‹ Traité de métapsychiqueChapitre 28 sur 327 · Phantasms of the Living, I · texte numérisé non relu

Phantasms of the Living, I

3. Experiments in Psychical Resewck, Stanford University (Calif). Analysé in P.S.P.R. par F.G.S. Schiller ; nov. 1916, XXX, 261-273.

On ne peut suivre M. Coover dans les détails qu'il donne, trop longs pour être exposés ici. En définitive, malgré tous ses efforts, M. Coover a plutôt montré par ses expériences mêmes le fait qu'il y a un peu (très peu) plus que le hasard dans la désignation d'une carte tirée, que ce soit la télépathie ou la lucidité.

Pickmann, qui présentait sur un théâtre des séances publiques de transmission de pensée (très probablement grâce aux mouvements musculaires de l'individu dont il tenait la main) n'était peut-être pas sans avoir quelque faculté cryptesthésique assez développée. Il aurait donné à Lombroso, avec grand succès, une séance de suggestion mentale1.

Il est venu chez moi un jour, et j'ai fait avec lui une expérience qui est, je crois, irréprochable quant à la méthode. J'étale sur une table à jeu, sans Pickmann qui est dans une autre pièce, un jeu de 52 cartes. Le hasard me désigne une de ces cartes (par tirage dans un autre jeu de cartes, ou par un autre moyen). Alors je regarde, attentivement, mais sans la déranger, la carte que le hasard a désignée, en tâchant de me la représenter visuellement, puis je vais chercher Pickmann, dans la pièce voisine, et, en tournant le dos au jeu de carte étalé, je prie Pickmann de déterminer la carte à laquelle j'ai pensé. Il eut dans la première expérience un succès complet (l/52e), succès qui nous a énormément surpris et enchantés l'un et l'autre. Mais les expériences ultérieures n'ont pas réussi (trois échecs).

Je noterai par curiosité, sans y attacher d'importance, une expérience qui m'est personnelle. Elle est à noter, encore qu'elle soit unique et que le hasard puisse être mis en cause.

J'avais dans la matinée acheté un jeu de tarots, précisément pour les donner à deviner à quelqu'un des sujets sur lesquels j'expérimentais. Dans la journée, Henri Ferrari vint me voir. Je lui dis : « Faisons une expérience, regarde attentivement un de ces tarots, j'essaierai de dire ce que tu as vu ». Après quelques instants,

1. Lombroso, cité par Delanne, Gaz. litl. Turin, 1892; mais, n'ayant pu recourir à l'original, je ne saurais dire exactement dans quelles conditions l'expérience a été faite.

Rickit. — Métapsychique. 8

je ne sais pourquoi, je lui dis : «Ce sont des paysans qui fauchent, qui moissonnent ». De fait, le tarot représentait la mort squelette tenant une faux. Il n'y avait qu'un seul tarot avec une faux dans tout le jeu, et je n'avais pas regardé le jeu.

Il est regrettable que ces études de cryptesthésie chez les individus normaux ne soient pas plus souvent entreprises, car le calcul de la probabilité est très simple ; et c'est une méthode qui permet de découvrir à telle ou telle personne des puissances de lucidité.

Mais il ne faut pas croire qu'il soit facile de réaliser une expérience irréprochable. Au contraire, cette expérimentation est très délicate, et certaines règles sont à observer :

1° L'agent doit être absolument immobile, muet, le dos tourné. C'est là le précepte fondamental ;

2° Le choix du chiffre, de la carte, du dessin doit être donné par le hasard seul ;

3° Le résultat (échec ou succès) ne doit pas être communiqué avant la fin de la séance au percipient ;

4° Le nombre des expériences ne doit pas dépasser une vingtaine, tout au plus, par jour ;

5° Tous les résultats, quels qu'ils soient, doivent être intégralement donnés.

