EFFETS DES PROJECTILES
manque d’huile bouillante pour la cautérisation des plaies de ses blessés , qui lui apparurent néanmoins le lendemain en beaucoup meilleur état que les autres. Ce fut une révélation pour le jeune chirurgien de dix-neuf ans , qui eut le génie et. le courage de renoncer à une pratique usuelle, préconisée par les plus grands maîtres de cette époque.
On a invoqué les effets du vent du boulet pour expliquer les morts rapides ou les désorganisations partielles produites par de violentes contusions , sans solution de continuité des téguments. On possède mille exemples de militaires dont l’épaulette , la giberne , les cheveux, le bout du nez. ont été enlevés par un boulet, sans que le vent du projectile ait déterminé aucun accident. L’écrasenient des muscles , des nerfs et des vaisseaux , le broiement des os , les épanchements de sang etc. sont produits par le boulet lui-même frappant obliquement le tronc ou les membres , et les broyant à une plus ou moins grande profondeur, sans diviser la peau.
Une balle produit des effets semblables , si elle frappe les téguments sans les traverser. On n’aperçoit qu’une légère ecchymose, ou une sorte d’eschare sèche et superficielle, mais les organes subjacents, les intestins par exemple , peuvent être rompus, comme nous l’avons observé (voy. notre Campagne de Constantine, in-8o;1837).
Les projectiles lancés par la poudre sont les balles , la mitraille, les biscaïens , les boulets , les obus et les éclats d’obus , dont les fragments épais et irréguliers causent des désordres affreux. Les armes rayées atteignent de beaucoup plus loin, mais ne déterminent pas de blessures différentes des autres ; les balles coniques ont seulement plus de force et se laissent moins dévier de leur direction par la résistance des os , qu’elles brisent et font éclater en un plus grand nombre de fragments. M. le médecin major Sarazin, dans des expériences instituées avec notre nouveau fusil (Chassepot) en 1867, a trouvé des trajets directs, des délabrements énormes et les os fracassés dans une étendue hors de toute proportion avec le diamètre de 11 millimètres du projectile. Nous nous occuperons particulièrement des plaies produites par les balles , comme les plus communes et celles dont les indications sont les plus multipliées.
S’il n’existe à la surface du corps ou des membres qu’une seule plaie nettement circonscrite, et produite par une balle ou tout autre projectile mus par la poudre à canon , elle est en général compliquée de la présence du corps vulnérant, aucune ouverture de sortie ne correspondant à l’ouverture d’entrée du projectile , cependant il n’en est pas toujours ainsi, parce que la balle, restée superficielle, a pu tomber au dehors par son propre poids ou sous l’influence des
mouvements du blessé , ou bien parce qu’ayant poussé devant elle une portion de vêtement en forme de doigtier de gant, elle a été insciemment extraite de la plaie. Ces cas fort rares ne doivent pas être oubliés par le chirurgien.
Deux plaies , l’une d’entrée et l’autre de sortie, ne prouvent pas nécessairement qu’aucun projectile ne soit. resté dans la blessure. Deux balles peuvent, en effet, avoir pénétré par le même point et une seule avoir passé outre; la même balle peut encore s’être divisée sur un os en deux portions , dont une seule aura produit la seconde plaie ou l’ouverture de sortie. Nous avons été témoin d’un pareil fait sur un blessé que nous amputâmes de la cuisse à l’hôpital de Lukow, en Pologne (1831). Le fémur avait été brisé en éclats à son tiers inférieur par une balle qui avait traversé le membre de part en part, comme semblaient le prouver deux plaies uniques, placées l’une en avant , et l’autre en arrière de la cuisse ; cependant je reconnus pendant l’amputation qu’un second projectile s’était dévié sur le fémur, et avait glissé de bas en haut le long de cet os. J’en sondai le trajet, et je fus assez heureux pour rencontrer et-extraire une moitié de balle , dont l’autre portion était seule sortie.
