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A. S. P., 1892, II

MOUVEMENTS D'OBJETS (tÉLÉKINÉSIEs)

PcilÛ, 19 canif \<$oy- - Cf. iéS?.

&. de Fflntenai/.

Fig. 47. — Ectoplasmic de Linda Gazzera (d'après Ch. Richet et G. de Fontenay).

Exp. du 19 avril 1905.

De Fontenay à droite, Argentine à gauche. Je tenais la main droite tout le temps sans une seule interruption. La main qui apparaît très haut derrière le rideau est reliée par un fil fluidique à la tète de I.inda. Celle main est hieu formée. On voit l'ongle et toutes les phalanges. Expérience faite chez moi dans ma bibliothèque.

main gauche; un étui est mis sur mon nez, et je sens des doigts qui me touchent le nez et la figure. Dans la dernière expérience, la plus nette et la plus hrillaute de toutes, il n'y avait que moi, Mad. Gh. R... et Mad. F... J'ai tenu tout le temps (souligné dans mes notes) les deux mains de L..., de sorte que je puis en absolue certitude affirmer qu'elle n'a pu rien faire avec ses mains. La chaise de Mad. F... a alors été enlevée, et transportée au milieu de la chambre, puis rendue à Mad. F... J'ai reçu une fleur que j'avais mise à une planche du haut de l'armoire, difficilement abordable à la main, inabordable à la tête. J'ai été touché par quelque chose qui était derrière le rideau, sans pouvoir affirmer que c'était une main. » Il résulte de là que les expériences de télékinésie réussissent très bien avec Linda. Avec elle le contrôle est beaucoup plus facile qu'avec Eusapia; car les mouvements des mains de Linda sont presque nuls, non tumultueux comme ceux de la main d'EusAPiA. Dans les premières expériences la main fluidique que je sentais était froide et rigide; dans la quatrième expérience, elle était chaude, articulée et souple.

Chez une médium A..., observée par J. Maxwell, les mouvements d'objet sans contact, en pleine lumière, n'étaient pas très fréquents. Mais, comme ils se produisaient en plein jour, même en présence de J. Maxwell seul, et sans le cortège habituel des séances de spiritisme, ils pouvaient être constatés dans des conditions de contrôle excellent, qui ne laissent pas de place au doute.

Le phénomène que donnait A... était dépourvu de tout mysticisme, aussi net et aussi simple qu'un phénomène élémentaire de ..physique physiologique. A... approchait les mains d'un objet quelconque, essayait de l'attirer, et quelquefois l'objet se déplaçait de quelques centimètres. Étant seul avec A... je l'ai vue attirer et mouvoir un éventail. C'était en plein soleil, par une journée de grande chaleur. Le mouvement n'a pas été intense; mais l'essentiel est qu'il y a eu mouvement.

Avec A..., les raps étaient très nets : parfois, quand elle mettait les mains sur une table, sur une canne, sur un bout de bois quelconque, on entendait des crépitements et des coups frappés, et on sentait des vibrations.

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Avec S. Tomczyk, j'ai pu voir de très bons exemples de mouvement sans contact. A distance elle pouvait faire mouvoir une légère boule parfaitement ronde et la soulever.

Ces expériences, faites avec trois médiums différents, et d'ailleurs excellents, auraient peut-être été impuissantes à me former une conviction sur la réalité des mouvements sans contact, si je n'avais pas eu déjà mon opinion faite, grâce à mes longues expérimentations avec Eusapia. Les beaux faits de télékinésie présentés par A..., par S. T..., et par Linda. ne m'ont nullement surpris, et m'ont fortement confirmé dans ma conviction.

Je serais même tenté de croire que ces phénomènes de télékinésie ne sont pas extrêmement rares, et qu'ils ont été constatés dans les cercles spirites assez souvent, en des conditions malheureusement peu précises. Les spirites ne les publient guère quand ils ne comportent aucune conséquence doctrinale, et qu'ils ne sont pas entourés d'un appareil mélodramatique. Ils n'en tiennent pas grand compte, et ils ont tort.

En effet la télékinésie est un des phénomènes les plus importants de la mélapsychique. 11 ne faut pas le dédaigner parce qu'il est élémentaire : pas plus qu'un chimiste n'aurait le droit de dédaigner les lois de combinaison de l'hydrogène avec l'oxygène, sous prétexte que c'est un phénomène élémentaire.

