‹ Traité de métapsychiqueChapitre 7 sur 327 · Voy. de Vesme, Storia dello spiritismo (II · texte numérisé non relu

Voy. de Vesme, Storia dello spiritismo (II

central — sur la circulation et la nutrition de telle ou telle partie du corps (nerfs tropbiques) n'a rien de métapsychique, et il suffit de se référer à quelques-unes des publications que les médecins ont multipliées sur ce sujet '.

J'hésite à nier tous les faits anciens de lévitation, Gorres n'en cite pas moins de 72 cas. Encore ne les rapporte-t-il pas tous, dit-il. Mais il est impossible de savoir le degré de vérité de ces miracles. Le saint qui a eu les lévitations les plus fréquentes est certainement saint Joseph de Copertino (béatifié en 1753) (1603- 1063). « Ses saisissements et ses ascensions n'eurent pas seulement, dit Gorres (p. 308), pour témoins le peuple et les religieux de son ordre. Le pape Urbain VIII le vit un jour dans cet état, et il en fut hors de soi d'étonnement. Joseph, considérant qu'il était en présence du vicaire de Jésus-Christ, tomba en extase, et s'éleva audessus de terre. »

Pendant longtemps, hier, aujourd'hui encore, on a raillé maintes crédulités, les lévitations des saints, les divinations des somnambules, les pressentiments de mort par les rêves, les guérisons extatiques, les stigmates, les maisons hantées, les apparitions, et on a pêle-mêle confondu toutes ces croyances dans un immense mépris, insoucieux de tout examen.

Il me paraît que c'est une grave faute. Tout n'est pas vrai assurément dans ces histoires : mais tout n'est pas faux non plus. Les récits étranges que parfois on nous apporte excitent un sourire railleur, et nous sommes tout d'abord portés à croire qu'on déraisonne. Eh bien ! on ne déraisonne pas ; on ne ment pas ; il n'y a jamais ou presque jamais de mensonge dans les récits fantaisistes qu'on nous [confie, et très rarement des illusions totales. On exagère, on transforme, on arrange les choses, on oublie des détails essentiels, on ajoute des détails imaginaires ; mais toutes ces

1. A.PTB (M.), Les stigmatisés, étude historique et critique sur les troubles vasomoleurs chez les mystiques. Th. de doctorat, Paris. 1903. — Kohnstamm, Hypnotische Stigmatisierung, (Zeilsch. /'. d. Ausbau d. Enlwicklungslehre, 1908, II, 314-321). — Gorres, La mystique divine, naturelle et diabolique, trad. fr., Paris, 1854, II, 174-210. — Bourneville, Science et Miracle, Louise Lateau, ou la stigmatisée belge, 8°, Paris, 1875. — Carré de Muntgeron, La vérité des miracles opérés par l'intercession du diacre Paris, 11, Cologne, 1747. — Alfred Maury, La magie et l'astrologie, Paris, 1895. — P. Janet, Bullet. de VJnstitul psychologique international, juillet 1901. — A. de Rochas, A. S. P., janvier 1903.

légendes contiennent quelque fragment de vérité. L'histoire des sciences nous prouve qu'il a fallu bien souvent revenir à des idées considérées d'abord comme puériles. L hypnotisme, et surtout le spiritisme, sont là pour établir à quel point les négations, si elles s'étalent sans examen, font que la science, au lieu d'avancer, se fossilise, quand la routine, et non l'amour du progrès, anime l'âme des savants.

Mais je renvoie au livre de Gôrres, très complet, naturellement d'une crédulité sans limites, pour toutes ces légendes, desquelles jamais sans doute on ne saura extraire la quantité de vérité qui y est incluse1.

Ce qui est intéressant, c'est de constater que presque tous les phénomènes du métapsychisme contemporain sont indiqués.

Il est vrai que la naïveté des chrétiens d'alors n'attribue pas à Dieu seul et aux bons anges, et aux saints, ces pouvoirs métapsychiques. Le diable est, lui aussi, capable, quand il prend possession d'une malheureuse femme, de bien des merveilles. Il est presque aussi puissant que Dieu, et il communique au possédé ou à la possédée des pouvoirs étranges :

1° Faculté de connaître les pensées, même non exprimées ;

2° Intelligence des langues inconnues au possédé, et faculté pour lui de les parler ;

3° Connaissance des événements futurs ;

4° Connaissance de ce qui se passe dans les lieux éloignés, ou situés hors de la portée de la vue ordinaire ;

5° Suspension en l'air (lévitation).

Ce sont là des phénomènes essentiellement métapsychiques. Il n'est donc guère douteux que, pour les possédés comme pour les saints, de tels phénomènes ont dû, çà et là, se manifester de tout temps.

Même on trouve dans l'antiquité mentionnées les tables tournantes divinatoires (Mensae divinatoriœ) . Tertullien parle des chaînes et des tables qui prophétisent, et il ajoute que c'est un fait

1. J'ai essayé d'analyser un phénomène ancien de possession fort curieux, à Presbourg en 1641. mais on ne peut en rien déduire (Phénomènes métapsychiques d'autrefois, A. S. P., 1905, 197-217; 413-421).

vulgaire1. D'après Ammien Maucellin, on avait construit uue table, sur laquelle était posé un plateau, portant gravées les vingt-quatre lettres de l'alphabet. Un anneau suspendu par un fil était tenu par un des assistants, et se balançait au-dessus des lettres. Ou inscrivait la lettre à laquelle il s'arrêtait, et on avait ainsi une consultation divinatoire.

2° Période magnétique '.

Avec Mesmer, tout change : Mesmer a été l'initiateur du magnétisme animal, qui, sans pouvoir être confondu avec le métapsyehisme, lui est cepeudant étroitement uni.

En 1766, Antoine Frédéric Mesmer (1733-1815) fait paraître à Vieune, pour thèse inaugurale de doctorat en médecine, une étude sur l'inlluence physiologique des planètes". Pendant dix ans, de 1766 à 1776, il étudie, réfléchit, analyse, essayantde réunir l'astronomie à la médecine, et cherchant activement le bruit et la publicité. En 1778, il arrive à Paris, et l'année suivante publie son premier ouvrage dogmatique *.

Tout de suite on comprit qu'il s'agissait là de faits nouveaux et extraordinaires. La vogue s'eu mêla. La Société royale de Médecine, l'Académie des sciences et la Faculté intervinrent. 11 fut prouvé que par les méthodes de Mesmer un certain état psycho-physiologique était provoqué, qui pouvait parfois être efficace dans la guérisou des maladies.

La doctrine nouvelle conquit tout de suite de nombreux adeptes, médecins, magistrats, gentilshommes, savants. Bientôt le magnétisme animal fut couramment pratiqué. Ce fut surtout grâce à

1. Voy. Figuier, Histoire du merveilleux, Paris, 187;>, I, 18.

2. Sur l'œuvre de Mesmer et les origines du magnétisme, voir surtout l'article remarquable de J. Ociiorowicz. Hypnotisme, in Dict. de Physiologie, de Ch. Richet, Paris, 190'.). Vlll. 700-777. — K. Kiesewetter, Geschichte des neueren Occullismus ; geheimwissenschaf'tliche Système von Agrippa bis Karl du Prel., 1» édit., Leipzig, 1007. Quant à la bibliographie du magnétisme ariimal et de l'hypnotisme, on la trouvera dans le livre de M. Dessoir.

3. Diss. pliysicv-medica de planetarum influxu. 4S p., 16°, Vindobonae, Ghelen,

4. Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, Sa p., 12°, Genève et Paris. P. -F. Didot, 177'J. — Voir aussi Mémoire sur la découverte du magnétisme animal. 46S p., 8°. Paris. 1799. — Ochobowicz a rendu pleine justice à Mesmer, qui l'ut vraiment un précurseur.

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de Puységur, lequel, modifiant les méthodes de Mesmer, a vraiment créé (avec d'EsLON, et avec le naturaliste Deleuze, bibliothécaire de la Bibliothèque du Jardin des Plantes), le magnétisme animal (somnambulisme provoqué) tel que nous le connaissons aujourd'hui l. Mesmer, en adoptant le mot magnétisme, voulait seulement dire action à distance, comme jadis Paragelse ou Goglenius, quand ils parlaient de l'action magnétique des astres ou des substances. C'est dans ce sens que Mesmer est plus métapsychiste que ne l'ont été ses successeurs immédiats.

Avec de Puységur, d'EsLON, Deleuze, la magnétisation devint surtout un pocédé thé rapeutique. Pourtant, de-ci delà, des faits métapsychiques, l'action à distance, la vision à travers les corps opaques, la clairvoyance (ou lucidité), furent observées. Mais — ce qui est assez singulier — presque tout l'effort des magnétiseurs s'est concentré sur la diagnose et la thérapeutique des maladies2. Pététin, médecin de Lyon, a cité divers faits de cryptesthésie qu'il explique d'une manière naïve par une sensibilité spéciale de l'épigastre. Une de ses malades, cataleptique, quand on lui mettait une carte sur l'estomac, reconnaissait cette carte. Pététin est un des magnétiseurs du temps passé qui ont, avec le plus de soin, étudié les phénomènes psychologiques, ou pour mieux dire, métapsychiques, qui accompagnent si souvent l'hypnose.

Le baron Du Potet, et Husson, médecin de l'Hôtel-Dieu et membre de l'Académie de Médecine, firent en 1825 des expériences retentissantes sur le somnambulisme provoqué à distance 3. Un rapport mémorable, présenté à l'Académie de Médecine de Paris, parut en 1833 (Husson, rapporteur).

Parmi les conclusions qui furent adoptées, je signalerai les suivantes, qui sembleront téméraires, même aujourd'hui :

1. Maxime de Puységuu, Rapport des cures opérées à Bayonne par le magnétisme animal, adressé à M. Vabbé de Poulouzat, conseiller clerc au Parlement de Bordeaux, Bayonne, 1784. Mémoires pour servir à l'établissement du magnétisme animal, Paris, 8°, 1820. — Deleuze. Histoire critique du magnétisme animal, lre édition, 1813. — Pététin, Electricité animale, mémoires sur la catalepsie. — Foissac, Rapport et discussio?is sur le magnétisme animal, Paris, 1825. — Deleuze, Instruction pratique sur le magnétisme animal, dern. éd., Paris, 1853.

