‹ Traité de métapsychiqueChapitre 242 sur 327 · SAPIA · texte numérisé non relu

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3° Mad. K..., femme d'un peintre, médium non professionnelle, met légèrement la main sur uu piano pesant 650 kilogrammes; ce piano s'est déplacé, et un pied s'est élevé de 15 centimètres. Cependant Mad .K... ne touchait le piano, ni par les pieds ni par les genoux : la lumière était suffisante pour bien voir. Mad. K... touchait légèrement le couvercle de ce lourd objet. Le couvercle du piano s'est fermé et abaissé avec bruit.

4U Wir.LY S..., un jeune étudiant dentiste, de seize ans, médium non professionnel, a donné aussi de nombreux cas de télékiuésie ; et presque toujours, comme avec Marthe Béraud, ces télékinésies étaient produites par des ectoplasmes.

Si j'ai rapporté ces cas de télékiuésie, très bien exposés par Schrenck, ce n'est pas qu'en soi ils constituent autre chose qu'uue affirmation nouvelle, — qui n'est jamais inutile — de la réalité de la télékiuésie. Mais c'est surtout parce que je voulais préciser, comme l'a fait aussi Schrenck, la relation entre la télékinésie et l'ectoplasmie.

Dans mes expériences avec Eusapia j'avais dès 1895 constaté qu'il y avait, en même temps que mouvement télékinétique des objets, formation de moignons informes, à peine visibles, constituant des membres adventices pour ainsi dire, comme desefflorescences, pour lesquelles j'avais proposé le mot d'ectoplasme, qui est aujourd'hui partout adopté. Les cas sont nombreux dans lesquels on a vu comme des tiges rigides, résistantes, sortir du corps d'EusAPiA. Maintes fois il m'est arrivé, pendant que ses pieds et ses mains étaient tenus d'une manière irréprochable, de sentir, en approchant la main de sa robe, comme un objet résistant et mobile, informe. H. Sidgwick a fait la même constatation : de même aussi Dessoir, de même sir Oliver Lodge. Et cependant ces observateurs étaient d'un scepticisme extrême, presque résolus à contester

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les phénomènes. Les expérimentateurs américains de Columbia University, plus sceptiques encore peut-être que Dessoir et H. Sidgwick, disent que, dans trois circonstances, ils ont observé des projections bizarres semblant partir du corps d'EusAPiA (dans un cas, du milieu de son dos), qui lui rentraient ensuite dans le corps. Ces pseudopodes ectoplasmiques étaient entourés par le rideau, de sorte qu'on ne pouvait pas juger de leur forme. Une fois une tige semblant avoir 0m,33 de longueur est sortie du pied d'EusAPiA, s'est approchée de la table, en a touché le plateau, et a renversé les objets qui s'y trouvaient. C'est à une conclusion analogue que sont arrivés les membres de l'Institut psychologique de Paris (Courtier, d'Arsonval, Yourjeviïch).

Par conséquent, simultanément avec les télékinésies, il y a ectoplasmies, formations de membres rudimentaires, de tiges, de forces matérielles plus ou moins visibles, sortant du corps de la médium.

Les belles observations d'OcHORowicz donnent une importante confirmation à ces faits.

En effet il a pu voir, et photographier, une sorte de fil fluidique par lequel se faisaient les télékinésies de Stanislawa. Ces forces, qu'il appelle les rayons rigides, peuvent se courber, se déplacer pour obteuir (selon la volonté de la médium ?) tel ou tel effet mécanique. Ce fil fluidique n'est pas toujours visible et photographiable. Mais il est bien probable qu'à une première phase de sa formation il est invisible, et cependant capable de mouvoir les objets.

Ces rayons rigides semblent sortir des mains ou des ongles de Stanislawa. Au voisinage de sa main, ils ont l'apparence d'un faisceau. On ne peut les comparer à un fil ordinaire (un cheveu, un fil de cocon, un fil) ; car sur leur parcours ils ont des renflements semblables aux ondes d'une corde qui, lorsqu'elle vibre, présente des renflements, des nodosités de place en place. Leur image photographique est discontinue. Et c'est là un phénomène d'une extrême importance ; car cela exclut absolument l'hypothèse, très absurde dans ces cas si bien observés, d'une fraude.

Pour mouvoir un objet rond (ou une boule en celluloïde par exemple), comme si un seul fil ne suffisait pas, il s'en forme plu-

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sieurs, presque tout uu système de filameuts eu forme de filet qui entourent l'objet qui est à mouvoir (Schrenck).

