‹ Traité de médecine opératoire, bandages et appareils. 4è éd. Tome secondChapitre 81 sur 131 · GANGRÈNE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE

les vaisseaux qui donnent du sang ; on n’a pas à craindre l’engorgement et l’inflammation du membre , et l’on arrête d’une manière plus sûre l’écoulement sanguin. On peut se conduire ainsi pendant les premiers jours de l’opération. Dans le cas où le vaisseau serait profond et entouré de parties molles, on pourrait en cerner la circonférence d’un coup de bistouri, et y appbquer une ligature. Si l’hémorrhagie se manifeste à une époque plus éloignée, elle peut dépendre de diverses causes , telles que la chute trop rapide des ligatures , l’ulcération des artères , la constriction de l’appareil. Selon Gouraud, l’extrémité de l’os frappée de nécrose fournirait un écoulement de sang que la résection seule arrêterait. Cette opinion est beaucoup trop absolue , et l’emploi de boulettes de charpie imprégnées d’eau Pagliari ou de perchlorure de fer suffit presque toujours à arrêter l’écoulement. Si une artère importante était ulcérée , on la découvrirait et on y appbquerait deux ligatures , l’une au-dessus , l’autre au-dessous de la lésion. On peut lier également le tronc artériel à la méthode d’Anel ; Dupuytren, Delpech et mille autres etc. ont ainsi réussi. Dans un cas où cette opération était restée sans effet. Roux recourut à une nouvelle amputation , que nous ne saurions approuver.

Le gonflement inflammatoire du moignon et les érysipèles dépendent presque exclusivement de la rétention des liquides et de quelque point d’étranglement. On les combat par des incisions , le drainage et la cautérisation ponctuée.

La diphtJiérite du moignon , dont le plus haut degré est la pourriture d’hôpital , se manifeste assez fréquemment dans les hôpitaux et affecte parfois un caractère épidémique : les infusions aromatiques , le suc de citron , la poudre de charbon et de quinquina, le fer rouge etc. sont les moyens les plus efficaces d’en arrêter les progrès. Féray, ‘Willaume , Gouraud ont obtenu des succès , dans le cas de véritable pourriture d’hôpital épidémique, d’une seconde amputation pratiquée au-dessus des parties malades ; c’est une dernière ressource, que nous n’oserions pas recommander. La dissémination des malades, un air pur et une bonne alimentation sont les meilleurs moyens de guérison.

Pendant la campagne de Crimée, cette complication, très-bien étudiée par M. le docteur Marmy, a causé une effrayante mortalité et s’est montrée réfractaire aux moyens curatifs les mieux indiqués, par défaut des ressources de l’hygiène.

Gangrène. M. Salleron a observé, pendant la campagne d’Orient, des gangrènes foudroyantes et des gangrènes, partielles ou générales du moignon, avec emphysème, débre, état typhoïde. Des conditions hvgiéniques déplorables en étaient la cause. Autre-

ment la gangrène est très-rare et dépend d’accidents de compression

et d’étranglement,

La conicité du moignon est assez rare depuis que l’on divise les chairs beaucoup plus bas que l’os, et que l’on traite plus soigneusement les plaies. Cet accident peut être déterminé par l’inflammation du moignon et la rétraction excessive des muscles , même à la suite des amputations les mieux faites. Lanécrose de l’extrémité de l’os, conséquence ordinaire de la conicité, retarde beaucoup la guérison , et la résection parait le moyen de traitement le plus simple et le moins dangereux. Garengeot , Bagieu , Louis s’en sont montrés les défenseurs au sein de l’Académie de chirurgie , et le véridique Sabatier dit l’avoir pratiquée plusieurs fois sans. rien de fâcheux pour les blessés, qui en furent à peine incommodés. On sépare le périoste , sous forme d’une gaine qui se détache souvent par simple traction , aussi haut qu’on le juge nécessaire, et on scie l’os, sans perte de sang, sans douleur et sans aucune des conséquences si fâcheuses des traumatismes sanglants. Si l’os était très-près d’une articulation, et que son peu de longueur et sa mobilité empêchassent de le- fixer, on pourrait mettre en usage l’espèce de petite fourche dont Bertrandi se servait avec avantage. On a aussi, trèsanciennement, proposé la cautérisation de la portion d’os faisant saillie; on l’a touchée avec de l’eau mercurielle pour en hâter l’exfoliation, et Roux a engagé un caustique dans le cylindre osseux pour en déterminer la nécrose. Ces moyens ont l’inconvénient de produire des effets incertains et variables , et la résection est beaucoup plus sûre.