En tout cas, nous croyons avoir établi que le phénomène de la télékinésie n'est pas contestable. Si extraordinaire qu'il paraisse tout d'abord, il est, par toutes ces multiples expériences relatées plus haut, bien établi, aussi solidement établi que les faits les plus solides de la physique et de la physiologie.

Nous pouvons formuler ainsi le principe de la télékinésie : dans certaines conditions il peut y avoir mouvements d' objets même volumineux et lourds, sans contact et sans intervention d'aucune force mécanique connue.

On peut tenter diverses explications. D'abord je signalerai une expérience que malheureusement les physiciens n'ont guère encore étudiée (magnétomètre de l'abbé Fortin). Si l'on place une petite lame de papier, en forme d'une flèche de boussole, sur un axe

léger, comme une aiguille par exemple, de sorte que la lamelle de papier, avec frottement très doux, peut tourner autour de l'aiguille, ou, mieux encore, si l'on suspend cette lame de papier à un fil de soie, dans un cylindre de verre, alors, dès qu'on approche la main, la lamelle tourne, tantôt en se rapprochant, tantôt en s'éloignantdela main. Ce phénomène est-il électrique? est-il thermique? Je laisse aux physiciens le soin de décider1.

Il est regrettable et surprenant que les physiciens n'aient pas consenti à examiner scrupuleusement cette action dite vitale sur le mouvement des objets2.

M. Joire a pu construire un appareil très simple qu'il appelle le sthénomètre3.

C'est une aiguille placée sur un pivot et pouvant tourner librement sur ce pivot. Le pivot repose lui-même sur un cercle gradué. Le tout est enfermé dans un cylindre de verre bien hermétique et posé sur un socle (qu'il convient de rendre absolument horizontal au moyen d'un niveau d'eau). Si l'on approche la main de l'aiguille, on constate qu'elle tourne sur son axe, se déplace d'un certain angle sur le cadran. M. Joire a pu^élimi'ner toute cause mécanique extérieure, l'ébranlement du plancher, une influence thermique, ou électrique, ou lumineuse. Il y avait tout de même déplacement de l'aiguille.

Malheureusement, au lieu d'approfondir davantage les éléments physiques du problème. M. Joire a recherché les variétés que l'état de santé ou de maladie exerce sur les déviations du sthénomètre. C'est prématuré. Il faut d'abord établir la physiologie. La pathologie viendra plus tard. Il est bien à désirer que les curieuses expé-

1. Surbled, Spiritualisme et spiritisme (Bibl. des sciences psychiques), 2° édit., 1898, 160. — Stënson Hooker, Sur les radiations humaines, A. S. P., 1906, 315. — J. Regnault, Phénomènes odiques et radiations nouvelles, A. S. P., 1905, 174. — Dans le journal de Gaston Méry {Echo du merveilleux) de nombreux articles ont été consacrés à cette étude, qui est encore très embryonnaire, aussi incertaine que les théories du corps astral, des effluves odiques, du rayonnement humain, de la magnétisation à distance.

2. H. Baraduc s'est imaginé que chaque individu avait un pouvoir spécial, attractif ou répulsif, et il a écrit sur ce sujet un gros livre, honnête, loyal, mais où toute critique scientifique est désastreusement absente. La force vitale. L'âme humaine. Ses mouvements, Paris, 8°.

3. Etude d'une force extériorisée par l'organisme vivant, et observations faites au moyen du sthénomètre (A. S. P., 1904, XIV, 242-253 et 1906, 752).

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riences, si coufuses, parfois si ridicules, en lesquelles Baraduc avait une foi uaïve, soieut méthodiquement entreprises.

Même si elles réussissaient, même s'il était prouvé qu'une cer^ taiue force d'attraction est exercée par le corps, il n'est pas certain du tout qu'il y ait une relation entre cette minuscule force d'attraction (involontaire) et les énormes déplacements d'objets volumineux produits à volonté par les médiums. Cela est possible, mais les causes du mouvement dans un cas et dans l'autre sont probablement très différentes.

