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Richet. — Métapsy chique. 32
Au mois de novembre 1913, je reçois la visite du Dr Tardieu, ancien interne des hôpitaux, médecin consultant au Mont-Dore, qui avait été un des élèves de mon père, et qui me dit : « J'ai des choses très importantes à vous faire connaître. Le moment me paraît veuu, d'après certains indices et des révélations à moi personnelles, de vous eo parler. Je crois qu'il est nécessaire de vous les dire dès à présent. » Et alors il m'exposa ce qui suit (j'abrégerai son récit, qui fut détaillé).
« En 1868, je sortais de l'Internat. J'étais jeune docteur et j'avais un excellent ami nommé Sonrel. Sonrel, très brillant mathématicien et physicien, sorti de l'École normale, était élève astronome à l'Observatoire de Paris. Un jour, vers S heures du soir, en juillet, alors que nous déambulions tous les deux en causant dans les jardins du Luxembourg, tout d'un coup Sonrel s'arrêta, comme en extase. Il parla, parla, sans rien entendre de ce que je lui disais, sans voir ce qui se passait autour de lui : « Que c'est étrange ! disait- « il : je te vois en habit militaire! Mais oui, tu as un képi, et dans « ce képi tu comptes de V argent, et tu es en chemin de fer! Où vas-tu « donc, à Hirson, à Sedan ? A Sedan?... 0 ma pauvre patrie, ma « patrie !... Mais me voilà, moi aussi, en costume militaire, officier « supérieur. Est-ce possible ? Et je suis frappé à mort. . . je meurs en « trois jours, mais tu es là, tu arrives à temps pour me voir avant « que je ne meure, pour veiller sur mes enfants !... Attends encore, « attends... Des années se passent. C'est une grande guerre! Que « de sang! Dieux! que de sang ! 0 France! 0 ma patrie, te voilà « sauvée! Te voilà sur le Rhin! 0 France, tu es toujours la reine « du monde ! et tous les peuples (admirent. » (Je dis ces paroles de M. Tardieu de mémoire : il les a publiées en avril 1914, dans les A. S. P.. Je lui ai demandé de rectifier ce qu'il y a d'inexact, mais la version que je donne ici est conforme à ce qu'il m'a dit en novembre 1913.)
« Or, ajouta M. Tardieu, toute cette étonnante prédiction se réalisa. A la lin d'août 1870, je fus chargé par Nélaton de diriger une ambulance. J'eus un uniforme militaire, et, ayant fait le long des boulevards, à la tête de mon ambulance, une quête pour les blessés, en chemin de fer je comptais dans mon képi l'argent recueilli.
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« A ce moment seulement, je me souvins de la prédiction de mon ami, de sorte que, lorsque mes camarades me demandèrent quelle était notre destination, je leur dis : « Je le sais, nous allons à « Hirson et à Sedan ».
« En septembre 1870, Sonrel fut nommé commandant du génie. Mais, dès les premiers jours du siège, il fut pris de variole hémorragique. J'arrivai juste à temps pour son dernier soupir. Il m'attendait, ne cessait de répéter mon nom, en disant : « Tardieu va venir, « je le vois qui vient. »
« En 1869, il s'était marié, avait eu un enfant, et sa femme en septembre 1870 était enceinte. »
M. Tardieu ajouta encore : « les prédictions personnelles que m'a faites Sonrel sont sur le point de se réaliser, et je présume que la seconde partie de sa prédiction ne se réalisera pas moins que la première. Voilà pourquoi je viens vous en avertir ».
Sur mes instances réitérées, non sans quelque peine, il se décida à écrire ce qu'il m'avait raconté de vive voix, et toutes ces prémonitions ont été publiées dans les A. S. P., en juin 1914.
L'étude critique de cette remarquable prédiction, devenue déjà célèbre, doit se faire en deux segments.