. Ostéo-myélite. M. J. Roux (de Toulon) a particulièrement insisté sur les dangers de cette complication, qui devrait, selon ses conseils, faire recourir à la désarticulation du membre, afin d’enlever en totalité l’os malade et d’assurer la guérison. Nous avons cité les magnifiques succès obtenus par ce chirurgien , dont nous partageons l’opinion dans les cas très-graves ; mais dans des conditions ordinaires , et lorsqu’il n’y a ni infection ni épidémie, l’ostéo-myélite nous paraît curable. Nous en avons observé de fréquents exemples , avec gonflement de la moelle , saillie . en dehors de l’os d’une sorte de champignon noirâtre et volumineux, avec suintement de pus et de sarde, et cependant le fer rouge triomphait généralement de ces accidents.

Les abcès et les fusées purulentes du moignon sont fréquents à la suite de la réunion immédiate. L’ouverture de la plaie, des incisions profondes et multipliées , la position déclive , une légère compression, aidée d’applications toniqpaes, la cautérisation, servent à prévenir et à combattre ces accidents.

La pyohémie et la septi-pyohémie sont extrêmement redoutables. Si du pus et des éléments putrides sont passés dans la circulation , l’indication est d’en tarir la source , de remédier aux engorgements , aux abcès multiples et aux épanchements déjà produits et d’en favoriser l’élimination. (Voy. notre Traité de l’infection purulente et nos Prolégomènes.)

Angioleucite. Cette complication dépend le plus ordinairement de la présence de quelque foyer infectieux. La cautérisation ignée et les moyens employés contre la pyohémie én sont le traitement le plus efficace.

Cystite. Nous n’avons jamais observé la cystite des amputés.

Tétanos. Le tétanos enlève , surtout à l’armée , un assez grand nombre d’amputés ; une température élevée et constante , des boissons chaudes et diaphorétiques , l’absence de toute excitation, l’incision des étranglements , les purgatifs et les préparations calmantes et fortement narcotiques sont les meilleurs moyens de le combattre. On doit se rappeler la guérison qu’obtint Paré en faisant coucher un blessé dans du fumier à défaut d’autres remèdes.

Le chloroforme et l’éther ont été employés avec des résultats trèsvariables et nous ne les avons pas vu réussir. M . Marshall-Hall avait conseillé la trachéotomie pour prévenir la suffocation et la mort. Nous avons pratiqué cette opération sans succès dans un cas désespéré. On a cru un instant avoir trouvé un antidote dans l’emploi du curare, mais des observations ultérieures n’ont pas confirmé cet espoir. Nous restons persuadé qu’on prévient le tétanos en évitant les refroidissements , et qu’on a quelques chances d’en guérir les malades en les soumettant une température élevée et permanente et en ayant recours aux sudorifiques et aux narcotiques.

Suppuration hleue. Dans un Mémoire présenté à la Société de biologie, 1850 (voy. Contributions à la chirurgie, t. I, p. 618), nous avons rapporté de nombreux exemples de suppurations bleues, et nous avons montré que ce phénomène n’entraîne aucun danger. Nos expériences sur ce sujet ont établi que la sérosité du pus ou du sang, soumise à uné température de 30 à 35° G. avec les linges qui en étaient imbibés, prend facilement une teinte bleue; l’étude de cette matière colorante n’en a pas encore nettement fait connaître la nature.

Pronostie. Malgré l’impossibilité d’annoncer avec certitude les résultats d’une amputation, certaines circonstances méritent cependant d’être prises en considération pour le pronostic.

L’enfance, la jeunesse, un certain degré de faiblesse, la nécessité depuis longtemps reconnue de l’opération, des lésions chro-

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