DES HANTISES DE MAISONS (SUBJECTIVES
Les hantises proprement dites sont celles dans lesquelles une apparition se manifeste, en une maison, dite infestée.
Jusqu'à quel point le phénomène est-il uniquement subjectif? C'est une question très obscure sur laquelle les faits, médiocres et peu nombreux, ne permettent pas de décider encore.
Un ecclésiastique anglais1 arrive avec sa femme dans sa nouvelle paroisse, et tous deux vont se loger dans une habitation très confortable, placée à quelque distance du village. Ils n'avaient pas
1. Cas 1 de Bozzano. Report of the committee on Haunted Houses, P. S. P. R., mars 1884, p. 144. Ce comité était composé du Rév. Bcshell, Hughes, A. -P. Perceval Reep, F. Podmore, Hensleigh Wedgewood, et Ed.-R. Pev.se.
726 METAPSYCHIQUE OBJECTIVE
de domestiques : c'était une femme du voisinage qui faisait leur ménage; le soir venu, ils fermaient la porte à clef.
Mais dans la nuit ils entendent un fracas formidable (comme des boules de fer roulant sur le plancher), qui les réveille brusquement et qui dure une partie de la nuit. Ils se lèvent, mais ne voient rien d'anormal. Toutefois la femme de service ne voulut plus passer la nuit dans la maison.
Le lendemain, à 8 heures du soir, les bruits se renouvellent ; des pas humains (walking slowly, but firmly). Puis, pendant deux semaines, il n'y eut rien. Alors les bruits se répétèrent ; des coups, tantôt violents et précipités, tantôt faibles et hésitants. Toutes les semaines, à deux heures du matin (dans les nuits du samedi au dimanche) le même fracas recommençait (coups, pas humains, chutes de corps métalliques). Pendant toute une année les mêmes phénomènes se reproduisirent. Enfin le vicaire et sa femme quittèrent le village.
Une personne amie, étant venue dans la maison, entendit aussi ces bruits. D'ailleurs, comme ils étaient perçus par le vicaire et sa femme, il faut admettre qu'ils étaient objectifs. Peut-être l'hypothèse d'une complicité de la servante n'est-elle pas radicalement écartée.
On ne peut aucunement regarder comme démonstratifs les bruits entendus par le Dr Kinnaman. C'est la curieuse histoire d'un jeune étudiant nommé Adams, qui légua son squelette à son ami Kinnamann, à condition que le dit Kinnaman le gardât pour ses études. Quelques années plus tard, comme ce squelette était gênant, il fut relégué dans une soupente. Mais alors de tels bruits, de tels fracas se produisirent, qu'il fallut donner une meilleure place aux os d'Adams. Alors Adams, satisfait, se tint tranquille.
Cet invraisemblable et amusant récit ressemble à une nouvelle humoristique plutôt qu'à un fait réel.
MissR. Mouton, étudiante en médecine2, vint, en 1882, habiter une
1. Hyslop, Jour. Amer. P. S. P. /?., 1910, 615; 1911, 484, cas 3 de Bozzano, p. 36.
2. Cas cité par Fr. Myers, P. S. P. B., VIII, 311, cas 4 de Bozzano, 41.
maison à Cliftou. Dans cette maison, il y avait eu, vingt années auparavant, des drames de famille. Un soir Miss Mouton, entendant des bruits à sa porte, va au corridor et aperçoit dans l'escalier une femme de haute taille, avec un voile de veuve, un mouchoir sur la figure, et des vêtements de laine noire.
De 1882 à 1884, Miss Morton revit cette même forme cinq et six fois. Sa sœur, son frère, la femme de chambre et un enfant la virent aussi. « Quelquefois, dit Miss Morton, elle essayaitde me parler, mais ce n'était qu'un léger soupir. » Ce qui prouve la subjectivité de cette apparition, quoiqu'elle ait été vue par le frère et la sœur de Miss Morton, c'est que parfois Miss Morton voyait distinctement le fantôme, alors que les personnes qui étaient avec Miss Morton ne voyaient rien du tout. Cependant — et cela est d'une importance extrême pour prouver, comme on pourrait d'abord le supposer, que tout n'était pas subjectif dans l'hallucination de Miss Morton, — un soir d'août,- à 20 heures, quatre. personnes virent le fantôme en même temps. C'est en 1884-1885 que l'apparition se montra le plus souvent. A partir de 1886, elle devint de plus en plus vaporeuse et indistincte. En 1889 on ne vit plus rien, mais on entendit encore des pas, jusqu'en 1892.
Tel est ce cas, assez instructif. Il montre que l'objectivité peut être incomplète, c'est-à-dire qu'un fantôme, qui pourtant est certainement subiectif, puisqu'il n'est pas aperçu par toutes les personnes présentes, est cependant quelquefois perçu simultanément par plusieurs personnes, et qu'il devient alors une visualisation collective. On notera aussi la persévérance avec laquelle ce fantôme se maintient peudant sept années dans une localité donnée.
Voici une curieuse histoire de hantise, très ancienne, racontée par Pline le Jeune1.
Erat Athenis spatiosa et capax domus, sed infamis et pestilens. Per silentium noctis sonus ferri, et, si attenderes acrius, strepitus vinculorum longius primo, deinde e proximo reddebatur : mox apparebat idolon, senex macie et sqicalore confectus, promissa barba, horrenti capillo : cruribus compedes, manibus catenas gerebat et quatiebat.