On s’est beaucoup occupé des différences que présentent les ouvertures d’entrée et de sortie des plaies d’armes à feu. Les ouvertures d’entrée des plaies produites par des balles sont déprimées et plus régulières , mieux arrondies et moins larges que celles de sortie , selon la violence d’impulsion des projectiles. Leur contour est, en outre , coloré en noir, en brun ou en gris , selon la distance à laquelle le coup de feu a été tiré. Les ouvertures de sortie sont saillantes, irrégulières, de sept à treize fois plus grandes avec le fusil Ghassepot (Sarazin) et sans coloration anormale. Ces dispositions varient selon la forme des balles, leur trajet oblique ou direct, la résistance des parties , et l’on s’explique ainsi les dissentiments manifestés à ce sujet.
Le tir à plomb avec le fusil de chasse de 0n»,83 de longueur sur 0“,015 de calibre fait balle jusqu’à 2 mètres de distance.
■ Les balles poussent fréquemment devant' elles des portions de bourre ou des pièces de vêtements ; quelquefois aussi des parcelles de boutons , de chaîne de montre etc. , qui restent dans la plaie libres ou accolées au proj ectile ; des esquilles osseuses s’offrent dans les mêmes conditions ; de sorte qu’une plaie d’arme à feu , dont on aèxtrait la balle, peut être encore compliquée de la présence d’un corps étranger, qui déterminera des accidents plus graves , si c’est un morceau d’étoffe, qu’un projectile métallique dont la surface est moins irritante.
L’extraction des corps étrangers est une des plus urgentes indi-
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cations des plaies d’armes à feu , on évite ainsi une foule d’accidents consécutifs , tels que des douleurs excessives , l’inflammation, la suppuration, des abcès successifs, des fistules persistantes, la gangrène, l’amputation, et fréquemment la mort des malades. C’est donc aujourd’hui un principe admis et incontestable , et tout ce qu’on a dit de l’innocuité des balles, de la facilité qu’elles ont à s’enkyster, ou à cheniiner lentement et spontanément vers la peau, ou à être portées au dehors par la suppuration, repose sur des observations exceptionnelles , dont le seul mérite est de montrer les ressources de la nature , dans le cas où le chirurgien n’a pu venir à son aide. Pour un fait de ce genre , il en existe cent qui démontrent l’influence excessivement fâcheuse de la présence des corps étrangers , et la clinique de Larrey montre que l’on était généralement obligé d’amputer, après bien des années de souffrance, les membres de ceux qui portaient dans l’épaisseur du squelette des balles qui y avaient été abandonnées.
Ces remarques s’appliquent également aux autres corps étrangers et aux esquilles libres, et l’inexpérience ou la fausse interprétation de quelques faits particuliers ont pu seules inspirer une* doctrine contraire.
- Moyens d’exploration. Dès que le chirurgien suppose la présence d’un corps étranger, il ne doit négliger aucune précaution pour le découvrir, et voici les principaux moyens a employer dans ce but , lorsqu’une première inspection de lablessure n’a rien révélé.
