DESSINS ENFERMÉS DANS L'ENVELOPPE DÉSIGNATION
1° Une table. 1° Un ovale avec un bâton (Eugénie).
2° Une ancre. 2° Une épée en croix —
3° Une bouteille. 3° Un oiseau avec une tête
et un cou —
4° Un valet de cœur. 4° Une croix de Malte (Alice).
5° Une épée. S0 Des fleurets —
6° Un chapeau et un tambour. 6° Un chapeau —
M. Schmoll et M. Mabire ont fait 121 expériences de dessins, peut-être dans des conditions moins rigoureuses, puisque le sujet qui devinait était entouré de plusieurs personnes qui savaient toutes quelle était la nature du dessin à reproduire par vision mentale. Et en outre ce dessin n'était pas enfermé dans une enveloppe hermétiquement opaque : mais le papier était tout ouvert, le sujet ayant le dos tourné et les yeux fermés.
Les résultats ont été parfois excellents. Sur 121 expériences, il y eut 6 succès très remarquables; ce qui dépasse la limite du hasard; sans que cependant l'excès soit bien considérable.
B. — Conclusions.
En étudiant de près ces exemples de cryptesthésie (que j'aurais pu rendre beaucoup plus nombreux) on en trouvera sans doute quelques-uns qu'on jugera peu démonstratifs. Il en est qui peuvent être dûs au hasard : il en est d'autres qu'explique une expérimentation défectueuse. Mais il y en a tant qui ont été si bien observés, et avec tant de scrupuleuse exactitude, que le doute est impossible.
Dans l'ensemble, il est inadmissible que cette immense et répétée
Richet. — Métapgyichque. \\
erreur se soit prolongée depuis près d'un siècle, propagée par des savants illustres de tous les pays, acceptée par des incrédules, soumise à des contrôles multipliés. Le hasard ne joue pas dans les expériences un rôle assez considérable pour que des probabilités d' ———' d' in nnn interviennent sans cesse. Loin de
là. Nous nous mouvons dans des probabilités bien plus fortes.
L'événement qui a ■■ QQ0 de probabilité en fait ne se produit pas.
On n'a peut-être pas suffisamment réfléchi à ceci : c'est que, dans la vie quotidienne, les événements improbables ne se produisent que rarement. Nous évoluons dans l'enchaînement de petits événements très probables. Les visites que je reçois, les lettres qui m'arrivent, les personnes que je rencontre, les nouvelles qu'on me donne, ne sont que très rarement invraisemblables. Le probable et le vraisemblable mènent notre vie. C'est un truisme et une naïveté que de le dire ; mais cependant il faut le dire.
De là, en effet, une conséquence qui s'impose : c'est que nous ne prévoyons pas V invraisemblable. Donc, quand, par le fait de quelque cryptesthésie monitoire ou prémonitoire, l'invraisemblable est annoncé et prévu, c'est qu'il y a une raison d'être à cette indication. Et cette raison d'être, c'est l'avertissement donné à notre inconscience par quelque vibration inconnue.
Pour prendre, parmi des centaines de monitions, un exemple concret, M. Fraser Harris voit par la pensée sa femme causant avec un mendiant qui tient un balai, au moment même où sa femme cause avec un mendiant tenant un balai. Voilà un fait assez peu probable, auquel M. Harris n'aurait certainement pas pensé, si quelque chose n'avait pas provoqué dans son cerveau cette image. Il est absurde de dire : c'est le hasard. C'est à peu près comme si l'on avait tendu sur la route une corde. Qu'un bicycliste vienne à tomber en ce point, on ne dira jamais : c'est le hasard qui l'a fait tomber. On en conclura avec raison que, s'il est tombé, c'est à cause de la corde. Il n'y a pas d'effet sans cause. Annoncer un fait invraisemblable et voir se réaliser ce fait invraisemblable, cela ne peut être dû qu'à la cryptesthésie, car, dans le cours de notre existence, — sauf exception, bien entendu — nous ne prévoyons pas l'invraisemblable, et l'invraisemblable ne se produit pas .
Si je fais une expérience sur le poids atomique de l'argent et. que je trouve 108,4, je ne vais pas attribuer le résultat au hasard. Si j'interroge Stella et que je lui demande le nom du fils de N... et qu'elle me réponde Jean, pourquoi vais-je dire : « C'est le hasard » plus que je ne l'eusse dit pour avoir trouvé 108,4 au poids atomique de l'argent ?
