Cité par Grasset, loc.cit
2. The mystery of Edwin Drood, 1873, chez Clark Bryan, Springfields, Mass. The Spiritualist, 1873, 322.
de Dickens est intervenue. Même si la bonne foi de James était établie, même si l'incapacité de l'intelligence normale à créer ce pastiche génial était dûment prouvée, j'y verrais tout autre chose que la survivance de Dickens. Toutes les suppositions me paraîtraient préférables à cette hypothèse naïve et simple, mais terriblement invraisemblable, et pour moi inadmissible, que Ch. Dickens est revenu de l'autre monde pour mouvoir les muscles brachiaux de James.
Le langage martien, créé par le formidable génie d'HÉLÈNE Smith, indique tout ce dont est capable l'inconscient. Personne ne peut raisonnablement supposer que cet idiome ait quelque réalité, c'est-àdire que les habitants de Mars (s'il y en a) parlent ce langage baroquement dérivé du français. Flournoy a montré, dans son livre incomparable, quels étaient les mécanismes mentaux ayant procédé à cette création d'une langue nouvelle. Le langage martien d'HÉLÈNE Smith fait supposer que le langage sanscrit parlé par elle relève de la même inspiration inconsciente1.
Cependant le problème est un peu plus incertain pour le sanscrit d'HÉLÈNE Smith que pour son langage martien, car le sanscrit est une langue véritable, d'ailleurs extraordinairement difficile. Or Hélène n'a pas eu de livres sanscrits à sa disposition (les livres sanscrits ne sont pas très abondants) ; elle n'a pas fréquenté les bibliothèques publiques, et cependant ce qu'elle dit est manifestement du sanscrit, un sanscrit rudimentaire, défectueux, informe, mais enfin du sanscrit2.
M. de Saussure, s'adressant aux lecteurs innombrables auxquels le sanscrit est inconnu, et voulant les mettre à même d'apprécier la correction du sanscrit d'HÉLÈNE, a eu l'ingénieuse idée de montrer par une comparaison avec le latin ce qu'est le sanscrit d'HÉLÈNE :
1. Un autre essai de langage martien et de roman martien, assez misérable d'ailleurs, a été tenté par Mad. Smead, que J. Hyslop a étudiée. Jl n'y a pas grand enseignement à en tirer, J. Hvslop. G. La médianimité de Mad. Smead, A. S. P., 1906, VI, 461-502).
2. Dans ses Nouvelles observations (p. 212-213) Flournoy dit qu'une personne dans la maison de laquelle Hélène donnait des séances avait une grammaire sanscrite qui se trouvait dans la pièce même ou les séances avaient lieu. Mais comment Hélène aurait-elle pu trouver au milieu d'une séance le temps de méditer cette grammaire à l'insu de tous pour en pénétrer les éléments? A-t-elle en cachette, inconsciemment peut-être, emporté pendant quelque temps le livre chez elle?
Meate domina mea sorore forinda indi deo indesingodio deo primo nomine obéra mina loca suave tibi offlsio et ogurio et olo romano sua dinata pcrano die nono colo desimo ridere pevere nove.
C'est un latin sauvage, incompréhensible, dans lequel il y a, par ci par là, quelques mots ayant un sens isolément.
Eu tout cas, — ce qui est d'ailleurs bien étrange — il n'y a pas la lettre /"dans le sanscrit d'HÉLÈNE. Or la lettre /'n'existe pas en sanscrit, et certes il faut avoir déjà quelque initiation de cette langue pour savoir qu'il n'y a pas de f. Il est vrai qu'il n'y a pas d'w non plus, mais ou, que parfois Hélène a prononcée, encore qu'elle ait écrit ou.
Ce problème du sanscrit d'HÉLÈNE Smith est très délicat, et ne peut être traité à la légère. Je tendrais à admettre, non pas certes l'incarnation d'un prince indien, mais une certaine cryptesthésie qui a permis à Hélène de se servir de quelques bribes de langue sanscrite. C'est l'opinion réfléchie de Fa. Myeks, et je l'adopte, avec toutes les réserves nécessaires.
Par l'écriture automatique, beaucoup d'autres livres ont été écrits. Mais il faudrait être d'une maladive, et presque criminelle, crédulité pour admettre que c'est Thermotis, la fille d'un Pharaon égyptien, qui a dicté l'ouvrage intitulé le Pharaon Menephtah l.
