‹ Traité de métapsychiqueChapitre 218 sur 327 · Flammarion, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Flammarion, loc. cit., p

énorme béret rouge de bouffon; toutes choses singulières. Quelque temps après, elle part inopinément en voyage, va à la Riviera, entre chez un fleuriste dont la boutique est vide, et reconnaît sa vision. Soudain apparaît — on était en carnaval — un moûsieur qui grotesquement s'incline devant elle avec forces révérences. Il avait sur la tête l'énorme béret rouge de bouffon qu'elle avait vu en rêve.

Le cas suivant, communiqué par M. Tweedale, astronome, est très remarquable. Un matin à 4 heures, M. Tweedale rêve qu'il voit à l'est, avant le lever du soleil, une comète. L'impression est si vive qu'il va à son observatoire immédiatement, et il aperçoit tout de suite une comète, invisible à l'œil nu, qu'il voit avec son télescope. Il va alors au télégraphe, avant que le bureau télégraphique ne soit ouvert, pour faire connaître sa découverte. Quelques instants plus tard, il reçoit par son courrier la nouvelle que la comète venait d'être découverte par Barnard et par Hartwig l.

Y a-t-il là prémonition ou cryptesthés\e ?

Le cas suivant, très remarquable, m'a été communiqué par un de mes collègues, M. Z... agrégé de la Faculté.

Un soir de juillet, il va voir un de ses amis. L'ami était absent ; il y avait sa sœur, Mad. E. .. Mon collègue devait partir le surlendemain en vacances, et il a soudain l'idée de proposer à Mad. E..., qui n'a jamais vu passer d'examen, de venir à la Faculté de Médecine, pour assister à une soutenance de thèse. Puis, comme le professeur Z... était seul à Paris, il dit à Mad. E... « Je vais vous emmener ce soir au Cinéma. » Mais il se trouva que le Cinéma était fermé. Alors ils errèrent au hasard, et entrèrent au théâtre du Grand Guignol, juste au moment où la toile se levait. Tout de suite Mad. E. . . , très émue, prit avec force la main du docteur Z..., et lui dit : « C'est mon rêve! ». Elle avait rêvé qu'un homme couvert d'un affreux masque, la casquette rabattue sur la figure, la poursuivait hostilement, une bouteille brisée à la main. Or la pièce (Le masque) représentait un homme dont le visage avait été détruit par un

1. J. S. P. R., novembre 1906, 328, d'après English mecan. science, 1" septembre 1906.

PRÉMONITIONS o07

accident. Le malheureux, étant devenu horrible etrepoussant, portait un masque, avec une casquette rabattue sur les yeux. C'était exactement le rêve de Mad. E...

Dans l'entr'acte, un peu pour rassurer Mad. E.. encore toute tremblante, le DrZ... lui demande si elle n'a pas fait d'autre rêve. « Oui, lui dit-elle, je vous ai vu, venant à moi, dans un palais, avec des statues tout autour. » — « Bon, dit le Dr Z. . . , cest sans doute que vous avez l'autre jour chanté une chanson de Mignon, où il y a des hommes de marbre. »

Le lendemain, dans la salle des Pas Perdus de la Faculté, Z..., allant au-devant de Mad. E. . . la voit encore extrêmement troublée ! « Voilà mon rêve, dit-elle, j'avais vu tout cela, les statues, la grille , et vous arriviez à moi, comme je vous vois venir en ce moment. »

Nous n'avons pas introduit dans notre classification un élément intéressant, c'est l'utilité des prémonitions, celles qu'on pourrait appeler tutélaires. Bozzano a écrit un chapitre spécial sur les Prémonitions qui sauvent. Elles sont relativement rares ; et d'ailleurs, pour être juste, il faudrait aussi parler des prémonitions qui ne sauvent pas, et qui sont beaucoup plus nombreuses.

Dans quelques cas, pourtant, l'avertissement prémonitoire a été assez formel pour qu'on soit presque autorisé à cette conclusion étrange qu'il y a eu une volonté protectrice, extrinsèque, nettement exprimée. Mais ce n'est intéressant que lorsqu'il n'y a pas quelque notion inconsciente ayant pu apporter sur les événements à venir une vague présomption. Il faut, pour donner à ces prémonitions tutélaires le caractère d'une vraie prémonition, que le danger soit tout à fait imprévoyable.

Voici quelques cas de ces prémonitions tutélaires.

M. Wiltshire * un matin, de très bonne heure, est réveillé par une voix qui l'appelle très haut, et à plusieurs reprises. Son fils n'entend rien. La voix, qu'il ne reconnaît pas, avait un accent d'agitation ; et l'impression lui était restée que quelque chose de malheureux se préparait, et qu'on aurait un besoin urgent

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