Voici le résultat du scrutin
Votants : 845.
Casimir Périer. 451 voix
A. Brisson 195 —
Dupuy 97 —
Général Février 33 —
Arago 27 —
Divers 22 —
PRÉMONITIONS 485
est de 1/845 (845 étant le nombre de votants). Mais c'est un procédé de calcul très défectueux.
On peut toujours invoquer le hasard; mais c'est vraiment trop commode pour se dispenser de réfléchir.
Et puis, quelle est l'impression irrésistible, invraisemblable, qui a poussé Gallet à écrire sur ses notes d'anatomie cette phrase : « Casimir Périer est élu par 451 voix ».
Ce cas de prémonition est incontestablement, à mon sens, un des plus beaux que nous possédions.
Quelques cas de prévision aux jeux de hasard, loteries, courses de chevaux, ont été signalés.
Une mienne cousine, habitant la province, et ne jouant jamais aux courses, entend un soir, quand la lampe est éteinte, des applaudissements répétés, et le nom de Clamart, Clamart, retentit auprès d'elle. Elle rallume sa lampe, et tout se tait. Dans l'obscurité le bruit d'applaudissements reprend. Elle a cru d'abord que c'était le nom de Clamart, répété à la gare de Clamart par les employés de la ligne Paris-Versailles (rive gauche). Mais soudain, elle se rappelle que, parmi les chevaux de courses, il y a un cheval nommé Clamart. Elle ponte sur Clamart, ne sachant pas au juste à quoi cela l'engage, et Clamart remporte le grand prix.
Ch. Cascel, deux mois avant de tirer à la conscription, voit dans un coin de sa chambre quelque chose de volumineux et d'indéfinissable où le chiffre 90 apparaît en caractères grands comme une main, Il ferme les yeux, puis les rouvre, et voit encore 90. Alors, effrayé, il se met à prier (sic).
Le jour du tirage, il déclara qu'il tirerait 90, et, à la stupeur générale, il tira 90.
Divers cas analogues ont été réunis par le professeur Hulin, de l'Université de Gand.
Mais, pour tous ces cas de divination, il faudrait savoir quel est le nombre des divinations qui n'ont pas réussi, car trop souvent on tient registre exact des succès, et on néglige les échecs. Le calcul des probabilités n'est valable que si l'on tient compte rigoureuse-
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ment de tous les tirages. Par conséquent en face des succès il faut absolument mettre les échecs, ce qu'on fait en général d'une manière insuffisante. *■
Voici quelques faits relatifs à des prémonitions dans le jeu de hasard par excellence, la roulette de Monte-Carlo. Ces faits m'ont été autrefois communiqués, par un de mes amis, physicien expérimenté et habile mathématicien, qui en a fait l'observation méthodique et calculé la probabilité. Sa femme Lydia, âgée de trente ans, mère de famille, a eu à diverses reprises des prémonitions intéressantes; mais elles n'ont pu être aussi exactement rapportées que les suivantes, tout à fait remarquables.
Le 2 mai, après sept ou huit journées où Marcel avait constamment perdu, elle dit : « J'ai rêvé que nous allons gagner avee le 14. » Alors Marcel joue à diverses reprises dix-huit coups consécutifs sur douze numéros différents, dans le cours de la partie. Le 14 gagne. Sur les douze numéros joués par Marcel conformément à un sien
système, quatre seulement ont réussi, dont le 14. Par conséquent,
la chance de succès du 14 a été de y ; ce qui n'est rien. Mais il y a
eu répétition; autrement dit le numéro 14 est sorti une seconde fois immédiatement après avoir été gagné. L'habitude des joueurs est de laisser, quand ils ont gagné, leur mise sur le numéro qui a gagné. Or la probabilité que le numéro sorti va sortir une seconde
fois est de «s- . Par conséquent la répétition du 14 fait que le succès
a eu lieu avec une probabilité égale àjX-jy , soit -777-
Cela n'est pas fort surprenant. Mais le lendemain 3 mai Lydia dit : « J'ai rêvé que je gagnerais sur le 31 ».
L'histoire du 14 se reproduit avec le 31 exactement de la même
manière, avec une probabilité de -r- pour le succès du 31 ; et il y a
eu répétition, soit -5 X -^ ; soit -77J ; ce qui, avec la probabilité
de la veille, fait que la prémonition de Lydia pour le succès du 14 et
du 31 s'est réalisée avec une probabilité extrêmement faible de
On notera que dans le cours de nombreuses parties jamais Marcel
n'a eu, après qu'il a gagné à un numéro, de répétition. Les deux
PREMONITIONS 487
seuls numéros gagnés par lui avec répétition, furent le 14 et le 31.
