A. S. P., 1909, XIX
2. A Discussion of tke Willett scripts, P S. P. fi , Part., LXX, 1914, 458-465.
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quant à la réalité même de cette personnalité, nous voyons que la cryptesthésie apparaît avec une intensité croissante :
1° Chez les normaux ;
2° Chez les hypnotisés ;
3° Cbez les médiums;
Mais il est des crytesthésies qui ne peuvent entrer dans ce cadre : car certains individus sont doués d'une lucidité manifeste, encore qu'on ne puisse les classer, ni parmi les somnambules, ni parmi les médiums, ni parmi les normaux.
Nous les appellerons des sensitifs.
Comme les faits défient toujours toute classification, il s agit là de distinctions éminemment arbitraires : car les médiums, même quand ils ne sont pas en trance, sont des sensitifs, et les individus hypnotisables, même quand ils ne sont pas hypnotisés, sont bien souvent des sensitifs. Et enfin certains individus, non hypnotisables, non médiums, ont des pouvoirs cryptesthésiques assez fréquents et assez intenses pour qu'on ne puisse les considérer comme normaux : ils sont, eux aussi, des sensitifs.
D'ailleurs toujours le passage de l'état normalà l'état de trance, de l'état d'hypnose à l'état de veille, est graduel, parfois insaisissable, et toutes les transitions s'observent. Rien n'est plus factice que la séparation tranchée de ces quatre états : l'état normal, l'état d'hypnose, l'état de trance médianimique, l'état de sensitivité. Cette différenciation n'a qu'une valeur didactique.
Pour que, chez les sensitifs, la lucidité expérimentale s'exerce, il est parfois certaines conditions extérieures qui vont aider le pbénomèue : la psychométrie : la vision par le cristal.
Psijchométrie ou cryptesthésie pragmatique.
Le mot de psychométrie (mesure de l'àme) est si détestable que nous n'avons pas le courage de le maintenir dans le langage scientifique : il a été imaginé par Buchanan1.
\. Voir sur cette question Buchanan, Manuel de Psychométrie, Boston. — W. Denton et Elisabeth Denton, Nature' s secret or psychométrie researchs, Londres, Houlston et Wight, 1863. — W. Denton, The soûl of things. — L. Deinh.uvd, Psychométrie, Sphinx, X. — Jos. Petbr, Psychométrie {Die Ubersinnliche
Eu réalité la psychométrie de Buchanan et de quelques expérimentateurs n'est qu'un procédé pour développer la cryptesthésie. Aussi proposerous-nous de dénommer cryptesthésie pragmatique, (c'est-à dire par les choses), ce qui a été jusqu'ici, si déplorablement, appelé psychométrie.
La cryptesthésiepragmatiquedoilêtre entendue dans unsens assez différentdu sens que Buchanan avait donné au début à la psychométrie. Ce début est assez singulier. Elisabeth Denton (Mad. Buchanan), regardant et touchant un fragment d'une assise géologique, reconstituait le paysage d'autrefois des époques siluriennes ou jurassiques ! Mais il faudrait être bien naïf pour s'en ébahir. Il n'y a là que le résultat d'une très brillante imagination chez l'épouse d'un géologue expérimenté ; nous ne pouvons donc à tous les récits d'E. Denton attribuer qu'une importance littéraire.
Depuis lors la psychométrie a pris une extension assez grande. Si l'on donne un objet quelconque à un sensitif, celui-ci va fournir maints détails curieux sur les personnes à qui appartenait cet objet; dans ces conditions, on obtient parfois de beaux phénomènes de lucidité cryptesthésique. Les magnétiseurs de 1820 à 1850 procédaient ainsi ; leur seule supériorité sur Buchanan, c'est qu'ils n'avaient pas employé le mot de psychométrie .
Malgré ces beaux cas de lucidité si souvent observés, il n'est pas prouvé du tout que la présence même de l'objet soit indispensable. De même qu'il n'est pas certain du tout que la soi-disant transmission de pensée soit autre chose qu'une connaissance d'un fait réel, connu parce qu'il est réel, de même il n'est pas certain que le contact d'un objet soit indispensable à la connaissance (métapsychique) de cet objet. La cryptesthésie, — dont la réalité, comme nous l'avons vu, ne peut être niée — s'exerce presque aussi bien sans contact matériel qu'avec contact matériel.
Pourtant il est possible que les objets, malgré leur apparente inertie, émettent quelques vibrations (inconnues) capables d'éveil-
Welt, Irad. in A. S. P., 1910, XX, 231-240. 276-280. — Thaneg (pseudonyme de Descormiers), Méthode de clairvoyance psychométrique, Libr. des Se. Psych., Paris, 1902. — Coates (James), Seeing the invisible : Praclical studies in psychometry, thought Iransference, telepathy and allied phenomena (London and New-York, Fowler and Wells, 1909, in-8°. — Duchatel (Edmond), Enquête sur des cas de psychométrie. La vue à distance dans le temps et dans l'espace (préface de J. Maxwell), Paris, Leymarie, 1910, in-8°.
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1er la cryptesthésie. Mais l'inclusion de vibrations cryptiques daus un objet est à peine une hypothèse présentable, et nous sommes réduits à d'assez piteuses conjectures pour l'appréciation des forces qui excitent le sens cryptesthésique.
Les mers sont encore ébranlées par le sillage des, vaisseaux de Pompée. Certes. Mais que d'autres navires ont ébranlé les flots ! Toutes les fois que nous parlons de cryptesthésie, nous ne pouvons parler que du phénomène lui-même. C'est un fait : voilà tout. Et il nous est interdit d'en assigner les modalités, les conditions et les limites.
La clairvoyance, dit G. Delanne *, est une faculté dont l'existence est certaine. Mais, dit-il, vouloir s'en servir pour tout expliquer, c'est aller contre la logique et les règles de la méthode scientifique, et il ajoute : « Elle obéit à des lois et se produit dans des conditions déterminées. »
Certainement oui, la clairvoyance, ou cryptesthésie, obéit à des lois, mais ces lois, nous les ignorons totalement. Elles ne sont, hélas! nullement déterminées encore, quoi que prétende fièrement Delanne. Nous savons que certaines personnes sont mieux douées que d'autres, encore que peut-être la cryptesthésie ne fasse défaut, à un très faible degré, chez personne. Nous savons qu'il y a des sujets peu sensibles et des sujets très sensibles. Nous savons que, dans l'hypnotisme, la cryptesthésie se développe; nous savons que, chez les médiums, dans les expériences spiritiques, elle s'accentue encore, pour devenir, chez les grands médiums, extrêmement intense. Mais voilà à peu près tout ce que nous en pouvons dire. Pourquoi Gallet a-t-il prévu le chiffre de voix qu'allait obtenir, dans quatre heures, Casimir Périer? Pourquoi Thoulet a-t-il lu le télégramme qu'on enverrait à son ami dans deux jours? C'est tout aussi difficile à comprendre, — ni plus, ni moins, — que de comprendre pourquoi Mad. Piper connaît si parfaitement tout ce qui touche Georges Pelham. Lorsque nous disons lucidité, clairvoyance, prémonition, cryptesthésie, nous sommes en présence d'une faculté qui nous est totalement inconnue, et dont nous ne pouvons voir que les résultats. Ses conditions nous échappent pleinement. A Londres, Mad. Gueen voit en rêve ses deux nièces se noyer (en Aus-