6° Il faut que le percipient ne puisse, en aucune manière, voir quoi que ce soit, même par la vision indirecte. Mieux vaut qu'il ait les yeux bandés et le dos tourné ;

Ici se pose une question importante que nous examinerons plus loin. Y a-t-il lucidité (sans télépathie) ou lucidité (avec télépathie) ? La cryptesthésie télépathique existe certainement. Elle est prouvée par de multiples expériences. La cryptesthésie non télépathique est prouvée aussi, mais de nouvelles expériences sont nécessaires *,

i . Voici alors, semble-t-il, comment, pour éclairer ce problème ardu et essentiel, l'expérimentation pourrait être tentée. On trouverait sans doute dans une école primaire un instituteur intelligent et dévoué qui consentirait à la faire. Soit une classe de 30 élèves, l'instituteur demanderait à ces 30 élèves de dire à quoi ils pensent, et leur donnerait le choix entre 36 images. Il y aurait, je sup-

Cette méthode ne conduit pas à des résultats dramatiques émouvants, comme les autres expériences de lucidité faites avec des médiums puissants, comme les monitions de mort, mais elle est précise, indiscutable, quand l'expérimentation est bien faite, et que les résultats sont nets. On n'admet pas le hasard dans les sciences physico-chimiques : pourquoi l'admettrait-on dans les

pose, 6 groupes, dont chacun serait constitué par 6 images homologues, mais différentes, que je donne ici, comme schéma possible :

1° Règne végétal :

Chêne, Rose,

Champignon, Pommes de terre, Champ de blé, Palmier.

3» Hommes célèbres :

Ésope, César,

Christophe Colomb, Napoléon, Charlemagne, Président Carnot.

5° Figure anatomique :

Oreille.

OEil,

Squelette, Main, Cœur, Bouche et lèvres.

2° Règne animal : x

Poisson, Araignée, Cheval, Eléphant, Pigeon, Troupeau de moutons.

4° Objets fabriqués :

Clef, Livre, Lampe, Voiture, Navire, Fusil.

6° Scène historique ou tableau La crucifixion du Christ, La bataille d'Eylau, La mort de César, Les Pyramides, L' Angélus de Millet, Les noces de Cana.

Chacun de ces dessins porterait un numéro d'ordre de 1 à 36, et serait reproduit sur un jeu de 36 cartons. Les sujets choisis sont tels qu'il n'y a pas de confusion possible. Dans chaque groupe, il y en aurait deux en bleu, deux en rouge, deux en jaune. De sorte que la probabilité du choix porterait : 1° sur le groupe 1/6, 2° sur la couleur 1/3, 3° sur la totalité 1/36, 4° sur le "groupe et la couleur 1/18.

L'expérience se ferait alors de la manière suivante :

1° Pour la lucidité télépathique. L'Instituteur tirerait au sort une de ces 36 cartes, et la regarderait avec attention en essayant de se représenter l'image et d'en prononcer mentalement le nom, et il prierait chacun des 30 élèves d'écrire silencieusement, sans communication avec les voisins, le dessin pensé. Ce serait la première réponse.

2° Pour la lucidité, non télépathique. Une ou deux minutes après la première expérience, l'instituteur tirerait au sort une des 36 cartes, mais ne la regarderait pas, et personne ne pourrait savoir quelle a été la carte tirée. Alors les élèves feraient une seconde réponse.

En répétant avec 30 élèves cette expérience pendant dix jours, on aurait un total de 600 expériences, ce qui permettrait déjà une conclusion.

A l'Institut métapsychique de Paris, nous tiendrons ces jeux de 36 cartes à la disposition de ceux qui voudraient tenter cette décisive expérience.

Bien évidemment, il faudra donner toutes les réponses, sans exception, éviter toute possibilité aux élèves de voir la physionomie de l'agent pendant la lucidité

sciences métapsychiques ? Si un événement se produit, dont la probabilité n'est que de 100 000 > je n'irai pas en conclure que

c'est le hasard, et, si l'événement m'est indiqué, il me suffira de deux ou trois indications aussi peu probables pour me donner la certitude. Toute la question est de savoir jusque à quel point l'expérience a été bien faite. C'est à réaliser cette impeccable expérience que doivent se concentrer tous nos efforts.