Puisque aussi bien il y a dégagement d'électricité par les combustious interorganiques, et qu'on peut le constater au galvanomètre dans les tissus de la main, il n'y a rien d'absurde à supposer qu'il y a là un phénomène électrique1. Il est donc possible, et même probable, que les phénomènes de mouvement sans contact provoqués (par l'approche de la main) sur une étroite et mince feuille de papier, ou sur une lamelle de sureau, soient d'ordre électrique comme dans le pendule électrique de Coulomb.

A vrai dire cette expérience de physique n'éclaircit guère comment il peut y avoir mouvement d'une lourde table, d'un gros melon, d'une sonnette, d'un piano, d'une bouteille ; car ce ne sont certainement pas des phénomènes électriques. Ou du moius, pour être prudent, si ce sont des phénomènes électriques, ils n'ont aucun rapport avec les phénomènes électriques connus. Quoiqu'il soit imprudent d'émettre des conclusions négatives, je ne crois nullement que la solution de ce problème de physiologie normale résoudra la question métapsychique de la télékinésie.

Pourtant on n'a pas le droit de négliger ce fait important qu'il y a eu pleine lumière mouvements de très légers objets électrisables produits par des individus qui n'ont aucune vertu médianimique.

Laissons les mouvements légers, et venons aux grands déplacements d'objets lourds, de tables pesantes, etc.

Si l'on étudie avec soin les télékiuésies produites par Slade, Home, Eusapia, on verra qu'elles semblent toujours parallèles aux

1. W aller vient de démontrer, au Congrès de Physiologie de Paris (1920) que toutes les émotions de l'àme se traduisaient par un immédiat changement dans la conduction électrique par les tissus de la main.

matérialisations. Les médiums qui donnent les télékioésies les plus intenses sout aussi ceux qui donnent les matérialisations les plus éclatantes. Déjà on en peut induire qu'il y a quelque relation entre ces deux modalités d'une médiumnité puissante.

Mais, en approfondissant encore le mode des mouvements d'objets, on voit que, le plus souvent, soit avec Slade, soit avec Home, soit avec Eusapia, ils semblent produits par un être humain, et ne dépassent pas la limite des forces d'un être humain moyen. Us se produisent facilement quand l'objet est léger, plus difficilement quand l'objet est lourd; et, quand l'objet est très lourd, ils ne se produisent plus du tout. Dire que la force qui déplace les objets est limitée, et qu'elle est à peu près de l'ordre d'une force humaine, c'est.avancerla question, puisque, s'il s'agissait d'une force d'ordre transcendental, différente des forces mécaniques connues, et d'une autre nature essentielle, il n'y aurait pas de raison pour qu'un poids de mille kilos ne fût pas soulevé aussi facilement qu'uu poids d'un gramme.

Avec Eusapia on a toutes les formes de transition entre le mouvement produit par une main matérialisée, et le mouvement effectué à distance sans que la main soit vue. Quand, dans la demiobscurité, on entend un coup formidable, frappé sur la table, il est presque impossible de ne pas supposer que c'est un coup de poiug. Pourtant en général le poiug est invisible, et, dans la même séance, on a des attouchements, encore qu'on ne puisse rien voir. De même encore, quand une bouteille est prise, de l'eau versée dans un verre, et le verre porté aux lèvres des assistants, comment comprendre ces mouvements d'objets s'ils n'ont pas été effectués par une main?

Faisons alors une hypothèse — et devant ces faits étranges l'hypothèse est permise — c'est que la matérialisation comporte deux phases : une première phase de matérialisation invisible (malgré l'apparence paradoxale de l'expression) avec action mécanique, une seconde phase de matérialisation visible et avec action mécanique. Alors tout sera cohérent. Et nous pouvons reprendre notre comparaison entre la projection d'une force mécanique, et la projection d'une force lumineuse, comme nous l'avons indiqué au début de ce chapitre.

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Nous mettons la main devant un miroir. L'image de la main apparaît. Nous posons (à distance], la main sur une balance. Si la balance se déplace, c'est la première phase de la matérialisation ; la mécanisation et non la visualisation encore. Que la projection delà main soit plus intense, la main apparaîtra, informe d'abord, entourée de draperies, mais peu à peu devenant plus main qu'elle ne l'était d'abord.

Nous reviendrons sur cette hypothèse quand nous traiterons des matérialisations. Mais, quelle que soit l'hypothèse, le fait des mouvements d'objets sans contact est indiscutable, et il serait puéril de le nier parce qu'on ne le comprend pas.

