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Phant. of the Living, I

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ambiant. L'attention ne peut se fixer, et il n'y a plus de volonté directrice. Tel est à peu près l'état mental des individus qui reçoivent une monition.

Pour la plupart des monitions, ne pas supposer qu'elles sont subjectives, c'est aussi insensé que de supposer que, dans nos rêves, les images qui nous apparaissent ne sont pas uniquement subjectives. Si nous voyons en rêve un enterrement, un cercueil, et, dans ce cercueil, notre frère, il serait démesurément absurde de supposer qu'un cercueil a été apporté dans notre chambre avec le corps de notre frère dans le cercueil. Pourquoi en serait-il autrement dans l'hallucination véridique ? On rêve tout éveillé. Voilà tout. Et ce n'est pas une raison suffisante pour croire à un phénomène objectif que de dire : « Mais j'étais éveillé. » Gomme si la construction d'un rêve devait être impossible parce qu'on se croit éveillé.

Qu'elles se produisent dans le sommeil, dans l'état intermédiaire, ou dans la veille, les monitions ont toujours le même caractère symbolique. En eux-mêmes, les détails de la vision n'ont pas plus d'importance que les détails bizarres, multiples, extraordinairement fantaisistes, qui accompagnent en général tous nos rêves. Pourtant les narrateurs ont absolument raison d'insister sur ces détails; car, à côté du fait principal, de- l'essentielle monition, il y a des faits accessoires, souvent très exacts, qui permettent de préciser le phénomène. Dans ce singulier mélange de réalités et de constructions imaginaires, la lucidité va s'exercer, non seulement sur le fait essentiel, mais aussi, et quelquefois avec une curieuse prédilection, sur les circonstances extérieures accessoires. Donc dans un récit il ne faut rien omettre, car on risquerait de passer sous silence ce qui est le plus intéressant. Et cela s'applique aussi bien au rêve qu'à l'état de veille.

Ne soyons donc pas surpris de la forme symbolique de beaucoup de ces monitions, et n'attachons pas une valeur démesurée à la forme de ces divers symboles. Ce qui importe, c'est la lucidité, c'est-à-dire la perception (cryptesthésique) d'un phénomène vrai, phénomène que notre imagination agrémente de détails tantôt exacts, tantôt fantaisistes. Et je ne pense pas qu'il y ait de meilleure expression pour définir ces monitions à forme hallucinatoire que de les appeler des rêves qu'on fait tout éveillé.

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F. — De l'hypothèse télépathique dans les monitions.

Quoique les auteurs des Phantasms of Living, dans leur admirable ouvrage, considèrent les monitions comme étant des cas de télépathie, et tendent à admettre que très souvent, sinon toujours, il y a eu de la part de l'agent comme un effort pour faire parvenir sa pensée au percipient, je suis loin de considérer cette hypothèse comme la plus rationnelle (car bien évidemment on ne peut en parler que comme d'une hypothèse).

On trouve tout simple dédire : « la pensée de A... se transmet à la pensée de B... ».

Mais, comme je l'ai indiqué plus haut, à maintes reprises, cette proposition n'est pas simple du tout. Alors, dans l'état d'ignorance où nous sommes des lois et des causes, je préfère une autre hypothèse qui ne préjuge rien, et je mécontenterai de dire — car notre pauvre science ne peut guère aller plus loin — B..., par un phénomène qui m'est inconnu, sait ce que A... a pensé, mais il sait bien davantage. Il sait ce qu'a pensé A.. . , certes, mais c'est parce que la pensée de A... est; en effet il peut savoir ce que nul ne sait : il sait ce qui est.

Je dis à Stella : « Dites-moi le nom de deux servantes qui étaient auprès de moi dans mon enfance. » Elle me répond (mais seulement le lendemain) Mélanie. Or je ne pensais absolument pas à Mélanie. Pendant plus de cinquante-cinq ans, son nom ne s'est pas présenté à ma mémoire. N'est-il pas plus simple de supposer que Stella a dit la réalité, la vérité, plutôt que d'admettre qu'elle a lu une de mes pensées les plus inconscientes, et pénétré un souvenir refoulé dans le coin le plus obscur de ma mémoire 1 ?

Quand Mad. Green aperçoit deux femmes qui, en Australie, se noient, il est vraisemblable que ces jeunes filles qui n'étaient jamais venues en Angleterre, et qui ne connaissaient pas Mad. Green, tante de l'une d'elles, aient pensé à Mad. Green avec une telle force que ceite vibration a pu faire 20.000 kilomètres : au lieu d'aller émouvoir leurs parents qui étaient tout proches. Mad. Fréville ne connaissait pas M. Bard, ou à peine. M. Phibbs voit son chien Fox mor-

1 . Pour être exact, il s'agissait, dans mon idée, de deux autres servantes : Dohothée et Louise. Je ne pensais aucunement à la troisième, qui était Mélanik.

