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Essai analytique sur les probabilités

connaîtrait toutes les forces dont la Nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome. Rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir, comme le passé, serait ouvert à ses yeux. »

Chaque événement futur, quel qu'il soit, est la conséquence, peut-être fatale, de Y état actuel des choses. Le présent est gros de l'avenir, car l'avenir dépend exclusivement du présent. Or, par la cryptesthésie,nous avons sur les réalités, même les plus lointaines, des connaissances extraordinaires. Sans en avoir conscience, nous sommes ébranlés par des vibrations multiples qui nous apportent des notions multiples, mais qui sont fermées à notre vie psychologique normale. Donc la notion (inconsciente) du présent, permet peut-être d'en saisir parfois en un rapide éclair les conséquences, c'est-à-dire les événements à venir.

Un fait médical curieux — fort rare d'ailleurs — a été signalé, qui donnequelqueidéedece quepeut êtreune prémonition. Ou apu, en effet, sur des photographies d'individus ayant une légère fièvre, noter comme un commencement d'éruption rubéolique apparaissant à la figure, alors qu'à la vision normale on ne distinguait aucun signe d'éruption. On pouvait donc prévoir l'éruption.

Mais ce ne sont là que des comparaisons, des analogies. Elles ne diminuent guère l'immensité de notre impuissance à comprendre.

D'ailleurs, quelles que soient nos ébauches d'hypothèses pour expliquera prémonition, ce ne sera jamais qu'une discussion fragile et imparfaite ; et je ne veux pas m'appesantir sur ce mystère. Je me contenterai d'établir que la prémonition existe Peu importe que nous la comprenions. C'est un fait. Cela suffit à la science.

Tout d'abord, il faut indiquer les trois conditions nécessaires pour qu'on puisse parler de prémonition dans le sens métapsychique du mot :

1° Il faut que le fait annoncé soit indépendant, et absolument indépendant, de la personne qui a eu la prémonition.

Ainsi, par exemple, ainsi qu'on pourrait en citer des cas fré-

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quents, classiques aujourd'hui, A., dans l'état somnambulique, annonce qu'elle va avoir une crise de sommeil, ou de diarrhée, ou tel ou tel phénomène, comme une syncope grave par exemple, dans dix jours, dans un mois, dans un an même. Ici il ne peut s'agir de prémonition, car l'inconscience de A... restera éveillée, et sera parfaitement capable d'agir sur les organes de A. . . pour déterminer, à l'heure voulue, léthargie, diarrhée, ou syncope. Ces faits rentrent simplement dans les cas classiques d'auto-suggestion hypnotique.

2° Il faut que l'annonce du fait ne puisse être due ni à la sagacité, ni au hasard.

La part qu'il faut faire à la sagacité est difficile. Un individu perspicace, en examinant bien les choses actuelles, après en avoir pris connaissance exacte, peut, dans une certaine mesure, prévoir l'événement futur. Par exemple, s'il s'agit d'une élection académique, encore que l'élection ne doive avoir lieu que dans deux jours, il peut dire : « X... sera nommé, et non Y... car M... votera pour X... et N... votera aussi pour X. . . et 0 ne viendra pas . Par conséquent, quoique Y... compte pour lui M..., N... et 0..., Y... aura trois voix de ?noins qu'il ne croit. X... aura 21 voix et Y n'en aura que 17 ». Evidemment il n'y a là que de la sagacité. De même encore, si l'on voit entrer à une maison de jeu un jeune homme qui apporte deux billets de cent francs, on pourra dire : « Dans une heure ce jeune homme sera décavé ».

Mais ces prédictions de sagacité, avec quelque finesse d'esprit on pouvait les faire, et elles ne sont pas fatales. Après tout, il est possible que Y... soit nommé, malgré les justes calculs» de A... et d'autre part, on a vu des jeunes gens entrer dans des maisons de jeu avec deux cents francs dans leur poche et en sortir sans être décavés.

Or les véritables prémonitions sont celles qui ne peuvent pas être dues à la sagacité des individus qui les ont indiquées. Elles portent souvent sur des détails minuscules, dépassant prodigieusement la limite de toute perspicacité, et aussi de toute coïncidence fortuite.

Il faut, pour qu'il y ait prémonition métapsychique, que le hasard ne puisse, dans l'espèce, jouer aucun rôle.

