Voy. Oliver Lodge, La survivance humaine, trad. fr
il le raconte avec une naïve complaisance; mais pourtant, dans son enfantine inconséquence, il se refuse à admettre d'autres faits, plus probants sans doute, qui ne viennent pas de lui.
Je ne crains pas de dire que, dans presque chaque famille sans exception, on pourrait recueillir des récits plus ou moins bons de télépathie. Si on ne les livre pas à la publicité, c'est d'abord parce qu'ils sont assez peu probants (et alors on a tout à fait raison de ne pas en encombrer la littérature), ensuite parce qu'on craint le ridicule, et surtout parce qu'on ne veut pas faire le petit effort qui consisterait à entourer de documents précis, de dates, de chiffres, de lettres, de papiers officiels, un fait qui, simplement raconté, et dépourvu de documents, ne possède pas grande valeur.
Les monitions se produisent à peu près indépendamment de l'âge et du sexe. Elles ont lieu le jour peut-être un peu moins souvent que la nuit, au début du sommeil, ou au moment du rêve.
Surtout soyons persuadés que c'est un phénomène psychologique plus commun qu'on ne le croit en général. Dès qu'on n'aura plus peur d'être pris pour un visionnaire parce qu'on a eu une monition, les cas vont se multiplier. Il serait fou de les attribuer soit à une fraude colossale se répétant depuis cinquante ans dans tout pays, soit à une série d'illusions grossières. Il serait tout aussi déraisonnable de considérer tous ces cas comme fortuits. La multiplicité, riuvraisemblance, la précision de quelques détails interdit cette conclusion.
Nous sommes donc en présence d'un phénomène inexpliqué, mais connu. N'est-ce pas le caractère de la plupart des faits de la science ? De fait, dès qu'on vient nous signaler quelque nouveau cas de monition, nous pouvons presque toujours lui trouver une analogie avec les cas classés. De même que, si un botaniste rapporte dans sa boîte quelques plantes qu'il vient de recueillir, il pourra toujours rattacher ces plantes à des espèces connues. Voilà ce qui constitue le caractère scientifique d'une connaissance.
Grâce à l'expérimentation nous avons eu la preuve irréprochable de la cryptesthésie. Grâce à l'observation, par d'autres méthodes, différentes, mais presque aussi certaines, la même preuve nous est apportée aussi.
Pour qu'on puisse se rendre compte de l'intérêt de ces monitions,
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j'en ai réuui dans les pages qui vont suivre un assez grand nombre. Que la lecture en soit monotone, ce n'est que trop certain, mais il s'agit ici d'un livre de science, d'une démonstration à faire, et non d'un livre d'agrément.
C'est intentionnellement que nous avons voulu réunir ici beaucoup des nombreux cas de monitious qui ont été dûment constatés. Ils valeut en effet, non seulement par leurqualité, mais encore par leur quantité. Il n'est pas possible, il est extrêmement absurde que tous ces faits, dout beaucoup sont authentifiés par des enquêtes et des contre-enquêtes, soient faux, ou erronés. Chaque personne non prévenue qui lira ces témoignages, acquerra la certitude qu'il n'y a ni mensonges, ni exagérations, ni hasards multipliés qui puissent expliquer toutes ces monitions.
Les faits que nous donnons proviennent de sources diverses. La principale, la plus abondante, et en même femps la plus justement sévère, est l'enquête conduite par la Society for psychical Research. Les savants et consciencieux auteurs des Phantasms of the Living, Ed. Gurney, Fit. Myers etPoDMORE, ont consigné dans ce livre admirable leurs observations. Ils ont été, avec raison, très exigeants pour les témoignages, et n'ont admis, sauf rares exceptions, que les récits faits par le percipient lui-même. De plus, ils ont constamment pris soin, quand il s'agissait d'une monition de mort, de rechercher l'acte officiel indiquant la mort.
L'enquête de la Society for Psychical Research peut être considérée comme un modèle de persévérance et de courage. Elle a une précision scientifique que les autres enquêtes ne peuvent guère espérer égaler.
Cette enquête se continue encore aujourd'hui. Les Proceedings de la Société contiennent, dans chacun de leurs numéros, des données d'un extrême intérêt, et on ne peut rien faire, même de passable, sans avoir consulté ces documents, et ceux de la société américaine similaire.