D'abord, pour la première partie (les événements de 1870), nous n'avons à l'appui que l'affirmation de M. Tardieu. Mais sa loyauté, sa sincérité, ne sont pas plus contestables que la mienne, ou celle de sir Oliver Lodge, ou celle de William James. Que, par suite des déformations du souvenir, certains détails soient inexactement rapportés, je l'admets volontiers. Mais les faits essentiels, la prédiction de la guerre de 1870, la mort rapide de Sonrel, voilà certainement ce qui a été dit au jardin du Luxembourg en juillet 1868. Même il y a eu, en toute certitude, beaucoup plus. A diverses reprises M. Tardieu en a fait le récit toujours de la même manière. Par conséquent, il s'agit là d'une prénjonition authentique, extraordinairement riche en détails, et presque unique dans la science, par cette richesse de détails qui n'ont certainement pas pris naissance dans l'imagination très pondérée, très scientifique, du Dr Tardieu.
La critique de la seconde partie de la prédiction, pour 1914-1918, est de toute autre nature. Il y a beaucoup moins de détails assurément : ou, pour mieux dire, il n'y en a pas (la guerre, le sang, le
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Rhin, la victoire) : mais la prémonition a été écrite et imprimée ante eventum, de sorte que son authenticité ne contient pas la plus petite parcelle d'incertitude.
Assurément en novembre 1913 l'état politique de l'Europe n'était pas très rassurant. Pourtant en novembre 1913 1a situation générale était peut-être moins tendue qu'eu 1910. En tout cas ce qui a déterminé M. Tardieu à venir me trouver, ce n'est pas du tout la situation générale trouble de l'Europe, mais le successif déroulement des prophéties particulières que lui avait faites Sonrel (prophéties dont d'ailleurs il ne m'a été donné qu'un très vague et imparfait résumé). Cela dit, il est certain que les mots de prédiction sont bien caractéristiques. « Que de sang répandu! quels massacres!... mais voilà la France jusqu'au Rhin. 0 France, tu es toujours la reine du monde, et tous les peuples t'admirent ! »
Une prémonition., imprimée ante eventum, a été donnée au journal la Vie nouvelle (Beauvais) (nos 324, 325), ayant paru en février et mars 1914. L'abbé J. A. Petit a communiqué au journal la Vie nouvelle, ces documents, émanant d'une simple paysanne, qui, pendant sa transe, parle comme si elle était Jeanne d'Arc, guide de la France.
Il y a maints détails qui sont peu topiques, découlant normalement de la seule supposition d'une guerre prochaine (à laquelle ou pensait en février 1014). Je ne signale que ce qui est intéressant.
« Dans un avenir très prochain, la France va être envahie par une masse d'ennemis du côté du N.-O. (par rapport à Domrémy). Leur entrée sera triomphante à cause de leur nombre et de l'ignorance où l'on est encore en France de leur dessein. Au moment où cette invasion aura lieu, nos corps d'armée seront loin de s'y attendre. Ce sera par la frontière N.-O. donnant sur deux départements que se fera l'invasion. La masse envahissante sera tellement grande qu'elle atteindra plusieurs villes appartenant à un autre département. Il faudra céder. Le Nord et l'Est auront eu beaucoup à souffrir. L'ennemi descendra en ligue droite parallèlement à la frontière. »
Ici se place le récit imaginé d'une bataille sanglante (ou d'une série de batailles) autour d'une place forte (Verdun ??) (l'ennemi trouvera la place trois fois plus forte qu'il ne s'y attendait).
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« Mais la France n'est pas seule. La violation d'un territoire neutre a mécontenté d'autres puissances qui s'unissent aux Français ; car il est clair que cette violation a été faite dans le but d'en prendre possession, pour avoir un passage direct sur la frontière française. »
Je souligne les phrases qui sont les plus caractéristiques de cette confuse, mais curieuse prémonition
« La voix des puissances alliées se fera entendre, mais l'ennemi n'en tiendra aucun compte... persistance de l'ennemi à agir en territoire neutre comme en pays conquis. La lutte va désormais se continuer chez ce petit peuple, et elle sera sanglante. »
Enfin, après maintes péripéties obscurément décrites.
