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Cité par A. de Rochas

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n'excluait pas une certaine finesse. D'ailleurs aucune culture intellectuelle. Elle ne savait pas lire, et au début de sa vie scientifique parlait seulement le napolitain et à peine l'italien. Par la suite, étant fort intelligente, elle a appris à comprendre et môme à parler un peu le français. Elle était de petite taille, plutôt grasse que maigre, avec des mains toutes petites.

Elle a été constamment assez malheureuse. Sou père, un paysan de la campagne napolitaine, mourut assassiné par des brigands : son mari l'a plus ou moins exploitée et brutalisée. Gomme elle était très généreuse et qu'elle donnait aux pauvres, ou dépensait maladroitement, tout ce qu'elle gagnait, elle a fini par mourir dans l'abandon et le dénùment.

Cette excellente créature aété un médium remarquable, d'une complaisance inépuisable, se prêtant aux expériences les plus diverses. La plupart des savants contemporains ayant quelque curiosité dans l'esprit l'ont étudiée. E. Chtaia, d'abord, puis Aksakoff, Schiaparelli, Lombroso, Gerosa, G. Finzi, Morselli, Brofferio, Bozzan'o, Venzano, Carlo Foa, Bottazzi, A. de Gramont, A. de Rochas, J. Maxwell, Ségard, Camille Flammarion, Ochorowicz, Schrenck-Notzing, P. Curie, Mad. Curie, d'Arsonval, Courtier, Siemiradzki, Dariex, Watteville, Sabatier, Fr. Myers, sir Oliver Lodge, M. et Mad.SiDG\viCK,FEiLDiNG, Carrington, Herlitzka, Porro, et bien d'autres1 .

Les séances que donnait Eusapia se faisaient d'abord en pleine lumière, puis, peu à peu, pour que les phénomènes devinssent plus forts, elle demandait que la lumière fût diminuée, meno luce. Finalement l'obscurité était presque complète ; mais, comme dans l'obscurité complète le contrôle devient très difficile, nous avions imaginé de placer à quelque distance une lampe dont la lumière filtrait par une porte ou par une persienue entr'ouverte.

Dans ses expériences, Eusapia se prétendait aidée par son guide, nommé John King, soi-disant frère de Katie King, et père d'EusAPiA dans une autre existence (?) Mais la réalité objective de John King est très vraisemblablement nulle. Cette personnalité médianimique lui est advenue lors de ses premières expériences avec M. Damiani qui à Naples a commencé à la diriger, et surtout avec le chevalier

1. La bibliographie seule des expériences de Eusapia Paladino est considérable. Je renvoie au livre très complet, et parfait à tous égards, de E. Morselli.

Ricmet. — Mélapsychique. 34

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Ercole Chiaia, qui a été le courageux et persévérant protecteur d'EusAPiA,et qui l'a fait connaître au monde savant, dans uue lettre célèbre adressée à G. Lombroso (9 août 1888).

Les expériences d'EusAPiA n'ont pas été inutiles. Tous les savants — sans exception — qui ont expérimenté avec elle ont été finalement convaincus qu'elle produisait des phénomènes authentiques. Il est vrai qu'à Cambridge elle a donné une série d'expériences à demi frauduleuses, parce que les savants expérimentateurs de Cambridge, R. Hodgson surtout, procédaient assez maladroitement en laissant la possibilité et la facilité de la fraude, c'est-à-dire presque eu provoquant la fraude l.

Au moment de l'expérience qui doit déterminer un mouvement d'objet sans contact, Eusapia prévient qu'un phénomène va se produire, de sorte qu'il n'y a pas de surprise. L'attention des observateurs redouble, et toutes précautions à ce moment fatidique peuvent être prises pour que nulle supercherie ne soit possible. C'est le contraire de ce que font les prestidigitateurs de profession, qui exécutent leurs tours au moment même où ils essayent de distraire l'attention des assistants.