2. Pourtant il y a un ouvrage posthume de Deleuze, Mémoire sur la faculté de prévision, avec des noies de M. Miellé, Paris, 1834.

3. Rapports et discussions de i Académie royale de Médecine sur le magnétisme animal, 8°, Paris, 1833.

« La volonté, la fixité du regard, out suffi pour produire les phénomènes magnétiques, même à l'insu des magnétisés.

«L'état de somnambulisme peut donner lieu au développement de facultés nouvelles désignées sous le nom de clairvoyance, d'intuition, de prévision intérieure.

« Par la volonté, on peut non seulement agir sur le magnétisé, mais encore le mettre complètement en somnambulisme, et l'en faire sortir à son insu, hors de sa vue, à une certaine distance et au travers des portes fermées.

« Nous avons vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, les objets que l'on a placés devant eux : ils ont désigné, sans les toucher, la couleur et la valeur des cartes, ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelques lignes de livres que l'on a ouverts au hasard. Ce phénomène a lieu alors même qu'avec les doigts on fermait exactement l'ouverture des paupières. »

Malgré ces affirmations, le scepticisme des savants officiels triompha. Le rapport de Husson fut combattu, puis oublié, et les phénomènes métapsychiques, dont les romanciers s'emparèrent, furent niés ou plutôt dédaignés par les hommes de science.

En Allemagne, il y eut une observation remarquable, celle de Federica Hauff, que Justus Kerner, médecin et poète, a pendant longtemps étudiée, avec une prédilection justifiée par les facultés extraordinaires de ce médium remarquable1.

Il n'est pas douteux que Federica Hauff n'ait été une puissante médium. Elle voyait des esprits, et même elle pouvait provoquer des matérialisations. « Un jour, dit Kerner, pendant que je conversais avec son frère, il me dit : Silence ! Voici un esprit qui traverse la chambre et qui va vers ma sœur. Alors je vois près du lit de Federica Hauff une forme indécise, comme une colonne lumineuse, ayant la taille d'un être humain qui est au pied du lit de la voyante, et qui lui parle à voix basse. »

Autour d'elle on entendait des coups frappés spontanément,

1. Die Seherin von Prevorst, Erôffnungen iiber das innere Leben d. Menschen und iiber das Hereinragen einer Geisterwelt in die unsere, Stuttgart, 1829, t" édit., Stuttgart. 1877. Die Seherin von Prevorst und ihre Geschichte in der Geisterwelt, nach Just. Kerner, von einem ihrer Zeitgenossen, Stuttgart, 1869. — A. Reinhard, Justinus Kerner und das Kerner haus, zu Weinberg, Tubingen, 1886. — J. Kerner, Blâtter aus Prevorst Originalien und Lesefrilchte fur Freunde des innern Lebens, Stuttgart, 1831-15539.

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même elle pouvait les provoquer dans les objets voisins, sur des tables, sur le bois de sou lit. Les objets pouvaient se mouvoir sans contact, et il est probable qu'elle parlait des langues inconnues. Elle a eu des phénomènes de lévitation.

C'est pendant trois ans seulement, de 1826 à 1829, qu'elle a pu donner ces remarquables phénomènes. Pendant ces trois années, elle était très malade et ne pouvait presque plus quitter son lit. Tous ceux qui, au lieu de railler, ont étudié Fedèrica Hauff, ont été convaincus, non seulement de sa boune foi, mais encore de ses phénomènes métapsychiques (on disait alors surnaturels) ; par exemple le magistrat Pfaffer et Strauss, le célèbre auteur de la Vie de Jésus.

A cette époque aussi en Allemagne paraissaient les travaux de Reichenbacii. Son œuvre est d'ailleurs plutôt un chapitre (bien obscur) de physiologie que de métapsychique ; car l'actiou de l'aimant sur les organismes ne peut se confondre avec la cryptesthésie ou la télékiuésie. Les travaux de Reichenbach ont été malheureusement bien moins étudiés que contestés1.

Ce qui se rapporte tout à l'ait à la métapsychique, ce sont les observations de lucidité que donnèrent, surtout en France, des somnambules lucides, comme Mad. Pigeâire et Alexis Didier. Cependant, de 1830 à 1870, les savants et les médecins, sauf de rarissimes exceptions, ne s'occupèrent du somnambulisme que pour le combattre. Et on comprend assez bien leur état d'âme. Profitant de la soi-disant vertu thérapeutique du magnétisme, de nombreux cabinets de somnambules consultantes, lucides ou extra-lucides, s'établirent partout, en France comme à l'étranger, dans toutes les grandes et petites villes. Il y eut des somnambules dans tous les champs de foire. Cela deviut une profession, et de moralité problématique. Les somnambules tiraient les cartes, ou devinaient l'avenir dans le marc de café, ou faisaient de la chiromancie. Le public crédule allait leur rendre visite, et les savants haussaient les épaules. Au milieu de tout ce fatras, la clairvoyance de certaines somnambules, comme Mad. Lenormand, Mad. Pigeâire et Alexis, disparaissait et devenait

t. A. de Roi:h\s les a partiellement publiées en français, avec îles additions inléressantes.

quantité négligeable. Pourtant il y eut alors quelques ouvrages sérieux l.

3° Période spiritique.

En 1847, un événement survint, insignifiant en apparence, en réalité d'une importance considérable, qui introduisit dans le monde des faits imprévus et des doctrines aussi imprévues que les faits.

Le magnétisme animal, à force de n'être plus qu'une douteuse thérapeutique, ne faisait pas de progrès. Le spiritisme, apportant de nouvelles pratiques et de nouvelles théories, constitua une ère nouvelle : c'est la troisième période, (spiritique), des sciences métapsychiques, qui va de 1847 à 1874.

En 1846, dans la petite ville d'Hydesville (Arcadie), près de New- York), un certain Michel Weakman entend un bruit insolite au dehors. Il sort, ne voit rien. Mais comme les bruits se renouvellent et l'importunent, il quitta Hydesville. Sa maison fut occupée par un sieur John Fox qui vint là avec ses deux filles, Catherine et Marguerite, âgées de douze et quatorze ans. Une nuit, en se mettant au lit, Catherine et Marguerite entendirent des coups, des chocs, (raps) et elles constatèrent (déc. 1847, mars 1848), que ces coups étaient intelligents 2.

Bientôt les phénomènes se développèrent : diverses personnes constatèrent que ces raps intelligents témoignaient quelque con-

1 . Du Potet, Essai sur renseignement philosophique du magnétisme, 8°, Paris. 1845. — La Fontaine, L'art de magnétiser ou le magnétisme vital considéré sous le point de vue théorique, pratique et thérapeutique, Paris, 1847, 58 édit., 1887.

— Bertrand A., Du magnétisme animal en France, suivi de considérations sur l'apparition de l'extase dans les traitements magnétiques, Paris, 1826. — Teste, Manuel pratique du magnétisme animal, 12°, Paris, 1840. — Ellîotson, Animal magne tism. Lancet, 1837. 1838, p. 122, 282, 377, 400, 441, 516, 546, 585, 615, 634.

— Esdaille, Reports of the magnetic Ilospital, Calcutta, 1848, 761. — Passavant, Untersucliungen uberden Lebenmagnetismus und das Hellsehen,2* édit., Franckfuit, A. M, 1837.

De nombreux journaux ont paru, qui. en général, ont eu une existent e éphémère. D'autres, au contraire, ont vécu longtemps. Le Journal du Magnétisme édité par Du Potet, 1845-1885. — The Zoist, journal of cérébral physiology and mesmerism and their application to human welfare (Londres. II. Baillière, 1843- 1853). — Archiv fur den thierischen Magne tismus, Altenburg et Leipzig, 1817- 1822. On pourrait en citer bien davantage.

2. Explanation and history of the mysterious communion with spirits in western New-York (New-York, Foxler, and Wels, 1850) ; London, 1853. — E. Capron, Modem spiritualism, ils facts and Fanaticism (Boston, 1855;.

naissance de faits tenus secrets. La famille Fox, en août 1848, quitta Hydesville, pour aller à Rochester. Léa Fish, sœur aînée de Catherine et de Marguerite, se joignit à ses deux sœurs pour les manifestations spiritiques.

Ou imagina (Isaac Post) de construire un alphabet et de converser par le moyen de cet alphabet avec les forces inconnues, qui se disaient des esprits.

Pour contrôler sérieusement les faits annoncés par les sœurs Fox, et qui attiraieut une assistance chaque jour plus nombreuse, il y eut des réunions parfois tumultueuses, parfois enthousiastes. La première enquête scientifique paraît dater de juin 1852 à Saint- Louis (Missouri). Elle semble avoir été favorable. Et cependant la famille Fox n'était rien moins que désintéressée. Les expériences étaient payantes, et des représentations publiques étaient données, où on payait sa place comme à un cirque.

Tous ces débuts du spiritisme, le hasard d'abord, puis un mercantilisme éhonté, sont en somme assez misérables *.

Mais l'impulsion était donnée. En Amérique, puis bientôt en Europe, la pratique des tables tournantes et la doctrine du spiritisme firent en trois ans d'extraordinaires progrès. Comme en 1780 pour le magnétisme animal, l'engouement fut extraordinaire pour les tables tournantes en 1850, et il est assez puéril de ne voir là que l'effet d'une colossale et collective illusion.

D'ailleurs à la crédulité fanatique d'une masse aveugle et ignorante, et à la dénégation railleuse d'une masse tout aussi ignorante et tout aussi aveugle, venaient se mêler des opinions réfléchies et des convictions raisonnées. Il fut prouvé bientôt que les phénomènes de raps et de télékinésie pouvaient être observés avec d'autres médiums que les sœurs Fox -.

1. Il y eut quelque chose d'analogue pour l'admirable découverte, faite aussi en Amérique, de l'anesthésie chirurgicale. Elle est due au hasard, et tout de suite Horace Wells et Morton ont songé à prendre un brevet et à tirer profit de cette invention. Mais cette âpreté au gain ne change rien à la réalité des choses. 0. et W. Wright n'ont pas davantage négligé de prendre un brevet pour leur machine volante. La grandeur de leur découverte n'en est guère diminuée.

2. Une singulière aventure s'est produite. Marguerite Fox, devenue Mad. Kane, a imaginé en 1888, pour en tirer quelque profit, qu'elle avait trompé jadis, et que tous ses récits d'enfant et de jeune iiile n'étaient qu'impostures.

