‹ Traité de métapsychiqueChapitre 212 sur 327 · Cité par Flammarion, Loc.cit · texte numérisé non relu

Cité par Flammarion, Loc.cit

Nous ne retiendrons pas la conclusion de Schopenhauer au point de vue de la fatalité. Il nous suffira d'enregistrer le fait.

Au point de vue historique on peut citer aussi une prémonition deCh. Dickens1 qui rêve d'une femme arrivant avec un châle rouge et qui dit : « Je suis 3Iiss Napier. » Pourquoi Miss Napier? écrit Dickens, je ne connais pas de Miss Napier. Quelques heures après, deux personnes viennent lui rendre visite, pour lui présenter une dame en châle rouge, qui s'appelait Miss Napier, et que Dickens ne connaissait nullement.

Le cas suivant, bien attesté, est des plus curieux (cas XGVIII de B...)

Un individu, nommé John Lee, condamné à être pendu pour assassinat à Babbicombe (février 1889) rêve, la veille de son exécution, que la trappe ne fonctionne pas, et que, quelques efforts qu'on fît pour l'ouvrir, elle ne s'ouvrait pas. Et en effet, le jour de l'exécution, la trappe (qui avait été au préalable essayée) ne put pas s'ouvrir. Quand Lee fut sur la trappe fatale, il était dans un état de demi-inconscience, et ne se rappelait pas son rêve. Pourtant, quand on était venu le chercher pour le conduire au gibet, il avait raconté son rêve au gardien.

M. Henri Buisson voit, le 8 juin 1887, sa grand'mère morte, étendue sur son lit. Au-dessus d'elle un soleil resplendissait, et au milieu de ce soleil, ces mots : 8 juin 1888. Ce rêve fut raconté et noté. Un an après, le 8 juin 1888, mourait, en un quart d'heure, la grand' mère de M. H. Buisson.

M. H. Buisson a fait aussi un rêve prémonitoire accompagné de détails curieux, qu'il a racontés anteeventum. Dans la nuit du 9 au 10 avril, il rêve que le préfet de police, M. Lépine, est dans la rue, en un costume bizarre, un soulier à un pied, une pantoufle à l'autre. A ce moment un formidable incendie éclate, dans lequel M. H. Buisson, toujours en son rêve, fait des prodiges de courage extraordinaire. Le soir de ce même jour, c'est-à-dire douze heures après le rêve prémonitoire, éclate l'incendie de la rue Jacquemont, M. Buis-

1. Elle est relatée par Walter F. Prince. Amer. S. P. R., XIV, 362, 1920.

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son y voit M. Lépine dans le même costume indiqué, un soulier à un pied et une pantoufle à l'autre. Le rêve avait été, le matin du 10 avril, communiqué par M. B... à sa mère et à son oncle.

Mad. S... rêve qu'elle voit daus son salon près de la nourrice de son enfant une dame en grand deuil ; et tout de suite après, dans son rêve, elle se voit eu taxi-auto, allant du côté de la place Pigalle. La voiture s'arrête près de la place Pigalle. Elle raconte ce rêve à la nourrice.

Ce même jour Mad. S... reçoit la visite inopinée de Mad. P., une dame de ses amies, en grand deuil, qui, tout à fait inopinément aussi, l'invite à dîner chez elle. Mad. S... entre dans sa chambre pour s'habiller, et, revenant dans le salon, elle voit exactement dans* la même situation que dans son rêve, la nourrice, Mad. P... en deuil, et l'enfant. Quelques instants après, Mad. P... dit : « II est tard : nous allons prendre un taxi-auto ». Et la voiture les mène tout près de la place Pigalle (rue de Douai).

Mad. Ohmus (cas XCIX de B. . .) fait un rêve horrible qu'elle raconte aussitôt à son mari. Elle se voit étendue par terre, les bras écrasés, le sang coulant àflots. Or le soir, son petit chieniVe^o près d'elle est fracassé, et écrasé par le train, Mad. 0... éprouva alors toutes les mêmes sensations qu'elle avait eues pendant son rêve.

Il semble que, dans ce cas, il y ait eu prémonition, non pas de l'accident même, mais de l'émotion provoquée par cet accident.

M. Conan Doyle rapporte un fait à lui personnel, qui est une sorte de prémonition, prémonition extrêmement vague, et n'ayant aucune force probative l. « Le 5 avril, je m'éveille avec la sensation qu'une communication m'a été faite ; je ne me souvenais que d'un seul mot qui résonnait constamment à mes oreilles, ce mot était Piave; mot qui, d'après mes souvenirs, m'était absolument inconnu. D'après l'index d'un atlas, je vis que c'était une rivière d'Italie à 40 milles en arrière des opérations italiennes, lesquelles à cette époque se poursuivaient victorieusement. Je fus si impressionné que je pris note de mon rêve, et que j'en fis signer le procès-

i.La nouvelle révélation, tr. fr., 118.

verbal, par ma femme et mon secrétaire. » Or, six mois après, contre toute vraisemblance, des combats furieux s'engageaient sur la Piave, qui devenait la ligne frontière de tranchées entre l'armée italienne et l'armée austro-hongroise.

