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DES PRÉMONITIONS EN GÉNÉRAL

Nous abordons ici le plus redoutable des problèmes : la cryptesthésie prémonitoire.

On peut tant soit peu concevoir une vue très perçante, une acuité auditive prodigieuse, une perception des vibrations incluses dans les choses, on peut admettre que la vibration d'un cerveau peut ébranler un autre cerveau, mais la connaissance de l'avenir? — Et pourtant il me paraît qu'il y a des cas nombreux, incontestables, de lucidité divinatoire. Bozzano, qui a publié sur les prémonitions un livre excellent, dit avec raison que, de tous les phénomènes de lucidité, la prémonition, malgré son étrangeté, est peut-être celui qui a été prouvé avec le plus de force.

Si la longue croyance des hommes de tout pays et de toute époque avait quelque valeur scientifique, certes la divination de l'avenir serait un des phénomènes les plus certains de la métapsychique.

Cependant, si nous pouvons nettement affirmer la réalité des prémonitions, ce n'est pas parce que les anciens — tous les anciens, crédules ou non — y croyaient, mais parce que de nos jours des témoignages multiples de divinations ont été obtenus.

Les augures, les Sibylles, les prêtresses de Cumes et de Delphes, rendaient des oracles ; Socrate avait un démon qui l'avertissait des dangers par une voix qu'il entendait distinctement, la voix de son démon, laquelle, maintes fois, Ta averti de ce qu'il ne fallait pas faire. Cigéron a écrit tout un livre sur la divination, mais il ne se préoccupe pas beaucoup de savoir si elle existe ou non ; il discute

1. Il faut lire le livre de Ernest Bozzano. Les phénomènes prémonitoires, trad. fr., Paris. Libr. des se. psychiques, 1914.

D'ailleurs on ne peut se faire des prémonitions qu'une idée incomplète si on les lit abrégées et résumées, comme j'ai dû le faire ici brevitatis causa.

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ses avantages et ses méfaits; il semble conclure à la fatalité des choses, et quelque part il dit qu'il vaut mieux ignorer que connaître les malheurs futurs (ignoratio futurorum malorum utilior est quam scientia).

Pour nous, nous ne discuterons pas la question de savoir s'il est désirable ou non de connaître l'avenir. Nous examinerons seulement si c'est possible.

Et tout d'abord, je ferai une comparaison pour essayer de prouver qu'après tout la prévision de l'avenir n'est pas d'une absurdité qui commande de la rejeter a priori.

Soit un individu A... qui a gravi une très haute montagne solitaire. Supposons qu'il a une lunette astronomique excellente qui lui permette de voir dans les plus petits détails tout ce qui se passe dans la plaine. Il aperçoit alors dans cette plaine déserte les rails d'un chemin de fer qui traverse un souterrain, et il voit des malfaiteurs poser dans un tunnel une énorme pierre qui fera dérailler le premier train s'engageant dans le tunnel. Impossible d'avertir qui que ce soit. Il est 10 heures, le train doit passer par là à midi. A 10 heures, A... voit avec sa lunette B... qui se dirige vers la gare d'une ville voisine. Il comprend, en voyant lesbagagesde B..., que B... va à la gare et qu'il prendra un wagon de première classe. Le train est en gare, les wagons de première classe sont en tête, et alors A... à 10 heures du matin pi'évoitque B... va être dansdeuxheures victime d'un accident de chemin de fer.

Que si en outre soudain A... oublie ce qu'il a vu, les malfaiteurs, le tunnel, la valise de B..., alors il n'inscrit que le résultat de sa rapide et passagère vision, et à 10 heures il note sur son carnet : « Dans deux heures, B... sera victime d'un terrible accident de chemin de fer », sans savoir pourquoi il a eu cette prémonition.

Si nous connaissions la totalité des choses présentes, nous connaîtrions du même coup la totalité des choses à venir. Notre ignorance absolue de l'avenir est due à notre ignorance, tout aussi absolue d'ailleurs, du présent.

Laplace1 l'avait déjà dit en termes précis : « Une intelligence qui

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