Il en a donné une description détaillée
traster fortement avec les contours nets et précis de l'épaule d'AiscHA. Une épaisse barbe noire, comme posticlie, semble apposée à la bouche et au menton. On remarque aussi une masse fluidique blanchâtre, eu avant du rideau, qui ne peut être une erreur photographique, encore que nous ne l'ayons remarquée que sur la
Fig. 21. — Photographie de Bien Boa. On voit Marthe assise. Remarquer le casque enveloppé de draperies, la position élevée de la l'orme, qui est en avant de Marthe, dans un plan antérieur, sans paraître soutenue par des membres inférieurs. La photographie stéréoseopique est bien meilleure que cette reproduction.
photographie. Elle se trouve dans deux photographies prises par des appareils diiïérents. Le plan où est le fantôme est en avant du plan où est Marthe. Il semble que Bien-Boa n'ait qu'un buste qui flotte dans l'espace, en avant de Marthe, dont on voit le corsage. Au
bas, entre le rideau et la robe noire de Marthe, deux sortes de bâtons blanchâtres droits, servant de sustentation à l'étrange personnage de Bien-Boa.
Le seul côté défectueux de l'expérience jugée par la photographie, c'est que la main gauche de Marthe, qui paraît s'appuyer sur le fauteuil d'AiscHA, semble vide, encore que la vacuité ne soit pas complète. Mais on voit si bien le corsage, les genoux et tout le corps de Marthe, que cette apparente vacuité de la manche gauche ne me semble pas devoir être une objection bien grave, encore que j'aie pris soin d'appeler toute l'attention sur ce point.
// est absolument impossible que le fantôme soit une personne étrangère s'étant introduite daris le cabinet; et il est impossible que Marthe ait pu se revêtir d'un casque, d'un drap, et disposer d'un mannequin qui la remplace sur sa chaise, en même temps qu'elle avait provoqué un nuage blanchâtre en avant du rideau. Tout se passe comme si des vapeurs fluidiques sortaient de sa tête et de son côté droit, pour masquer la tête et le côté droit, et s'élever dans l'air sans autre sustentation que la tête et le corps de Marthe.
J'ai pu voir à la villa Carmen une autre matérialisation tout à fait précise l.
La veille du jour où je devais, après un long séjour, repartir d'Alger, Bien-Boa, parlant par la voix de Marthe 2, essayant de me retenir, me dit : « Reste ! Tu verras celle que tu désires ». On comprend que je sois resté.
Or, le lendemain, très peu de temps, presque tout de suite, après que le rideau fut fermé, le rideau se rouvre, et, dans l'entrebâillement des deux côtés, apparut une figure de jeune femme, extrêmement jolie, ou plutôt belle, avec une sorte de ruban doré, de diadème recouvrant ses cheveux blonds et le haut de la tête. Elle riait de bon cœur, presque aux éclats, pour ainsi dire, et semblait s'amuser énormément ; je crois voir encore son rire et ses dents éblouissantes. Elle apparut ainsi deux ou trois fois, montrant sa tète, puis la cachant, absolument comme font les
i. Ces détails sont inédits.
2. La voix de Bien-Boa est alors saccadée, gutturale ;je la comparerais volontiers à la voix que donnerait un larynx de bois, une voix de Polichinelle.
enfants qui jouent à cache-cache. Soudain elle ne voulut pas reparaître. Alors le général me dit : « Mettez la main derrière le rideau, et vous toucherez ses cheveux », ce que je fis : alors le général ajouta : « Ils sont doux comme de la soie, n'est-ce pas? » — « Pardon, mon général, repris-je, ils ressemblent plutôt à du crin ». C'était la sensation en effet que m'avaient donnée les prétendus cheveux. Aussitôt je reçus une petite tape sur le dos de la main. Le crin se retira, et une voix derrière le rideau me dit : « Apporte demain des ciseaux ». J'apportai le lendemain des ciseaux. La reine égyptienne revint, ne me montra guère que le haut de sa tête, une chevelure très blonde, très longue, très abondante. Sa grande préoccupation était de savoir si j'avais apporté des ciseaux. Je pris alors à pleines mains une poignée de ces longs cheveux. Je distinguais alors assez mal la figure qu'elle tenait à cacher derrière le rideau. Au moment où je voulais en couper une longue mèche assez haut, voici qu'une main à travers le rideau abaisse fortement ma main, de sorte que je n'eus que l'extrémité des cheveux, 15 centimètres environ. Et comme j'étais un peu long peut-être à cette opération, elle dit à voix basse : « Vite !... vite /... » puis elle disparut l.