La séance où elle prononça cette étonnants déclaration fut tumultueuse, et indigna toute l'assistance (Académie musicale de Boston). L'autre sœur, Catherine,

Parmi les adhésions, nulle n'exerça d'influence plus puissante que celle du juge Edmunds, sénateur, homme considéré dans tous les États-Unis, tant pour sa probité que pour sa sagacité.

Les médiums sont le plus souvent d'une telle instabilité mentale que leurs affirmations, positives ou négatives, n'ont pas grande valeur. Que plus tard, après le prodigieux essor du spiritisme, consécutif à leurs premières expériences, les sœurs Fox aient simulé, triché, c'est possible, c'est probable, c'est presque certain. Nous avons de nombreux exemples de médiums très puissants, qui ont eu d'abord des phénomèuesauthentiques, maisqui,plus tard, par cupidité, ou par vanité, voyant que leur pouvoir médianimique décroissait, ont essayé de le remplacer par la fraude. Il est difficile d'admettre que le phénomène des raps, qui est certainement vrai, ait été inventé de toutes pièces par les sœurs Fox, sans avoir aucune réalité. Avant 1847, on ne savait rien des coups frappés et des raps1. Arrivent les sœurs Fox, deux petites filles, qui en donnent des exemples mémorables et éclatants. Alors, de toutes parts, ce même phénomène est authentiquement constaté, et après que les exemples se sont multipliés, les sœurs Fox prétendent qu'elles ont menti! Il est probable que c'est cette dénégation qui est un mensonge. Elles ont essayé, voyant la faveur et l'argent du public s'éloigner d'elles, d'appeler de nouveau, par un démenti, l'attention du public sur leurs chétives personnes.

Or, en 1847, Marguerite Fox avait quinze ans ; Kate, douze ans. Peut-on admettre que ces deux enfants aient machiné une fraude

devenue Mad. Joncken, puis Mad. Sparr. adonnée d'ailleurs à l'alcool, fît la même déposition en novembre 1888 à Rochester. Mais, en 1892, Marguerite et Catherine, revenant sur leurs soi-disant confessions, les rétractèrent. Ces faits lamentables ne prouvent rien, sinon la fragilité mentale des médiums.

Au demeurant, quand on a aftirmé un fait, il ne suffit pas de dire plus tard qu'on a menti, il faut encore indiquer comment on a pu mentir et tromper.

Un sieur Blackman a raconté qu'il avait, par d'habiles subterfuges, de concert avec G.-A. Smith, trompé longuement Gurney, Myers, Podmore, IL Sidgwick et Barrett {Confessions of a lelepathist, J. S. P. R., octobre 1911, 116). Mais dans cette soi-disant révélation il a certainement menti. Je crois bien qu'aussi Marthe Béraud, une fois, à un certain avocat d'Alger, jadis, a raconté qu'elle avait simulé à la villa Carmen; mais elle l'a nié plus tard, et l'affirmation de cet individu n'est guère valable. Il y aurait un petit chapitre assez curieux à écrire sur les pseudoconfessions des médiums.

1. Cependant, d'après J. Maxwell (Les sciences psychiques, Revue de Paris, 1« mars 1921) l'évêque Adrien de Montalembert aurait en 1526 constaté le phénomène des coups chez uno religieuse de Lyon.

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qui a fait l'objet de milliers de coustatatious pendant trois quarts de siècle"? La réalité des râps ne dépend plus des sœurs Fox. En 1888, il était trop tard pour se dédire, et leur palinodie ne prouve rien1.

Tl est déplorable de penser que, dès Tannée 1849, la famille Fox donnait déjà des séances payantes pour des expériences théâtrales de spiritisme. Cela ne diminue pas la vérité des phénomènes, plus que les brevets pris par Wells et Morton pour l'emploi de l'éther ne contredisent la réalité de Tanesthésie2.

On ne peut suivre ici le développement rapide du spiritisme. En 1852, une pétition portant 14.000 signatures était présentée au Sénat des Etats-Unis, demandant qu'une commission scientifique fût nommée pour l'étude de toutes les questions se référant au spiritisme.

Et déjà c'était comme une religion nouvelle. Les cercles spirites, les journaux spirites se multipliaient.

Parmi les premiers adeptes, à côté d'EDuuNDs3, il faut citer, en Amérique, le professeur Britton, David Wells, Byrant, Bliss, professeurs à l'Université de Pensylvanie, et surtout le D' Robert Hare, professeur de chimie à Harvard Collège4, qui fut converti après avoir été incrédule.

En Europe, le spiritisme se développa très vite5. Et bien entendu ce ne fut pas sans provoquer de vives réactions.

1. Les expériences faites par àksàk'off et Boutleroff avec Rate Fox, assez peu intéressantes d'ailleurs, sont rapportées plus loin (.4. S. P., 1901, XI, 192).

2. Pour plus de détails dans l'histoire du spiritisme, on consultera E. Morsellt, qui donne des renseignements abondants et précis {Psicologia e spirilismo, Torino, 1908, I, 12-27).

3. Ses écrits, en collaboration avec Talmadge, ancien gouverneur du Visconsin, et le Or Dexter, sont publiés sous lu titre : Spirilualist tracts (New-York, 1858-1860)'

4. Hare. Expérimental investigations of the spiril manifestations démons Lrating the existence of spirits, and tlieir communications wilh mortals, Philadelphie, \$a&. — MA.iL\$,Modemmysteries explained andexposed, Boston, 1855 (University).

5. Voyez de Mirville, Pneumalologie des esprits et de leurs manifestations diverses (fluidiques, historiques, etc.), Paris, 1" édit., 1853, 5« édit., a vol.. Paris, 1863-lSGi. — Gasparin (A. de), Des tables tournantes, du surnaturel en général, etc., Paris, 1854. — Thiéky (2), Les tables tournantes considérées au point de vue de la physique générale, Genève, Kessniann, 1855. — Hornung (E.), Spirituellistische Mittheilungen aus der Geislerwelt, Berlin, 1859 etl8G2. — Kiesewetter (C), Die Entwickelungsgeschichte des Spiritismus von der Vrzeit bis zur Gegenivart, Leipzig, Spohr, 1893. — Leymarie, Histoire du spiritisme, compte rendu du congrès spirite de 1880, Paris, librairie spirite, 1890, p. 3-45. — Malgras, Les pionniers du spiritisme, Paris, Lib. des sciences psychologiques, 1906.

Les savants notamment se refusèrent à admettre l'authenticité des phénomènes, et, pour expliquer le fait incontestable des tables tournantes et des raps, ils ont imaginé des hypothèses assez compliquées, et des explications parfois très exactes, parfois très subtilement erronées.

A cette époque, en ellet, c'est-à-dire vers 1854, ou ignorait à peu près complètement le phénomène des mouvements inconscients assez bien connus aujourd'hui. C'est Caiivurcur, qui a eu le grand mérite de les expliquer et d'eu donner une interprétation ingénieuse, rationnelle1. Celte théorie de Chevreul fut appuyée par Babixet2, Faraday8, Carpentkr, et en général par tous les physiologistes et les physiciens.

De fait l'étude des tables tournantes est une des plus difficiles de la métapsychique objective ; car rien n'est plus malaisé que de déterminer la part de l'inconscient dans les mouvemeuts oscillatoires de la table. La bonne foi des assistants n'est pas douteuse, mais évidemment ils ne peuvent être ni conscients ni responsables de coutractions musculaires inconscientes et involontaires. Aussi la preuve qu'il y a mouvement de la table sans contraction musculaire ne put-elle être alors faite d'une manière rigoureuse.

De même pour les raps. Un physiologiste émiuent, M. Schiff, fit sur lui-même une expérience singulière. Il prouva qu'en déplaçant par une contraction musculaire le tendon du muscle péronier latéral il pouvait faire entendre un craquement, tout à fait comparable aux raps que produisent les soi-disant esprits. Cette explication enfantine, qui fait aujourd'hui sourire, trouva bon accueil auprès des savants d'alors, qui n'avaient probablement pas entendu les raps qui font vibrer le bois d'une table, bruits parfois retentissants, parfois rythmés musicalement, alors que les craquements

1. Chevi>eul, De la, baguette icoire, du pendule explorateur, et des tables tournantes. Paris, 18-34.

2. Babinet, Etudes et lectures sur les sciences d'observation, Paris, 1856. — Car- I'K.nter, Principles of mental physiology et psychological curiosities of spiritualism (Pop. se. Monlkly, 1877, III, 128. — Faraday, The table turning delusion. Lance t, 1So3. — Cumbf.iu.and, Fraudaient aspects of spirituulism, Journ. of mental science, 1881, XXVII, 280-628. — Moiun (M. -S.), Le magnétisme et les sciences occultes, Paris, 185u.

3. Voir sur les travaux de Faraday le réc.pnt article de Fr. Grûxewald, Faraday ùberd. Tischrticken. Paych. Stud;, 1920, XLVIT, toi, 298,293

32 MÈTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL

du tendon du péronier, si tant est que d'autres personnes que l'illustre physiologiste de Florence puissent les produire, n'ont rien de commun avec les vibrations du bois. Les assertions de M. Schiff avaient été précédées par celles de A. Flint, autre distingué physiologiste, qui, après avoir étudié les sœurs Fox, attribuait aux craquements du genou les raps produits1.

A ces objections d'ordre expérimental, assez pauvres d'ailleurs, les spirites répondirent mal. Ils eussent dû sans doute, comme il fut fait plus tard, répondre par des expériences, mais ce fut par des théories et par l'essai d'une religion nouvelle.

C'est surtout à M. H. Rivail, docteur en médecine (1803-1869), à peine connu sous ce nom de Rivail, célèbre sous le pseudonyme de Allan Kardec, que fut due cette théorisatiou du spiritisme2.

La théorie spirite d'AnAN Kardec est assez simple. 11 n'y a pas mort pour lame. Après la mort, l'âme devient un esprit, qui essaye de se manifester par le moyeu de certains êtres privilégiés, qui sont les médiums, capables de recevoir les ordres et les impulsions des esprits. V esprit cherche à se réincarner, c'est-à-dire à revivre sous la forme d'un être humain dont il est l'âme. Tous les êtres humains, comme le pensait déjà Pythagore, passent par des phases successives migratoires. Leur périsprit peut, dans certaines circonstances exceptionnelles, se matérialiser. Les esprits connaissent le passé, le présent et l'avenir. Parfois ils se matérialisent, et ont le pouvoir d'agir sur la matière. Nous sommes entourés d'esprits. Au point de vue moral, on doit se laisser guider par les bons esprits, qui nous dirigent vers le bien, et ne pas écouter les mauvais esprits qui nous induisent en erreur.