On palpe avec les mains les divers points du tronc ou des membres où l’on présume que la balle s’est arrêtée , et , loin de borner cet examen aux régions voisines de la plaie , il faut le rendre complet en faisant déshabiller le malade, pour que des balles déviées et fort éloignées , soit de leur trajet primitif, soit de leur ouverture d’entrée, puissent être reconnues: La résistance des os, des tendons, des' aponévroses et des muscles , la direction oblique du coup et la situation du blessé expliquent la marche quelquefois extraordinaire des projectiles. Les annales de la chirurgie militaire renferment tous les faits imaginables de cette nature. Ainsi, une balle venant frapper obliquenient le bassin , a été retrouvée à 1 extrémité inférieure de la jambe , et vice versa ; une autre , entrée près du sternum , avait labouré l’intervalle de la quatrième et de la cinquième côte jusqu’à l’épine dorsale (Saucerotte et Percy); le projectile ayant pénétré le cuir chevelu près de la tempe droite , avait cheminé le long des os du crâne sans les traverser, et était venu s’arrêter au-dessus de la tempe gauche (Ledran). Léauté a vti une balle parcourir la circonférence du bas-ventre sans quitter le pannicule adipeux.' Ces exemples, facües à multipher à l’infini,
démontrent la nécessité d’étendre fort loin les recherches , parce qu’il arrive souvent qu’on trouve avec facilité , sous les téguments , des halles que des investigations longues et douloureuses n’eussent pu faire rencontrer dans la blessure. Les exemples que nous venons de citer prouvent encore qu’un projectile, ayant ses ouvertures d’entrée et de sortie dans des points directement opposés du corps, n’a pas nécessairement traversé les parties interinédiaires , mais les ■ a quelquefois contournées, et que certaines plaies en apparence pénétrantes du crâne , de la poitrine ou de l’abdomen , ne le sont pas en réalité.
On peut s’expliquer, dans la plupart des cas , ces déviations par la situation des blessés. J’ai donné des soins en Afrique à de nombreux tirailleurs qui se battaient, étendus sur le sol pour mieux se dissimuler en rampant vers l’ennemi , et les balles les avaient frappés de haut en bas , c’est-à-dire de la tête vers les pieds. On se rend aussi compte de certains trajets extraordinaires des projectiles, par la -comparaison des effets des billes de billard, auxquelles un joueur habile fait décrire des arcs de cercle et d’autres mouvements insolites etc. Les balles de fusil peuvent probablement subir parfois des impulsions semblables et y obéir.
On observe , comme nous l’avons dit , moins d’exemples de déviation avec les balles coniques et rayées , dont les trajets sont généralement directs. *
Il faut , pour découvrir les balles , commencer par mettre les parties à nu , puis examiner s’il n’existe aucune saillie anormale à la surface des téguments. Si l’on connaît bien la configuration extérieure du corps, la moindre bosselure, le plus petit soulèvementde la peau saute aux yeux et met sur la voie ; mais que ce signe existe ou manque, on doit recourir au toucher, qui permet de constater la présence d’une balle , située même assez profondément pour n’amener aucune modification de forme extérieure ; on passe la main sur les différents points des membres et du tronc où l’on suppose le projectile , et on les comprime légèrement avec le bout des doigts, pour s’assurer de l’état de résistance des parties.
S’il existe une balle au milieu des chairs , et à peu d’intervalle de la peau, elle donne la sensation d’un noyau d’induration très-circonscrit, qu’une compression un peu forte repousse facilement et fait disparaître. Une pression légère fait aisément reconnaître dans ce point quelque chose d’anormal. Si les chairs sont molles, on peut les saisir entre le pouce et l’indicateur, ou entre les doigts des deux mains, et la résistance devient très-apparente; lorsque cette ressource n’existe pas , il faut se contenter d’appuyer alternativement le bout des doigts sur le point douteux, comme si l’on cherchait un
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abcès , et si l’on constate réellement une dureté circonscrite on peut être assuré que c’est la balle. Lorsqu’on est familiarisé avec ce genre d’investigation , on se trompe très-rarement , tandis que le manque d’habitude fait commettre des erreurs de diagnostic à des chirurgiens fort expérimentés sous d’autres rapports. On croirait certainement qu’une balle placée entre les téguments et un os doit être très-facile à constater ; cependant il n’en est pas toujours ainsi ; j’ai vu méconnaître la présence d’une balle à la tempe , et à la dernière campagne d’Italie (1859) , un général d’artillerie garda un boulet dans la région axillaire, où il ne fut découvert qu’au moment de l’amputation de l’épaule.
