À. S. P., 1897, VII
2. New Evidence in Psyckical Research, avec une introduction de Sir Oliver Lodge, London, W. Ridder, 1911.
D'autres expériences très nombreuses, avec Watson, ont été faites encore, qui paraissent avoir entraîné l'évidence de la cryptesthésie même chez une personne aussi peu crédule que M. Arthur Hill. En supposant, ce qui est assez absurde, que M. Watson a été faire une enquête dans les cimetières, de manière à prendre connaissance des noms inscrits sur les tombes, se rapportant à la nombreuse famille de M. Knight, tout n'est pas explicable. Il reste Vimpossible. Toute cette discussion est soigneusement établie, avec tous les détails nécessaires, par M. A. Hill (p. 113-1 16).
Je crois donc que M. A. Hill a raison de dire :
1° Que les fraudes dues à des recherches persévérantes, difficiles, presque impossibles, et multipliées, faites parles médiums pour mieux tromper la personne qui les consulte, sont à l'extrême invraisemblables. Les détectives qu'on a mis aux trousses de Mad. Piper n'ont rien obtenu.
Remarquons bien — ce qui est important à noter — que les médiums qui feraient de telles recherches s'exposeraient toujours à être pris en flagrant délit d'imposture préparée, ce qui les perdrait définitivement.
2° Il n'y a pas d'hallucinations de la part des observateurs.
3° La probabilité de certains succès obtenus dans les recherches cryptesthésiques est parfois tellement petite, qu'on ne peut décemment invoquer le hasard.
4° Tout dépend en somme de la rigueur dans l'expérimentation. Si l'expérimentateur reste complètement muet, sans donner le moindre signe d'approbation ou de négation : s'il est absolument impassible, et qu'il prenne des notes complètes sur tout ce qui est dit, alors l'expérience est valable. D'ailleurs l'impassibilité, aussi bien que le rigoureux et complet enregistrement de toutes les paroles du médium, c'est vraiment fort difficile.
Mad. Briffaut, à Paris, a donné des preuves admirables, absolument certaines, de lucidité ; je me contenterai, parmi beaucoup d'autres, de donner les suivantes.
Mad. M. G. de Montebello, rendant visite à Mad. Briffaut, alors qu'en toute certitude Mad. Briffaut ne pouvait savoir son nom, ni rien d'elle, reçoit tout de suite une preuve démonstrative de la
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cryptesthésie. « Je vois quelqu'un qui se nomme L... — Louis, n'est-ce pas? — (Signe de tête d'acquiescement de la part de Mad. de M...) C'est votre fils?... — Oui. — lia été tué pendant la guerre? — Non... — Pourtant, dit Mad. Briffaut, il me fait signe qu'il est mort brusquement, brutalement, tout d'un coup... » Or de fait Louis de Montebello, avant la guerre, a été, par un rare et tragique événement, frappé de la foudre. On remarquera que, si Mad. Briffaut a fait une erreur, c'est une erreur d'interprétation. Elle a vu la mort brutale, brusque, soudaine, de Louis, et elle en a conclu (à tort, mais selon toute vraisemblance) que c'avait été par un fait de guerre. D'autres indications précises et précieuses ont été données. A côté de Mad. de Montebello, Mad. Briffaut voit une vieille dame qui écrivait, écrivait constamment. Il s'agissait très nettement de la grand' mère de Mad. de Montebello qui a passé à écrire ses mémoires les quinze dernières années de sa vie.
Il est à remarquer que cette expérience avec Mad. de Montebello est très belle ; et que cependant avec d'autres personnes Mad. Briffaut a eu des résultats tout à fait nuls. La clairvoyance, dans ces cas, semble dépendre presque autant du percipient que de l'agent. En général, Mad. de Montebello, quand elle va consulter un médium, un sensitif, un somnambule, obtient des réponses extraordinairement détaillées et précises, de sorte que je serais tenté de supposer que la lucidité du médium ne s'exerce pas indifféremment pour tout le monde. Il y a des personnes qui les inspirent, et d'autres qui ne les inspirent pas.