Il faut admirer sans réserve l'énergie intellectuelle d'AïAAN Kar-

1. Flint (A.), On the discovery of the source of Ihe Rochester knockings. and on sounds produced by the movements of joints and tendons. Quarlerly Journ. Psychical Med., New-York, 1869, III, 417-446. — M. Schiff, Comptes rendus de t'Ac. des sciences. 18 avril 18o9, — Jobert, Velpeac, Cloouet. Discussion sur le même sujet. Ibid., passim.

2. Le livre des esprits, Paris, 1857, 1™ édit. Le livre des médiums, Paris, 1861, 1"> édit. Il y a eu plus de trente éditions de ces livres célèbres. Des traductions en toutes langues ont paru. Allan Kardec fut le fondateur de la Revue spirite qui se continue encore aujourd'hui, et qui est à sa 30e année.

dec. Malgré une crédulité exagérée, il a foi dans l'expérimentation. C'est toujours sur l'expérimentation qu'il s'appuie, de sorte que son œuvre n'est pas seulement une théorie grandiose et homogène, mais encore un imposant faisceau de faits.

Elle a cependant, cette théorie, un côté faible, douloureusement faible. Toute la construction du système philosophique d'AixAN Kardec (qui est celle même du spiritisme), a pour base cette étonnante hypothèse que les médiums, en lesquels s'est soi-disant incarné un esprit, ne se trompent pas, et que les écritures automatiques nous révèlent des vérités qu'il faut accepter, à moins qu'on ne soit déçu par de mauvais esprits. Aussi bien, si l'on suivait la théorie d'ALLAN Kardec, serait-on amené à prendre pour argent comptant toutes les divagations de l'inconscient, qui, sauf exceptions, témoignent toujours d'une très primitive et puérile intelligence. C'est une bien grave erreur que d'édifier une doctrine sur les paroles des soi-disant esprits, qui sont des pauvres d'esprit.

Tout de même Allan Kardec est certainement l'homme qui, dans cette période de 1847 à 1871, a exercé l'influence la plus pénétrante, tracé le sillon le plus profond dans la science métapsychique1.

En Angleterre, le spiritisme fut défendu par Dale Owen et par A. R. Wallace. Alfred Russell Wallace est le grand savant qui eut la gloire de devancer Darwin. Il ne craignit pas d'entrer dans la mêlée, et ses livres témoignent de sa vaillance, car il fallait de la vaillance pour défendre la cause d'une science qui avait si peu les caractères d'une science *.

En Allemagne Zollner est resté isolé.

Les temps étaient mûrs pour qu'enfin parût le grand pionnier dé la métapsychique, sir William Crookes.

1. Owen (K.-D.), Footfalls on the bour.dary of another world. with narrative illustrations, Philadelphie, 1877. — Onvem (R.-D.), The debatable land between this worldandthe next, New-York, London,i871. (Trad.allem., Bas streilif/e Land, Leipzig, 1876). — W.vllace, A. Russell, A defenceof modem spiritualism (Fortnigh- ' tly Beview, London, 1874, XV, 630-657). — The scientific aspect of the super' nalural, London, 1866 : (Trad. allem., Die wissenschaftliche Aussicht. etc., Leipzig, 1874). — On miracles and modem spiritualism, London, 1873. (Trad. fr., Les Miracles, etc., Paris, Leymarie.

Richet. — Métapsychique. 3

4° Période scientifique.

Quelque considérable que soit le mérite de Crookes, aussi grand que son courage, Crookes a été précédé par les membres de la Société dialectique de Londres, qui en janvier 1869, sur la proposition d'EDMUNDS, se réunirent au nombre de trente-six pour étudier scientifiquement les phénomènes du médianimisme. Parmi eux le savant ingénieur Cromwell Varley, et le grand Russell Wallace, avec un homme de haute intelligence, Sergeant Cox, paraissent avoir joué un rôle prépondérant. Des savants réputés, comme Tyndall, Carpenter, ref usèrent de faire partie de la commission. Même il y eut des dissidences au sein de la commission. Notamment le président Lubbock et le vice-président Huxley étaient opposés aux conclusions favorables delà majorité1.

Les faits coustatés par la Société dialectique étaient d'une évidence éclatante : ils n'entraînèrent pourtant pas la conviction des savants, mais ils eurent un admirable résultat : ils engagèrent William Crookes à étudier la question. Par une heureuse fortune, Crookes trouva deux médiums extrêmement puissants avec lesquels il put expérimenter : D.Douglas Home et Florence Cook.

Crookes avait alors trente-sept ans, il était dans toute la vigueur de 1 âge et de l'intelligence. C'était déjà un savant illustre. Il avait découvert un nouveau métal, le thallium (1868), et poursuivi des recherches fructueuses sur la spectroscopie, l'astronomie, la météorologie. Il était directeur des Chemical News et du Quarterly journal of science:

Alors il se décida à étudier les propriétés extraordinaires de Home. De 1869 à 1872, il publia des mémoires, remarquables par la précision du langage et la sévérité de l'expérimentation, qui contrastaient avec le style habituel des publications spirites. C'était l'avènement de la période scientifique du spiritisme2. Je ne dis pas que c'est possible, disait Crookes,^ dis que cela est.

1. Reporl on spirilualism of the committee of ilie London dialectical Society, toqelhev wilh the évidence, oral, and written, and a sélection from the correspondance (Longmans et Green, London, 1871, trad. fr., Libr. spirite, 1903. Trad. allem., Leipzig, Miïtze).

2. Beaucoup de ses écrits sont des écrits de polémique. Je me contenterai de

HISTORIQUE 3o

Mais le respect des idées habituelles était idolàtrique à ce point qu'on ne se donna la peine ni d'étudier, ni de réfuter. On se contenta de rire, et j'avoue, à ma grande honte, que j'étais parmi les aveugles volontaires. Oui! je riais, au lieu d'admirer l'héroïsme du grand savant qui osait dire, en 1872, qu'il y a des fantômes, qu'on peut entendre leur cœur battre et prendre leur photographie.

Mais ce courage fut sans grand effet immédiat. 11 devait produire ses fruits plus tard. C'est aujourd'hui seulement qu'on peut bien comprendre Crookes. Encore aujourd'hui, la base de toute métapsychique objective, ce sont les expériences de Crookes. C'est du granit, et nulle critique ne les a pu atteindre. Aux derniers jours de sa glorieuse et laborieuse vie, il disait encore qu'il n'avait rien à rétracter de tout ce qu'il avait affirmé jadis.

Désormais les spirites vont savoir comment il faut expérimenter, il ne s'agit plus d'une doctrine d'aspect religieux ou mystique perdue en de nébuleuses considérations spiritualistes ou thé 0 0 phiques : il s'agit d'une science expérimentale, dédaigner^se ^ théories, aussi exacte, dans sa précision voulue, que la rjnjmje ja physique, et la physiologie.

Le magnétisme animal passait, lui aussi, par \\QG évolution analogue. Depuis Puységur, Deleuze, et Du Potet j| n'avait pas Dr0. gressé. J. Braid, de Manchester, en l'appelar^ hypnotisme, ne l'avait guère dégagé de ses voiles mystiques p?iS plus que de ses infortu. nées tendances thérapeutiques ', de ^orte que les médecins et les physiologistes, en 1875, n'y croyardnt pas beaucoup plus qu'ils ne croyaient aux matérialisations (\q k.vty King.

citer : Expérimental investigations -on psyckic force, London, Gillmann 4871 tr. fr., Libr. des se. psychologiques. Paris. 1897. - Researches on the phenomenà of spirituahsm, Londres, B'arns, 1894. Cet ouvrage a été traduit en français, Pans, 1878, en allemand., Leipzig, 1874, en italien, Locarno, 1877. — On psychical research. Report ^mithsonia?i institution, Washington, 1898-1899, 185-205. — Psyckic force and modem spiritualism, a reply to the quarterly Revieiv and other critica (Londo/Q, 1872). — Discours récents sur les recherches psychique (Tr. fr., Paris, Leyrnarie, 1903).

1. Bhaid (J.)v Neurypnology or the rationale of nervous sleep considérai in relation with animal magnetism. lllustrated by numerous cases of ils sucessful application in the relief and cure of diseuses, London, Churchill, 1843. Nouvelle édit., Lo-udres, 1899. — Power of mind Upon the Body, London, 1846. — Der Hypnotismus, trad. allem., Berlin, 1882. - Neurypnologie, trad. fr., Paris, Delahaye, 1883.

36 METAPSYCHIQUE EN GENERAI.

Eu 1875, étant étudiant encore, j'ai pu prouver qu'il s'agit d'un phénomène physiologique normal, et que l'intelligence, dans cet état provoqué, reste entière, et parfois est suractivée, qu'il n'y a pas lieu de supposer quelque action magique ou magnétique. Quelques années plus tard, j'ai donné aussi les premiers exemples de dédoublements de la personnalité, entrevus par Philips et par Azam1. Et ces changements de personnalité éclairent singulièrement tous les phénomènes dits spiritiques.

Certainement rien de ce que je disais dans mon mémoire de 1875 n'était absolument nouveau. Les anciens magnétiseurs avaient vu les mêmes faits. De même assurément, quand en 1872 Cuookes établissait la réalité des fantômes, il ne disait à peu près rien que les spirites n'eussent déjà dit. Mais ce qui était nouveau, c'était l'application rigoureuse de la science expérimentale à des phénomènes incomplètement étudiés, imparfaitement établis, et qui jusqu'alors a cause de ces incomplètes et imparfaites analyses, étaient rejetés hors de la science.

* \.A s"uite de mon mémoire, de toutes parts, de nombreuses expériences fu rent fcutes, el le magnétisme animal ne fit plus partie des sciences t occultes-.

L'eiïort des stTvaul;s Q11* étudient la métapsychique doit être de faire sortir de l'occ>u^e cette science, comme le magnétisme animal est sorti de l'occulte.