Il est impossible de prouver qu'il n'y a pas eu là quelque souvenir incouscient de ce mot géographique, lequel certainement, à un moment quelconque, en 1915 ou en 1916, avait frappé les yeux de M. Conan Doylïï. Peut-être s'agit-il d'une prémonition. Peut-être un moment viendra-t-il où on classera les faits de ce genre comme d'authentiques prémonitions. Mais actuellement il faut l'enregistrer, sans pouvoir en tirer la moindre déduction.

Une amie de Miss Violet Lloyd, actrice anglaise connue, rêve que Miss Violet est brûlée au visage, au-dessus des yeux. Elle confie ce rêve à une amie qui n'ose pas aller avertir Miss Violet. Le lendemain, dans la soirée, en jouant le rôle de Flore dans la pièce de Topsy Turvy Hôtel, Miss Violet est brûlée au visage, avec deux blessures au-dessus des yeux (cas CI de B...) .

Mad. Carleton (cas CIII de B...) écrit au colonel Coghill, avec lequel elle n'est plus en correspondance depuis longtemps, pour lui dire qu'elle a eu une vision, qu'elle l'a vu précipité à terre avec son cheval, dans une situation critique dont quelques personnes étrangères essayaient de le tirer. La vision était du 26 mars ; la lettre de Mad. Carleton, du 28. Le 28, le colonel répond : « Rassurez-vous, il n'y a rien, les songes sont mensonges. ». Mais, le 30, M. Coghill fit une terrible chute de cheval. Il tomba dans un fossé avec son cheval, et roula par terre. 11 fut délivré par ses amis qui le tirèrent, non sans peine, de cette position critique.

M. 0... rêve — pourtant, dit-il, c'est plus qu'un rêve, c'est presque une vision, — que son neveu, un petit garçon de six ans, roule sous la roue d'une voiture, avec blessure grave, mais non mortelle. Comme le rêve se présente à lui avec ténacité, il recommande trois fois à différentes personnes une extrême prudence. Deux semaines après, dans une promenade en voiture, l'enfant roule sous une des roues, qui lui fracture la jambe.

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Sir Oliver Lodge a reçu d'un éminent ministre anglais le récit suivant1. Par un soleil splendide et un ciel sans nuages, M. X... dit à sa femme d'avancer l'heure du goûter; car il a rêvé qu'un orage formidable allait éclater, que la foudre arriverait en forme de globe dans la salle à manger et briserait les cheminées d'un toit situé en face. Tout le monde en plaisante, car le ciel était absolument pur. Cependant, quelques minutes après, un orage se forma avec une rapidité prodigieuse ; la foudre entra dans la salle à manger, en forme de globe, et les cheminées du toit voisin furent projetées à terre.

Le célèbre sculpteur Jkan Dupré2, raconte que, voyageant en voiture à Londa, aux bords escarpés de la Rufina, il entend une voix qui lui dit : « Arrêtez! » Il ne voit personne. Mad. Dupré, qui était avec lui, ne vit personne, mais entendit la voix. Deux fois de suite, comme il voulait continuer sa route et fouettait le cheval pour avancer, la voix se fit entendre qui disait : « Arrêtez ! Arrêtez ! ». M. Dupré descendit, et s'aperçut que l'essieu était sorti de la roue, et que la roue qui côtoyait le précipice allait se détacher. Il fallut continuer la route à pied, à côté de la voiture réparée tant bien que mal.

On peut supposer qu'il s'agit là d'une observation inconsciente aboutissant à cette sorte d'avertissement. Néanmoins comment expliquer que deux personnes ont simultanément entendu une voix dans ce lieu désert?

M. Young rêve qu'un couvreur, travaillant au toit d'une maison voisine, va tomber dans la rue, et, dans son rêve, il lui est conseillé de raconter le fait à Mad. Young. M. Young le raconte, puis s'occupe à ses affaires sans y penser davantage, quand soudain à 16 heures, par une sorte d'impulsion instinctive, il va dans la rue à l'endroit indiqué par son rêve, et apprend que l'accident vient d'avoir lieu il y a deux minutes, et que le malheureux couvreur est à demimort (cas XVI deB...)

Lady Z... est éveillée la nuit par un grand bruit sourd, comme si

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