MUNITIONS DE MORT. CONCLUSIONS
bien que maintenant on n'eu peut plus avoir, après les belles observatious. Il devient évident que la connaissance chez l'être humain n'est pas limitée aux notions que ses seus peuvent lui transmettre. Il est évident qu'il y a un sens cryptesthésique, une faculté mystérieuse de connaissance.
Essayons pourtant un commencement d'analyse. La volonté du mourant joue-t-elle un rôle?
Précisons. Au moment où A... meurt, sa pensée se porterait vers B... qui est son ami, et à qui peut-être il a promis d'apparaître; et alors cette pensée, traversant l'espace, irait influencer la pensée de B...
L'idée simpliste, celle qui vient à l'idée tout de suite, pour l'explication de ces monitions de mort, c'est que c'est le mort luimême qui revient, en son corps astral. Mais c'est là une conception hypothétique qu'il est difficile de défendre; car, dans des cas assez nombreux, ce n'est pas l'image du mort, ou son fantôme qui reparaît ; c'est par l'arrivée d'une tierce personne, ayant assisté ou non à la mort, que la monition de la mort est donnée1.
Des détails divers apparaissent quelquefois, que le mourant ne pouvait pas connaître, de sorte que la conclusion semble être qu'il y a connaissance de la vérité, mais connaissance, soit par un symbole, soit par un fantôme, comme si le fantôme n'était lui-même que symbolique.
Et alors ce qui paraît le plus vraisemblable, c'est que l'àme humaine, l'intelligence du percipient, est ébranlée par une force quelconque qui lui révèle la vérité, ou plutôt un fragment de la vérité; mais il est bien difficile de savoir si cette vérité est annoncée par une intelligence qui veut l'annoncer, ou si elle résulte de la vibration seule des événements qui se déroulent.
Si, au lieu de se confluer à l'étude des monitions, ou analyse l'ensemble des phénomènes, on est parfois porté à croire qu'il y a comme une intention de monition, comme un effort de se faire comprendre, et alors, pour être compris, de se présenter sous une
1. Voy. Mail. A. Sidgwick, J. S. P. B., novembre 1006, 321. Case L. 1153 et Phantasms of the Liv., I, 357 et P. S. P. fi., X, 261.
416 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE
forme symbolique. Mais c'est peut-être un raisonnement anthropomorphique que d'attribuer aux choses une pareille intention. Le paysan dont le champ est désolé par la sécheresse s'imagine volontiers, quand une pluie bienfaisante arrive, qu'une divinité compatissante lui a apporté la pluie.
Et cependant il est assez difficile d'expliquer certaines mouitions collectives, et certaines prémonitions, et certains phénomènes de hantise, sans voir là l'effort d'une puissance intelligente extérieure à nous, qui vient nous révéler un fragment de vérité, abordable seulement à notre défectueuse intelligence, par une représentation symbolique (visuelle ou auditive) du phénomène même.
En effet assez souvent il existe comme une vague intention de A, qui est perçue par B. Jeanne mourante appelle à grands cris M"0 X... et meurt en disant : « Si c était pour aller voir!... » et MUe X... s'entend appeler. — La sœur de M. Noell, mourante, appelait désespérément son frère. — M. Dickinson, très gravement malade, était préoccupé de sa photographie et son double a été chez le photographe. — Jim avait promis à Mad. Bishop daller lui rendre visite au moment de sa mort. — Le R. Field entend sa mère l'appeler : « Harry ! Harry » au moment où sa mère mourante criait : « Harry ! Harry ! Harry ! ». — M. D... voit son ouvrier Mackensie préoccupé de justifier sa conduite.
D'autre part, combien de cas dans lesquels le fantôme, c'est-àdire le symbole cryptesthésique, s'est montré à des indifférents ! Mad. Green ne s'intéressait pas du tout à sa nièce australienne qu'elle n'avait jamais vue. — Quand le duc d'Orléans est mort, il ne pensait certainement pas à Mad. Brémon, pas plus que Robespierre à Mad. X... — Quand M. Halle a vu la petite fille de son cocher tomber de la fenêtre, l'enfant n'a certainement pas eu la volonté de se communiquer à M. Halle, plus que le chien de M. Phirbs, à M. Phibbs.
En l'obscurité où nous errons, il me paraît sage de réserver notre jugement. Disons seulement que, dans la plupart des cas, la monition ne semble pas intentionnelle de la part de A, et que la notion de la mort de A est perçue par B, parce que c'est une réalité, et que B, grâce à la cryptesthésie, perçoit la réalité.
Ce n'est donc pas mutiler les faits que de se refuser à admettre