetières. On conçoit que la même rupture du bas-ventre et le dégagement du gaz très-méphitique ayant lieu dans les caveaux comme dans la terre, ce fluide élastique, comprimé dans ces souterrains , peut exposer à des accidens terribles les personnes qui y descendent imprudemment; on conçoit aussi, d’après cela, la cause de la mort des Balsagettes dans le caveau de Saulieu.

Après s’être demandé quelle peut être la nature de ce gaz délétère , qu’il croit formé d’hydrogène sulfuré et phosphore , d’azote et d’une vapeur animale délétère , Fourcroy continue en ces termes : «Les hommes occupés au travail des cimetières reconnaissent tous qu’il n’y a de réellement dangereux pour eux que la vapeur qui se dégage du has-ventre des cadavres, lorsque cette cavité se rompt. Us ont encore observé que cette vapeur ne les frappe pas toujours d’asphyxie ; que s’ils sont éloignés du cadavre qui la répand , elle ne leur donne qu’un léger vertige, un sentiment de malaise et de défaillance, des nausées; ces accidens durent plusieurs heures ; ils sont suivis de perte d’appétit , de faiblesse et de tremblement : tous ces effets annoncent un poi-

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son subtil qui ne se développe heureusement que dans une des premières époques de la décomposition des corps. » ( Mémoire sur les différons états des cadavres trouvés dans les fouilles du cimetière des Innocens en 1786 et 1787, lu par Fourcroy à l’Académie royale des Sciences, les 20 et 28 mai 1789. )

2°. Les observations consignées par M. Parent-Ducbâtelet dans un travail demandé par M. Delavau, alors préfet de police, au conseil de salubrité, viennent merveilleusement à l’appui de la proposition que nous cherchons à prouver. Les clos d’écarrissage de Montfaucon , dit le rapporteur, exhalent l’odeur la plus infecte (i). Qu’on se figure ce que peut produire la décomposition putride de monceaux de chairs et d’intestins abandonnés, pendant des semaines ou des mois, en plein air et à l’ardeur du soleil , à la putréfaction spontanée; qu’on y ajoute, par la pensée, la nature des gaz qui peuvent sortir de monceaux de carcasses qui restent garnies de beaucoup de parties molles; qu’on y joigne les émanations que fournit un terrain qui , pendant des années , a été imbibé de sang et de liquides animaux , celles qui proviennent de ce sang lui-même, qui, dans l’un et dans l’autre clos, reste sur le pavé sans pouvoir s’écouler; celles enfin des ruisseaux des boyauderies et des séchoirs du voisinage; què l’on multiplie, autant que l’on voudra, les

(1) La voirie de Montfancon est un emplacement destiné aux opérations de l’écarrissage, et où il y a environ 12,775 chevaux d’abattus, de dépouillés et de dépecés tous les ans.

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degrés de la puanteur, et l’on n’aura qu’une faible idée de l’odeur repoussantè qui sort de ce cloaque , le plus infect qu’il soit possible d’imaginer!

Eh bien I ni les maîtres écarrisseurs ni les ouvriers ne sont jamais malades ; et si vous les interrogez , ils vous diront que les émanations qu’ils respirent contribuent à leur bonne santé. Déjà , dans un rapport fait en i8io par MM. Deyeux, Parmentier et Pariset , il y est parlé de la surprise que causa la brillante santé de la femme et des cinq enfans du nommé Fiard , qui travaillaient toute l’année dans leur clos , et couchaient dans le lieu même, où il fut impossible aux jnembres de la commission de pénétrer, à cause de l’excessive infection qui s’en exhalait. On sait également que la plupart des écarrisseurs meurent dans un âge fort avancé, et presque toujours exempts des infirmités de la vieillesse. Bien plus, on a remarqué que dans l’épidémie de Pantin et de la Villette , pas un seul ouvrier du clos de Montfaucon n’en fut affecté , privilège qui paraît leur avoir été commun avec les fenîmes qui confectionnent la poudrette dans le voisinage.

On dira peut-etre que ces ouvriers, nés pour ainsi dire dans le métier d’écarrisseur, et tou5 issus de parens qui l’ont exercé , ont perdu la faculté d’être influencés par les émanations putrides qui conservent sur les autres toute leur activité. Nous répondrons à cette objection par les faits suivans : les étrangers qui viennent tous les jours au clos, et qui y restent souvent longtemps, n’en sont point incommodés. On n’a jamais remarqué que les ouvriers étrangers que l’on était quelque-

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fois obligé de prendre pour des travaux extraordinaires, n’étaient pas plus susceptibles que les autres de contracter des maladies. Les carriers, les plâtriers, les cabaretiers et les ’gargotiers qui sont au voisinage de la voirie de Montfaucon n’en éprouvent aucune influence fâcheuse. On lit encore dans le rapport de la commission de i8io, qu’elle resta convaincue que les maladies diverses dont avaient été affectés les ouvriers de la verrerie tenaient à d’autres causes qu’aux émanations du clos d’écarrissage de la gare.

Plusieurs observations fort curieuses, ajoute M. Parent-Duchatelet, appuient d’ailleurs ce que nous venons de dire du peu d’influence que peut avoir l’habitude sur l'action négative des émanations putrides , par rapport à la santé de ceux qui y sont exposés. On fait tous les ans à Paris, au cimetière du Père Lachaise, près de deux cents exhumations, pour transporter dans des terrains acquis par les familles, ou dans des sépultures convenables , les corps qui ont été provisoirement déposés dans des fosses particulières. Ces exhumations se pratiquent à toutes les époques de l’année, deux, trois ou quatre mois après la mort , souvent même beaucoup plus tard. On conçoit que la putréfaction est alors dans toute son activité, et cependant on n’a point encore remarqué que le moindre accident soit arrivé aux fossoyeurs chargés de ces travaux, qui sont d’autant plus pénibles, èt qui devraient être d’autant plus dangereux, qu’ils les obligent de respirer dans la fosse même les émanations qui çnt été renfermées pendant long-temps dans un étroit espace , et qui proviennent

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d’individus qui ont succombé à des maladies dénaturé diÉférente. — Ne sait-on pas aussi que les ouvriers boyaudiers jouissent de la santé la plus brillante, quoiqu’ils vivent dans une atmosphère infecte ? Enfin , n’est-il pas certain que les maladies charbonneuses et la pustule maligne n’attaquent que bien rarement les écarrisseurs , quoiqu’ils se livrent à leurs travaux sans prendre aucune précaution ?

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