C. — Des bruits et des rapts
En général ces déplacements d'objets ne témoignent guère d'intelligence. Il semble que tout l'effort de la force qui agit consiste en uue action mécanique, aussi intense, aussi étonnante que possible. Mais il en est autrement pour les légers bruits produits dans
1. A voir notamment un écrit posthume : The psychic structures of the Goli-. gher Circle (J. Watkics, Londres, 1921), et le mémoire des Schrsnck à ce sujet Dos Matérialisations problème (Psych. Sludien, mai 1921).
les tables ou les objets voisins, bruits qui ont été entendus pour la première fois par les sœurs Fox et qui ont été le point de départ de toute la métapsychique. Ces bruits, déterminés dans les tables ou dans les objets par des forces intelligentes, ont été nommés en langue anglaise des raps, et c'est ce mot, consacré par l'usage, que nous emploierons.
Voici en quoi consiste ce phénomène, simple et important.
Quand on est assis autour d'une table, avec un médium puissant, en même temps qu'il y a des mouvements de la table, il y a des ébranlements du bois de la table, se traduisant par des coups qu'on perçoit bien, qui sont le plus souvent faibles, mais parfois assez forts pour être entendus à assez grande distance.
Pour ne pas admettre le pouvoir télékinésique qui aboutit à la production de raps, on a fait quantité d'hypothèses saugrenues, dont il ne reste plus rien. M. Schiff avait admis un déplacement du long péronier latéral, ce qui a été possible daus le cas absolument exceptionnel de M. Schiff lui-même. Mais il serait insensé de croire à la généralité de ce phénomène. Mad. Sidgwick * dit qu'il peut se produire anormalement des craquements dans le genou. Mais c'est encore une rarissime exception.
D'ailleurs il est évident que si le médium peut toucher la table (par la tête, les mains ou les pieds), il pourra faire entendre tous les raps qu'il voudra. Mais est-il donc impossible de s'assurer que le médium est immobile quand il ne touche pas la table ?
Les raps se produisent quand on touche la table ; mais, dans certains cas fort rares, ils se produisent sans qu'il y ait contact. Et c'est là un très beau phénomène essentiel, très essentiel, qu'on devrai t étudier avec plus de soin que ne l'ont fait les spirites, aveuglés par leur désir d'avoir de mirifiques et fantasmatiques phénomènes. Pourtant le phénomène des raps constitue, quand il est incontestable, la preuve éclatante qu'il existe des forces agissant mécaniquement sur les choses, et indépendantes de nos contractions musculaires. Pour moi je le considère, malgré sa simplicité, ou plutôt à cause de sa simplicité, comme le plus beau phénomène de la métapsychique.
1. The physical phenomena of spiritualism, P. S. P. R., XIII, 14b.
COUPS ET RAPS 567
Le plus souvent, il est vrai, les raps se produisent quand le médium touche la table, et alors on peut invoquer et on a invoqué des causes diverses. Mais il ne faut pas oublier qu'en môme temps qu'on entend un bruit, la table vibre, et on sent distinctement V ébranlement du bois. Quand on applique l'oreille sur la table, on entend, si les assistants font silence, des coups répétés, très faibles, comme un tambourinage parfois. On peut même, dans certains cas, provoquer des bruits rythmés comme une marche, une fanfare, et cependant la main du médium est immobile, et, dans certains cas le médium n'est nulle part en contact avec la table.
J. Maxwell, qui a eu l'heureuse fortune de pouvoir observer un médium qui produisait des raps en pleine lumière, en a fait une très attentive étude (p. 67). « J'en ai eu si fréquemment avec la plus vive clarté que je me demande si l'obscurité les favorise au même point que certains autres phénomènes. Le contact des mains (avec la table) n'est d'ailleurs pas nécessaire pour obtenir des raps. J'en ai obtenu très facilement sans contact. Lorsqu'on a réussi à avoir des raps avec contact, un des moyens les plus sûrs pour les obtenir ensuite sans contact est de conserver un certain temps les mains appuyées sur la table, puis de les soulever avec une extrême lenteur, en maintenant la face palmaire tournée vers le plateau de la table... » Maxwell a obtenu des raps retentissants dans des salles de restaurant, dans des buffets de chemins de fer, assez forts pour attirer l'attention du public... « Dans une maison que l'homme de génie qui l'a habitée a rendue célèbre, les raps ont attiré l'attention soupçonneuse du gardien. La tonalité des raps est essentiellement variable ; ils peuvent ressembler au bruit léger que fait une souris, au bruit d'une scie, à celui des ongles frappant sur le bois ou grinçant sur une étoffe. » Chacune des personnifications qui prétendent intervenir a son mode spécial dans la production de raps.
Les raps ne peuvent être dus à des craquements occasionnés par l'humidité du bois qui joue, car ils sont intelligents. C'est cela qui est singulier et admirable. Une table qu'on ne touche pas est donc parfois animée de vibrations sonores qui ne se produisent pas au hasard, mais au contraire veulent dire quelque chose. Aussi peuton entretenir uue sorte de conversation avec la force intelligente qui se manifeste dans la table par des vibrations plus ou moins
sonores. Si l'on épèle un alphabet, le rap se produira à telle ou telle lettre, et la succession de ces lettres doDne un mot ayant un sens. C'est uue phrase qui veut dire quelque chose. Peu nous importe pour le moment de savoir ce qui est dit, il suffit de constater : 1° que les coups ne sont pas dus à une contraction musculaire ou à tout autre mouvement du médium, puisque le médium ne touche pas la table ou qu'il est absolument immobile; 2° que les coups prouvent une intelligence qui veut dire quelque chose.
M. W. J. Cuawford dans son livre1 s'exprime ainsi à propos des raps obtenus par Miss Kathleen Goligher... « On entend tout de suite, dès que la séance a commencé, des bruits, tap, tap, tap, sur le plancher, près du médium. Ils deviennent de plus en plus forts, sur la table, sur la Chaise des assistauts, quelquefois les sons sont comme des coups de marteau si forts qu'on les eutend du dehors, et ils ébrauleut le plancher et les chaises. Ils peuveut imiter admirablement des bruits divers : le pas d'un homme, le trot d'un cheval, le frottement d'une allumette, une balle qui rebondit. »
Très remarquables aussi, et entraînant la conviction, les faits qu'a notés J. Hïslop, qui n'est pas suspect de tendresse pour la métapsychique objective2. Avec H^slop, le D' Creery a fait les mêmes constatatious. Il s'agit d'un vieux nègre aveugle, ignorant, qui, eu mettant les mains sur une table, sur uu violon, sur une porte, obtenait des raps très forts. La main ne faisait pas le moindre mouvement. Bien plus, il y avait encore des raps quand les mains ne touchaient rien, et qu'elles étaient en pleiue lumière. Les coups étaient si forts qu'on les entendait à cinq ou six pieds de distance. Hï'slop conclut en disant : We had fair évidence for the existence of rapsunder unusual circumstances. Avec le même sujet, M. Clawson a eu des résultats meilleurs encore.
La réalité des raps est d'une importance primordiale, et ce phénomène contient presque la métapsychique tout entière. S'il est établi que des vibrations mécaniques de la matière peuvent se produire, à distance, sans contact, et d'autre part que ces vibrations