Un événement mémorable tout aussi important que les publications de Cuookes, se produisit en Angleterre aussj. Ce fut la fondation de la Society forpsychical Re^arck, dont E. Gdrney et Fa. Myers

i. Gh. Richet, Du somnambulisme provoqua- Journ de Vawl l et de la physio-

look, 1875, XI, 348-378. — Revue philosophique 1680, X, oo7-384; - A t. pour

il i w„„ »»,-<,« s.*» vtoimQ iss-t IX 50-60 — Azam, Le dédoublement de

l avancement des sciences, tieims, îooi, ia, ou uu.

la personnalité, liev. scientif-, 1890, XLVI, 136-141.

2 Heidenhain, Zur Kritik hypnotischer Untersuchunjen, Brest, aertztl. Zeitsch., 1880, 52-ou et Rev. scientifique, 1880, XVIII, 1187-1190. - Chambaud, arl. Somnambulisme du Dict. encycl. des Se. Médicales.

Je n'ai pas à mentionner ici les observations de Charcot et de Beknheim, toutes postérieures à mon mémoire de 1875, et manifestement inspires par lui (1878- 1885). L'histoire, si curieuse, de la suggestion ne relève pas du ,+out de la métapsychique. , ,. ,. ,

La bibliographie complète jusqu'à 1902 se trouve dans 1 article hypnotism de l'Index catalogué, (2), 1902, Vil, 743-706 (Voir aussi Morselli (E.), il mWgnehsmo animale, la fascinazione, gli sUUi hypnotici, 2« éd , Torinô, 188G).

furent les obstinés et ardents inspirateurs. Un groupe de personnes éminentes se constitua, résolues à pousser leurs investigations dans les terres maudites de l'occultisme, et à dégager, grâce à l'emploi rigoureux des méthodes scientifiques exactes, la vérité cachée dans la confusion des faits étranges1.

Ainsi ont pu être amassés faits, expériences, théories, colossal travail qui est devenu la base de toute la métapsychique d'aujourd'hui2.

Ce mouvement de rénovation ne resta pas limité à l'Angleterre. Nous fîmes, en France, un effort analogue, essayant d'imiter, quoique ayant des ressources moindres, et des dévouements moins nombreux, l'exemple que Gurney et Myers nous avaient donné. Nous constituâmes ainsi, avec Th. Riuot etL. Marillier, une Société de psychologie physiologique, qui bientôt disparut, car nous avions eu la fâcheuse idée de prétendre intéresser les psychologues, les physiologistes, les médecins, aux recherches de métapsychique. Ils ne consentirent jamais à s'en occuper sérieusement. C'est alors que je fondai, avecDARiEx, les Annales des Sciences psychiques (1890-1920) dont C. de Vesme devint ensuite le zélé directeur. Les A. S. P., que remplace aujourd'hui l'excellente Revue métapsychique dirigée par Geley, établissent, comme les P. S. P. R., une juste balance entre la crédulité des journaux spirites et l'ignorance aveugle des recueils de psychologie officielle.

Cependant, si importantes que soient les sociétés psychiques, si

1. Les présidents de cette société ont été Henry Sidgwick, 1882-1884, 1884-1892. — Balfour Stewart, 1885-18S7. — A.-J. Balfour, 1893. — William James, 1894- 1895. — William Crookes, 1896-1899. — Fred. Myers, 1900. — Oliver Lodge. 1901-1903. — Sir William Barrett, 1904. — Charles Richet, 1905. — G. Balfour, 1906-1907. — Mrs H. Sidgwick, 1908-1909. — A. Arthur Smith, 1910. — Andrew Lang, 1911. — Garpenter, 1912. — H. Bergson, 1913. — Schiller, 1914. — Gilbert Murray, 191b. — Jacks. 1917. — Lord Rayleigh, 1919. — W. M. Dougall,

2. Les Proceedings of the Society for psychical Research (London, Trubner) forment une collection de 28 volumes auxquels il faut annexer le Journal of the Society for psychical Research (1884-1920), non destiné à la publicité (for private circulation only). Un index très bien fait a paru en 1904, où sont indiqués les principaux cas des Phant. of the Living, des P. S. P. R.. du Journal S. P. R. et des Proceed. of the Ame rie. S. P. R., London, Johnson, 1904. — Le siège de cette société est à Londres (W.), 20, Hannover Square. — Les Phantasms of Living, par E. Gurney, Fr. Myers et Podmore ont été traduits en français (et abrégés), sous le titre Hallucinations télépathiques, par L. Marillier, Paris, Alcan. C'est une œuvre admirable, monument de sagacité et de patience, tout à la fois.

utiles que soient les journaux, ces efforts ne valent que par les recherches expérimentales effectuées par les individus isolés. De fait, il n'y a pas de métapsychique sans médium. Le rôle des sociétés psychiques est précisément de ne pas laisser s'éteindre, sans aucun profit pour la science, dans l'obscurité de séances peu scieutifiques, dépourvues de contrôle rigoureux, le pouvoir de certains médiums remarquables.

De 1885 à 19â0, il y eut des médiums très puissants : Slade, Eglinton, Stainton Moses, Eusapia, Mad. d'Espérance, Mad. Thomson, Marthe Béraud, Stanislawa Tomczyk, Miss Goligher, Mad. Léonard.

Tout de même, s'il fallait n'en citer que deux, je ne parlerais que de Mad. Piper (pour la métapsychique subjective; et d'EusAPiA Paladino (pour la métapsychique objective).

Mad. Piper, de Boston, étudiée par William James, puis, avec une extraordinaire patience, par R. Hodgson, puis, avec non moins de persévérance, par Hyslop, puis par Fr. Myers, Sir Oliver Lodge, Sir Barrett, possède des pouvoirs de clairvoyance et de cryptesthésie qui dépassent probablement tous ceux qu'on avait jusque-là observés. Aux personnes qui viennent la voir, elle dit tout de suite, presque sans hésitation, les noms des divers membres de leur famille, en racontant sur eux des épisodes que le visiteur lui-même ignore, et dont il ne constate l'authenticité qu'après une longue et laborieuse enquête.

Même s'il n'y avait, en fait de médium, que Mad. Piper dans le monde, ce serait assez pour que la cryptesthésie fût scientifiquement établie.

Eusapia Paladino a été, par tous les savants de l'Europe, cent et cent fois étudiée, analysée, Schiaparelli, Porro, Aksakoff, G. Finzi, A. etFR. Myers, 0. Lodge, E. Feilding, Lombroso, A. de Rochas, Ochorowicz, J. Maxwell, A. de Schrenck-Notzing, C. Flammarion, Bottazzi, Morselli, Foa, Sabatier, A. de Watteville, A. de Gramont, Carrington, et bien d'autres, ont tour à tour constaté la réalité des mouvements sans contact, et des matérialisations1.

Même s' il n'y avait, en fait de médium, ^m'Eusapia Paladino dans le

1. La bibliographie complète des publications relatives à Eusapia Paladino sous Je titre suggestif de Bibliografia P ala'diniana, a été donnée par E. Morselli, dans un livre remarquable, Psicologia e spiritismo, Torino, Bona, 1908, 134-170.

monde, ce serait assez pour que la télékinésie et Vccloplasmie fussent, scientifiquement établies.

Mad. Piper et Eusapia, pour toutes les investigations scientifiques, ont montré toujours une complaisance parfaite. Elles acceptaient tous les contrôles, malgré les soucis et les affronts. C'est en grande partie grâce à elles que la métapsychique, dans ces dernières années, a pris un tel développement. Il faut donc que les savants de l'avenir aient pour Tune et l'autre, comme pourD. Home et Florence Cook, qui les ont précédées, une reconnaissance émue.

Plus récemment les expériences faites avec Staniseawa Tomczyk, avec Marthe Béraud, avec Miss Goligher, ont ouvert à la métapsychique objective des horizons inattendus.

Ainsi, depuis 1880 jusqu'à aujourd'hui, la métapsychique, pour laquelle j'ai, en 1905, demandé, en lui donnant ce nom, le droit d'être une science autonome, s'est dégagée d'une part de l'hypnotisme et du magnétisme animal, d'autre part du spiritisme. En effet, dans le magnétisme animal, il y a un élément physiologique, presque normal, c'est l'hypnotisme, c'est-à-dire un état mental provoqué, tel que la conscience habituelle est modifiée, transformée, et que des consciences nouvelles, parfois multiples, peuvent apparaître, pendant que la conscience habituelle sommeille. Mais, en définitive, c'est encore de la psychologie, de sorte que l'étude du somnambulisme ne relève de la métapsychique que lorsque se manifeste une faculté de connaissance qui n'existe pas à l'état normal, ce que j'ai appelé la cryptesthésie .

Que par l'hypnotisme ou le magnétisme, ou le somnambulisme, la cryptesthésie se développe, ce n'est pas douteux, mais l'hypnotisme n'intéresse la métapsychique que par l'intensification de la cryptesthésie.

D'autre part, à l'autre pôle pour ainsi dire des sciences dites occultes, se trouve le spiritisme, 'dans lequel nous devons dissocier la théorie et les faits. La théorie qui aboutit à une religion, c'est le spiritisme, selon la formule d'ALLAN Kardec et de quelques autres. Mais uous voilà très loin de la science. Non que la métapsychique doive s'abstenir de toute théorie. Une science ne peut, quelque jeune qu'elle soit encore, faire fi de toutes théories, même hypothétiques. Mais au moins faut-il que la théorie cède devant

les faits, et ne s'établisse pas, en dominatrice, au-dessus des faits eux-mêmes, regardés comme accessoires, par rapport à une religion.

C'est là ce qu'ont tenté les vrais fondateurs de la science métapsychique, Gurney, Myers, et Crookes.

Assurément il ne faut dédaigner ni les magnétiseurs ni les spirites. Ce serait une injustice très lourde. Malgré les sarcasmes et les hostilités, ils ont contribué à la fondation de la métapsychique, et pendant qu'ils étaient, par les savants officiels, rejetés comme indignes, ils ont poursuivi leurs investigations laborieuses.

Mais nous voici à une autre époque. Il n'est plus permis maintenant, quandun médium se manifeste, de le laisser évoluer dans un cercle restreint, sans recourir aux méthodes de recherche adoptées par toutes les sciences, balances, photographies, cinématographies, inscriptions graphiques. De même, au point de vue de la psychologie subjective, des enquêtes rigoureuses, sévères, analogues à celles que la S. P. R. a instituées, sont indispensables. Il faut plus que des demi-certitudes, il faut des Certitudes tout entières.