Lorsque ces premières recherches n’ont donné aucun résultat , on examine la plaie et l’on en suit le trajet. Si elle offre deux ouvertures , une d’entrée et une de sortie , on reconnaît la première à ce qu’elle est moins large que la seconde , et à ce que ses bords sont plus réguliers et moins saillants. Les anciennes balles de calibre faisaient, en général, des blessures d’un diamètre assez grand pour qu’on y pût introduire le doigt ; mais les nouvelles balles du fusil Chassepot sont beaucoup plus petites : 0“,011 de diamètre. Souvent aussi des aponévroses ont été traversées et se sont refermées derrière le projectile; quelquefois encore l’ouverture est étroite ou déjà gonflée par l’inflammation et par conséquent rétrécie , et si l’on ne peut faire pénétrer le doigt, et qu’il n’y ait pas de contre-indications spéciales, on agrandit la plaie avec un bistouri droit, ou boutonné. Il faut se conformer pour ces débridements aux règles ordinaires , c’est-à-dire inciser la peau parallèlement aux plis qu’elle présente, ou dans le sens où elle est le moins rétractile , afin de favoriser la réunion ; diviser les muscles selon la direction de leurs fibres et éviter les vaisseaux et les nerfs. On s’est demandé si ces débridements sont nécessaires , et si l’on ne saurait s’en dispenser en se servant d’une sonde d’argent ou d’un stylet pour rechercher la présence des corps étrangers ; bn le peut sans doute , mais alors même qu’on aurait fait usage de l’un de ces instruments , il faudrait habituellement recourir au débridement pour saisir et extraire le projectile. L’attention s’est portée, pendant ces dernières années, sur une balle restée dans le pied de Garibaldi. Si l’on eût suivi les préceptes que nous développons ici , et qu’on eût débridé suffisamment la plaie pour y introduire le doigt, sans hésiter, et sans crainte de causer une douleur momentanée , on eût immédiatement trouvé la balle. Plus tard on la sentait avec le stylet, mais on doutait encore de sa présence , affirmée cependant par qpielques praüticiens expérimentés, lorsque M. Nélaton, poussant contre le projectile une petite boule de pâte de porcelaine non vernissée ,
A. (fig. 128) (biscuit de porcelaine), supportée par une tige en stylet, soutenue par un manche ordinaire B , l’imprégna d’une légère couche de plomb et rendit la démonstration complète.
Dans le cas d’une exploration vraiment difficile et où une balle serait profondément située et aplatie ou incrustée dans du tissu osseux , ce mode ingénieux de diagnostic rendra de précieux services. Plusieurs auteurs ont proposé l’emploi de l’électricité pour révéler la présence, du fer ou du plomb , au moyen de stylets formant circuit avec le corps étranger ; mais cette idée très-rationnelle , n’a pas encore été réalisée par un appareil simple et usuel.
L’emploi des sondes doit être réservé pour les cas où la main est inapplicable , lorsqu’une balle est enfoncée dans un os ou qu’elle l’a traversé par exemple, ou qu’elle siège vers une ca%dté dont on doit ménager les parois; autrement le doigt est le meilleur instrument d’exploration, et il donne une connaissance très-exacte des désordres produits et de l’état des parties.
Souvent le doigt introduit dans la plaie, au delà dé la peau et du tissu conjonctif, ne trouve plus de solution dé continuité, et tombe sur une surface pleine sans que là balle soit sentie. Ce résultat- tient à deux causes : ou la balle n’est plus dans la blessure , dont on rencontre lé fond, ou les muscles et les aponévroses ont changé de rapports , par suite des mouvements du membre , et l’on ne trouve plus la route suivie par la balle. On applique alors le précepte, recommandé par tous les chirurgiens, -déplacer le malade dans la situation où il était au moment du coup , et comme il ne se la rappelle pas toujours, on varie avec précaution la position des parties ,' et l’on reconnaît ainsi le trajet de là: plaie. Percy a som ■ tenu que , dans le cas où une balle avait été déviée dé son trajet par un tendon , un muscle , ou l’inclinaison du plan qu’elle venait de frapper, et dans une infinité d’autres circonstances, le soin de placer le blessé dans la position qu’il- occu-, pait au moment de la blessure , loin de favoriser la découverte de la balle , est au contraire un moyen de la mieux cacher en ramenant de nouveau sur son trajet les parties derrière lesquelles ellé s’était arrêtée. Cette opinion ne nous paraît pas entièrement fondée, parce qu’un doigt exercé permet de juger, avec une extrême précision , la route suivie par la balle , quelle qu’en soit la direction ; mais il est vrai qu’unefoisle trajet constaté, on en rend souvent l’exploration plus aisée en mettant dans le relâchement des parties pré-
Fig. 128.