L'esprit Rochester, qui a dicté, conjointement avec Thermotis, ces pages singulières, fruit d'un automatisme mental aussi humain que médiocre, a été, paraît-il, autrefois, un certain Cmos Lucilius. De pareilles fantaisies ne valent pas la peine d'être retenues.
D'ailleurs c'est toute une littérature. Je citerai les Letters from a living dead man, par X... (Londres et New-York, 1914); X... était un magistrat américain, versé dans les sciences philosophiques (probablement David P. Hatch, de Los Angeles, Californie). C'est encore X... qui a écrit, par l'intermédiaire d'ELSA Barrer, donc par l'écriture automatique, les War Letters from the living dead man (Londres, Ryder, 1918). Même vague et généreux idéalisme que dans les écrits similaires. Rien, absolument rien ne prouve qu'il y eut une
1. Le Pharaon Menephtah, 2 vol., 2°, Paris, Ghio, édit. et Libr. des se. psycholog., et du même auteur : Episode de la vie de Tibère, 1 vol., L'Abbaye des Bénédictins, 2 vol.
autre intelligence que l'intelligence inconsciente du scripteur automatique. Tout récemmeut un livre vient de paraître à New-York, qui a été tout entier écrit par l'écriture automatique, c'est le second de la série. Mais il n'y a pas le plus faible indice d'une intelligence différente de l'intelligence humaine ordinaire, très noblement idéaliste, mais d'un idéalisme que toute personne d'esprit cultivé peut atteindre sans peine1.
Le caractère de cette littérature de l'inconscient est assez nettement tranché pour qu'on le reconnaisse facilement. C'est avant tout une tendance aux grandes phrases mystiques et vagues sur les destinées de l'âme, sur les forces impérissables de l'âme humaine. Toujours ces divagations de l'inconscient sont très fortement religieuses, comme s'il s'agissait de tracer les linéaments d'une religion nouvelle, avec rites et doctrines. C'est aussi toujours un amour de l'humanité qui serait touchant s'il ne s'agissait pas d'une philanthropie nuageuse et emphatique. Les écrits automatiques détestent la précision. Ils se dérobent à toute indication précise, se complaisant à des banalités très banales. On dirait des poètes qui ne connaissent pas la poésie ; des philosophes qui ne connaissent pas la philosophie; des prêtres qui ne connaissent pas la religion ; mais qui fontles uns et lesautresun louable effort pour nous donner, en un langage poétique et nébuleux, des conseils sur une philosophie et des préceptes pour une religion.
En tout cas, sauf de rarissimes exceptions, malgré leurs puérilités comiques, toutes ces émanations de l'inconscient sont, comme Myers l'indique justement, d'une incontestable moralité, tendant à développer ce qu'il y a de meilleur dans la générosité humaine.
Un petit livre, intéressant, sur l'écriture automatique a été donné par Mad. Hesther Travers Smith, qui raconte elle-même les caractères de sa médianimité. Elle opérait d'ailleurs, tantôt par l'écriture, tantôt par la planchette. Elle avait quatre guides, Peter, Eyen, Astor et Shamar. Les résultats ne sont pas bien démonstratifs, soit comme cryptesthésies pragmatiques (psychométrie) soit comme
1. To woman from Meslom, a message from Meslom in the life beyond, received automatically by Mary Me Evilly, New- York, Brentano, 1920. Voir aussi A Record of Psychic experiments.
prémonitions. Mais on trouvera des données utiles sur lacon duite à tenir dans les séances d'écriture automatique ou de planchette.
A côté de l'écriture automatique, il y a le dessin automatique, et parfois les résultats en sont intéressants. Hélène Smith a tracé des tableaux spirites curieux1. Elle avait une vision (hallucinatoire) devant elle, et elle reproduisait sur le tableau les contours et les couleurs de cette vision. Mais, comme elle mettait lougtemps à peindre, ne donnant parfois que deux ou trois coups de pinceau par jour, il fallait plus d'une année pour achever tel ou tel tableau. Elle l'achevait pourtant, et chaque fois qu'elle voulait peindre, ou qu'elle était poussée à peindre, la vision reparaissait.
D'autres dessins ont été reproduits aussi par M. Glaparède2.
Le commandant Le Goarant de Tromelin m'a envoyé souvent de très étranges dessins spirites, composés par lui-même dans un état de demi-somnambulisme. Chaque lettre est constituée par des figures humaines ou animales juxtaposées.'
