‹ Traité de métapsychiqueChapitre 265 sur 327 · Loc. cit., II · texte numérisé non relu

Loc. cit., II

Richkt. — Mctapsycliique. 41

excellentes. Dans une expérience, pendant laquelle G. Flammarion contrôlait constamment la tète et le buste d'EusApiA, une empreinte de figure a été prise sur du mastic. Manifestement cette figure est celle d'EusAPiA.

A Naples, E. Chiaja a obtenu aussi de nombreuses empreintes sur de l'argile.

Pourtant, somme toute, ces expériences d'empreintes et de moulages prêtaient encore à la discussion. Mais les expériences que nous fîmes à l'Institut métapsycbique avec Kluski semblent plus précises. Nous y reviendrons.

Souvent on distiugue les linéaments d'un tissu de gaze léger qui protégerait les doigts et la figure du médium contre le contact direct de l'argile ou du mastic. On né peut voir là une objection. Au contraire, c'est plutôt une preuve de l'authenticité des expériences, car la matérialisation de tissus inertes accompagne .toujours la matérialisation de tissus vivants. Et puis comment manier et faire disparaître cette gaze dans les conditions de contrôle expérimental rigoureux qu'on connaît?

Les matérialisations données par Marthe B... sont d'une extrême importance l. Elles ont apporté de nombreux faits qui permettent de tracer le processus général du phénomène des matérialisations et introduisent daus la science métapsycbique des données absolument neuves et imprévues.

Après que des faits étranges eussent été constatés, pendant une série d'expériences qui dura près de deux ans, par le général Noël et Mad. Noël2, je fus invité par le général Noël à assister à ces expériences, et convié par lui à Alger, en même temps que G. Delanne, directeur de la Revue du spiritisme. Les premièresexpériences auxquelles j'assistai m'avaient fortement impressionné, mais je me méfie toujours de ma première impression. Alors l'année

1. La bibliographie en est déjà assez longue; car ces expériences ont soulevé bien des controverses. On trouvera toutes les indications nécessaires (proet contra) rapportées avec soin dans le livre de Grasset [L'occultisme hier et aujourd'hui, 2° édit., Montpellier, 370-374). A seize années de distance, il me paraît que les objections qui m'ont été faites alors sont bien misérables et méritent tout mon dédain.

2. Un officier de marine, le commandant Demadiulle, et un médecin, le Dr Decréuuy, ont été les témoins de ces expériences et les ont corroborées. Leurs récits ont été publiés partiellement dans les A. S. P. Leurs notes et leurs dessins appuient nos expériences ultérieures, d'une manière intéressante.

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suivante je revins à Alger, résolu à examiner avec plus de rigueur les conditions de l'expérience.

Le médium était Marthe Béraud, fille d'un officier supérieur, fiancée au fils du général, lequel était mort au Congo avant le mariage. C'est une jeune fille de petite taille, brune, aux yeux vifs, aux cheveux plutôt courts, très intelligente et très vive. Elle a donné, après les expériences d'Alger, de nombreuses preuves d'une très forte médiauimité, car c'est elle qui, sous le nom d'ÉvA, a été le sujet observé par Mad. BissoNet Schrenck-Notzing.

La chambre où se passaient les expériences est clans un petit pavillon isolé, au-dessus d'une écurie, au-dessous d'un grenier. La fenêtre était condamnée, et restait constamment fermée. La porte unique était fermée à clef au début de chaque séance. C'est la seule pièce du pavillon. Avant chaque séance tout était par Delanne et par moi minutieusement inspecté. Au fond de la pièce deux rideaux teudus isolaient du reste de la chambre une sorte de cabinet complètement sombre, de forme triangulaire, dont l'hypoténuse était représentée par le rideau de u2m,50 de long environ. (Voyez figure 20, p. 644). Les assistants au-devant du rideau, à 50 centimètres, et parfois s'asseyaient plus près encore. Ces assistants étaieut le général et Mad. Noël, Mlle X... Marie et Paule, les deux sœurs très jeunes de Marthe (qui toutes deux restaient loin du rideau), Delanne et moi. La lumière était donnée par une lampe rouge, comme celles qu'on emploie pour le développement des photographies. Il y avait dans le cabiuet une chaise, minutieusement inspectée, pour Marthe, et uue autre pour la négresse Aischa1.