Pour se rendre compte de cette faible probabilité, il suffit dédire que si chaque jour on annonçait la répétition de deux numéros, sans en indiquer d'autres, il faudrait trente-deux ans pour que, si le hasard seul était enjeu, ce double succès se produisît.
Les deux jours suivants Lydia indiqua deux autres numéros qui ne sortirent pas.
Le cinquième jour Lydia dit 32, 35, sans savoir pourquoi elle disait 32, 35 : or ce jour-là les numéros qui sortirent le plus en 124 tirages ont été :
34 8 fois.
35 7 fois.
32 7 fois.
30 6 fois.
19 6 fois.
3 6 fois.
Les autres numéros sortirent moins de 6 fois.
La moyenne probable était de 3,4 par numéro : soit pour deux numéros de 6,8. Par conséquent le 32 et le 35 sont sortis deux fois plus que la probabilité. On remarquera que le 34 est numériquement entre le 32 et le 35.
La probabilité peut se calculer (élémentairement) de la manière suivante, en supposant que le 35 et le 32 sont sortis 14 fois, alors qu'ils n'auraient dû sortir que 6,8 fois, soit 7 fois, c'est-à-dire 7 fois
plus qu'ils n'auraient dû sortir. C'est donc une probabilité de
soit
ib
Pour simplifier nous supposerons que la probabilité composée des
cinq parties (avec deux échecs) étant de yjrj : on a alors d'après la
formule classique en chiffres ronds 13Q QQ '
Le sixième jour Lydia rêve qu'elle gagnera sur le 16. Elle joue à
un moment donné le 16, et le 16 sort : la probabilité était de -r=- ; de
sorte que de ces six parties réunies la probabilité composée est de
Il est vrai que le calcul ne peut guère être considéré comme rigou-
reux ; car on fait intervenir pour les deux premiers jours la répétition, d'autre part pour le cinquième jour les numéros sortis le plus souvent, enfin pour le sixième jour le numéro sortant la première fois qu'on le joua ; ce n'est pas comparable.
Ajoutons que plus tard Lydia n'a eu que des échecs. Tout de môme l'ensemble de ces six parties où la probabilité était faible, et où cependant il y a eu indication ante eventtcm, confirme les faits antérieurement rapportés que parfois il y a prémonition pour les jeux de hasard. Mais le problème est trop obscur pour que nous puissions aller au delà de la mention du fait même l.
Mentionnons aussi le cas cité par Lombroso (casLXXXVIIIdeB...) de Rosa Tirone. En novembre 1908, elle rêve que son fiancé, qui était mort depuis peu, lui dit : » Je ne veux plus te savoir domestique ; joue les numéros -4, 53, 25, 30 » et il ajouta : « J'ai soif, va quérir de l'eau dans un seau et donne-moi à boire. » Les quatre numéros 4, 53, 25, 30 sortirent à la loterie, et, si Rosa avait joué le cinquième numéro, qui correspond, dans l'opinion populaire, au fait de donner à boire aux altérés, elle aurait gagné aussi le cinquième numéro.
On ne peut pas considérer comme démonstratives les prévisions signalées par E. Carreras, à propos delà loterie2, car, si réellement R... pouvait deviner, plus que le hasard ne le permet, les numéros sortants, il aurait dû réaliser une fortune considérable. On peut donc supposer que la liste fournie par lui à M. Carreras n'est pas complète, comme M. Carreras le reconnaît lui-même (da veri indizi debbo credere che ve ne furono alcune oltre che anderono perdute). Sur 150 tirages (de nombres de deux chiffres) pour lesquels chaque tirage était de cinq nombres de deux chiffres, la probabilité était de 1/20. R... fit 106 fois des choix de numéros. Le nombre probable des succès aurait dû être 5,3, soit 6 en chiffres ronds. Or le nombre des succès fut en réalité de 19, c'est-à-dire trois fois plus fort que le nombre probable. Si notable que soit l'excédent, il ne dépasse pas ce que le hasard peut donner, surtout si l'on admet que tous
1. M. E. Desbeaux a publié une note intéressante à ce sujet (A. S. P., 1909, 133, et 215).