EMPLOI DES STYLETS ET DES SONDES CANNELÉES, 193 cédemment tendues. On comprend, au reste, qu’en conseillant de varier la position des membres ou du tronc , nous cherchons à obtenir les conditions les plus favorables pour suivre le projectile et le découvrir.
Quelquefois des chirurgiens inexpérimentés , trompés par le défaut de résistance , prennent des interstices musculaires pour le trajet des balles , font ainsi une ou plusieurs fausses routes , dénudent ou isolent les parties , les prédisposent à des inflammations suppuratives très-étendues , et rendent toute investigation ultérieure extrêmement difficile.
Lorsque le doigt , porté tout entier dans la plaie , n’en atteint pas le fond , on introduit un stylet , une sonde d’argent ou de gomme élastique, et, en les conduisant lentement et avec précaution, de manière à ne forcer aucune résistance , on parvient fréquemment à rencontrer le projectile. Cette conduite est également à adopter de prime abord, comme nous l’avons dit, lorsqu’on n’a pu se servir de la main, et c’est en la suivant (Rapport deBriot, Hist. de l’état et des progrès de la chirurgie militaire en France) que Larrey reconnut une balle qui, ayant traversé le front, était venue, en longeant la dure-mère, s’arrêter au niveau de la bosse occipitale, d’où elle fut extraite avec succès par la trépanation.
Dans le cas où les instruments portés dans la plaie sont arrêtés par quelque obstacle et ne rencontrent pas le corps étranger, nous conseillons de faire une contre-ouverture exploratrice. On la pratique de dehors en dedans sur l’extrémité de la sonde, ou au moyen du procédé suivant : une sonde cannelée ordinaire, d’une longueur suffisante , est engagée dans le trajet de la plaie , et sert à en diriger une seconde également cannelée , mais terminée , au lieu d’un cul-de-sac, par une pointe d’acier acérée. Dès que celle-ci est arrivée au point où l’on voulait la porter, on retire la première, et l’on traverse les parties de dedans en dehors avec l’extrémité pointue de la seconde sonde , qui vient faire saillie au delà des téguments tendus entre deux doigts pour faciliter cette espèce de ponction ; on engage alors dans la cannelure de l’instrument l’extrémité d’un bistouri droit , avec lequel on opère une contre-ouverture de 0“,04 ou 0® 05 environ de longueur. Tous ceux qui ont pratiqué ces opérations d’après les règles habituelles savent combien il est difficile de faire tornber du premier coup le tranchant du bistouri dans le trajet de la plaie , surtout si l’on veut éviter la blessure de la paroi opposée ; on laisse en vain une sonde à demeure pour servir de guide , l’instrument peut s’en écarter, la dépasser ou s’y émousser , tandis que rien de semblable n’est à craindre par le pi'océdé que nous employons , et l’opération devient plus sûre et plus rapide.
Sedillot. — Méd. opérât, ^
Dès que la contre-ouverture existe , elle représente l’entrée du projectile ; on y introduit le doigt, et l’on poursuit le trajet de la balle , d’après les règles et avec les précautions que nous avons fait connaître. Il nous est quelquefois arrivé de faire deux ou trois contre-ouvertures semblables pour atteindre le corps étranger, et je parvins à extraire une balle qui, frappant de haut en bas la cuisse, avait traversé dans le même sens , assez superficiellement , toute la longueur de la jambe, et était venue se loger dans la plante du pied. Cette conduite a l’avantage de faciliter le dégorgement de la plaie, dont la suppuration, occupant une longue étendue, ne pourrait autrement s’échapper au dehors , et deviendrait dans quelques cas une cause d’accidents.
