II. — Addition de chrome
ht chrome donne aux aciers des propriétés très précieuses dont nous ne pouvons nous occuper ici. Pour l'introduire dans le métal, on se sert de ferrO'Chrome qu'on charge dans le bain vers la fin de l'opération et en général, quand la désoxydation par le charbon et par le ferro-manganèse a été accomplie. Il importe que l'atmosphère du four soit neutre ou réductrice et que le bain d'acier soit aussi peu riche que possible en oxygène.
A la température de fusion le chrome a une propension très grande à s'oxyder. Or, dans ce cas, il ne se forme pas comme avec l'oxyde de manganèse et la silice un silicate fusible et liquide, plus léger que l'acier, qui monte facilement à la surface; l'oxyde de chrome ou, d'après quelques auteurs, le chromite de fer formé reste incorporé avec tendance à prendre l'état pâteux.
On s'explique ainsi qu'une fonte notablement chromée ne puisse donner rien de bon au puddlage. En effet, chaque grumeau de métal affiné qui se forme s'entoure d'une pellicule oxydée adhérente et par suite insondable, de sorte que sous le marteau cingleur il est impossible de réunir ces grumeaux en une loupe cohérente et propre.
Les ferrochromes étant en général très fortement carbures, il pourrait paraître naturel de songer à les employer à la place du ferromanganèse pour recarburer un bain d'acier ; or, on se heurterait dans cet emploi aux inconvénients de l'oxydation dont nous avons parlé.
M. Brustlein considère comme bien difficile de produire un acier extra-doux notablement chromé ayant de 1 à 2 millièmes de carbone. Il y aurait à cette production une double difficulté ; d'abord les ferrochromes dont on dispose sont toujours très carbures et un alliage riche peu carburé ne serait plus fusible aux températures industrielles et serait excessivement oxydable.
En second lieu, l'acier obtenu à l'état de fusion deviendrait à la coulée plein de scories et de veines.
En résumé,les aciers chromés ne pourront être obtenus au four Martini qu'en un certain état de dureté en carbone et en admettant que l'oxydation y ait été réduite au minimum, soit par l'atmosphère du four, soit par la désoxydation plus ou moins complète de la scorie effectuée, si besoin est, par addition de coke très divisé.
360 METALLURGIE DU FER
On a pu cependant, d'après M. Howe^ opérer autrement au four basique ; le carbone du bain étant amené au point voulu, on y ajoute assez de ferro-chrome pour obtenir la proportion de chrome que Ton désire en comptant sur une perte de 20 0/0 du chrome ajouté. Cette perte est paraît-il très constante. On n'ajoute ni Fe-Si, ni Fe-Mn ; le chrome empêcherait les soufflures, tout en désoxydant suffisamment le bain. Aussitôt le ferro-chrome fondu on procède à la coulée.
Il est vrai que M. Howe consent à une forte perte en chrome qu'il porte à un nombre encore plus élevé au four acide^ puisqu'il nous affirme qu'il en passerait dans ce cas 80 0/0 à la scorie.
Il importe d'ajouter que les aciers chromés sont, en général, produits dans des creusets par un procédé que nous décrirons ultérieurement,