« L'ennemi fléchit malgré les objurgations des chefs. Ce n'est plus le découragement, mais la consternation, l'anéantissement. On ne se défend plus ; on se laisse tuer ; c'est la fiu. »
« Les Français et leurs alliés se réunissent pour poser les bases d'un traité de paix équitable, en vue d'unir ensemble toutes les nations dans un même sentiment de justice et de fraternité. »
Est-ce la Ligue des Nations ?
Telle est, abrégée, résumée (et par conséquent un peu mutilée), cette intéressante prémonition. Il n'y a pas assez de détails pour qu'elle puisse entraîner la ferme conviction que la sagacité et le hasard n'en ont pas apporté tous les termes. Cependant, à certains égards, il y a assez de précisions et de prévisions pour qu'elle donne grandement à réfléchir1. Elle paraît cependant assez faible, en comparaison de la prédiction Sonrel.
Lady Esther Stanhopk eut des communications prophétiques d'un certain gentilhomme français, nommé Lusteneau, qui avait annoncé qu'il y aurait à Alep une catastrophe sismique et qu'Alep et Antioche seraient détruites par un tremblement de terre. En 1822, comme M. Wolff était à Alep à un dîner auquel assistaient M. Barker, M. de Lesseps, M. Maseyk, consul du Danemark, on plaisanta pendant le dîner sur une lettre écrite par Lady SïANHOPEà M. Barker, lettre où Lady. Stanhope lui recommandait de ne pas aller à Alep dont la destruction était prochaine. Mais on ne fit qu'eu rire. Quelques jours après un tremblement de terre épouvan-
i. D'ailleurs, pour en juger sainement, il faudra avoir recours à l'original.
table, qui fit 60.000 morts, détruisit Alep et Antioche. M. Barker n'échappa que par miracle l.
Les prémonitions de tremblements de terre sont assez fréquentes, mais elles sont en général trop vagues pour mériter d'être retenues2.
Le Dr Santi raconte qu'une dame de l'aristocratie romaine, le 2 décembre 1909, annonça qu'elle avait vu, en songe, la ville de Messine détruite par un tremblement de terre avec invasion de la mer, et que ce cataclysme aurait lieu le 8, le 18 ou le 28 de ce même mois. Elle écrivit à cet effet au roi d'Italie une lettre, que M. Santi a vue et gardée. Messine a été détruite par un tremblement de terre le 28 décembre3.
A Nice, dans la nuit du 5 au 6 mars 1921, Mad. F... rêve «qu'elle est transportée dans une région très lointaine, aride, déserte, inconnue, où elle ne retrouve rien d'habituel. Dans son rêve, son père (décédé) lui dit qu'elle est au Brésil. Pendant qu'étonnée elle regarde ces paysages nouveaux, elle voit des gens fuir épouvantés; cardes trombes de terre tombaient de tous côtés, à sa grande frayeur ». Elle raconte ce rêve à sou mari, et en parle aussi à son frère.
Or, le matin du 6 mars, les journaux de Nice et de Paris annonçaient — pour la première fois — qu'un tremblement de terre effroyable en Chine avait causé.la mort de près de 250.000 personnes. Il a été impossible à Mad. F... d'avoir quelque nouvelle de cet événement le 5 mars. On avait la veille parlé du Brésil, mais nullement de tremblement déterre.
Est-ce coïncidence ? Est-ce cryptesthésie ? Il est à noter : 1° que jamais Mad. F... n'a eu de rêves de trombes de terre ; 2° que le tremblement de terre chinois est un des plus graves qu'on ait enregistrés depuis longtemps.
Les prémonitions qui suivent portent sur des événements minuscules, mais ce qui est intéressant, c'est la précision des détails.
M. Mittelmayer (cas XXVI de B...)i instituteur à Dingolfing (Bavière), rêve qu'un paysan, revenant de la première messe, vient
1. Bozzano, 334, d'après William Howitt, History of tke supernalural, II, 26. 2 Voy. aussi ce qui a été dit daus A. S. P. à propos du tremblement de terre
de la Martinique.