Geley connaît une dame qui lui a montré des cartons où ont été automatiquement représentées, avec beaucoup de finesse, diverses abstractions, la colère, la gourmandise, l'avarice, sous des formes de personnages caricaturesques.
Je viens de voir les dessins produits, en état médianimique, par Mad. Blocus, de Saint-Amand (Cher). Elle n'est nullement médium professionnelle, quoique sa mère ait depuis longtemps l'écriture automatique. Ses dessins, parfois d'une esthétique charmante, sont des dessins d'ornementation, très variés, et composés avec une rapidité étonnante.
Jules Bois a cité de très nombreux cas de dessins médianimiques. Il raconte l'histoire de Victorien Sardou qui composa un dessin inspiré par Bernard de Palissy, et qu'il a intitulé la Maison de Mozart (Bernard de Palissy était un drame que Sardou avait composé, et qui lui avait été refusé). Il y a aussi la Maison de Zoroastre dessinée dans le même style, par Victorien Sardou encore . Fernand Desmoulin,
1. A. Lemaitre, Une étude psychologique sur les tableaux médianimiques de Mad. H. Smilh (Arch. de Psychologie, de Genève, juillet 1907).
2. Bull, de la Soc. Méd. de Genève, 3 juin 1918, A. S. P., 1909, XIX, 147.
Hugo d'Alési, peintres de talent quand ils sont dans leur état conscient, ont pu, dans l'état médianimique, c'est-à-dire daus l'inconscience, composer des tableaux curieux et des dessins parfois remarquables.
Le mécanisme est tout à fait le même pour les dessins automatiques que pour l'écriture automatique. La main dessine, et même colorie, au lieu d'écrire ; voilà toute la dilïérence. L'impulsion est irrésistible, involontaire, paraissant tout à fait indépendante, non seulement delà volonté, mais encore de la conscience du médium. Eu un point du papier est indiqué un trait dont personne, et le médium, pas plus que les autres, ne comprend le sens. Pourtant ce trait se relie curieusement à d'autres traits analogues, qui paraissaient, étant isolés, dépourvus de toute signification, et qui finalement en acquièrent une, qui est très nette. Parfois des individus incultes, et inbabiles au dessin, produisent ainsi des compositions singulières et compliquées, toujours symboliques. Ce sont là phénomènes propres au somnambulisme. Il semble difficile d'y voir une influence métapsychique quelconque.
La littérature spirite abonde en productions de cette nature. Mais il faudrait une coupable dose de crédulité pour voir là autre chose que les élucubrations esthétiques de l'inconscient. Elle ont à peu près toutes un caractère de symbolisme vaguement oriental, qui parfois n'est pas sans quelque étrange beauté l.
En réalité toutes ces écritures, toutes ces peintures, eussent absolument pu être des œuvres humaines. Nulle part nous n'y voyons le quid divinum, qui nous permettrait de les attribuer à quelque intelligence supérieure à une intelligence humaine, de niveau moyen. Par conséquent, voulant rejeter du métapsychique tout ce dont le psychique est capable, nous ne les ferons pas entrer dans la science métapsychique. Elles n'en constituent pas moins un très curieux chapitre de la psychologie normale, que nous engageons tous les psychologues à étudier soigneusement.
§ 4. — CLASSIFICATION DES MODALITÉS DE LA CRYPTESTHÉSIE Les phénomènes de cryptesthésie sont si nombreux, si variés, si
1. Voir les dessins médianimi<|ues de Machneb (.4. S. i'., 1908. XV, 86) et de Petit Jean (^ .S. P., 1911, XXI, 360).
liisfti. — McUjjsj chique-
mystérieux, qu'on doit, pour mettre un peu d'ordre dans ce chaos, en tenter une classification.
Mais il ne faudra pas se faire illusion sur la valeur absolue de pareils groupements. Ils sont nécessaires pour un enseignement dogmatique ; insuffisants pour l'interprétation adéquate des phénomènes complexes qui se présentent. Jamais les choses réelles ne se classent dans nos cadres arbitraires avec la précision que nous leur attribuons. ,
Nous séparerons tout d'abord la cryptesthésie expérimentale, suscitée intentionnellement dans uue expérience, et la cryptesthésie accidentelle, qui se manifeste à l'improviste. On pourrait l'appeler spontanée; mais le mot spontanée ne serait pas tout à fait exact ; car cette cryptesthésie accidentelle est provoquée par un phénomène extérieur.