Ou pouvait donc parfaitement voir tout ce qui se passait dans la salle. Aussi puis-je affirmer avec une absolue certitude que nulle personne étrangère ne pouvait y pénétrer pendant les séances -.

1. Le rôle d' Aischa. paraît avoir été absolument nul. Mais la générale tenait à sa présence. Les meilleures expériences ont eu lieu en l'absence d'AiscHA.

2. Ceci soit dit pour répondre, sans que je daigne y revenir, aux assertions d*ARESKi, un cocher arabe, renvoyé pour vol par le général, et qui a raconté qu'il faisait le fantôme. Un certain famélique médecin d'Alger, le Dr R..., pour attirer sur lui-même l'attention du public, a eu le malheur d'accueillir ces propos, et il a exhibé, devant le public d'Alger. Areski lui-même, qui se drapait d'un manteau blanc et qui, comme dans les Cloches de Corneville. taisait le fantôme à l'ébahissement des spectateurs. C'est là tout ce qui a été dit de plus sérieux contre les expériences de la villa Carmen.

Et le grand public, aveuglé par d'ignobles journaux, s'est imaginé que la fraude

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Assurément, comme Marthe n'était ni liée, ni tenue par les mains, les conditions de contrôle étaient moins sévères que pour Eosapia ; suffisantes cependant pour qu'on puisse se former une opinion.

Après une période de temps variable, quelquefois immédiatement, quelquefois après une heure ou même deux heures, les rideaux s'entr'ouvraient, et on pouvait voir Marthe et Aischa, assises chacune sur une chaise, et paraissant profondément endormies. Il est inutile d'ajouter qu'après la séance tout était visité par nous

Fig. 20. -- Schéma du cabinet de la villa Carmen.

En AB, rideau qui s'entr'ouvre en MX. M, endroit où est Marthe. N, endroit où est Aischa. Nous sommes placés devant le rideau. En X, naissance de la matérialisation qui se déplace pour aller en 0.

avec la même minutie. Marthe n'était pas déshabillée, mais, par cette température exceptionnellement élevée, elle n'avait qu'une robe très mince, et, comme je faisais quelques passes magnétiques pour la réveiller de sa transe, je pouvais m'assurer, en lui palpant tout le corps, qu'elle n'avait rien sur elle que ce très mince vêtement.

Il est inutile d'incriminer Aischa, créature inintelligente et passive assise à côté de Marth-e, au grand déplaisir de celle-ci; car, par cette température tropicale, l'odeur de la négresse était insupportable. D'ailleurs dans les expériences les plus importantes, Aischa n'était pas là.

Il est par conséquent établi qu'il n'y avait aucune instrumentation, aucun accessoire, — eu style de théâtre — pouvant aider le médium, et d'autre part que nulle personne étrangère ne pouvait intervenir.

Les matérialisations qui se produisirent furent très parfaites, très

avait été découverte. 11 a été prouvé simplement qu'un domestique arabe voleur peut 1° mentir impudemment; 2° s'afTubler d'un drap ; 3° paraître sur un théâtre avec ce drap ; 4° faire endosser ses mensonges à un docteur en médecine.

Ajoutons que Marthe aurait fait des soi-disant aveux de fraude à un avocat d'Alger qui -a pris un pseudonyme. Mais, si le dire de cet anonyme est vrai, on sait le cas qu'il faut faire de ces révélations, lesquelles révèlent surtout l'instabilité mentale des médiums.

complètes. Le fantôme de Bien-Boa apparut plusieurs fois, ciuq ou six fois, et cela dans des conditions absolument satisfaisantes, en ce sens qu'on ne pouvait supposer que c'était Marthe, affublée d'un casque et d'un drap. Il eût fallu à Marthe, non seulement apporter, mais encore remporter ce casque, ce drap, ce burnous. Et puis, dans maintes circonstances, nous avons vu simultanément Marthe et le fantôme. Quant à prétendre que c'était un mannequin, l'hypothèse est plus absurde encore. Ce fantôme allait, marchait, remuait ; on distinguait ses yeux qui regardaient lentement autour de lui ; on voyait, quand il essayait de parler, ses lèvres qui s'agitaient.