Certes, il eût été préférable, au lieu d'opérer avec des dessins, des voyages, des prénoms, des événements quelconques, d'expérimenter uniquement avec des cartes ou des nombres, car les indications de cartes et de nombres comportent des calculs mathématiques rigoureux ; mais il faut savoir que les somnambules se prêtent malaisément à ces sortes d'expériences. M. Osty dit avec raison que c'est alors demander à la lucidité ce qu'elle ne peut pas donner.
Quand j'essaye de faire deviner des cartes ou des nombres à Léonie, je n'ai que des échecs piteux (peut-être parce que sa volonté intervient, qui masque les enseignements de son sens cryptesthésique), tandis que. s'il s'agit d'un incendie de mon laboratoire, ou de la brûlure de mon ami Langlois, elle dit la réalité très exactement, (sans d'ailleurs que je lui en aie fait la demande) avec une précision telle que la probabilité (encore qu'elle ne puisse être exprimée par un nombre déterminé) est très faible.
Les faits de lucidité chez les somnambules se présentent le plus souvent avec la même imprévoyabilité que la chute des aérolithes. On ne peut pas, — sauf en de rares circonstances, — compter sur le succès quand on expérimente, pas plus qu'on ne peut escompter, à heure dite, en un endroit précisé par avance, l'arrivée d'un bolide.
Des choses vraies, inaccessibles à nos sens normaux, sont indiquées, mais souvent — ce qui est fâcheux — ce ne sont pas des réponses précises à des questions précises. Les somnambules (et aussi les médiums) ne répondent pas exactement aux questions qu'on leur pose, et, tout en disant des choses vraies que leurs sens normaux n'ont pu leur faire connaître, disent des choses à côté.
Je l'avoue, il est regrettablequ'avec les sujets hypnotisés, dont la sensibilité morale est très aiguë, on ne puisse agir comme on ferait avec une machine à calculer. Mais un voyage les intéresse beaucoup
plus que l'indication d'un huit de pique. Ils s'intéresseront plus à une maison qui brûle ou à un bateau qui arrive, qu'à compter le nombre de points noirs qu'il y a sur une carte. Je reconnais que c'est malheureux, mais il faut accepter les conditions des expériences.
Elles sont décisives, ces expériences. A elles toutes seules, elles suffiraient pour établir solidement cette supérieure et mystérieuse faculté de connaissance que j'ai appelée la cryptesthésie. On va voir que les expériences faites avec les médiums l'affirment avec plus de force encore.
§ 3. — CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE
A. — Exposé des faits.
Nous appelons cryptesthésie spiritique la cryptesthésie expérimentale qui se manifeste dans les expériences de spiritisme.
Précisons ce qu'il faut entendre par expérience spiritique.
Le spiritisme est une théorie d'après laquelle les morts n'ont pas perdu la conscience. Leur âme continue à exister sous forme d'esprit. Ces esprits, âmes des morts, peuvent entrer en communication avec les vivants, grâce aux médiums.
Par définition, nous dirons que l'état spiritique est un état psychologique tel que l'individu avec lequel on expérimente, et qu'on appelle médium, gardant ou ne gardant pas la nette conscience de sa personnalité normale, fait des mouvements (parole, écriture, mouvements ou bruits dans la table, manœuvres de la planchette) qui ne sont pas voulus par lui. Il prétend qu'une personnalité autre que la sienne agit sur lui et l'influence.
Cette définition, bien entendu, ne préjuge rien quant à la réalité objective de cette personnalité étrangère. Nous examinerons la question plus tard avec tous les détails nécessaires. Dans ce chapitre nous n'en indiquerons que les résultats au point de vue de la cryptesthésie, sans traiter de son mécanisme.
Autrement dit, nous rechercherons si, chez les médiums, dans des expériences instituées à cet effet, il y a, par un procédé quelconque, révélation ou indication de faits que leur intelligence humaine normale ne pouvait connaître, c'est-à-dire cryptesthésie.
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Que ce soit par des raps (vibrations sonores de la table), par des messages écrits automatiquement, par récriture directe, par des voix entendues, par des paroles prononcées, il importe peu, pourvu que le fait de cette connaissance supra-normale soit dûment constaté.