Concluons donc que, par ces expériences auxquelles le calcul peut s'appliquer, la lucidité, ou transmission de pensée, existe, même chez les personnes normales, sans qu'on puisse invoquer l'hypnotisme ou le spiritisme. Autrement dit, il existe à peu près chez tous les hommes, même les moins sensibles en apparence, une faculté de connaissance autre que les facultés de connaissance habituelles. Mais, chez les non-sensitifs, cette faculté de connaissance est extrêmement faible, presque négligeable.

Sans doute cette connaissance s'exerce plus facilement pour une grande émotion, pour une scène tumultueuse, que pour la représentation d'un chiffre abstrait, ou d'une carte de jeu. Pourtant on réussit (très faiblement) même en employant un chiffre abstrait ou une carte de jeu.

Ainsi chez la plupart des non sensitifs la cryptesthésie n'existe

télépathique, et, si possible, prendre les noms de ceux qui auront répondu, pour savoir si, parmi les 30 élèves, il ne s'en trouve pas quelques-uns ayant, plus que les autres, des pouvoirs cryptesthésiques développés.

M. Carré, instituteur à Oissery, a eu l'obligeance de faire cette expérience. Avec télépathie, c'est-à-dire connaissance par lui du dessin, la probabilité étant de 1/36, sur 1.215 réponses (27 élèves), le nombre des succès a été de 31, le nombre probable était de 33; c'est tout à fait le hasard. Sans connaissance par l'instituteur de la carte, le nombre des réponses a été de 1.125 (25 élèves) ; le nombre des succès a été de 48, alors que le nombre probable n'était que de 31. Il y a eu une différence notable entre les divers élèves. Le nombre probable sur 90 réponses pour chaque élève, étant de 2, il y en eut un qui a bien dit 7 fois ; deux autres, 6 fois.

Il y a là, à ce qu'il semble, ample matière à de nombreuses et curieuses recherches..

M. Warcollier a signalé aussi un ingénieux procédé ; c'est d'utiliser le jeu (ancien) dit de la rencontre. Soit les 13 cartes de carreau par exemple ; on prend les 13 cartes de pique et on choisit, pour en accoler à un des carreaux (qu'on n'a pas vu), un des piques (qu'on voit). La probabilité du succès, c'est-à-dire du

même point pour le carreau et le pique, est-ry. On peut intéresser le jeu, et

dire que le banquier payera 13 fois la mise à chaque rencontre et recevra 1 franc à chaque non rencontre. Le jeu est équitable et amusant. Le problème change-t-il si le banquier connaît la carte de carreau (télépathie) ou s'il l'ignore (lucidité) ?

que très vague, très indistincte, à peine marquée, difficile à constater, mais, en multipliant les expériences, on arrive à prouver qu'elle existe à l'état de traces.

Il est probable que cette cryptesthésie est souvent télépathique. Mais sans doute la télépathie n'est qu'un cas particulier, quoique le plus fréquent peut-être, de la cryptesthésie. En tout cas, dans les expériences faites sur les normaux, on constate souvent aussi bien la télépathie que la lucidité. Toutes deux, si faibles et si imparfaites qu'elles soient, sont probables.

Donc, par des liens mystérieux, la pensée d'un homme est reliée à la pensée des autres hommes. Nous ne sommes plus des isolés. Nous sommes en communion obscure avec tous les humains. Et sans doute il y a quelque vérité dans ce qu'on a appelé l'âme des foules. Un courant vague et puissant, de sympathie ou de colère, d'indignation ou d'enthousiasme, détermine dans une assemblée, réunie en un théâtre, ou en un forum, ou en un Parlement, un sentiment presque unanime : c'est un torrent qui emporte toutes les digues. Est-il permis de comparer cette émotion d'une foule à la transmission mentale observée dans les expériences mentionnées plus haut?

Malheureusement les mathématiques n'ont pas grande force de conviction. On objecte toujours le hasard, et on a peut-être raison ; car l'écart entre le nombre probable et le nombre obtenu par cryptesthésie n'est pas suffisant pour convaincre. Mais nous allons voir que ce phénomène étrange de la cryptesthésie se développe énormément par l'hypnotisme et par la médiumnité. Et alors la conviction sera complète.