Chaque mouvement d'objet à distance semble provoqué par un effort musculaire énergique d'EusAPi.v. Elle contracte ses bras, ses jambes, son corps. Tout se passe comme si sa contraction musculaire devait agir à distance. Elle n'est pas en état de Irance, au début, mais peu à peu, dans le cours de la séance, la irance s'établit, de plus en plus profonde, par un passage graduel.

Elle n'est pas facilement hypnotisable. Oghorowicz la magnétisait après les séances, pour lui donner un sommeil réparateur. De fait, après chaque séance (qui parfois se prolongeait peudant deux ou trois heures) elle était très épuisée.

Les phénomènes métapsychiques produits par Eusapia sont très divers. Il n'y eut pas ou presque pas de faits de lucidité. Ce furent toujours des phénomènes objectifs, surtout des mouvements d'objet sans contact, et des matérialisations. Je ne parlerai dans ce chapitre que des mouvements d'objets sans contact.

1. Sur cette fraude (inconsciente d'ailleurs), Oghorowicz a appelé l'attention dans un mémoire remarquable où il montre à quel point était défectueuse la méthode de Hodgson, qui intentionnellement laissait libre une des mains d'EusAPiA.

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Or, dans ce cas, le point essentiel, unique pour ainsi dire, est de savoir si le mouvement de l'objet peut être déterminé par les mains, les pieds, la tête, le corps d'EusAPiA ; car il faut éliminer absolument l'hypothèse d'une hallucination des assistants, hypothèse prodigieusement absurde, tout aussi absurde que l'hypothèse d'une mauvaise plaisanterie faite par un des assistants. De plus, en toute certitude, il n'y a ni appareils, ni machinations, ni instrumentation. Eusapia, revêtue d'une robe collante noire, n'a ni poches dans cette robe, ni aucun objet, aucune corde, aucun bout de fil de fer à sa portée. Si elle truque ou triche, ce ne peut être qu'avec ses mains nues.

Tous ceux qui ont expérimenté avec elle le savent. Aussi leur unique souci était-il de bien tenir les mains.

Voici comment à ce propos je répondais à R. Hodgson. « Dire : la main est bien tenue, cela signifie d'abord qu'on n'a aucun doute sur le côté de la main qu'on tient. Si, en tenant la main pendant qu'un phénomène se produisait, je n'étais absolument sur que c'était la main droite (au cas où j'avais pour mission de tenir la main droite) aussitôt j'arrêtais tout, en disant : j'ai lâché la main, et tous les expérimentateurs faisaient de même. Nous avions pris le parti de tenir la main fortement, tous les doigts dans notre paume, ou le poignet et une partie des doigts. Nous avions soin, à chaque phénomène, de nous rappeler, les uns et les autres, à l'observation exacte. Dix fois, cent fois dans le cours d'une séance, de manière à en être insupportables, ad nauseam nous répétions : je tiens bien la main droite, je tiens bien la main gauche. Nous n'avions pas d'autre préoccupation que d'empêcher une des mains d'Eus\piA de nous échapper. Eh bien ! sans nous croire plus perspicaces et plus habiles qu'il ne convient, il me semble qu'après trois mois d'exercice et de méditation, ou peut arriver à la certitude qu'on tient bien une main humaine1. »

1. Dans une expérience qui fut très brillante, chez moi, à Carqueiranne, Mad. Sidgwick tenait la main gauche d'EosAPiA : mon savant et regretté ami. Ch. Ségard, médecin en chef de la marine, tenait la main droite. Je lui demande, au moment où le piano, placé à trente-cinq centimètres d'EusAPiA, avait résonné : « Es-tu sûr que tu tiens bien la main, et la même main ». Et sur son affirmation, j'ajoutais : « Prends garde, si tu te trompes, c'est de la complicité ». Dans cette expérience, 0. Lodge, (je crois), tenait les pieds. H. Sidgwick déclara alors que l'expérience était irréprochable, mais que pourtant un objet pouvait être tenu par Eusapia

532 metapsychique objective

Les cas de mouvements d'objet sans contact, soit de la table, soit des objets environnants, sont innombrables. Le premier récit détaillé (exp. de Naples, 1891) a été donné par

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