En résumé, la métapsychique contemporaine devra se limiter, pour ce qui est subjectif, aux phénomènes psychologiques que toute intelligence humaine consciente, aussi perspicace qu'on la suppose, est incapable de produire, et, en métapsychique objective, aux phénomènes matériels, produits par une cause qui est en apparence intelligente, et que les forces connues et classées (lumière, chaleur, électricité, attraction, force mécanique) sont insuffisantes à expliquer.

Quoique ce soit un champ déjà très vaste, nous ne sommes certainement qu'au début : aussi plus tard la métapsychique aurat-elle le droit d'avoir des visées plus hautes, de se tourner vers une morale, une sociologie, une théodicée nouvelles. Qui sait? Mais à chaque époque suffit sa peine. Les temps ne sont pas mûrs pour la synthèse. Restons dans l'analyse.

Dans ce court exposé historique, je n ai pas pu indiquer les travaux considérables qui ont été faits. La bibliographie est déjà énorme. Je voudrais pourtant signaler les principaux ouvrages, toujours utiles, parfois indispensables, aux savants curieux d'étu-

dier le spiritisme, l'occultisme, la métapsychique du demi-siècle qui vient de s'écouler.

Les ouvrages généraux principaux seront seulement notés ici.

Aksakoff, Animismus und Spiritismus, Versuch einer Kritischen Priifung der mediumnistischen Phaenomene, Leipzig, Mutze, 1890, 4e édit. en 2 vol., 1902, trad. fr., Libr. des sciences psychologiques, 1895. — Bozzano(E.), Ipotesi spiritica e teorie scientifiche, Genova, Donath, 1903. — Bhofferio (A.), Per lo spiritismo, lro édit., Milano, Briola, 1892, 3e édit., Torino, Bocca, 1903, trad. ail., Berlin, 1894. — Delanne (G.), Le spiritisme devant la science, Paris, Channuel, 1895, 5e édit., 1897. Les apparitions matérialisées, Paris, Leymarie, 2 vol. 8°, 1911. Recherches sur la médiumnité, Paris, 1896. — Myers (Fr.), The human personnality and its survival to bodily death. London, Longmans, 2 vol. 8°, 1902, trad. fr., Paris, Alcan, 1905. — Oliver Lodge, La survivance humaine, trad. fr., Paris, Alcan, 1912. — A. de Bochas. L'extériorisation de la motricité, Paris, Channuel, 1896, 4e édit., 1906. L'extériorisation de la sensibilité, Paris, Channuel, 1895, 5e édit., Chacornac, 1905. Les états profonds de l'hypnose, Paris, Chacornac, 1892. Les états superficiels de l'hypnose, Paris, Chacornac, 1902. — J. Maxwell, Les phénomènes psychiques. Recherches, observations, méthodes, Paris, Alcan, 1905. Metapsychical Phaenomena, London, Duckworth, 1905. — E. Boirac, L'avenir des sciences psychiques, Paris, Alcan, 1907. La psychologie inconnue, Paris, Alcan, 1915. — Carmelo Samona, Psiche misteriosa : i fenomeni detti spiriticci, Palermo, Beber, 1910. — E. Flammarion, Les forces naturelles inconnues, Flammarion, Paris, 1907. L'inconnu et les problèmes psychiques, Paris, Flammarion, 1900, trad. ital. Bari, Latezza, 1904. La mort et son mystère, Paris, 1920. — Morton Prince, A dissociation of personality , Boston, Turner, 1906; trad. fr., Paris, Alcan, 1911. — Zollner, Wissenschafftliche Abhandlungen, t. III, Die transcendentale Physik und die sogenannte Philosophie, Leipzig, Stachmann, 1878-1879. — Hyslop (J.-H.), Science and a future life, Boston, Turner, 1905. — Innocenzo Calderone, La Rincarnazionc, Milano, édit. Veritas, 1913. — Stainton Moses (Oxon), The higher aspects of spiritualism, London, 1880. Spirit identity, London (Spiritualist alliance, 1902). — G. Geley, De l'inconscient au conscient, Paris, Alcan, 1919. L'être subconscient, 4e édit., Paris, 1919. — Grasset (J.), L'occultisme hier et aujourd'hui, Montpellier, Coulet, 1908. — Osty, Lucidité et intuition, Paris, Alcan, s. d. — Marryat (Florence), There is no death, Leipzig, Hèinemann, 1892. — Chevreuil, On ne meurt pas, Paris, 1914. — Ottolenghi (S.), La suggestione a le facolta psichiche occulte in rapporto alla pralica légale e medico forense, Torino, Bocca, 1900. — Amiral Usborne Moore, Glimpses of the next staate , Londres, Watts et C°, 1912. — Du Prel, Das Ràthsel des Menschen, Leipzig, Mutze, 1885, trad. it., Milano, Galli, 1894. Monistischc Seeleneehre ; ein Beitrag aufLôsung des Menschenrâthsels, Leipzig, Gùnther, 1888. — Denis (L.), Après lamort, exposé de la doctrine des esprits, dern. édit., 1918, Paris, Leymarie, trad. ital., Milano, 1914. — Podmore (Fr.), Modem spiritualism ; a history and a criticism, London, Methuen, 2 vol., 1902. — Wahu, Le spiritisme dans l'antiquité, et dans les temps modernes,

Paris, Leymarie. 2 vol., 1885. — Schrenck-Notzing. Physikalische Phaenomene des Mcdiumnimus, Mùnchen, Ueinhardt, 1920.

Si l'on ajoute à cette bibliographie, très sommaire, que j'aurais pu facilement amplifier, et qui sera complétée au cours de ce livre, les articles publiés dans d'importants recueils, comme Light (Londres). — Banne r of Liôht (Boston). — Religio-philosophical Journal, (New-York). — Harbinger of Light (Melbourne). — Revue spirite (Paris). — Revue scientifique et morale du spiritisme (Paris). — Luce e ombra (Milano, recueil remarquable). — Zeitschrift fur Spiriiismus (Leipzig). — Psychische Studieu (Berlin) — on pourra se faire quelque idée de la richesse de la littérature métapsychique.

Le mot de médium, exécrable d'ailleurs, est consacré par l'usage. Il n'est plus possible de le bannir 2. Il signifie intermédiaires entre le monde des vivants et le monde des morts.

Entre les médiums puissants, énergiques, qui, comme Home, Eusapia, Staintox Moses, Florence Cook, ont des phénomènes objectifs, éclatants, et les médiums ne donnant que des phénomènes subjectifs, il y a une distance considérable. Nous devons donc faire une classe à part pour les médiums à effets physiques, télékinésies et matérialisations.

Ceux-là sont des êtres exceptionnels, extrêmement rares. Même ceux qui peuveut donner des raps sans contact sont assez rares aussi.

Leur psycho-physiologie n'est pas bien riche en enseignements. On ne saurait dire d'eux qu'ils sont plus ou moins intelligents que le commun des mortels. Rien ne les distingue du vulgaire, et on ne peut les séparer des autres humains que par l'étrange faculté qu'ils possèdent, seuls parmi les hommes, de donner, dans des séances spiritiques, des matérialisations de formes (mains, personnes), et des mouvements de la matière (bruits, coups, voix, odeurs).

1. Dans le cours de ce livre on trouvera sur les médiums maints détails qui n'ont pas pris place ici. Ce chapitre est donc nécessairement écourté, pour ne pas faire double emploi avec ce qui sera dit plus loin. De vrai l'histoire des médiums, c'est presque toute la métapsychique.

2. Doit-on aussi employer ce mot au féminin ? Il semble qu'on pourrait dire la médium.

Le pouvoir des médiums s'exprime par le terme, très mauvais aussi, de pouvoir médianimique . La faculté d'être médium, c'est la médiunïmité ou médiumnité. Que! dommage qu'on ne puisse changer ce patois hideux?

Cette rareté extrême des pouvoirs télékinésiques n'est pas une objection. Il est nécessaire d'admettre que tous les hommes ne sont pas exactement semblables. Certains enfants extraordinaires sont doués, à uu très jeune âge, de puissances de mémoire et de calcul tellement surprenantes que nous restons ébahis devant eux. Nous pouvons concevoir sans peine qu'il y a, parmi la foule des humains, des individus exceptionnels.

Les pouvoirs cryptesthésiques sont beaucoup plus communs que les pouvoirs télékinésiques. La cryptesthésie en tous ses degrés de puissance est tellement répandue, et la télékinésie est tellement rare qu'on ne peut pas assimiler les cryptesthésiques (assez communs) aux télékinésiques (très rares).

Nous dirons donc qu'il y a en fait de médiumnité deux groupes très distincts :

1° Médiums à effets physiques ; 2° Médiums à effets psychiques.

La télékinésie est un phénomène nettement caractérisé; les matérialisations le sont plus nettement encore. Le phénomène télékinésique élémentaire, celui que d'assez nombreux médiums obtiennent, sans pouvoir aller jusqu'à la télékinésie et à la matérialisation, c'est le rap, c'est-à-dire une vibration sonore (sans contact) dans le bois d'une table ou d'une chaise. Déjà pourtant la délimitation entre médiums capables ou incapables de raps devient assez difficile, car assez souvent on entend de petits bruits très légers, à peine perceptibles, dans une table que touche à peine le médium, et le bruit est tellement faible qu'on peut presque en douter.

Il faudrait retracer ici la biographie des grands médiums à matérialisations et à télékinésie. Mais nous en parlerons dans le chapitre des matérialisations.

Quand nous aurons cité Home, Florence Cook, Stainton Moses, Eusapia, Mad. d'Espérance, Eglinton, Linda Gazzera. Slade, Marthe Béraud, Miss Goligher, Stanislawa Tomczyk, nous aurons nommé les principaux. On voit que le nombre en est restreint.

Le nombre des médiums donnant des raps est énormément plus grand. Mais je ne saurais donner quelque statistique à cet égard.

Malheureusement ces médiums à effets physiques mésusent souvent de leur pouvoir. Ils s'imaginent qu'ils pourront s'enrichir par leur puissance à demi-miraculeuse, et alors, comme les sœurs Fox, comme les frères Davenport, comme Eglinton, comme Slade, ils donnent des séances publiques pour tirer un profit monétaire de leurs facultés. De là à la fraude, il n'y a qu'un pas, et un pas qu'ils ont, sinon toujours, au moins très souvent franchi.

