‹ Traité de métapsychiqueChapitre 110 sur 327 · La mort et son mystère, p · texte numérisé non relu

La mort et son mystère, p

MONITIONS 327

Suzanne qui relève les couvertures de sou lit, et se couche à côté d'elle. — Le fantôme du père de Sikgs se promène sur le pont du navire, touche sou fils à l'épaule, et lui dit : « Gare à ton gouvernail, Joe. — M. Noru, entend sa sœur qui l'appelle d'une voix plaintive, et lui dit : « Viens, Louis, viens donc ! »

Or toutes ces images étaient des monitions; car elles correspondaient à des morts, à des événements, que le percipient ne pouvait pas connaître par la voie normale.

Il est bien vraisemblable, — et même presque certain — qu'en toutes ces circonstances des faits objectifs extérieurs, mécaniquement et physiquement analogues àl'image hallucinatoire, ne se sont pas produits, que, s'il y avait eu des plaques photographiques, des microphones, des balances, des phonographes, il n'y aurait pas eu d'inscription graphique. La monition — dont le processus nous est radicalement inconnu — s'est traduite pour le percipient par un symbole. Et qui dit symbole, dit le contraire de la réalité. Il correspond à une réalité : il n'est pas la réalité même.

Ce qui semble prouver que dans la plupart des cas l'hallucination est symbolique, c'est que, lorsqu'il s'agit d'un phénomène visuel, le fantôme n'est pas nu, mais habillé. Il a tels ou tels vêtements, habituels ou inhabituels. Il ouvre une porte et la referme. Il enlève les couvertures du lit. S'il s'agissait de matérialisations, il faudrait donc admettre la matérialisation simultanée d'étoffes, de vêtements, d'objets divers, apparaissant en même temps que le fantôme. Certes cela est possible, comme l'indiquent les matérialisations expérimentales. Tout de même il est plus simple d'admettre qu'il n'y a pas de matérialisation d'étoffes ou d'objets, et que tout se passe dans l'esprit du percipient. 11 me semble évident que la plupart des monitions sont uniquement subjectives. Je n'oserais dire qu'elles le sont toutes, mais les monitions nettement objectives sont rares, ou du moins l'objectivation ne se présente pas sous la forme d'une objectivation ordinaire, mécanique, lumineuse, thermique.

Même lorsque en apparence l'objectivité est complète, on peut encore en douter.

Quelques minutes après la mortdeMad. L... toutes les personnes qui étaient dans la chambre mortuaire (sauf Miss H...), c'est-à-dire

328 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE

Eliza W..., Charlotte et le Dr G... qui avait donné des soins à la mourante, entendirent pendant quelques secondes des voix de femmes, trois voix, une musique extrêmement douce, comme une harpe éolienne. Même Eliza W..., crut entendre des paroles : « The strife is over, the battle donc ». Deux personnes qui étaient sorties de la chambre y rentrèrent pour entendre cette musique. La nuit était parfaitement calme; il n'y avait personne dehors.

Et cependant les phénomènes ont été certainement subjectifs, d'abord parce que M. L... qui était présent, n'a rien entendu, et ensuite parce que les différentes personnes qui ont entendu ces chants, se les sont représentés chacun d'une manière différente1.

C'est donc là un cas extrêmement intéressant, puisqu'il établit qu'il peut y avoir des hallucinations qui, quoique collectives, gardent cependant un très évident caractère de subjectivité.

Nous n'avons pas séparé les monitions reçues pendant le sommeil, et celles qui ont été reçues à l'état de veille. En effet, il y a une série d'états intermédiaires (borderland) entre la veille et le sommeil, des transitions nuancées, qui ne permettent guère de classer résolument toutes les monitions dans l'un ou l'autre groupe. Bien souvent elles commencent dans le sommeil, et s'achèvent pendant la veille ; quelquefois, mais plus rarement, c'est l'inverse. Parfois le percipient est pris d'une sorte d'effarement et de stupeur qui se rapprochent singulièrement du sommeil.

Même lorsque le percipient reste éveillé, la vision prend nettement le caractère d'un rêve. Alors c'est le même état de crédulité, suivant l'heureuse expression d'A. de Rochas : l'absence d'étonnement, l'acceptation des choses les plus imprévues. En effet, il n'y a guère qu'une seule différence entre l'état mental d'un individu qui rêve, et celui d'un individu qui veille; c'est que l'individu endormi ne peut pas arrêter son attention sur les objets réels qui l'entourent. Il est transporté dans un monde imaginaire, et il ne corrige pas, par des sensations précises, les divagations de sa pensée. C'est cette absence de correction qui constitue essentiellement l'état de rêve. On ne sait plus où on est. On n'est pas rappelé à la réalité concrète par les énergies mécaniques et physiques du monde

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