Il semble que le but de cette princesse égyptienne était de me faire couper une mèche de ses cheveux (?) ; car, à partir de ce moment, je ne la revis plus. Le lendemain, dans la chambre de la générale Noël, qui était au lit et malade, j'entrevis vaguement une forme fugace dans le cabinet de toilette, forme qui s'effaça quand je m'approchai. Mais ce dernier souvenir est assez confus 2.
Avant 1905, avec d'autres médiums puissants, il y avait eu, chez le général Noël, des manifestations spirites importantes. Ainsi que le général et Mad. Noël, M. Demadrille, aujourd'hui capitaine de vaisseau, a vu nettement le fantôme du dit Bien-Boa, et, en même temps que lui, à côté de lui, la médium Vincente. LeDrDECRÉQUY,qui a aussi assisté à ces expériences, en témoigne. Des croquis ont été
1. J'ai conservé cette mèche de cheveux, fins, soyeux, non teints, que l'analyse microscopique a montrés être des cheveux véritables. 11 paraît qu'une perruque semblable coûterait un millier de francs. Marthe est très brune, et a les cheveux assez courts.
2. Lire dans les Psychische Studien de 1906, diverses notices critiques, relatives à ces expériences. L. Deinhakd. Die Materialisationssitzungen in Alger, p. 74 et 137. — Bormann, Bien Boa und der Wascheposantz, p. 200, col. 9.
faits, qui sont reproduits dans les Annales des sciences pyschiques, « Le rideau s'entrouvre, dit le commandant Demadiulle, et je vois d'abord sortir Vincente : je vois toute sa forme, puis B. B. sort du cabinet, semblant la soutenir du bras droit. Les rideaux se referment derrière lui, et ils restent là tout deux debout... Je lui ai pris la main (à B. B.). Je sens la peau raide et froide, le bras est glacé, et a la rigidité et la froideur cadavériques. »
M. G... officier de cavalerie, a vu, avec d'autres médiums que Marthe B..., alors qu'une forte lumière rouge éclairait la salle (en même temps que les médiums endormis qu'on pouvait voir assis sur leurs fauteuils), une forme bien vivante, dont il a pu distinguer les traits, à quelques centimètres de ses yeux. C'était la forme de M. de Qqillac dont la veuve assistait à la séance l.
L'histoire des matérialisations de Marthe s'est enrichie récemment d'un ensemble imposant d'observations très bien prises simultanément par A. de Schrenck-Notzing et Mad. Bisson 2. De très nombreuses photographies, plus nombreuses, plus instructives, qu'il n'y en eut jamais dans aucune publication encore, sont jointes au texte, et permettent de suivre les processus singuliers de ces beaux phénomènes. Eva est la même personne que Marthe Béraud3.
Dans ces expériences, conduites pendant plus de quatre ans, avec une prudence et une patience admirables, des précautions minutieuses ont été prises contre la fraude. A chaque séance le cabinet était rigoureusement visité, Eva est complètement déshabillée, et, devant les expérimentateurs, revêtue d'un caleçon maillot qui la recouvre depuis le cou jusqu'aux pieds. La tète est recouverte par un tulle cousu au maillot. On examine les cheveux, les aisselles, le nez, la bouche, les genoux : quelquefois
1. A. S. P., 1906, 255. Les dernières séances de la villa Carmen.
2. Les phénomènes dits de matérialisation, par Juliette Alexandre Bisson, avec préface de J. Maxwell, in-8", 1 vol., Paris, Alcan, 1914. — Schhenck-Notzing, Materialisalionsphaenomene, E. Reinhaudt, Munchen 1014. — Cet ouvrage a été en 1919 traduit en anglais.
3. Grasset, dans son livre de 1908, admet, sans aucune preuve à l'appui, que c'est Areski qui est entré dans le cabinet ; hypothèse mille fois absurde. Mais M. Grasset ne pouvait pas savoir que Marthe devait donner, cinq années plus tard, de beaux phénomènes, confirmant avec éclat ce que j'ai vu à la villa Carmen, quoique la médiumnité de Marthe ait pris à la villa Carmen et à Paris des formes très différentes.
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même l'examen rectal et l'examen vaginal ont été laits. Comme souvent les formes matérialisées sortent de la bouche, on a fait ingérer à Eva des confitures de myrtil, dont le pouvoir colorant est extrême ; il n'en est pas moins sorti alors de sa bouche des nuages de matérialisation absolument blancs. Quelquefois on a poussé la rigueur expérimentale (un peu trop loin peut-être) en lui donnant avant la séance un vomitif.