Or le fait est établi par des preuves si abondantes, si indiscutables, qu'on est surpris de voir qu'il a été nié et contesté. Il est vrai qu'il n'est contesté et nié que par des gens qui n'ont ni expérimenté, ni lu, ni étudié, ni réfléchi.
La cryptesthésie, rendue assez probable par les expériences sur les individus normaux, extrêmement probable par les expériences sur les hypnotisés, devient d'une évidence éblouissante quand on étudie sa modalité dans les expériences de spiritisme.
«J'ai amené, dit Richard Hodgson, résumant ses expériences avec Mad- Piper, au moins cinquante personnes que je savais étrangères à Mad. Piper, et j'avais pris toutes les précautions possibles pour l'empêcher d'obtenir des renseignements sur ces personnes1. A la plupart il fut parlé de faits qui ne pouvaient certainement pas être connus de Mad. Piper. On se servit même, pendant plusieurs jours, de détectives pour s'en assurer. »
En étudiant les comptes rendus de ces innombrables séances, on voit que plus de deux cents noms différents ont été dits correctement. Il m'est par conséquent impossible de les mentionner ici, même en résumé. A moins de supposer cette prodigieuse absurdité de la mauvaise foi ou de l'imbécillité, aussi bien de M. Hodgson que de M. Hyslop, on est forcé d'admettre, comme deux cents fois démontrée, la cryptesthésie chez Mad. Piper.
Il faudrait un volume pour résumer tous les récits de cryptesthésie que R. Hodgson nous a transmis. Après avoir lu les comptes rendus détaillés de ces expériences, il est vraiment impossible de mettre en doute la cryptesthésie. Et d'ailleurs il apparaît bien que, si en général cette cryptesthésie est télépathique (ce qui s'explique parce que, lorsqu'on fait une question, on connaît la
1. A côté de ces nombreux faits, si bien étndiés. mon témoignage personnel est sans intérêt. 11 me sera permis de dire cependant que, dans l'expérience que j'ai faite avec Mad. Piper (je ne l'ai vue qu'une fois), elle m'a indiqué, après maintes erreurs diverses, le nom d'un petit chien, Diqk, que j'avais eu dans mon enfance, nom qu'elle ne pouvait absolument pas connaître par les voies sensorielles normales.
réponse qu'il convient de faire) elle ne l'est pas dans certains cas, comme par exemple quand M. Thaw apporte à Mad. Piper des cheveux dans un papier. Mad. Piper dit que c'était un sachet religieux, et c'était vrai. M. Thaw s'était trompé dans la remise de l'objet.
Si, parmi les médiums puissants au point de vue objectif, les plus remarquables ont été Florence Cook, Home et Eusapia, on peut affirmer qu'au point de vue subjectif, pour manifester une cryptesthésie intense, le plus puissant a été certainement Mad. Piper.
R. Hodgson, William James, James Hyslop, P. Bourget, Fr. Myers, Mad. Verrall, sir Oliver Lodge, ont eu avec elles de nombreuses séances et ont conclu formellement, indiscutablement, à la télépathie.
Voici ce que dit Myers'.
« Les faits à moi personnels, et accessibles — bien que je ne pense pasqu'ils l'aient été — par des documents imprimés, ou par des collusions et des enquêtes, n'ont pas été indiqués en plus grand nombre que les autres : des messages me furent donnés comme émanant d'un ami mort depuis nombre d'années, et certaines circonstances indiquées, dont Mad. Piper était dans, l'impossibilité d'avoir connaissance. Je connais des faitsénoncés, quifureut supprimés comme trop intimes. La relation d'un ou deux de ces faits est plus concluante en faveur d'une connaissance supranormale2 que la mention de douzaines de noms de personnes diverses, que le consultant n'avait aucun motif de taire,
« Tous les observateurs s'accorderont à affirmer que beaucoup des faits énoncés ne peuvent avoir été connus même par un habile détective et que pour les autres faits il eût été nécessaire de faire des dépenses de temps et d'argent invraisemblables. »
« Je suis absolument certain, dit William James, comme je le suis de n'importe quel fait personnel, que Mad. Piper connaît, pendant sa trauce, des choses dont il lui est impossible d'avoir eu connaissance à l'état de veille. »
« En introduisant des étrangers anonymes, et en l'interrogeant moi-même de différentes manières, dit sir Oliver Lodge, je me suis