ERREURS D OBSERVATION
amenés à modifier notre première impression dans le sens soit du scepticisme, soit de la crédulité, ce qui sera également regrettable. Concluons qu'une grande part des erreurs d'observation est due à l'insuffisance des documents immédiatement écrits et à l'imperfection des souvenirs.
2" Dans le cours de l'expérience même, il faut que l'attention porte sur toutes les circonstances, même celles qui paraissent les plus indifférentes. S'il s'agit de métapsychique subjective, chacune de nos paroles doit être réfléchie, chacun de nos gestes doit être mesuré. Les moindres jeux de physionomie, un soupir ou un sourire, une interjection banale, un léger mouvement de main, un signe, si imperceptible qu'il soit, de satisfaction, ou d'impatience, ou de mécontentement, ou de surprise, tout est capable de mettre le médium sur la voie, et il ne faut pas lui accorder le plus faible indice.
Tout cela est fort difficile. Pour arriver à l'absolue impassibilité, une longue étude est nécessaire. Même je m'imagine que, si les expériences de télépathie semblent réussir beaucoup plus souvent que les expériences de lucidité simple, c'est surtout parce que, pour la télépathie, comme on connaît la réponse à obtenir, on aide involontairement cette réponse, tandis que, s'il s'agit de lucidité simple, nul secours au médium ne peut être apporté. On ne corrige pas ses erreurs, ses bafouillages. Hélas! en général, dès que nous savons le mot qui doit être donné, dès que nous attendons, pleins d'espérance, une réponse, nous sommes assez peu maîtres de nous, et assez maladroits pour laisser voir, quand la réponse a commencé, qu'elle commence bien ou qu'elle commence mal.
Avec les expériences de table surtout, les précautions doivent être extrêmes. Certes les mouvements de la table sont en général dûs au médium seul, mais les assistants, s'ils ont les mains sur la table, peuvent, eux aussi, exercer mécaniquement quelque action sur ses élévations ou ses soubresauts. La plus légère pression suffit pour déceler la pensée de ceux qui appuient leur main à la table. Or il faut toujours se répéter que les médiums, avec ou sans conscience, gardent constamment leur attention très éveillée -, ils épient tout ce qui pourrait être l'indice révélateur du mot, de la phrase, ou de l'idée qu'ils cherchent. Rien ne leur échappe; les
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plus faibles pressions exercées sur la table deviennent des signes qu'ils savent habilement interpréter. Cette perspicacité des médiums n'est nullement de la fraude ; car leurs interprétations, déductions, observations, conclusions, évoluent dans le domaine de l'inconscient. Elles n'en faussent pas moins les résultats, tout autant que s'il y avait de répétées tentatives de fraude.
Alors il n'est pas permis, quand on veut faire une expérience sérieuse de lucidité, de laisser toucher l'objet mobile qui doit donner les réponses, par un individu connaissant la réponse qu'il s'agit de donner. J'ai été souvent surpris de la stupéfiante crédulité de certaines personnes qui s'étonnaient naïvement des mirifiques réponses que leur donnait la table. Hé oui ! sans doute ces réponses étaient exactes, mais nullement étonnantes, puisque c'est l'interrogateur lui-même qui les donnait. Beaucoup d'expériences de métapsychique subjective sont dans ce cas, car on ne se préoccupe jamais assez de soustraire à la vigilance du médium la physionomie, les gestes, les paroles de la personne qui connaît la réponse qu'il faut fournir.
Il faut en somme un tact exquis pour ne pas se laisser séduire par les apparences. Une bonne expérience de métapsychique subjective est d'une extrême difficulté. On ne pourra l'obtenir qu'en se méfiant de tout et de tous, et surtout de soi-même. Notre désir extrême de voir l'expérience réussir ne doit pas nous pousser à nous tromper nous-même.
3° Autant la fraude est commune en métapsychique objective, autant elle est rare en métapsychique subjective ; car je suppose, bien entendu, qu'on ne consentira jamais à expérimenter avec des individus manifestement fourbes. La bonne foi des assistants et du médium est le plus souvent complète.
Mais cette hypothèse de la bonne foi des opérateurs ne doit en rien diminuer la sévérité des précautions à prendre. On doit constamment agir comme si les médiums étaient de déterminés fraudeurs. Et en effet, si la bonne foi conscienle est la règle, la mauvaise foi inconsciente est la règle aussi. Tout médium fait, par un travail inconscient qui ne se lasse pas, des efforts désespérés pour trouver une réponse favorable, et il emploie tous les moyens possibles pour la trouver.
ERREURS D'ORSERVATION 73
Je demande le nom du frère de Marguerite, par exemple. Or il se peut, que jadis, à un moment donné, le médium ait entendu dire que Marguerite avait un frère qui fut un de mes amis. Alors son cerveau travaillera pour savoir parmi mes amis, dont elle connaît peut-être les prénoms (?), Henri, Louis, Charles, Gustave, Paul, Gaston, Lucien, Robert, s'il se trouve celui qui est le frère de Marguerite. De par certains détails que son inconscience a retenus, elle sait que Louis, Henri et Charles n'avaient pas de sœur. Restent donc cinq noms seulement, et alors, si, pendant l'interrogation de la table, on laisse sans mot ni geste passer les lettres de l'alphabet jusqu'à R, il ne restera que le nom Robert : alors elle dira Robert. Si je ne suis pas exigeant, je trouverai la réponse très satisfaisante.
Ainsi, pour que la lucidité soit établie, il faut impossibilité absolue — je dis absolue — d'une perspicacité quelconque mettant le sujet sur la voie de ce qui est à dire.
C'est à ce prix seulement que des observations concluantes pourront être prises. Quand il s'agira de métapsychique objective, les dispositifs à prendre contre la mauvaise foi des médiums seront tout autres, aussi sévères évidemment, mais d'une nature différente.