Lorsque , malgré les investigations les plus rationnelles , on n’a pu constater la présence du projectile , ou que le siège de la blessure a empêché ou arrêté les recherches , on attend qu’une tumeur, la suppuration , la permanence d’une fistule , la gêne de certains mouvements etc., ou tout autre indice, révèlent la situation du corps étranger, que l’on rencontre souvent plus tard au milieu d’un abcès ou sous les téguments , vers lesquels il se porte naturellement par la simple résistance des tissus , qui diminue en général de dedans en dehors. Dans quelques cas heureux , les balles s’enkystent, et peuvent cesser d’irriter les parties en contact ; mais ce sont là , comme nous l’avons dit, des faits rares et complètement exceptionnels.
Extraction. Après avoir passé en revue les différents moyens de reconnaître la présence des corps étrangers portés dans nos tissus , et compliquant les plaies d’armes à feu , nous étudierons les procédés les plus favorables pour leur extraction dans les diverses conditions où l’on peut les rencontrer.
Il serait souvent dangereux ou impossible de retirer une balle par son ouverture d’entrée , lorsque le trajet qu’elle a parcouru est considérable , et il vaut mieux , dans un grand nombre de cas, pratiquer une contre-ouverture , sur la saillie qu’elle forme , dans un point plus ou moins éloigné de la plaie. Faut-il alors faire un pli aitx téguments , diviser les parties molles couche par couche , ou porter immédiatement le bistouri sur le projectile? Dans le premier cas, l’opération est longue et douloureuse ; dans le second, on peut ébrécher l’instrument, qui doit être ménagé avec soin, à l’armee surtout, où l’on n’en a pas toujours de rechange. On évite ces inconvénients en ne faisant qu’effleurer la balle , qu’il suffit de mettre à nu par un point de sa surface ; on coupe ensuite les lames celluleuses qui font poche autour d’elle , et on lui prépare une voie assez -large pour qu’elle ne déchire pas , si elle est hérisséç
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d’aspérités , les parties qu’on lui fera traverser. Si la balle est située très-profondément à la surface d’une cavité, comme l’arrièrebouche par exemple , où elle peut n’être recouverte que par la muqueuse , on pourrait se servir du pliaryngotome , et dans quelques circonstances du lithotome caché, pour agrandir la plaie et dégager le projectile ; mais ce sont là des conditions toutes particulières , et le bistouri tient généralement lieu de ces instruments, dont on doit apprendre à se passer.
Les balles ou autres projectiles peuvent être engagés dans les parties molles , avoir traversé les os , ou s’être enclavés dans leur épaisseur; dans ce cas, elles sont quelquefois tellement adhérentes qu’on éprouve beaucoup de peine à les ébranler ; d’autres fois elles sont complètement déformées , et envoient des prolongements au milieu des esquilles ; on en a vu de renflées sur les deux faces d’un os plat ; d’autres semblaient avoir passé à la filière, par une ouverture d’un diamètre beaucoup plus petit que le leur ; quelques-unes étaient cachées et comme perdues dans le canal médullaire des os longs, ou enclavées entre deux côtes, les os de l’avant-bras ou ceux de la jambe. On conçoit, dès lors, toutes les difficultés de leur extraction, et l’on s’étonnera moins du grand nombre d’instruments dont l’emploi était recommandé avant que la chirurgie militaire en eût si admirablement réduit le nombre en les simplifiant.
Si la main est le meilleur moyen d’exploration , elle n’a plus la même supériorité comme moyen d’extraction. Les plaies par armes à feu sont, en général, trop étroites, lors même qu’elles ont été débridées , pour permettre l’introduction de deux doigts et l’écartement qui leur serait nécessaire pour saisir un corps étranger, et il faut les remplacer par des instruments.