Mad. A. G. Le Ber, ma fille, dont Mad. B... connaissait le nom, a reçu quantité de précisions, dont la valeur se trouve à peine atténuée par ce fait que le nom de Mad. Le Ber était connu de Mad. Briffaut. En effet, pour savoir tout ce qu'elle a dit, Mad. Briffaut eût dû se livrer à une prolongée et difficile enquête. En tout cas Mad. Briffaut a textuellement indiqué une conversation absolument intime que Mad. Le Ber a eue avec son frère, mon fils Albert, tué pendant la guerre, et cette conversation intime, personne de vivant ne le connaissait que Mad. Le Ber.
Arnaud de Gramont, avec le pseudonyme docteur X..., va voir Mad. Briffaut et lui dit qu'il a perdu un fils à la guerre. Mad. B... lui dit, ce qui est vrai : « il a été tué d'une blessure à la tête, il est
tombé de très haut : il était dans l'aviation... » Elle voit le prénom S... mont. (Le prénom du fils de A. de Gramont était Sanche.)
Le Bulletin de l'Institut Métapsychique de Paris, 1920, numéros 1 et 2, contient encore diverses indications très intéressantes sur les cryptesthésiesde Mad. Briffaut. A M. Jean Lefebvre, tout à fait inconnu d'elle, Mad. Briffaut dit le nom de son frère Pierre et de son autre frère Joseph. Elle dit que la femme de Joseph est morte il y a moins d'un an, d'une opération faite au foie, ce qui est exact. A M. Lange Mad. Briffaut donne des détails que personne ne peut connaître. A M. Lemerle, averti et sagace observateur, que Mad. Briffaut ne pouvait connaître, Mad. Briffaut dit tout de suite : « Je vois Jacques! un jeune homme mort d'une manière tragique... Et je l'entends qui appelle : il écrit Jean, Henri... » De fait les deux fils de M. Lemerle avaient été victimes d'un grave accident d'automobile : ils s'appelaient Henri et Jacques. Henri a été tué, et Jacques a échappé à la mort. Il y a aussi de Mad. M. Forthuny (Revue spirite, mai 1921, 144), un très beau cas de clairvoyance donné par Mad. Briffaut.
Des faits tout à fait analogues à ceux que donna Mad. Briffaut à Paris, Mad. Léonard à Londres, ont été obtenus par un sensitif nommé Ludwig Aub, de Munich1. Un étudiant en médecine, ne donnant pas son nom, ni sa profession, va trouver Aub, qui lui dit : « Vous êtes étudiant en médecine, vous aimez la musique et surtout Mozart. Votre père était médecin ; votre grand-père, médecin de campagne à Stettin. » Au DrO... Aub dit : «Votre père était un philosophe, votre mère est d'origine anglaise, mais elle a vécu en Autriche. Vous venez de vous marier. » Tous détails exacts. Au Dr S. . . Aub dit : « Ce qu'il y a de caractéristique, c'est que vous avez chez vous une grande peinture du temps d'ALBERT Durer. Elle est précieuse, et c'est votre orgueil. » Tout cela est exact. Au Dr G. . . Aub dit : « Vous avez une prédilection pour Gustave Flaubert. » De fait le matin même le Dr G... écrivait une préface aux œuvres de Flaubert
M. Hayward a analysé méthodiquement les réponses de Mad. K.
1. VonR.Tischner. Eine physiologisch-okkultistische Siudie {Psychische Studien. XLVII, 1920, 598-612). Tischner cite diverses publications sur Aub, qui ont paru à Munich, du Dr Dingfelder, de G. W. Surga, etc.
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(près de Montréal). Mais il ne paraît pas qu'il y ait eu quelque lucidité supérieure (Fortune telling. Am. P. S. P., R), 1021, 18Ti.
En résumé, de toutes ces expériences de cryptesthésie, tant sur les sensitifsque sur les médiums et les somnambules, une conclusion très nette se dégage, incontestable, c'est qu'il y a une faculté de connaissance par d'autres voies que les voies sensorielles ordinaires.