Il avait tellement l'apparence de la vie, que j'ai imaginé l'expérience suivante : je pris un flacon rempli d'eau de baryte, et je cherchai à savoir, si, en respirant (car on entendait sa respiration) le fantôme produirait comme les êtres vivants, de l'acide carbonique, de manière à troubler l'eau de baryte. Or l'expérience a réussi ; je n'ai pas quitté le flacon des yeux depuis le moment où je l'ai mis entre les mains de Bien-Boa, qui, à l'angle gauche du rideau, semblait flotter dans l'air, plus haut et plus grand que n'eût pu être Marthe, même debout. Pendant que Bien-Boa soufflait dans le tube, et qu'on entendait le glou-glou de l'air qui barbotait, je disais et je répétais à Delanne : « Est-ce que vous voyez Marthe ? » Il me disait et me répondait : « Je vois Marthe tout entière ». Quant à Aischa, elle est loin, à l'autre angle du cabinet, et on la distingue nettement, immobile et endormie. Pour moi je distingue très bien la forme de Marthe assise sur le fauteuil ; mais je ne peux voir ni sa tête, ni son épaule droite *.

Quelque saisissante que soit cette expérience, il en est une autre ^qui me paraît plus probante encore.

Tout étant disposé comme d'habitude (MIle X... malade, était absente) après une assez longue attente, je vois, tout près de moi, devant le rideau, sans que le rideau ait bougé, comme une vapeur

1. Un incident comique — car le grotesque intervient parfois dans les choses sérieuses — se produisit alors. Quand nous vîmes, après le barbotage de l'air expiré dans le tube à eau de baryte, la baryte blanchir, (ce qui par parenthèse indique qu'il y avait une assez bonne lumière), nous criâmes : bravo'. Alors Bien-Boa disparut; puis, comme un acteur qui a bien joué son rôle, il reparut trois fois de suite, en écartant et en rabaissant le rideau, et saluant l'assistance.

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blanche, à peine à 40 centimètres de moi. C'est comme un voile blanc, un mouchoir sur le sol. Cette blancheur selève, s'arrondit. Bientôt c'est une tête qui est à ras du sol ; elle s'élève plus encore, grandit, et devient comme une forme humaine, un homme de petite taille, vêtu d'un turban et d'un manteau blanc, avec une barbe, qui va, en claudicant légèrement, de ma droite à ma gauche devant le rideau ; et qui alors, arrivé auprès du général, s'affaisse brusquement sur le sol, avec un son He clac, clac (comme un bruit de squelette qui tomberait brusquement) s'aplatissant devant le rideau. Trois ou quatre minutes après (mais cette fois plus près du général, et non près de moi) la forme reparaît, s'élevant du sol en droite ligne, naissant du sol pour ainsi dire, et rentrant ensuite dans le sol avec le même bruit de clac clac.

La seule explication non métapsychique possible m'a paru aussitôt celle d'une trappe s'ouvrant et se fermant. Mais il n'y avait pas de trappe, comme je l'ai constaté le lendemain matin, et comme un procès-verbal de l'architecte l'atteste.

G. D.elanne a vu le même phénomène1, mais, comme il était un peu plus loin, il n'a pas pu distinguer aussi nettement que moi 1 'émergeraient du fantôme au-dessus du sol.

Il me paraît tout à fait impossible que, si souple, si menue que soit Marthe, elle ait pu ramper sous le rideau, sans l'agiter, et me donner l'illusion d'un personnage humain qui s'élève en droite ligne. Et puis comment expliquer cette tête qui, ainsi qu'une tête coupée, est à ras du sol, et la disparition brusque, en droite ligne, alors que, très peu de temps après, nous revoyons Marthe tranquillement assise, endormie sur le fauteuil.

Diverses photographies ont été prises, tant par Delànne que par moi, stéréoscopiques ou non. Elles montrent des détails intéres; sants dont Oliver Lodge a fait une pénétrante critique, en déclarant que c'étaient les meilleures photographies métapsychiques qu'il connaissait.

Ce qui est curieux, c'est le flou des mains, qui paraissent avoir des contours indécis, comme vaporeux. Le voile dont le fantôme s'entoure est aussi à contours indéterminés, ce qui les fait con-

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