L'histoire de l'hypnotisme est très singulière : elle nous donne un éclatant exemple de l'évolution des idées ; évolution qui est une révolution, car, pendant longtemps, de 1790 à 1875, le somnanbulismeetle magnétisme animal passaient pour des sciences occultes, et il était presque interdit aux savants, non seulement d'y croire, mais de s'en occuper. C'était un domaine maudit, une terre infâme.

Certes Mesmer, puis, après Mesmer, Puységur, Deleuze, Husson, Braid, Liébeault, avaient fait de très remarquables expériences, mais elles étaient assez imprécises pour ne pas entraîner la consécration officielle, toujours très lente, toujours retardataire. Elles n'avaient pas pu dégager la physiologie de l'hypnotisme des nuages magiques où ce phénomène s'enveloppait.

J'ai pu, en 1875, étant étudiant encore, établir que l'hypnotisme n'était pas une illusion due à des fraudes habiles ou grossières, que c'était un fait physiologique et psychologique, aussi naturel, aussi expérimentalement démontrable que le tétanos provoqué par la strychnine, et le sommeil provoqué par l'opium.

D'ailleurs, pour indiquer quel était l'état des esprits en 1875, quand, deux ans avant Charcot et avant Heidenhain, je publiai mes recherches, il me suffira de citer les paroles par lesquelles je commençais mon mémoire : « il faut un certain courage pour prononcer le mot de somnambulisme. » Peut-être aujourd'hui faut-il moins de courage pour prononcer le mot de fantômes.

Actuellement, le somnambulisme est un fait avéré, incontesté, qui n'appartient plus à la métapsychique.

Tout de même, il y a dans l'histoire du somnambulisme deux ou trois chapitres qui relèvent de la cryptesthésie. On peut en effet se demander: l°si l'action dite magnétique du magnétiseur a quelque chose de spécifique, en d'autres termes s'il y a des effluves magnétiques, appréciables seulement par les sensitifs ; 2° si l'état d'hypnotisme crée la cryptesthésie.

a. — Effluves magnétiques.

Il s'agit de savoir si, quand on magnétise d'après l'ancien mode, par des passes magnétiques, comme le faisaient Du Potet, Deleuze, Lafontaine, comme je l'ai fait maintes fois, comme on le fait souvent encore, on dégage un certain fluide magnétique, spécial, une force humaine, agissant sur les êtres humains. Malheureusement nous ne pouvons à cette importante question apporter de réponse satisfaisante. Tout est encore incertain.

L'hypothèse la plus simple, celle qu'on teud à adopter aujourd'hui, c'est que, si un sujet s'endort, c'est par suggestion, verbale ou non verbale, que par conséquent toutes les passes, dites magnétiques,

sont accessoires, inutiles (sinon peut-être comme symboles de la suggestion). Ainsi, dit-on, il ne se dégage pas de fluide magnétique, mais le demi-silence, la demi-obscurité, une certaine tension d'esprit provoquée par ces manœuvres, une série de suggestions, exprimées ou tacites, parviennent à mettre un sujet en état d'hypuose. L'émotion un peu dramatique qu'amènent les passes contribue aussi au sommeil. Plus tard, après qu'un demi-sommeil a été une première fois obtenu, l'éducation et l'habitude jouent, pour les sommeils ultérieurs, un rôle prépondérant. Les passes ne sont toujours que symboles. Si un individu a été endormi une fois, il sera ensuite, non seulement par le même magnétiseur, mais même par d'autres individus, facilement endormi. Il n'y aurait donc nul besoin d'invoquer un fluide magnétique, une nouvelle force énergétique. Telle est au moins l'opinion actuelle de la plupart des médecins (Babinski).

La suggestion par imitation suffit souvent, disent-ils encore, à expliquer les phénomènes de l'hypnotisme. On sait que, dans une salle de malades par exemple, ou dans une caserne, ou dans une école, ou dans un cloître, si l'on a réussi à endormir un malade, un soldat, un eufant, ou une nonne, on parvient sans peine à endormir la plupart de leurs camarades. Il existe une vraie contagion nerveuse, comme en témoignent les épidémies démoniaques, observées au moyen âge, convulsionnaires ou hystériques, à des époques plus récentes.