A l'heure actuelle (1921) il n'est plus permis d'en douter, et c'est devenu une notion presque banale, qui bientôt deviendra classique, et qu'on s'étonnera d'avoir été si méconnue, si raillée, si niée par toute la science officielle.
Il me sera permis de rappeler avec quelque fierté qu'en 1888, P. S. P. R., (v), j'avais nettement affirmé ce fait étrange qui aujour d'hui domine toute la métapsychique subjective.
« // existe, chez certaines personnes, à certains moments, une faculté de connaissance qui n'a pas de rapport avec nos facultés de connaissance normales. »
Je n'ai rien à changer à ce que je disais en 1888 ; sinon qu'aujourd'hui cette proposition, qui paraissait terriblement téméraire, est sur le point d'être unanimement acceptée, notamment par Mad. H. Sidwgick, par sir Oliver Lodge. Demain elle paraîtra tellement simple qu'on ne voudra pas croire qu'il y eut quelque témérité à la soutenir.
Le phénomène de la cryptesthésie est aussi certain que tous les faits avérés, reconnus par la science. Pour nier cette cryptesthésie, il faudrait être rebelle à tout ce qui est une démonstration scientifique.
Toutes ces expériences de Mad. Briffaut, comme celle de Mad. Léonard, de Mad. Piper, semblent — et c'est à mon corps défendant que je fais cet aveu — apporter une sorte de confirmation à la théorie spirite. Car la lucidité de ces voyantes ne paraît s'exercer que parce qu'un esprit semble intervenir pour leur apprendre tel ou tel fait, Je n'ai garde d'en inférer que les choses se passent ainsi, mais tout se passe comme si l'esprit du mort intervenait pour dire son nom, ses relations, les faits qu'il connaît et converser avec le guide du médium.
Mais ce n'est sans doute qu'une apparence. Le procédé de connaissance reste mystérieux. L'hypothèse que les faits nous sont com-
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muniqués par un être à apparence humaine est une hypothèse après tout très anthropomorphique. On peut en faire état, mais provisoirement : pourtant il est permis de prendre la position scientifique qu'en cette matière délicate j'ai adoptée : je considère la cryptesthésie comme absolument démontrée, mais je me refuse, pour insuffisance de preuves, à toute hypothèse sur l'origine de ces révélations et de ces divinations.
Il est maints autres faits intéressants, que nous ne mentionnons pas, signalés par Myers, par Bozzano, et par d'autres auteurs ; car on peut les expliquer — encore que le plus souvent l'explication soit assez invraisemblable — par des notions oubliées, inconscientes, mais normales. Pour nous il faut qu'il y ait absolue impossibilité d'une connaissance normale pour permettre d'introduire l'hypothèse d'une cryptesthésie. M. Heintzer, par exemple, voit son père lui apparaître en frac, avec une barbe blanche. Il savait que son père était mort, mais il ne l'avait connu qu'avec une barbe non blanche. Or, pendant que M. Heintzer fils était à l'étranger, on avait enterré M. Heintzer père, en frac, et sa barbe était devenue rapidement blanche pendant le cours de sa dernière maladie. N'est-il pas possible que M. Heintzer fils l'ait su, encore qu'il affirme, très loyalement sans doute, l'ignorer?
Il est possible que Flournoy ait raison en supposant que le nom de Burnier n'est pas arrivé par voies métapsychiques ou cryptesthésiques. Quoique l'explication par voies normales soit terriblement entortillée et invraisemblable, il faut l'admettre toutes les fois qu'elle est possible.
Il faut admettre aussi que la mémoire latente possède d'extraordinaires pouvoirs qui rendent l'illusion possible. Stainton Moses, écrit automatiquement, l, sous la dictée de Rector : « Allez dans la bibliothèque, et prenez l' avant-dernier livre sur le second rayon, voyez le dernier paragraphe de la page 94, et vous y trouverez cette phrase... » Suit une très longue phrase... Alors Stainton Moses se lève, va chercher le livre, et vérifie que la citation est exacte et à la page 94. Mais on doit supposer qu'il n'y a là qu'une réminiscence très parfaite, très complète, sans qu'il soit nécessaire d'y voir là un fait de