Aussi bien les médiums professionnels à effets physiques sontils terriblement suspects, et les précautions à prendre contre leurs machinations doivent elles être d'une sévérité implacable. (Au reste, même si leur bonne foi consciente était absolue, il faudrait prendre les mêmes précautions.)

Il y a de très bonnes raisons pour ne pas repousser a priori toute expérimentation avec les grands médiums professionnels.

1° Ils ont dû certainement, au début de leur carrière, fournir des phénomènes authentiques. Léa et Catherine Fox n'auraient pas, de propos délibéré, inventé toute cette histoire des raps de Hydesville, si elles n'avaient pas commencé par avoir réellement des raps.

2° Les médiums comme Mad. d'Espérance, comme Florence Cook, comme Linda, comme Eusapia, comme Marthe Béraud, n'ont jamais pris quelque leçon de prestidigitation et AHUusionisme. Elles ont constaté des phénomènes étranges, et, presque malgré elles, ont suivi la voie qui leur était ouverte. C'est pour les besoins de la cause qu'on leur attribue une habileté technique extraordinaire, supérieure à celle des professionnels les plus experts, Robert Houdin, Hamilton, Maskelyne, puisqu'elles auraient trompé les savants les mieux avertis, dans des conditions de contrôle sévère, en de multiples et variées séances, alors que d'ailleurs ni R. Houdin, ni Hamilton, ni Maskelyne n'ont jamais pu imiter ce qu'elles font.

Quant aux médiums à seuls effets psychiques, toutes les transitions les plus nuancées s'observent entre eux et les individus normaux. Il me paraît même que tout individu normal est capable, en un moment donné de sa vie, d'avoir quelque lucidité passagère. Mais, afin de ne pas nous écarter trop de la terminologie habituelle, nous appliquerons provisoirement la dénomination usuelle de médiums aux individus qui croient être en relation avec des personnalités étrangères.

Eu effet, nous avons adopté pour la définition de la métapsycliique, une science qui a pour objet les phénomènes qui paraissent relever d'une intelligence, et d'une intelligence autre que V intelligence humaine. Les médiums sont alors des individus, à inconscience partielle ou totale, qui disent des paroles, accomplissent des actes, font des gestes, paroles, gestes, actes qui semblent soustraits à leur volonté, et paraissent indépendants de leur intelligence. Pourtant ces phénomènes inconscients sont intelligents, systématiques, parfois coordonnés avec une merveilleuse pénétration. Donc tout de suite il s'agit de chercher si les phénomènes inconscients sont dûs à une intelligence humaine, ou à une intelligence surhumaine.

Soit, pour prendre un exemple concret, classique, Hélène Smith, écrivant par l'écriture automatique des messages abondants qu'elle attribue à Mauie-Antoinette. Est-ce l'intelligence d'HÉLÈNE qui fait tout? Est-ce une autre intelligence que celle d'HÉLÈNE? soit Marie- Antoinette, soit une force intelligente quelconque, qui actionne les gestes, les paroles, l'écriture d'HÉLÈNE?

Nous entrerons plus loin dans la discussion approfondie des deux hypothèses.

Pour le moment nous montrerons seulement qu'il y a des transitions graduelles, presque insaisissables, entre ces soi-disant médiums et les individus normaux. La démarcation est non seulement difficile, mais impossible, tandis qu'entre les médiums vrais, c'est-à-dire à effets physiques, et les normaux., il y a un hiatus énorme, un fossé profond, une différence essentielle.

On peut établir la gradation suivante.

A. — Le premier degré de l'écart avec la normale, c'est la production de mouvements inconscientslégers, presque imperceptibles, lesquels suffisent cependant pour faire percevoir à un individu exercé les sensations et volontés de l'inconscience. Et certes, il y a plus de 50 p. 100 des normaux qui, par un léger frémissement musculaire, qu'ils ignorent, décèlent leur pensée : comme dans le jeu du willing game, qui donne parfois des résultats surprenants.

Ces mouvements involontaires et inconscients s'observent si souvent, si nettement, que c'est un chapitre de la physiologie normale. Nous voilà loin de toute métapsychique.

46 MÉÏAPSYGHIQUE EN GÉNÉHAL

B. — Le second degré, c'est par l'hypnotisme la création d'une personnalité nouvelle. La personnalité normale reparaît au réveil, mais, pendant l'hypnose et la suggestion hypnotique, une personnalité nouvelle apparaît, qui est évidemment factice, puisque le magnétiseur l'a créée selon sa propre fantaisie, et,qu'elle peut, si le magnétiseur par suggestion verbale l'impose, se maintenir.

Cette nouvelle personnalité, arbitraire, transitoire, artificielle, rentre encore dans la psychologie normale classique.

C. — Le troisième degré, c'est l'état médianimique, c'est-à-dire la production d'une personnalité nouvelle que le médium s'est créée par auto-suggestion. L'hypnotisme agit par hétéro-suggestion ; le médiumnismepar auto-suggestion. Il n'y a qu'une bien faible différence entre la personnalité de Marie-Antoinette, qu'HÉLÈNE Smith a prise toute seule, ou la personnalité de Marie-Antoinette, qu'HÉLÈNE Smith aurait prise parce que son magnétiseur la lui a imposée.

Les écritures automatiques appartiennent à ce groupe, et il n'y a pas lieu de donner à cette importante manifestation psychologique une place quelconque dans la métapsychique, — au moins quant au phénomène seul de l'écriture automatique — car l'hypothèse d'une intelligence étrangère, non humaine, n'a dans la plupart des cas aucune raison d'être. Puisque je puis suggérer à Alice qu'elle est devenue Marie-Antoinette, puisqu'ALicE joue admirablement le rôle de la malheureuse reine, pourquoi vais-je supposer, quand Hélène Smith prend spontanément ce même rôle, et le joue avec non moins de perfection, que c'est la reine de France qui s'est incarnée en Hélène Smith ? C'est une supposition enfantine, toute gratuite.

D. — Le quatrième degré, c'est quand cette personnalité nouvelle est capable de cryptesthésie ; quand elle paraît vraiment connaître des choses que le médium ne connaissait pas, des faits que la personnalité seconde pouvait seule connaître. C'est le cas de Mad. Piper incarnant Phinuit ou GeorgesPelham.

Le guide du médium (autrement dit la personnalité nouvelle qui a apparu) semble être alors une force étrangère, vraiment étrangère. Nous pouvons appeler ces phénomènes des phénomènes métapsychiques, puisque à tout prendre l'intelligence normale ne suffit pas à expliquer les étranges et puissantes cryptesthésiesque présentent

ces seusitifs. Je n'ai pas besoin d'ajouter que l'opinion qu'une force étrangère agit sur eux n'est qu'une hypothèse.

Peut-être faudrait-il réserver le nom de médium aux individus capables d'action matérielle mécanique, sans contact, et de matérialisations. C'est le cinquième degré. Alors aux phénomènes de cryptesthésie, aux hallucinations survenant dans la trance spiritique, voisine de la trance hypnotique, viennent s'ajouter des phénomènes matériels, lévitations, télékinésies, raps, et surtout matérialisations.

Rien ne prouve encore que les personnalités secondes ne soient pas toujours exclusivement humaines, dues à des modalités de l'intelligence humaine, tandis qu'avec les phénomènes matériels apparaît quelque chose de nouveau, de transcendental, de vraiment métapsychique, qui dépasse la psychologie normale, et qui ne peut guère s'expliquer sans l'intervention de forces inconnues paraissant intelligentes.

Comme ce livre est surtout un traité didactique, je vais donner, pour préciser, des exemples de chacun de ces cas psychologiques, qui constituent les transitions insensibles de l'état normal à l'état de médium.

1er degré. — Antoinette n'est pas hypnotisable. Mais, si je lui preuds la main et que je lui demande de penser à un objet qu'elle a caché dans un coin de la chambre, elle est très étonnée, lorsque, guidé par elle et par ses mouvements inconscients, je découvre cet objet.

2° degré. — Alice est hypnotisée. Si je lui dis qu'elle est un vieux général, elle donne l'image caricaturesque d'un vieux général; elle tousse, crache, parle brusquement, jure, demande une absinthe, etc. Et elle joue cette naïve comédie avec une rare perfection pendant une heure entière.

3e degré. — Hélène Smith s'est par auto-suggestion imaginé être Marie-Antoinette. Elle en parle le langage, a des allures pleines de dignité, retrouve presque l'écriture et l'orthographe de la reine de France. En absolue sincérité elle joue cette extraordinaire comédie avec uue merveilleuse perspicacité, pendant des semaines et des mois.

Mad. C.vmus met la main à la table, et écri t de longues phrases, fébri-

lement, dont elle ignore le sens ; elle ne sait pas ce qu'elle écrit et elle parle d'autre chose pendant qu'elle écrit. C'est l'esprit Vincent qui la guide, qui est soi-disant l'inspirateur de toutes les banales dissertations métaphysiques et théosophiques dont elle couvre le papier.

4e degré. — Mad. Piper perd peu à peu sa conscience normale. Alors c'est tantôt Phinuit, tantôt Georges Pëlham, tantôt Myers, tantôt R. Hodgson, qui parlent pour elle. Mais ces personnalités, très probablement imaginaires et dues à des auto-suggestions, sont douées d'une puissance cryptesthésique étonnante. Monitions, prémonitions, télépathies, toutes ces lucidités éclatent à chacune des paroles que, parla voix de Mad. Piper, disent Phinuit ou George., Pelham, ou Myers ou R. Hodgson, de sorte qu'il faut un grand effort de rationalisme — qui est même peut-être une erreur — pour ne pas attribuer à une intelligence autre que celle de Mad. Piper ces phénomènes de presque surhumaine intelligence.

Mad. Léonard, Mad. Briffaut, Stella, la voyante de Pkévorst, beaucoup d'autres, sont des médiums de cet ordre.

5e degré. — Eusapia tombe, sans être hypnotisée, en état de transe. Alors par l'intermédiaire, dit-elle, de John King, elle fait mouvoir des objets, qu'elle ne touche pas; elle matérialise les mains, quelquefois là tête de John King, et d'autres fantômes parfois apparaissent.