Chez les animaux, une sorte de sommeil hypnotique se produit par la fixation d'un objet brillant. On peut, comme déjà l'a indiqué le Père KiBCHERau xvne siècle, paralyserles mouvements d'une pouleen la mettant sur le dos et en traçant à partir de son bec une raie blanche sur le sol. De même, en faisant regarder fixement à certaines personnes un objet brillant, une boule de cristal, par exemple, on provoquerait, dit-on, l'état d'hypnose.

Je n'ai jamais rien pu constater d'analogue. Chez les sujets habitués, le sommeil magnétique survient sans doute par la fixation d'un objet brillant. Mais chez ceux-là tout endort. Bientôt les yeux se ferment, et il y a une insensibilité, d'abord peu marquée, mais qui va bientôt en s'accentuant, à mesure que la conscience disparaît.

A cette méthode d'hypnotisme par un objet brillant, il faut rattacher sans doute l'hypnotisme par fascination. Un individu nommé Donato était doué à cet égard d'une puissance (ou d'une habileté) prodigieuse. Dans une salle de théâtre, pleine de spectateurs, il choisissait cinq, six, douze, vingt personnes, qui assurément n'étaient ni des compères, ni des complices. 11 les amenait sur la scène, les regardait fixement, les yeux dans les yeux, et, au bout d'une demi-minute, peut-être plus vite encore, parvenait à les rendre automates, à leur faire perdre toute iuitiative. Si au bout d'une demi-minute il n'avait pas réussi, — ce qui arrivait assez souvent, — il laissait de côté le sujet rebelle et passait à un autre. En quelques minutes, il avait récolté ainsi une quinzaine d'individus, le plus souvent de très jeunes gens, qui lui obéissaient docilement, suivaient tous ses mouvements et acceptaient les suggestions (verbales) les plus invraisemblables.

On a rapproché ces cas de fascination de la fascination qu'exercent parfois les regards des animaux ; celui du chien d'arrêt, ou du serpent. Mais ce ne sont que des analogies assez vagues.

Quoi qu'il en soit, le sommeil hypnotique peut être provoqué non pas chez tous les individus, mais chez beaucoup d'individus, par certaines manœuvres. Et ces manœuvres sont différentes : passes, fixation d'un objet brillant, fixation parle regard, suggestion verbale. L'imitation et la répétition favorisent beaucoup les phénomènes.

Mais est-ce tout? Avons-nous quelque preuve positive qu'il se dégage une vibration volontaire du corps du magnétiseur, et que par conséquent une force inconnue, qu'on a appelée magnétique, intervient, qui se transmet à l'individu hypnotisé ? Si l'on était aussi peu exigeant et aussi imprécis que le furent les magnétiseurs de 1840, on pourrait alléguer quelques raisons en faveur de l'hypothèse d'un fluide humain . Mais nous sommes devenus plus difficiles.

Je laisserai donc de côté les idées de Reichenbach sur l'od, de Babaduc sur les effluves, de Chazabain sur la polarité humaine; car leurs allégations, en général plus mystiques que scientifiques, ne sont fondées que sur des données insuffisantes. Mais tout de même il y aurait quelque imprudence à repousser sans examen l'hypo-

EFFLUVES MAGNETloUES 121

thèse d'un fluide magnétique1. Aussi en ferons-nous une étude sommaire.

D'abord il est très vraisemblable que certains magnétiseurs peuvent, plus que d'autres, exercer une action hypnotisante. Et cela n'est guère contestable, pour peu qu'on ait su observer.

Si je pouvais citer mon propre exemple, je dirais que jadis, quand j'opérais certainement moins bien qu'aujourd'hui, je provoquais le sommeil assez facilement, chez maintes personnes même peu sensibles, tandis qu'aujourd'hui je ne puis presque plus jamais chez qui que ce soit provoquer la moindre hypnose. La même observation a été faite par le Dr Maingot et le Dr Emile Magntn, qui ont été de très puissants magnétiseurs... Ils faisaient ce qu'ils voulaient, me disent-ils. Et maintenant, quoiqu'ils ne soient pas très âgés, ils s'étonuent d'être presque impuissants à amener l'hypnose profonde.