Toutefois, quoique pour nous le fait soit prouvé, il serait hautement désirable qu'une étude approfondie eu fût faite de nouveau, en se dégageant, ce qui est assez délicat, vu l'état d'âme des médiums, de toutes considérations autres que celles de la froide physique mécanique. Malheureusement ces phénomènes, extrêmement rares quand ils sont intenses, ne se manient pas commodément. Un médium semble nécessaire. Les résultats varient d'un jour à l'autre. L'obscurité — ou au moins la pénombre — est indispensable. Ce sont là des conditions qui rendent l'expérimentation prodigieusement difficile.

Malgré ces difficultés, les admirables expériences d'OcHonowicz avec Stanislawa Tomczyk, de Mad. Bisson et de Schrenck-Notzing avec Marthe Béraud, de Crawkord avec Miss Goligher, confirmant ce qui avait été soupçonné avec plus ou moins de précision par William Crookes avec Home, par nous-même avec Eusapia, ont établi ce fdit d'une importance primordiale que les mouvements à distance sans contact, c'est-à-dire les télékinésies, constituent la première étape de la matérialisation. Schrenck-Notzing a résumé les preuves qu'on peut apporter à l'appui de cette proposition dans un livre excellent qui vient de paraître ». Dans cet ouvrage, nulle place n'est faite à la théorie : ce qui n'est pas plus une critique qu'un éloge. Mais les faits sont accumulés en bon ordre, et si bien disposés qu'ils entraînent la conviction.

1. Physikalische l'haenomene des Mediumismus, Miinchen, E. Reinhardt, 1920.

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Pource qui est de la télékinésie simple, les exemples mentionnés plus haut par nous suffisaient déjà. Schrenck ajoute les observations personnelles qu'il a faites. •

1° Stanislawa Tomczyk lui a donné les mêmes beaux résultats de télékinésie qu'avait eus Ochorowicz. Les expériences avaient lieu dan& la maison même de Sghrenck : il y avait comme assistants le colonel J. Peter, les Drs Durig, Specht, France, et parfois d'autres savants. La lumière rouge était suffisante pour bien voir tous les mouvements du médium. La. source lumineuse était derrière son dos. Les bras étaient nus ; les mains explorées à la loupe.

Dans ces conditions une boule de celluloïde, comme une boule de billard, a été remuée par la simple approche des mains de Stanislawa, un pèse-lettre s'est abaissé avec une pression de 50 grammes, une balance à double plateau s'est abaissée de 5 centimètres ; des boules de celluloïde placées dans un verre se sont remuées ; une cuiller à thé, quh était dans un verre, a été, sans contact, projetée hors du verre. Toutes ces expériences, identiques à celles qu'a indiquées si nettement Ochorowicz, ont été répétées plusieurs fois. L'hypothèse d'une fraude est absolument impossible, car l'attention des observateurs se portait sur l'exploration des mains qui souvent restaient immobiles pendant que les objets se mouvaient.

2° Eusapia Paladino a donné de très beaux cas de télékinésie. A Munich, en présence du professeur Dessoir, très sceptique, aucun contact ne pouvant avoir lieu entre Eusapia et le rideau, il y a eu des grands mouvements de divers objets placés derrière le rideau, et mouvements du rideau lui-même. Schrenck mentionne . aussi l'expérience, faite chez moi à Carqueiranne, dune boule de billard qui a été transportée sur la table. Une lampe placée derrière un paravent permettait de bien voir tous les mouvements du médium. Les pieds d'EusAPiA étaient contrôlés par le D'Beretta. Oliver Lodge et moi nous contrôlions le côté droit ; Mad. Sidgwick et Schrenck, le côté gauche. Dans cette belle expérience, il y a eu transport d'un gros melon; une boîte de musique a joué; une carafe pleine d'eau a été transportée sur la table. Une autre fois, à Carqueiranne encore, Eusapia met ses deux mains sur l'épaule

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d'OcHOROwrcz ; la table s'élève des quatre pieds à 30 centimètres pendant quatre secondes. Flournoy décrit une expérience qu'il a faite chez ScHRENCKà Munich, avec Eusapia, et dit qu'uue force invisible maintenait la table en l'air, et la faisait osciller, sans qu'elle fût touchée soit par les mains, soit par les pieds d'Eu-

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