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tellement blessé au pied d'un mur. Il est beaucoup plus raisonnable de supposer que c'est la notion de ce fait qui a frappé son esprit, au lieu d'admettre que l'âme de Fox a été ébranler le cerveau de M. Phibbs.

Finalement, la lucidité accidentelle, qui se traduit par des munitions, nous conduit à la conclusion que nous avait apportée la lucidité expérimentale, à savoir qu'il y a des procédés de connaissance, pour l'intelligence, qui sont différents de nos procédés de connaissance habituels.

Il est possible qu'il y ait dans certaines familles une aptitude héréditaire à la lucidité. Le Dr Ludwig f en cite un cas assez intéressant, deux frères et deux sœurs, ayant eu tous les quatre des phénomènes de cryptesthésie assez nets.

M. Emile Laurent1 a insisté avec raison sur certains caractères généraux des monitions, en montrant qu'elles paraissent s'arrêter dès que la monition a été comprise. 11 semble que l'effet choisi par le manifestant, ait été précisément celui qui avait le moins de chances de passer inaperçu, étant le plus susceptible d'éveiller l'attention. Ou est tenté d'admettre qu'une sorte de choix a été fait, parmi les manifestations possibles, de celle qui ne pouvait résulter de causes vulgaires. M. Laurent en conclut que les monitions sont intelligentes. Cette conclusion paraît nécessaire. Mais il ne s'ensuit pas du tout que l'intelligence produisant la monition ne soit pas celle du percipient lui-même. Tout de même, on est forcé de supposer, au moins provisoirement, que les monitions, quelle que soit l'hypothèse qu'on adopte sur leur origine, le plus souvent sont choisies et bien choisies .

Ajoutons : 1° qu'elles sont symboliques; 2° qu'elles font dans la mémoire du percipient une impression tellement forte qu'il en garde tous les détails présents à l'esprit pendant longtemps ; 3° qu'elles ne provoquent pas la prodigieuse frayeur qu'on pourrait supposer.

On ne peut mentionner les histoires légendaires (et peu vraisemblables des rêves monitoires historiques.

Il parait que Sophocle, le grand poète, eut un rêve cryptesthé-

1. Telepathische Veranlagung (Psychische Studien, XLVII, 1920, 456).

2. Remarques sur les manifestations télépathiques , A . S. P., 1907, XVII, 161-176.

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sique, Hercule lui apparut, et lui indiqua où était une couronne d'or qui avait été dérobée. Une récompense considérable était réservée à celui qui saurait la découvrir, et Sophocle obtint cette récompense1.

Une monition célèbre de Swedenborg attira l'attention de Kant1. Mad. Martiville, veuve de l'ambassadeur de Hollande, à Stockholm fut sommée par un orfèvre de payer une certaine somme d'argent (achat fait par le mari défunt). Mad. Martiville, convaincue que cette somme avait été payée, a la pensée étrange de demander à Swedenborg s'il ne pourrait pas, en conversant avec son mari décédé, savoir la vérité relative à cet achat. Trois jours après Swedenborg, sans rien expliquer quant à l'origine de sa connaissance, alla trouver Mad. Martiville et lui dit que la somme avait été payée et que le reçu se trouvait dans tel tiroir, de tel meuble, de telle chambre. Ce qui était exact.

De tous ces faits, nouveaux ou anciens, nous conclurons, une fois de plus.

Il existe dans la nature des vibrations inconnues qui émeuvent l'intelligence humaine, et qui lui révèlent des faits que les sens sont impuissants à lui faire connaître.

Si l'on admet la télépathie, il n'y a qu'un mot à modifier à cette proposition. Il suffira de dire vibrations de la pensée humaine, au lieu dédire vibrations inconnues. Mais c'est restreindre singulièrement la cryptesthésie, et par conséquent la dénaturer, que de la limiter aux vibrations de la pensée humaine.

§ 5. — De la fréquence des monitions.

Les faits de monitions sont beaucoup plus fréquents qu'on ne le croit. Quand on vient à en parler avec quelqu'un qui affecte d'être sceptique, il répond le plus souvent : « Je pourrais vous citer un fait de cet ordre, qui m'est personnel, et qui est bien singulier ». Et ce fait singulier, qui lui paraît probant, il l'accepte volontiers;

1. Freudenberg. Ein Hellseher im Klassischen Alterthum (Psychische Studien, XLV1I, 1920, 495).

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