‹ Traité de métapsychiqueChapitre 178 sur 327 · Hall, tél., tr. fr · texte numérisé non relu

Hall, tél., tr. fr

plaisanter avec lui. Resté seul avec le Rév. H..., M. Mouat le regarde bien en face, s'étonne de lui voir l'expression mélancolique,, et remarque qu'il n'a pas de cravate : « Mais qu'avez-vous? lui dit-il; Vous semblez ennuyé? » H... ne lui répond pas et continue à le regarder fixement. A ce moment arrive l'employé qui ne voit rien, et H... disparaît. Or il est avéré d'une part que ni l'employé, ni le portier, n'ont vu H... et d'autre part que H... ce jour-là était absent de Londres1.

Evidemment ce cas est très troublant, plus incompréhensible encore que les autres, puisque, sur quatre personnes, il en est deux qui ont vu le Rév. H... (et lui ont adressé la parole), tandis que les deux autres n'ont rien vu. La matérialisation — puisque nous adoptons provisoirement ce mot — n'a été telle que pour deux personnes sur quatre. Elle n'était donc pas un fait objectif, ou plutôt elle était à la fois objective et subjective.

A. — Monitions collectives, dans lesquelles la monition n'a été ni simultanée, ni identique.

Reprenons l'exemple donné plus haut d'une race humaine insensible aux odeurs. Ainsi nous pourrons un peu moins mal nous rendre compte de la signification que comportent ces phénomènes mystérieux.

Supposons que dans une chambre où se trouvent réunies des personnes insensibles aux odeurs, soudain un coup de vent apporte l'odeur des violettes. Ces personnes, étant insensibles, ne sentent rien, évidemment. Mais que l'une des vingt personnes présentes soit sensible à l'odorat (pendant quelques secondes), elle aura la notion de violettes. Les autres personnes n'auront rien senti : même la personne sensible ne sentira plus rien du tout au bout d'une seconde ou d'une demi-seconde.

Que si alors en d'autres endroits voisins, à peu près au même moment, le même vent chargé de particules odorantes, apporte à une personne exceptionnellement sensitive aux odeurs cette même impression de violettes, cette sensitive aura, elle aussi, seule parmi d'autres personnes présentes, la notion des violettes.

i. Hall, tél., tr. f r , 3S8.

422 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE

Voilà donc une monition collective, mais non simultanée. Car nous pouvons, non saus quelque vraisemblance analogique, comparer les individus doués de cryptesthésie, momentanée ou durable, à des individus possédant un odorat au milieu de toute une race humaine dépourvue d'odorat.

Mad. Hunter » voit, étant éveillée, et dans la journée, un large cercueil déposé sur le lit, et au pied du lit une vieille femme, grande et forte, qui regarde le cercueil; la vision est si nette qu'elle peut décrire les vêtements.

La vision disparaît, et Mad. Hunter raconte le fait aux personnes qui viennent lui rendre visite. Le soir, la gouvernante, très effrayée, lui dit qu'elle a vu une vieille dame dans le salon, qui a paru se dissoudre quand elle l'a regardée, et elle décrit le vêtement, exactement comme Mad. Hunter l'a vu. La petite fille de Mad. Hunter, âgée de cinq ans, un peu plus tard, se mit à crier, en montrant du doigt un endroit où la nourrice ne voyait rien : elle disait en pleurant : Va-t'en ! va-t'en ! vilaine méchante vieille ! »

Le Rev. Jupp, directeur d'un orphelinat, se réveillant au milieu de la nuit, aperçoit une lueur dans le dortoir. Au-dessus du lit d'un des enfants flottait un petit nuage lumineux. M. Jupp s'assit sur son lit, prit sa montre (il était minuit 55). Il eut l'idée de se lever pour toucher ce halo lumineux étrange. Mais soudain il sentit, plutôt qu'il n'entendit (telle est sa descriptiou) qu'il lui était dit : « Restez couché, vous ri aurez pas de mal ». Et il se rendormit. Le lendemain matin, un des enfants (celui qui était couché dans le lit près duquel avait flotté la lumière) lui dit : « Ma mère est venue auprès de moi cette nuit, l'avez-vous vue ? » L'enfant avait quatre ans : sa mère était morte depuis six mois.

Les trois frères Swithinbànk ont eu tous les trois, quoique vivant séparément, le même rêve dans la même nuit. Tous les trois virent leur mère mourante, encore qu'elle ne fût pas malade2.

Miss Beaxe voit entrer dans sa chambre (qui est fermée) un homme en robe de chambre flottante, et daus la même nuit, G... qui couche

1. Bozzano, A. S. P., 1907, XVII, 631, Symbolisme et phénomènes métapsychiques.

t. f'hant. of the Living, II, 382. .

dans la chambre voisine, voit aussi la forme d'un homme qui lui rend visite, et qu'il reconnaît.

Mad. Treloar, rentrant dans sa chambre à 20 heures, voit, de l'autre côté de son lit, une forme de femme, pâle, avec une grande expression d'angoisse. Elle avait un chapeau et une voilette. La lampe en éclairait tous les détails, assez pour que Mad. T... puisse distiuguer des taches de rousseur sur le uez. Mad. T... reconnaît sa sœur. Puis la forme disparaît graduellement. A ce moment arrive la jeune nièce de Mad. T... qui dit : « J'ai vu tante Annie! j'ai vu tante Annie! ». Cette apparition ne répond pas au moment même de la mort d'ANNiE, mais à une attaque de diphtérie suraiguë qui la fit périr eu vingt-quatre heures1.

Les superstitions, les légendes religieuses ou païennes, les croyances populaires, ne m'inspirent qu'une foi très médiocre, ou, pour mieux dire, tout à fait nulle.

Cependant il ne faut peut-être pas tout jeter par dessus bord sans examen. De même les faits extraordinaines racontés dans les vies des saints ne sont sans doute ni des mensonges complets, ni des erreurs absolues, comme les lévitations par exemple. Il y a très probablement quelque parcelle de vérité enfouie au fond de tous ces récits. Au lieu de chercher à la découvrir, cette minuscule quantité de vrai, comme au lieu de la nier aveuglément il vaut mieux tenter de nouvelles expériences et provoquer de nouvelles observations.

Si je parle ici des superstitions populaires, c'est qu'il en est beaucoup qui se rapportent à des mouvements d'objets, à des bruits particuliers, correspondant à la mort de telle ou telle personne. Je pourrais mentionner ici bien des récits qui rentrent dans les monitions, mais ces récits divers ne donnent que rarement la récognition ; ce sont des bris de glaces, des chutes d'objets, des tableaux tombant des murs, des grands coups ébranlant les portes, tous faits qui, dit-on, avertissent d'un deuil ou d'un désastre. Je me contenterai d'indiquer quelques-unes de ces monitions ; car, tant qu'il n'y a pas de précise récognition, on peut toujours, et même on doit, admettre des coïncidences.

Page 1