Schrenck-Notzing a pu donner (planche V, voy. p. 547) un agrandissement de ce fil fluidique photographié. Il penche à croire qu'il y a un faisceau de fils, taudis que pour Oghorowicz c'est plutôt par une sorte d'adhésion à l'objet que le fil fluidique est capable d'exercer une action mécanique.

Les observations que Schrenck a faite avec Willy sont tout à fait en accord avec ce que nous ont donué Stanislawa et Eusapia.

Avec un contrôle rigoureux, Willy étant revêtu d'un vêtement de tricot lacé derrière le dos, que Schrenck avait apporté. Les phénomènes qu'il a produits furent tout à fait analogues à ceux que présentent d'une part Marthk Béraud, d'autre part Eusapia. Une main se faisait, sentir à tous les assistants, et déplaçait les objets voisins, encore que les mains de Willy fussent soigneusement contrôlées, et le contact pouvait en être senti avant qu'elle ne fût visible. Cette main avait toutes les apparences d'une main vivante. Elle semblait froide et humide, à peau un peu rugueuse, manifestement plus grande que la main de Willy. Quelquefois les doigts étaient en forme de moignons. Dans un cas il fut essayé de faire soudainement la lumière. Alors un tissu blanc qui s'était formé autour du cou du médium disparut rapidement en faisant des mouvements de reptation comme un ver, dans le tricot noir dont Willy avait été revêtu. Le soin avec lequel le médium avait été exploré rend absolument impossible l'hypothèse que des tissus avaient été frauduleusement apportés (dans la maison de Schrenck), D'ailleurs ces tissus ectoplasmiques avaient la singulière propriété de se mouvoir spontanément (!!) Dans un cas on put mettre un fragment de ces tissus dans un tube : il remua avec vivacité pendant quelque temps, puis disparut subitement. {Am 10 janvier 1920 halte Kap. K. einen Teil der Substanz bereits in einem Rôhrchen aufgefangen. Dasselbe bewegte sich innerhalb des Glases lebhaft und verschwand blitzartig schnell, als der Beobachter die Rôhre zu schliessen versuchte). —

Les expériences de Cuawford, quoique étant d'une lecture difficile, ^montrent, mieux que tout ce qui avait été écrit jusqu'ici, l'étroite relation qui unit la télékinésie et l'ectoplasmie. Toutes

ces expériences ont été faites avec Miss Kathleen Goligheb, une jeune fille de vingt et un ans, non professionnelle. La lumière était celle d'un bec de gaz entouré d'un papier rouge, suffisante pour suivre tous les mouvements des assistants.

Dès le début de la séance on entend des raps, d'abord légers, puis violents comme des coups de marteau, quelquefois rythmés. Dans certains cas la table a été soulevée à une hauteur de lm,02 au-dessus du sol. Sans être touchée par qui que ce soit, elle oscillait dans l'espace et se balançait.

Ce qu'il y a de nouveau dans les expériences de Grawford, c'est qu'il avait placé sa médium sur une balance et qu'il voyait les variations de son poids en fonction de la lévitation produite. Le poids de Miss Goligher avec sa chaise était avant la lévitation de 62 kilogrammes. Pendant la lévitation le poids a augmenté de lkg,386. Or le poids de la table soulevée était de lkg,200.

Avec des tables différentes, plus lourdes, le résultat a été le même. Toujours, pendant la lévitation, le poids du médium augmente, et d'une quantité égale au poids delà table.

Tout se passe, dit Grawford, comme s'il s'était établi une connexion mécanique (invisible ?) entre la médium et lalable ; et il est impossible de ne pas rapprocher ces importantes observations de ce qui a été constaté avec Home, Eusapia et Stanislawa Tomczyk.

La matière qui produit ces télékinésies est une sorte de levier, de baguette (cantilever) qui sort facilement du corps du médium, et y rentre de même. Elle peut se courber, s'incliner, se diriger, dans tel ou tel sens. Elle ne peut guère agir au delà d'une distance de 4m,50 Elle peut changer de consistance, saisir des objets, devenir assez dure pour donner des coups violents. Ses dimensions sont variables. Si l'on entoure le corps du médium de vêtements, la tige ectoplasmique peut traverser ces vêtements, surtout si le tissu est près du corps ; car, à une certaine distance, les toiles, tissus, papiers, empêchent la force d'agir. A son extrémité elle a une certaine force adhésive, comme si elle se collait aux objets qui doivent être soulevés. L'ectoplasme a une structure qui n'a pas pu être déterminée. Quoique certainement il sorte du corps de la médium, aucune pression n'est sentie, aucune impression n'est éprouvée.

Il est impossible d'exagérer l'importance de ces faits extraordi-

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