Dès 1517, Jean de Gersdorf décrivait dans son Traité de chirurgie pratique différents tire-balles , tels que le bec-de-grue et celui à corbin, une curette droite , et une autre dont le cuilleron était recourbé, et des tire-fond très-bien- faits , dont la canule était terminée par trois petites pointes propres à assujettir la balle pendant qu’on la perçait avec une mèche spirale.
Alphonse Ferry proposa une espèce de tenaille à trois branches réunies à leur origine , et qu’une virole mobile serrait ensemble lorsque leurs mors dentelés avaient saisi le corps étranger. On trouve dans cet instrument l’idée encore brute de la pince à trois branches, proposée de notre temps par Civiale et Leroy d’Étiolles, pour saisir les pierres vésicales ; cependant nous ne devons pas perdre de vue que , dans les plaies d’armes à feu, les balles ne sont pas libres et mobiles dans une cavité j mais serrées avec force par les tissus en contact , de sorte qu’il faut nécessairement se servir d’instruments minces
et occupant peu de place pendant les manœuvres de l’extraction ,
et l’expérience n’a adopté que ceux qui présentent ces conditions.
A. Paré imagina une pince à branches coudées , à laquelle il ne manqua, selon Percy, que des anneaux pour être parfaite. Il employa aussi quelques autres pinces , figurées dans ses ouvrages , et désignées sous les noms bizarres de hec-de-lézcird et de hec-deperroquet, et fît usage du tire-fond à canule et des dilatatoires.
André de la Croix fît connaître une sorte de tire-balle inventé en Allemagne, et décrit sous le nom à'organum ramificatum , qui était composé d’une longue canule d’où sortaient et où rentraient par le moyen d’une vis quatre petites tiges d’acier, qui faisaient l’office d’une double pincette, et chargeaient la balle sans avoir l’inconvénient de fatiguer le trajet de la plaie. Scultet simplifîa cet instrument en le réduisant à un tube d’acier dans lequel se mouvait un autre tube partagé en deux lames élastiques terminées chacune par un cuilleron, et pouvant contenir une espèce de tarière qui servait à s’emparer de la balle pour l’amener entre les cuillerons. On retrouve encore ici le germe de quelques-uns de nos litholabes actuels; mais ces instruments, quoique très -ingénieux, étaient beaucoup trop compliqués pour rester dans la pratique chirurgicale, et on les a successivemsnt abandonnés.
Du temps de Garengeot on se servait , outre les pinces à bec, du tire-balle de Scultet , adopté alors par toutes les nations , et auquel on avait donné trois branches au lieu de deux , qui formaient tantôt une griffe , tantôt une portion de curette. Douglass se contentait d’une simple pince , un peu plus longue seulement que celle à pansement, et armée de petites pointes transversales qui empêchaient le glissement du corps étranger.
Ledran ne poussa pas la réforme aussi loin , et admit la curette, les pinces ordinaires et le tire-fond à canule. Cependant on voit que la pratique prenait peu à peu le dessus sur le génie inventif des théoriciens ; le nombre des instruments extractifs , dont nous n’avons indiqué que les principaux, était de plus en plus restreint , et les pinces , la curette et le tire-fond étaient à peu près les seuls conservés. Percy les réunit, et les proposa, comme les seuls nécessaires et utiles, dans un mémoire publié sous le nom de Manuel du chirurgien d’armée, qui remporta le prix fondé par l’Académie de chirurgie sur cette question ; Restreindre le nombre des instruments imaginés pour extraire les corps étrangers des plaies, et spécialement de celles qui sont faites par armes à feu; apprécier ceux dont V utilité est indispensable, suivant la différence des cas , et poser les règles de leur usage.
Le triple tire-balle de Percy, ou tribulcon, représente dans sa