L'éclairage établi devant le rideau permettait de lire les gros caractères. Derrière le rideau, dans l'intérieur du cabinet, il y avait une lampe rouge et une lampe blanche pouvant être allumées à volonté. Trois appareils photographiques (dont un stéréoscopique) étaient braqués sur les rideaux, et prêts à entrer en jeu au moindre signal; quelquefois il y eu avait jusqu'à neuf. Eva, déshabillée en pleine lumière, puis rhabillée par les expérimentateurs, est conduite dans le cabinet. On ferme les rideaux ; on fait la demi-obscurité; et c'est alors que commence la séance.
Dans ces conditions il paraît vraiment impossible qu'une fraude ait pu se produire. L'hypothèse d'un complice s'introduisant dans la chambre est absurde. L'hypothèse d'objets multiples, apportés par Eva, n'est pas moins ridicule. Ajoutons qu'EvA demeure chez Mad. Bisson, et que Mad. Bisson ne la quitte que rarement. Ces deux dames prennent tous leurs repas ensemble, et dorment dans la même chambre. Même en supposaut cette énorme absurdité que Mad. Bisson a été de mauvaise foi, il lui eût été impossible de tromper pendant trois ans Schuçnck-Notzing, Gelev, J. Maxwell, le D1' Bourbon, M. Chevreul, C. de Vesme, G. de Fontenay et moimême, ainsi que d'autres personnes encore qui ont assisté aux séances. Ajoutons qu'il y eut des séances à Paris, à Biarritz, à Munich, et que le tout se prolongea pendant quatre années.
Les phénomènes de matérialisations qui se produisent alors sont remarquables.
Essentiellement, ils consistent en une sorte d'émanation lumineuse, plastique, qui le plus souvent sort de la bouche du médium, quelquefois de son nombril (dans les cas où, seule avec Mad. Bisson, Eva était complètement nue); quelquefois de sa poitrine; quelquefois de ses aisselles. C'est une substance blanchâtre, rampant comme un être vivant, à prolongements protoplasmiques, humides,
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glacés, qui, sous les yeux des assistants, se transforment en une main, des doigts, une tête, parfois une forme tout entière.
Je cite, ne pouvant tout indiquer, la séance du 15 avril 1912, (en présence de C. de Vesme et de P. Bisson).
« Les manifestations commencent immédiatement. On peut voir de la substance blanche sur le cou du médium : puis une tête se forme, se promène de gauche à droite, et se pose au-dessus de la tête du médium. On photographie l. Après l'éclair du magnésium, la tète reparaît à côté de la tête d'EvA, à 0m,40 à peu près. Elle est reliée à Eva par un long paquet de substance blanche. Elle a l'apparence d'une tète d'homme, et semble animée de mouvements de haut en bas qui paraissent être des salutations. On compte une vingtaine d'apparitions de la même tête qui s'avance, recule au fond du cabinet, et disparaît. Une tête de femme se montre alors à droite, se présente près des rideaux et recule à l'intérieur du cabinet. Elle revient à plusieurs reprises et disparaît. »
Voici une autre expérience (30 août 1912) faite à Munich, en présence de M. et Mad. de Schrenck, et du D1' Klapka. Elle est intéressante, parce qu'une brusque tentative a été faite afin de savoir s'il y avait ou non fraude2.
« Immédiatement la substance blanche se montre sur l'épaule gauche du médium, puis sur son ventre. Le Dr Klapka constate que les mains d'EvA tiennent constamment le rideau et sont en vue tout le temps. On aperçoit la masse blanche, brunâtre, sur les genoux d'EvA. A un signe Schrenck entre brusquement dans le cabinet, avec une lampe qu'il allume, et prend les mains d'EvA, pendant que le Dr Klapka essaye de saisir la masse blanche, mais ne peut rien prendre, car elle disparait aussitôt. Tout de même, malgré la terreur qu'a inspirée à Eva cette tentative, l'expérience reprend, et on voit devant la figure d'EvA apparaître une figure d'homme qui disparaît au bout de une ou deux secondes.
Séance du 43 juin 4913 (en présence du Dr Bourbon et de Mad. Bisson, p. 208). — La substance sort de la bouche du médium, et à l'extrémité se trouve un doigt matérialisé. M. Bourbon prend ce doigt au moment où il sort de la bouche, et constate son ossature :