‹ Traité de métapsychiqueChapitre 35 sur 327 · P. S. P. R., juin · texte numérisé non relu

P. S. P. R., juin

AUTOSCOPIE 135

montre douloureusement combien la science officielle a été mal inspirée eu rejetant a priori, sans examen, des faits que plus tard elle a été forcée, eu faisant amende très honorable, de reconnaître.

Il est uu cas particulier de cryptesthésie organique qui mérite quelque attention ; il a été signalé et bien indiqué par les magnétiseurs de la première moitié du xixe siècle : c'est ce qu'on appelle ïautoscopie.

Souvent, en effet, les somnambules sont en état de voir leurs organes, et ils en donnent de curieuses descriptions.

Mais c'est à peine si l'autoscopie relève de la métapsychique ; c'est presque de la psyclio-physiologie.

A l'état normal, nos organes viscéraux n'éveillent dans la conscience aucune sensation précise. Le cœur, les poumons, le foie, les intestins, le cerveau fonctionnent sans qu'il y ait perception de l'organe et connaissance de son fonctionnement. Cependant, ainsi que toutes les expériences de physiologie le prouvent, nos viscères possèdent des nerfs de sensibilité qui font parvenir aux centres nerveux quelques notions sur l'état même de ces organes.

Ces notions sont indistinctes. Elles arrivent certainement à la moelle, au bulbe et au cerveau, mais elles ne touchent que rarement la conscience. C'est seulement lorsqu'ils sont malades que nous sentons notre estomac, nos intestins, notre foie. Ce n'est pas par défaut de conduction nerveuse sensible que nous les ignorons, c'est parce que leurs nerfs de sensibilité n'émeuvent pas la conscieuce. Aussi pouvons-nous admettre comme vraisemblable que, dans certaines conditions psycho-physiologiques spéciales comme par exemple l'état d'hypnose, la conscience modifiée (amplifiée) puisse être ébranlée par ces sensations viscérales.

Encore que l'autoscopie ait été couramment observée dès le début du magnétisme, c'est probablement Féub qui en prononça le mot le premier1 (?) Mais il appliquait le mot d'autoscopie à la vision de son double par le personnage probablement halluciné. Or cette sorte d'hallucination (autoscopie externe), si intéressante qu'elle soit

1. Note sur les hallucinations auloscopiqites ou spéculaires, et su>' les hallucinations altruistes illull. de la Soc. de Riol. de Paris, 1891, 451.)

au point de vue médical, n'a aucun intérêt métapsychique, quoique les théoriciens du spiritisme aient fait de grands efforts pour lui attribuer une importance dont elle me paraît tout à fait dépourvue.

L'autoscopie interne, mentionnée par Du Potet, a été bien étudiée par le Dr Comar l et ensuite par le Dr Sollteh, qui en a fait l'objet d'uue monographie intéressante2.

Nous n'avons pas à examiner ici dans le détail les modalités de l'autoscopie, puisque aussi bien nous sommes ici au vrai border iand qui sépare le psychique et le métapsychique. Pour que notre conscience ait la représentation visuelle de nos viscères, il n'y a pas à supposer quelque propriété nouvelle de l'esprit ou du système nerveux.

Tout de même cela conduit à une conclusion curieuse.

S'il est vrai que certains individus, hypnotisés, hystériques, anormaux, ont la notion visuelle de leurs organes, — et on est forcé de considérer le fait, quelque exceptionnel qu'il soit, comme établi, — il s'ensuit que, dans certains cas de maladie, la patiente (hypnotisée ou hystérique) pourra se rendre compte qu'elle a telle ou telle lésion organique, dont elle peut diagnostiquer le siège, en voyant cette lésion. Et en effet, parfois des malades magnétisés ont tendance à décrire leur maladie, son étendue, sa localisation, en même temps qu'à en indiquer les remèdes.

C'est même peut-être par cetteautoscopie interne que peuvent s'expliquer les cas assez nombreux et bien authentiques d'auto-prémonitions. Or ces auto-prémonitions de mort ou de maladie ne sont pas des prémonitions véritables. C'est l'autoscopie qui permet à un somnambule de faire une prévision sur sa mort ou sur sa maladie, absolument comme un médecin expérimenté peut, en examinant les organes d'un de ses malades, prévoir qu'il est en danger de mort, et annoncer révolution de sa maladie.

4. L'autoreprése?ilalion de l'organisme chez quelques hystériques. Revue neurologique. 1901, 491.

2. Les phénomènes d'auloscopie, Paris, Alcan, 1903. Pour qu'il n'y ait pas de confusion, il faut distinguer l'autoscopie interne et l'autoscopie externe. Elle est externe quand l'halluciné voit son double distinct de lui. Elle est interne quand un somnambule aperçoit ses organes, cœur, foie, intestins, et en décrit les formes, pathologiques ou non.

Page 1