Il est fort possible qu'il n'y ait pas d'essentielle différence entre ces deux sortes de cryptesthésie ; mais la méthode d'étude est toute différente; car elles ne se produisent pas de la même manière.
La cryptesthésie expérimentale s'observe dans une expérience provoquée, et par conséquent, en principe au moins, elle est mieux analysée, tandis que la cryptesthésie accidentelle survient soudainemeut, sans être voulue par un expérimentateur, mais par hasard, sans effort, chez tels ou tels individus normaux, rêvant, ou éveillés, ou à demi-éveillés, qui sont surpris^par le phénomène même.
Cette division méthodique de la cryptesthésie en expérimentale et accidentelle prouve que la métapsychique est une science à la fois d'expérimentatiou et d'observation. Ce serait la mutiler douloureusement que de négliger soit l'expérience, soit l'observation.
La cryptesthésie expérimentale peut être étudiée :
A. — Chez les sujets normaux.
IL — Chez les individus hypnotisés.
D. — Chez les sensitifs.
De là quatre chapitres distincts, encore que la séparation ne soit
CLASSIFICATION DES CHYPTESTHÉSIES 99
jamais très nette entre ces diverses conditions. Car dune part les médiums entrent dans des trances qui ressemblent singulièrement à l'hypuose. (Quelquefois même on les hypnotise pour que se produise l'état médianimique). D'autre part nous ne savons jamais jusqu'à quel point les iudividus que nous croyons normaux sont voisins de l'état hypnotique ou de l'état médianimique.
Il y a cependant entre les médiums et les hypnotisés cette différence, que, dans la plupart, sinon dans la totalité, des cas, les médiums parlent, ou écrivent, ou meuvent table ou planchette, comme s'ils étaient inspirés par une personnalité étrangère ; tandis que les hypnotisés n'invoquent aucun guide. Mais cette distinction est plus artificielle que réelle ; car sans doute lWucata'imdessensitifs. des médiums, des hypnotisés, joua un rôle prépondérant dans le maintien ou la perte de leur personnalité normale.
Quant aux sensitifs, ce sont des individus d'apparence normale, mais qui semblent, sans être ni médiums, ni somnambules, capables de lucidité et de clairvoyance, dans de certaines conditions non accidentelles, mais expérimentales (vision par le cristal, psychométrie, etc.).
La cryptesthésie accidentelle, c'est celle qui ne survient, ni dans l'état hypnotique, ni dans l'état médianimique, et qui se manifeste soudainement chez des individus tout à fait normaux.
Toutes les cryptesthésies accidentelles peuvent être appelées des monitions.
Les monitions sont la révélation (par une voie qui n'est pas celle des sens normaux) d'un événement passé ou présent. Les prémonitions sont les révélations d'un fait à venir.
Comme les monitions sont nombreuses et diverses, nous séparerons les monitions portant sur des événements quelconques, tantôt légers, tantôt graves (graves s'ils sont terminés par la mort). Les monitions de mort, en effet, représentent un groupe considérable de faits assez homogènes qu'il y aurait inconvénient à dissocier.
Les monitions collectives formeront un chapitre séparé : car elles constituent une transition entre les phénomènes subjectifs et les
100 MÉTAPSYCHIUUE SUBJECTIVE
phénomènes objectifs de la métapsychique, et par conséquent comportent une discussion tout à fait spéciale.
Enfin il faut à la cryptesthésie rattacher les phénomèues de divination par la baguette, et peut-être aussi les singulières manifestations d'intelligence calculatrice donnés par certains animaux1.
1. Si l'on me trouve trop sévère pour les théories, je me contenterai de répondre en citant Claude Behnakd, le maître incontesté des sciences expérimentales.
« Dans les sciences la foi est une erreur, et le scepticisme un progrès. Tous les systèmes... que les sciences ont créés dans leur époque embryonnaire doivent plus tard, quand la science tend à se constituer, être oubliés, et disparaître comme des moyens transitoires devenus inutiles. Le progrès n'est donc pas de restaurer ou de réveiller les anciens systèmes : le vrai progrès consiste à les oublier, et à les remplacer par la connaissance de la loi des phénomènes. » (Leç. de pathologie expérimentale, 1872, 3'J9).