Flammarion, loc. cit
Richet. — Mélapsycliique- 10
que les papiers en avaient été volés par un individu qu'elle décrivit, que le juge reconnut, et dont la culpabilité fut démontrée.
Le Dr Ferroul, maire de Narbonue et député de l'Aude, fit quelques expériences remarquables de lucidité avec une jeune femme nommée Anna B... qu'il mettait en état de somnambulisme. Un fait amusant a été à ce propos signalé par lui. Étant directeur de la République Sociale, journal socialiste de Narbonne, et ayant maille à partir avec le préfet de l'Aude, il avait pu obtenir par A . . . , hypnotisée, des renseignements confidentiels qu'il publia dans son journal. A la suite de cette publication, le préfet, imaginant que cette révélation était due à l'indiscrétion de deux agents du service de Sûreté, les renvoya. Il fut prouvé alors qu'ils étaient innocents. C'est uniquement par la lucidité d'ANNA que M. Ferroul avait eu connaissance des faits qu'il divulguait dans son journal.
Des expériences très intéressantes ont encore été faites avec la même Anna, qui semblaient d'abord établir nettement la vision à travers les papiers opaques. Un pli fut remis où étaient ces mots : « Votre parti certainement se tue par l'asservissement. » Ce papier était dans une enveloppe extérieure, verte, opaque, enfermant une autre enveloppe en papier anglais et recouverte de deux feuilles de papier quadrillé. Les lignes furent lues par Anna. Grasset, l'éminent professeur de la Faculté de Médecine de Montpellier, donna ensuite à Ferroul une autre enveloppe opaque contenant deux vers qui furent en une minute lus par Anna1.
Il y eut, cependant, après cette expérience, qui paraissait décisive à Grasset, une expérience négative. Une commission fut nommée, et le succès fut nul. Mais on sait qu'en général, pour des raisons diverses, les commissions scientifiques ne peuvent arriver que rarement à des conclusions formelles. Néanmoins un grave doute persiste pour les expériences du Dr Ferhoul avec Anna B....
Les corps peuvent être plus opaques encore, sans que la vision soit interceptée. Mon savant ami, Abelous, professeur de physiologie à la Faculté de Montpellier, plaça dans une boîte d'un bois épais, à côté de deux plaques photographiques, non impressionnées,
i.A. S. P., 1896, VI, U5.
une enveloppe blanche fermée par un cachet de cire rouge. Sous la pression du cachet la cire avait fusé tout autour en formant des bavures rouges. Un jeune homme, sensitif, hypnotisé par le Dr Marques, vit quelque chose de rond et de rouge qui semble dégager des rayons. En une autre boîte, Abelous avait mis dans un écrin la médaille du professeur Grasset. Le voyant dit que c'était « une médaille représentant une physionomie d'homme, avec une barbe et des cheveux emmêlés ». C'était assez caractéristique de l'image du professeur Grasset. Il n'est pas probable qu'il s'agit là d'une hyperacuité rétinienne. Il semble que nous soyons en présence d'une faculté nouvelle, inconnue l;
Le Rév. Lefroy, ne croyant nullement à la lucidité, fait une expérience avec Miss X... à Zermatt. Il écrit le mot Heautontimoroumenos sur un bout de papier que Miss X... ne peut pas voir. Elle dit : « C'est un mot très long-, il y a deux M, cela commence par un H. » Alors M. Lefroy essaie des mots plus simples, il écrit Ink et Miss X... dit : « Ink ». Il écrit Toy et Miss X... dit : « Yot »2.
Le D1 Terrien, président de la Société de médecine de Nantes, va voir un malade à Chauché à 8 kilomètres de la ville qu'il habitait. Là divers malades le retiennent, entre autres un enfant qui en tombant d'une échelle s'était blessé au genou. Tout cela fut dit par une jeune fille de quatorze ans, qui travaillait à la couture chez Mad. Terrien, et qui avait des accès de somnambulisme3.
M. Adamson, qui occupe une position élevée dans l'administration de l'Australie du Sud \ ayant perdu un porte-crayon auquel il attachait grand prix, interroge une jeune fille présumée clairvoyante, qui lui déclare que l'objet a été trouvé sur la grand'route et que quelqu'un l'a ramassé, mis dans une boîte. Elle décrit la maison et
1. Sur une observation de vision extra-sensorielle, Mélanges biologiques pour le jubilé de Ch. Richet, Paris, Alcan, 1913, 1-5.