J'ai cru voir, dans diverses circonstances où il fut essayé de m'hypnotiser, que certaines personnes, comme par exemple J. Ochorowicz, le magnétiseur Cannelle, le Dr Faivre, agissaient assez vite sur moi pour provoquer nettement un état de vague somnolence, tandis que tout essai fait par d'autres personnes restait infructueux.

M. Sydney Alrutz, professeur à l'Université d'Upsala2, incline à croire — et c'est aussi l'opinion de sir William Barrett — que par le magnétisme humain on dégage un certain fluide, qui agit directement sur la sensibilité. En magnétisant un doigt de son sujet, à

travers un verre épais, les yeux du sujet étant bandés, il produit l'insensibilité absolue de ce doigt. Mais il est presque impossible d'éviter toute suggestion, et l'expérience paraît uue des plus difficiles à bien faire.

Donc actuellement la question est encore ouverte. Il serait inté-

1. Baréty, Le magnétisme animal étudié sous le nom de force neurique rayonnante et circulante dans ses propriétés physiques, physiologiques et thérapeutiques, Paris, Doin, 1887. — Baraduc (H). Les vibrations de la vitalité humaine, Paris, J.-B. Baillière, 1904. — La force vitale, notre corps vital, fluidique, une formule barométrique, 1905. — M. Benedikt. Die latenlen Emanationen der C/iemikalien (C. Konegen, Wien, 1915).

2. Sydney Alrutz, Erscheinungen in der Hypnose [Zeitsch. fiir Psychologie, 1909). — W.-F. Barrett, Some récent hypnotic e.rperiments (J. S. P. R., janvier 1912, 179-186).

ressant d'en faire une étude approfondie. Est-ce un fluide magnétique? Est-ce la suggestion verbale? Est-ce l'hypersensibilité des sens normaux? Est-ce la télépathie? Toutes les hypothèses sont également admissibles. Malgré d'innombrables travaux, il est impossible de conclure. Myers disait : « Il est probable que les passes magnétiques ont un certain pouvoir spécifique per se» l.

Je vais un peu plus loin dans le doute, et je dirai que c'est presque probable.

On ne peut guère ajouter grande confiance aux dires des magnétisés sur la vision des effluves. « La plupart des somnambules, disait Deleuze, en 1813, voient un fluide lumineux et brillant environnant leur magnétiseur et sortir avec force de sa tête et de ses mains. » Mais cela n'a pas été répété, et cette vision est assurément un cas de suggestion. De même, malgré son grand talent et ses admirables efforts, A. de Rochas n'a pu en toute rigueur scientifique démontrer l'extériorisation de la sensibilité. Je laisse de côté la perception des effluves de l'aimant, car l'étude de cette radiation de l'aimant ne rentre pas dans le domaine de la métapsychique.

Si je ne puis accepter les idées de A. de Rochas sur l'extériorisation de la sensibilité, c'est qu'il n'a vraiment pas su se mettre en garde contre la suggestion . Sauf les cas où il agissait sur les malades de Luys, à la Charité (malades qui certainement fraudaient) les sujets de A. de Rochas étaient de bonne foi ; mais les succès qu'obtenait de Rochas — et que rarement d'ailleurs d'autres ont pu obtenir après lui — ne semblent dus qu'à des suggestions.

D'après J. Maxwell, on peut, en se mettant dans une obscurité profonde, et après que les yeux sont restés longtemps dans cette obscurité, voir des effluves lumineux qui se dégagent des doigts. Cette question des effluves lumineux a été traitée par A. de Rochas d'une manière approfondie 2. Il rapporte des observations dues au

1. Human Personality, I, 404. Voy. aussi Mad. Sidgwick et À. Johnson, S. P. R., janvier 1912, 184.

2. Les radiations lumineuses du corps humain (A. S. P., XXI, septembre 1911, 264. •

Page 1