Une autre enquête importante, courageuse et scientifique à la fois, a été entreprise par Camille Flammarion dans les Annales politiques et littéraires, le Petit Marseillais et la Revue des Revues. Il y a eu 4.280 réponses : 2.450 ont répondu qu'ils n'avaient pas de phéno-
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mènes métapsychiques à coûter, 1.824 ont répondu oui. Il a fallu éliminer un assez grand nombre de réponses insignifiantes. Il en reste 786 dont une cinquantaine seulement méritent d'être retenues ; car il faut, comme très sagement l'a décidé la Society for psychical Research, éliminer à peu près tous les récits qui ne sont pas de première main. Ou trouvera ces documents consignés dans un excellent livre de G. Flammarion, livre riche de faits et d'idées, mais parfois trop accueillant pour des récits d'authenticité douteuse.
Dans l'enquête anglaise, il y a eu 5.705 réponses. Sur ces 5.705, il y a eu 590 hallucinations subjectives, et 423 où l'hallucination semble avoir été extériorisée.
Mais de telles statistiques sont inopérantes, car, en général, lorsqu'on n'a rien d'intéressant à dire, on ne répond pas.
La petite enquête que j'ai entreprise au Bulletin des Armées, pendant la guerre, m'a amené une centaine de réponses, dont une trentaine sont à retenir ; et parmi ces trente il y en a sept à huit qui sont d'un puissant intérêt. On les trouvera plus loin.
Il faut ajouter à ces documents les faits consignés dans les livres et journaux spéciaux, dans les Annales des sciences psychiques, les Psychische Studien, Light, Religio-philosophical Journal, Luce e Ombra, Banner of Light, etc.
L'ensemble est une masse documentaire imposante. Certes, quand on considère isolément chacun de ces récits, on en trouve qui sont imparfaits, et ne fournissent qu'une vague démonstration. Mais c'est la condition même des sciences d'observation, qu'elles ne peuvent jamais atteindre la certitude que donnent les sciences expérimentales, et qu'elles ont besoin d'être multipliées pour autoriser uneconclusion
Si, après avoir lu avec soin les récits que nous donnons ici, on n'ose pas conclure qu'il y a des mouitions, c'est-à-dire une relation (dont le mécanisme reste mystérieux) entre tel événement extérieur et notre intelligence, sans que ni nos seus ni notre raison aient pu nous rien faire connaître sur cet événement, alors il faut renoncer à toute science d'observation ou de tradition. Il faut douter qu'il y a des aérolithes, et que Charlemagne a existé.
1. L'Inconnu et les problèmes psychiques, Paris, in-12°, 1900.
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En définitive, les monitions (lucidité accidentelle) confirment la lucidité expérimentale, de même que la lucidité expérimentale corrobore très fortement la lucidité accidentelle.
II. — DE QUELQUES MONITIONS NON COLLECTIVES, AUTRES QUE LES MONITIONS DE MORT
L'illustre William James cite et analyse un cas magnifique de cryptesthésie1.
Une jeune fille, Berthe, disparaît le 31 octobre 1898, à Enfield (New Hampshire). On la recherche activement. Plus de 100 personnes sont envoyées pour explorer les bois et les rivages du lac. On savait qu'elle s'était dirigée vers le pont Shaker ; mais on ne l'avait pas vue au delà. Un scaphandrier avait fait des recherches dans le lac et près du pont, mais n'avait rien pu trouver. Or, dans la nuit du 2 au 3 novembre, Mad. Titus, à Lebanon, qui est à 8 kilomètres d'Enfield, rêve qu'elle voit le corps de Berthe, en un endroit déterminé. Le lendemain matin, elle va sur le pont Shaker, et indique au scaphandrier, très exactement, à un pouce -près, l'endroit où devait se trouver le corps de Berthe, la tête en bas, dit-elle, et de manière qu'on ne pouvait voir que le caoutchouc d'un de ses pieds. Le scaphandrier, suivant les indications de Mad. Titus, trouva le corps. Le corps était enveloppé dans les branchages, à 6 mètres de fond ; l'eau était très obscure. « Je fus très impressionné, dit le scaphandrier. Les cadavres dans l'eau ne me font pas peur, mais j'avais peur de la femme qui était sur le pont. Comment une femme peut-elle venir de 7 kilomètres pour me dire où est le corps? Il gisait dans un trou profond, la tête en bas. 11 faisait si noir que je ne pouvais rien voir. »
Le Rev. Drake va voir un jour un de ses amis, M. Wilson, dont la fille Jessie était partie pour les Indes depuis quelque temps, et il lui dit : «Je sais que votre fille est arrivée aux Indes, aujourd'hui 5 juin. — Mais c'est impossible, dit M. Wilson, le navire ne doit arriver que vers le 15 juiu au plus tôt. — Vous ne croyez pas ce que je dis. Écrivez-le sur votre carnet, et notez la date. » Alors M. Wil-