A... entre dans la salle de jeu de Monte-Carlo, et, regardant la roulette, il dit : « C'est la rouge qui va sortir ». La probabilité est

de 1/2, et on doit supposer, comme c'est d'ailleurs certainement le cas, que c'est à la suite d'une probabilité 1/2, que la rouge est

sortie. S'il dit : « C'est le 7 qui va sortir », et, si effectivement,

c'est le 7 qui sort, la probabilité est de -r=-. Mais cependant à cha-

que instant les joueurs ont des suppositions analogues qui se vérifient ; et ils sont assez aveugles pour oublier les 36 autres cas où ils se sont trompés dans leurs prévisions.

Aussi bien chaque prémonition est-elle un cas spécial qui mérite d'être étudié dans tous ses détails et analysé scrupuleusement, de manière qu'on ne puisse invoquer ni l'auto-suggestion, ni la sagacité perspicace, ni le hasard.

Pour montrer quelle peut être la part du hasard, je citerai le fait suivant qui m'est personnel, et que je ne crois nullement être une prémonition. Il estsans doute exclusivement fortuit. Le 20 mai 1918, j'étais à Paris. Au moment où j'allais repartir pour les ambulances du front, j'inscrivis sur mon agenda, à la date et au feuillet du 24 septembre de cette même année, les mots : « Finis belli ». A ce moment-là (20 mai 1918) aucune perspicacité ne pouvait faire prévoir que la guerre finirait dans quatre mois. Les vraisemblances, — et mon opinion même — étaient que la guerre durerait encore un an au moins. Or, le 24 septembre 1918 a été la signature de l'armistice bulgare, et cette date du 24 septembre est presque aussi importante, pour la fin de la guerre, que la date du 11 novembre 1918.

Si l'on essaye d'appliquer à cette soi-disant prémonition le calcul des probabilités, on trouve qu'il y avait, du 20 mai 1918 au 20 mai 1919, 360 jours, soit avec un numérateur 2, puisqu'il y a deux dates pour Finis belli, 2/360 ou 1/180, c'est-à-dire une probabilité assez faible ; celle par exemple de dire : vous allez tirer dans ce

jeu d'abord l'as de cœur, puis un trèfle -gg- X— soit -^ .

Pourquoi ai-je écrit sur mon agenda, à la date du 24 septembre 1918, ces mots : « Finis belli?» Je l'ignore. Je n'avais jamais fait précédemment de prévision analogue pour aucune autre date (sauf une, qui fut erronée, en 1917).

En tout cas, il serait fou de considérer ce fait comme une prémonition. C'est une coïncidence, assez curieuse peut-être ; mais c'est fortuit, et rien de plus.

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Je crois bien qu'il en est tout à fait de même pour le mot Piave, écrit par M. Conan Doyle (observatiou que je rapporterai plus loin)-

3° Ce qu'il faut examiner aussi avec uu soin extrême, ce sont les conditions dans lesquelles le fait a été recueilli, indiqué. Il importe de se méfier des paramnésies, qui font croire, en toute bonne foi, que ce n'est pas un événement (ou un paysage) nouveau qui se présente à nos yeux. On s'imagine que c'est du déjà vu; et parfois l'altération de la mémoire est assez intense pour qu'on affirme avoir eu une prémouition, alors qu'il n'y a rien eu de tel.

La seule réponse possible à cette objection (grave) de la paramnésie, c'est qu'avant que la soi-disant prédiction se réalise, on en ait fait le récit circonstancié à deux ou trois personnes, ou, ce qui est mieux encore, qu'où ait mis quelques notes sur son carnet. Si l'on tient un registre exact des rêves, supposés prémonitoires, qu'on a pu faire, on a ainsi un tableau fidèle de ceux qui se sont réalisés. Alors on pourra faire une instructive comparaison entre leur nombre et le nombre des rêves qui n'ont pas eu de réalisation.

Plusieurs savants ont proposé des classifications pour les prémonitions; Mad. H. Sidgwick; Fr. Myers et Bozzano.

Mad. Sidgwick a classé les faits selon leur modalité subjective ; Fr. Myers, suivant l'enchaînement ascensionnel dans l'importance théorique. Ici je suivrai de préférence la classification plus haut adoptée pour les monitions.

Toutefois il faut faire un chapitre à part pour les auto-prémonitions, sujettes, le plus souvent, à quelques réserves, car elles peuvent quelquefois s'expliquer par une auto-suggestion :

A . Auto-prémonitions.

B. Prémonitions hypnotiques.

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