‹ Traité de métapsychiqueChapitre 269 sur 327 · A. S. P.. 1912, XII · texte numérisé non relu

A. S. P.. 1912, XII

ECTOPLASMIES DE LINDA 069

après qu'elle a été scrupuleusement fouillée et revêtue d'habillements spéciaux, Linda puisse en une ou deux minutes disposer des cartons, des mannequins, des dessins, assez habilement et assez prestement pour pouvoir affronter la photographie D'autant plus qu'une fois la photographie obtenue, Linda est fouillée de nouveau et qu'on ne trouve rien. Comment ferait-elle disparaître l'objet qui a été photographié?

« Le fait, disais je, dans ma préface au livre d'iMODA, que les ectoplasmes ne sont pas des figures vivantes, n'est pas du tout uue objection ; car rien ne nous interdit d'admettre que l'ectoplasme sera une image et non un être vivaut. La matérialisation d'un buste en plâtre n'est pas plus facile à comprendre que celle d'une image lithographique : la formation d'une image n'est pas moins extraordinaire que celle d'une tête humaine, avec du sang, des mouvements et des pensées. »

Je signalerai comme particulièrement probante, et à mon sens décisive, l'expérieuce suivantes faite chez moi, à Paris, et à laquelle assistaient Mad. Ch. Richet, Argentine (la nourrice italienne d'un de mes petits enfants, à qui j'avais demandé de venir pour que Linda eût près d'elle une compatriote), G. de Fontenay et moi. Moi à droite, de Fontenay à gauche. La séance n'a duré que trente-cinq minutes. Pendant tout le temps, sans une seule interruption, j'ai tenu solidement, résolument, admirablement, la main droite de Linda, et peut-être 30 ou 40 fois j'ai constaté, en mettant la main sur l'autre main de Linda, que de Fontenay tenait parfaitement la main gauche. Or, même avant que Linda fût en trance, il y a eu des mouvements d'objets. La musique a tourné; une pipe placée derrière Linda est arrivée en pleine obscurité et a été mise dans ma bouche. Quelque temps après cette pipe a été saisie — (Obscurité absolue) — et jetée avec force au milieu de la chambre. Une chose très lourde m'a donné des coups violents sur le dos de la main. Une chose forte, grosse, frappant avec vigueur, a frappé des coups violents sur la table et a frappé aussi de Fontenay. Une photographie a été prise, où se voit une main bien matérialisée, l'ongle et toutes les phalanges. Elle est entourée d'un ruban, d'une étoffe. Il y a un fil, qui paraît blanc, sortant de la tête de Linda (v. p. 553). Cette expérience, jointe à celles que E. Imoda et la marquise

de Ruspoli, en Italie, ont multipliées, met hors de doute la réalité des phénomènes.

Le Dr P. Gibier, physiologiste éminent, directeur de l'Institut Pasteur de New-York, a fait avec Mad. Salmon uue belle et décisive expérience2.

Il a expérimenté chez lui, dans son laboratoire. Il a fait d'abord construire une cage en fer spéciale dont la porte fermait à clef, il a mis la clef dans sa poche, et a entouré la serrure de timbres-poste. Mad. Salmon est enfermée dans cette cage. Au bout d'un temps très court, après que l'obscurité a été faite, on voit des mains, des bras, puis des formes vivantes qui sortent de la cage ; un homme, une femme, le plus souvent une petite fille, Mandy, gaie, enjouée. Soudain, c'est Mad. Salmon elle-même qui sort de la cage, et tombe à demi évanouie sur le plancher. Cependant les cachets sont intacts, et la porte de la cage n'a pas été ouverte.

Dans une seconde expérience, plus démonstrative encore, la cage eu fer fut remplacée par un cabinet en bois, spécialement construit, hermétiquement fermé aussi. En outre Mad. Salmon fut garrottée solidement par des liens cachetés qui furent scellés aux parois du cabinet. A peine l'obscurité fut-elle faite que tout de suite, vingt-quatre secondes après, apparaissent, en dehors du cabinet, un grand avant-bras et une main gauche nus. Puis une autre forme se meut en dehors du cabinet.

Après quelques minutes d'attente, un objet blanc, gros comme un œuf, au dehors du cabinet, se développe en hauteur5. Alors une femme, paraissant vivante, sort du cabinet. Mad. D... et Mad. B... la reconnaissent. Cette personne fantomatique parle français très correctement (Mad. Salmon en prononce à peine quelques mots... mais cette différence ne signifie rien du tout). L'apparition persiste pendant deux minutes. P. Gibier peut distinguer ses traits. Elle est

i. Loc. cit., p. 173 3, 21 avril 1909.

2. Le mémoire où ces faits sont relatés devait être lu au Congre? de psychologie international de Paris, de 1900. Mais P. Gibier a été frappé par une mort accidentelle, prématurée. C'est donc un travail posthume, dont nous donnons ici les conclusions. Recherches sur les matérialisations de fantômes, la pénétration delamatière et autres phénomènes psychiques, A. S. P., XI, 3-16, 65-92.

3. On comparera ce mode de formation de l'ectoplasme avec mes expériences de la villa Carmen.

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mince, vingt à vingt-cinq ans d'apparence, tandis que Mad. Salmon est corpulente, âgée de cinquante aus. Puis vient la petite Mandy, qui a un mètre de haut seulement. Puis un homme de grande taille, dont P. Gibier a pu serrer la main, vigoureuse, musclée, tout à fait masculine. Au bout dequelque temps cette nouvelle forme s'effondre, s'abimepour ainsi dire dans le sol.

Après cette séance émouvante, on constate que tout est intact. Mad. Salmon est toujours dans ses liens; le rubau de soie est toujours serré autour du cou, comme avant la séance.

Plusieurs faits importants se dégagent de ces notables expériences. D'abord, elles ont été conduites par un savant de scepticisme éclairé, et dirigées de telle manière que, même en n'admettant pas comme incontestable la sincérité de Mad. Salmon, il ne pouvait y avoir fraude que par l'introduction chez P. Gibier de plusieurs complices, ce qui est manifestement absurde. Ensuite on notera la rapidité et la multiplicité des matérialisations.

Ainsi ces expériences de Gibier confirment d'une manière éclatante les autres matérialisations dont nous avons donné le récit. Que faut-il de plus pour entraîner la conviction?

Il y a pour les expériences faites avec le médium Carancini, étudié surtout par le baron L. von Erhardt et la Société des études psychiques de Rome, toute une bibliographie1. Carancini a été étudié uon seulement à Rome, mais à Paris par de Vesme, Lemerle, M. Mangin, à Genève par Claparède, Flournoy, Rattelli. Il y a maints points douteux, non pas sur sa médiumnité qui paraît à peu près prouvée, mais sur la realité de ses fraudes, même parfois conscientes, ce qui enlève beaucoup d'autorité aux expériences qui ont paru réussir, malgré de minutieuses précautions. Quantité de photographies ont été prises; cependant il n'y avait éclair du magnésium que quand Carancini avait donné le signal : Fuoco.

Carancini était très fortement ligoté, et on le retrouvait, l'expérience terminée, ligoté exactement comme avant l'expérience. Mais on sait que, pour beaucoup de prestidigitateurs illusionnistes, il est assez

1. Voyez surtout Erhardt. Etude sur la médiumnité de Carancini, A. S. P., avril 1912, et Luce e Ombra, 1908-1913, A. S. P., 1911-1913, passim.

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