CRYPTESTHÉSIE DANS LA DIAGNOSE DES MALADIES
Quant aux guérisons que prétendent apporter les consultations des somnambules, c'est toute une industrie, assez peu lucrative sans doute, mais tout de même qui est exploitée intensivement en tous les pays, et d'ailleurs réprimée par toutes les législations comme constituant exercice illégal de la médecine.
L'exploitation abusive de l'industrie des somnambules professionnels fait que les soi-disant guérisons merveilleuses consécutives à des révélations somuambuliques ne peuvent être considérées comme autheutiques.
Et cependant on aura quelque peine à admettre que les consultations innombrables données depuis plus d'un siècle dans tous les pays du monde par des somnambules eussent pu prendre pareille extension et se généraliser avec autant de force et de promptitude, s'il n'y avait pas quelque minime parcelle de clairvoyance thérapeutique dans leurs conseils. Sans cela elles ne pourraient guère continuer à exercer leur métier, et seraient vite abandonnées. D'ailleurs, entre elles, elles disent volontiers : « X... a beaucoup de lucidité, Y... en avait autrefois, elle n'en a plus maintenant; Z... en a rarement, mais à certains jours elle est tout à fait lucide ». Il ne faudrait peut-être pas repousser trop dédaigneusement l'histoire de cette divination thérapeutique exercée par les somnambules.
Il faut être plus réservé encore avant de nier toute clairvoyance dans le diagnostic des maladies. Il semble que naturellement, instinctivement, pour ainsi dire, les somnambules soient incitées à parler de l'état de santé des personnes qui les entourent. Même sans qu'on leur demande une consultation, elles ont tendance à dire que tel ou tel qui leur parle ou qui les touche est malade du cœur, de la tête, ou de la poitrine. Tout se passe comme si elles ressentaient, par une vraie télépathie (organique plutôt que psychique), les affections morbides des personnes qui sont près d'elles.
Cette télépathie organique s'aperçoit nettement dans toutes les paroles qu'elles prononcent. Alice, qui n'a jamais donné de consultations, et qui n'est ni somnambule, ni médium professionnelle,
18'JS, et surtout les divers ouvrages de H. L\sskkre (uu des premiers malades guéris à Lourdes), Notre-Dame de Lourdes, 4» édit., Paris, Palmé, 1885, et nouv. ôdit.j Paris, Sanard, 1898, 2 vol. in-4°.
quand on lui remet les cheveux d'un malade, dit : « J'étouffe, je me sens toute saisie, cela me donne des crampes, des spasmes, et une boule à la gorge. » Eugénie, qui est une professionnelle, toute jeune d'ailleurs, et croyant très naïvement en son art, parle de même. De même aussi, Héléna, qui n'est pas une professionnelle, mais qui jadis, à des amis, a donné des consultations l.
Mais tout est encore trop incertain pour qu'on puisse affirmer quoi que ce soit sur la lucidité de cette cryptesthésie organique spéciale. Peut-être, si l'on voulait, sans préjugés, l'étudier méthodiquement, arriverait-on à des résultats curieux. Dans les 53 expériences (diagnostics de maladies par des somnambules), que j'ai menées avec assez de soin pour éviter toute suggestion de ma part, et toute perspicacité normale de la part des somnambules, je n'ai eu que des résultats bien médiocres. 11 y a eu des réponses assez précises, mais insuffisantes à éliminer l'hypothèse des coïncidences fortuites. Pour un individu atteint d'une forte diarrhée, Eugénie a dit : « Inflammation de l'intestin ». Pour un enfant atteint de rougeole, Héléna a dit : « C'est la rougeole, j'ai misa figure toute rouge ». La meilleure expérience peut-être est celle d'HÉLÉNA (Exp. XIII) Héléna dit : « Angoisse, étouffement, douleur là (montrant le creux épigastrique). C'est comme une poche qu'il faudrait vider, lly a de la fièvre. Cette poche-là, sous le cœur, me donne de l'angoisse. Il faut vider cela. » Or il s'agissait d'un malade tuberculeux, ayant une caverne tuberculeuse, remplie de pus, à la base du poumon gauche, avec suffocation, dyspnée, œsophagisme. Dans tous ces cas, la consultation était donnée sans que le malade fût présent : il s'agissait de psy chômé trie, — ce que j'appelle cryptesthésie pragmatique — c'està-dire que je remettais des cheveux, ou un objet, ou une lettre, venant du malade en question.
Ce ne sont là que des résultats bien imparfaits. Pourtant, dans les nombreux traités du magnétisme animal de 1825 à 1855 on trouverait sans peiue assez de documents pour encourager les métapsychistes — parmi lesquels il y a beaucoup de médecins — à étudier de nouveau la question, à la reprendre ab ovo, sans craindre les railleries. L'histoire du somnambulisme et du spiritisme nous