Home, Mad. d'Espérance, Florence Gooic, Stainton Moses, Stanislawa Tomczyk, Miss Goligher, Marthe Bûraud, sont des médiums du même genre. Et le plus souvent, en même temps que les phénomènes mécanico-physiques matériels, apparaissent des cryptesthésies. La possession par une intelligence étrangère paraît complète, non seulement par la connaissance de choses inconnues au médium lui-même, mais encore par le pouvoir qui lui est donné sur la matière.

D'ailleurs, en fait, le plus souvent les médiums vrais (à télékiuésie) sont aussi des sensitifs ; c'est-à-dire qu'ils ont des cryptesthésies parfois admirables. Stainton Moses et Home étaient dans ce cas. Eusapia n'avait que des effets physiques mécaniques, et Mad. Piped n'a que des effets psychologiques.

Sans prétendre en rien inférer, il est de fait que les grands

médiums, dès le début des phénomènes produits, soit mécaniques, soitcryptesthésiques, attribuent toutleurpouvoirà nnguide. Même, si l'on veut avoir de bonnes expériences, il faut expérimenter comme si l'on était assuré que ce guide existe réellement, et s'est incarnédans le médium. C'est, au sens rigoureux du mot, une hypothèse de travail, presque nécessaire à la production des phénomènes.

La science est une langue bien faite, a dit un philosophe. Donc nous ne devrions pas conserver ce même nom de médium à des individus aussi différents par exemple qu'EusAPiA et Mad. Piper. Nous pourrions appeler médiums les individus donnant des effets physiques ; sensitifs, les individus ayant des phénomènes cryptesthésiques qu'ils attribuent à une force étrangère ; automates, les individus qui sans cryptesthésie semblent présenter par l'écriture automatique des personnalités secondes, créées sans doute par auto-suggestion, mais qui paraissent spontanées.

Comme toute classification, celle-ci est arbitraire. Les sensitifs sont toujours des automates, tandis que rarement les automates sont des sensitifs. On pourrait citer des centaines de cas d'écriture automatique, qui ne sont que des fantaisies médiocrement intéressantes de l'inconscience déchaînée, sans lucidité, sans cryptesthésie, sans rien qui vaille la peine d'être noté, sinon l'extraordinaire puissance de l'inconscient.

Pourtant, malgré mon ardent désir de faire rentrer autant que possible ces phénomènes métapsychiques dans la psychologie normale, je ne voudrais pas les dénaturer, les mutiler, sous prétexte de rationalisme. L'état de monoidéisme et d'automatisme que créent les transes soit hypnotique, soit spiritique, développe une si extraordinaire aptitude à la cryptesthésie, que bien souvent, comme pour Mad. Piper, commepour Mad. Léonard, comme pour Mad. Verrall, on est tenté de croire qu'il y a intervention d'une intelligence étrangère. Ce n'est pas dans ce chapitre que nous discuterons la question; on verra plus loin que nous n'auronsaucunetimiditéà l'aborder franchement.

Ni les sensitifs, ni les automatiques, ni même les médiums, ne peuvent être caractérisés par des diagnoses de quelque vraisemblance. Ils sont comme tout le monde. L'âge, le sexe, la nationalité ne paraissent pas avoir grande influence.

Richet. — Mélapsychique. 4

On a souvent parlé d'hystérie ; mais il semble bien que l'hystérie ne soit pas une condition favorable, à moins de donner une démesurée extension à cette forme morbide. Les hystériques sont souvent hypnotisables ; mais l'aptitude à être hypnotisé est tellement générale que ce n'est pas du tout une caractéristique. Les médiums sont plus ou moins névropathiques, sujets à des céphalées, des insomnies, des dyspepsies. Mais tout cela est bien peu significatif.

En tout cas, je me refuse absolument à les considérer comme des malades, ainsi qu'est trop disposé à le faire P. Janet1. Certes il y a quelque désagrégation de la conscience. Mais, chez les artistes, les savants, même les individus vulgaires, n'y a-t-il pas souvent d'analogues désagrégations de la conscience, avec automatisme partiel.

J. Maxwell a insisté sur l'existence chez la plupart des médiums d'une tache sur l'iris. 11 conviendrait peut-être de faire là-dessus quelques recherches statistiques. Mais la difficulté sera toujours de savoir où il faudra s'arrêter, car il n'y a pas de ligne de démarcation entre un sensitif et un normal, entre un automatique et un normal. Telle personne à écriture automatique se borne à tracer fébrilement et sans conscience de grands ronds informes sur des feuilles de papier blanc ; une autre écrira des mots incohérents ; une autre fera des phrases suivies : une autre composera de petits poèmes complets; une autre écrira des volumes et des romans entiers. Il y a tous les degrés de l'automatisme.

Le talent de l'inconscient a plus de variétés encore que le talent du conscient.

La sensibilité cryptesthésique comporte, plus encore peut être, tous les degrés. Tel individu qui, dans le cours de sa longue vie, aura été parfaitement normal, verra un jour une apparition véridique, ou entendra des voix prémonitoires. On ne peut pas dire qu'il soit un sensitif. Il l'aura été pendant quelques minutes, ou plutôt pendant quelques secondes, et ce sera tout. Des personnes d'apparence normale regardent dans le cristal, et au bout de quelques instants aperçoivent des visions, des scènes plus ou moins dramatiques qui se déroulent dans la petite boule de verre. On ne

1. Cette critique ne diminue en rien ma haute estime pour les travaux de P. Janet. poursuivis avec une rare sagacité.

peut prétendre qu'ils sont des seusitifs : ou ue peut pas soutenir le contraire non plus. En tout cas, il n'y a pas lieu, là encore, quant au mécanisme même, de faire intervenir une intelligence étrangère.

Même les grands médiums sensitifs, comme Mad. Piper, comme Stainton Moses, n'ont aucune caractéristique physiologique ou psychologique qui les distingue. Ces individus privilégiés, qui, selon la doctrine spirite, reçoivent messages des disparus et entrent en conversation avec les morts, ne paraissent se signaler par aucune autre supériorité intellectuelle ou physique. Assurément, par suite de la facilité avec laquelle leur conscience peut se désagréger, ils ont une certaine instabilité mentale, une susceptibilité assez ombrageuse. Leur responsabilité, au moins pendant l'état de trance, est quelque peu diminuée. Mais ce ne sont là que des nuances, et je conclurais volontiers qu'en dehors de leurs visions, de leurs trances et des apparentes incarnations qui se manifestent, ces sensitifs sont comme tout le monde.

Le plus souvent c'est par hasard qu'ils ont découvert leur sensibilité. L'histoire détaillée des origines de la médiumnité serait bien intéressante à faire. On verrait sans doute que, pour chaque grand médium, le point de départ a été assez différent. En tout cas ce n'est jamais par un acte de volonté délibérée qu'ils sont devenus médiums. Leur pouvoir s'est développé spontanément.

Ce qui est bien curieux, — et d'ailleurs assez décourageant, — c'est que ce pouvoir ne fait guère de progrès. Il naît spontanément, sans qu'on sache ni pourquoi, ni comment, et, s'il a la fantaisie de disparaître, il s'en va sans qu'on puisse le retenir. Rate King a quitté Florence Cook et Crookes en donnant pour toute raison que ce départ était nécessaire. Mon regretté et savant ami, le Dr Ségard, m'a dit que jadis sa fille, âgée de douze ans environ, avait présenté pendant trois jours des phénomènes remarquables de télékinésie (lévitation d'une lourde table, raps, mouvements de gros objets sans contact), puis que subitement tout avait disparu. Ces faits datent d'il y a vingt-cinq ans, et Mad. L..., la fille de Ségard, n'a jamais eu depuis lors quelque phénomène analogue.

Toute éducation est inopéraote. Je serais même tenté de croire que nos efforts pour scientifiser les phénomènes ont plus d'inconvénients que d'avantages. Aussi, dans mes expériences, ai-je abso-

lument renoncé à vouloir indiquer à un sensitif ou à un médium comment il doit procéder. Il faut l'abandonner à lui-même, car notre influence, si nous en avons une, serait probablement mauvaise. Un médium puissant est un instrument extrêmement délicat et fragile dont on ne connaît absolument pas les secrets ressorts. On s'expose à le fausser en le maniant d'une main maladroite. Laissons donc en pleine liberté se développer les phénomènes, sans prétendre les guider. C'est probablement une grave erreur que de s'obstiner à éduquer son médium.

Pourquoi cette fatalité? Il ne me paraît pas du tout qu'on doive en conclure qu'il y a ingérence d'une intelligence étrangère. Car, même sur les enfants et les adolescents normaux, notre puissance de transformation éducative est assez limitée (et d'ailleurs c'est peut-être heureux).

On n'a pas jusqu'à présent été équitable pour les médiums. On les a calomniés, bafoués, vilipendés. On les a traités cyniquement comme des animae viles. Quand leurs facultés étaient en décroissance, on les a laissés s'éteindre dans l'obscurité et le dénuement. Quand on les rétribuait, c'a été chichement, en leur faisant bien comprendre qu'ils n'étaient que des machines. Il est temps que ces mœurs détestables prennent fin.

Si par hasard on découvrait un grand médium à effets physiques puissants, ou à effets psychiques exceptionnels, au lieu de l'exposer à la curiosité banale des ignorants, des journalistes, des grandes et petites dames qui vont les consulter pour un chien perdu ou un amant infidèle, il faudrait leur assurer très largement le vivre et le couvert, et peut-être un peu davantage, afin que leur médiumnité ne fût pas déshonorée par des divinations de basse qualité. C'est ce que Mad. Bisson a fait pour Marthe Béraud; lord Dunraven pour Home, E. Imoda pour Linda.

En un mot, il faudrait réserver les médiums à la science, la sévère, généreuse et juste science, au lieu de laisser se prostituer leurs facultés merveilleuses aux crédulités enfantines ou aux sarcasmes impudents.

Mais il faudra en même temps ne pas se départir de la sévérité scientifique, ne pas demander des expériences stupéfiantes, ou des

incursions dans l'au-delà. Il faut nous résigner. Ne quittons pas le sol de notre planète. Traitons les phénomènes de la métapsychique comme des problèmes de pure physiologie. Expérimentons avec les médiums, êtres rares, privilégiés, admirables, et répétons-nous qu'ils ont droit à tout notre respect, mais aussi qu'ils exigent toute notre méfiance.

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