‹ Traité de métapsychiqueChapitre 76 sur 327 · General meeting, mai 1895, J. S. P. R., V · texte numérisé non relu

General meeting, mai 1895, J. S. P. R., V

'à. La survivance humaine, trad. fr., 1912, 169 et 177.

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montre qui avait appartenu à. son père. « Mad. Piper lut la lettre tant bien que mal : elle vit les mots : « Je vous envoie des cheveux Seflon Drive Poole J. N. W. » (en disant Cook à la place de Poole, et J. B. W. à la place de J. N. W.) Elle dit aussi que la montre avait appartenu à un vieillard qu'elle nomma ; James Watson, un prédicateur absent pour cause de santé ; et elle ajouta quantité de détails connus de moi et tous exacts. »

E. Bozzano a, comme toujours, très bien étudié la part possible de la psycbométrie dans les expériences de Mad. Piper, et il croit, avec quelque raison, ce semble, que ni la télépathie ni la cryptesthésie pragmatique n'expliquent tout. Il arrive à cette conclusion que l'bypotbèse spirite seule est suffisante. Mais pourquoi va-t-il si loin ? Ne serait-il pas plus sage de dire, avec moi, que la cryptesthésie, une faculté de connaissance inhabituelle, existe. Il est imprudent d'aller au delà, quant à sa cause et à sou mécanisme.

Une commission d'enquête, à la Société des Sciences psychiques, à Paris, a examiné quatre psychomètres, dont M. Phaneg2. Le rapport, rédigé par M. Warcollier, dit que les résultats ont été assez pauvres.

Je ne sache pas d'ailleurs qu'il y ait eu d'études méthodiques entreprises sur ces individus qui ne sont ni médiums ni hypnotisables.

Le maniement d'objets a été couramment pratiqué par tous les somnambules de profession, et paraît être une des conditions de leur lucidité.

Toute la question est de savoir jusqu'à quel point est utile l'objet extérieur. Nous sommes à cet égard dans une ignorance absolue.

Il n'est pas du tout absurde de supposer que les objets émettent certaines vibrations aptes à émouvoir nos facultés cryptesthésiques.

Cette cryptesthésie spéciale, qu'il faut appeler crypteslhésie pragmatique pour remplacer le vocable odieux de psychométrie, se rattache peut-être à une autre singulière propriété des corps d'émettre des vibrations qui émeuvent le système nerveux et pro-

1 . Télépathie et psychométrie en rapport avec la médiumnité de Mrs Piper, A. S. P., nov. 1911, XXI, janv. 11)12, XXII, 9-15.

2. Enquête sur la Psychométrie, A. S. P., 1911, XXI, 203-210.

voquent des réactions iutenses sans qu'il y ait d'action chimique ou physique connue.

Nous ne pouvons pas nier que quelque vibration des choses en apparence inertes ne soit parfois capable d'émouvoir notre sensibilité. Les faits relatifs à la baguette divinatoire sont là pour l'établir. On verra plus loin qu'il est maintenant démontré qu'il y a une force rhabdique qui détermine, indirectement c'est-à-dire en provoquant des contractions musculaires inconscientes, la flexion de la baguette. On ne peut expliquer le phénomène que par une certaine action rayonnante, une force inconnue, qui est la force rhabdique. Puisque cette force existe, il est vraisemblable que ce n'est pas seulement sur les sourciers, tenant en main la baguette, que cette force pourra se manifester.

Par d'autres procédés que celui de la baguette, l'influence des corps et substances chimiques a été assez souvent étudiée, depuis Reichenbach et les métallothérapistes. Mais nous laisserons de côté les expériences pour lesquelles on peut alléguer une action magnétique ou électrique.

Les Drs Bourrc et Burot1 ont étudié l'action des substances chimiques incluses dans des flacons bien bouchés. Or, malgré le soin avec lequel ont procédé ces distingués médecins, il ne paraît pas prouvé que les effets très nets qu'on observe alors ne sont pas dus a la suggestion (verbale) et à Yexpectant attention.

MM Bourru et Burot expérimentaient sur des sujets hypnotisables et présentant tous les phénomènes du grand hypnotisme. Chez de pareils sujets, les suggestions sont extrêmement puissantes. Qu'on leur mette dans la main un flacon de laudanum, bouché à la lampe, et qu'on leur dise : ((Attention ! » ils éprouveront maints effets physiologiques aussi accentués qu'on voudra, sans que soit justifiée l'hypothèse que les vibrations du laudanum ont traversé le verre. On ne peut éliminer l'hypothèse d'uue suggestion qu'en prouvant que ces effets sont spécifiques, c'est-à-dire qu'en mettant dans un flacon une solution de morphiue qui fait dormir ; dans un autre, d'émétique qui fait vomir ; dans un troisième, de

1. La suggestion mentale et l'action à distance des substances toxiques et médicamenteuses, 1 vol., 12», Paris, J.-B. Baillière, 1887. Voyez aussi Revue philosophique, mars 1886. — Alliot (E.), Même sujet, Paris, J.-B. Baillière, 1886.

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strychnine qui convulsé ; dans un quatrième, d'alcool qui enivre, on aura des effets physiologiques tellement nets que l'expérimentateur (ignorant le contenu de ces flacons) pourra dire : celui-là renferme une solution de morphine ; cet autre, d'émétique ; cet autre, de strychnine; cet autre, d'alcool.

Or cette diaguose, nécessaire pour conclure à une action spécifique qui ne soit pas la suggestion (verbale) n'a pas été faite avec précision. Daus quelques cas, trop peu nombreux, j'ai essayé cette expérience avec une vague apparence de succès, mais je m'interdis toute conclusion. En somme, Bourru et Burot se sont contentés de noter des effets physiologiques intenses, très singuliers d'ailleurs. Mais ce n'est pas assez pour parler d'une action spécifique ; car la suggestion peut les expliquer.

M. Wasielewski l a tenté une pareille épreuve sur Mile de B... Et son expérience a réussi très bien quand il s'agissait de substances odorantes, comme la menthe et le cognac. De sorte que je suis tout à fait convaincu qu'il s'agit là simplement d'une hyperesthésie de l'odorat. Quelque soin qu'on prenne pour boucher le flacon (au liège) il n'est pas possible qu'il ne reste pas quelque odeur appréciable à des sens hyperesthésiés. Il y a eu pour quatre substances non odorantes — quinine, saccharine, acide citrique, eau distillée — échec pour la quinine et l'eau distillée, succès pour l'acide citrique et la saccharine.

Miss Edith HowTHORNEa donné de bons cas de cryptesthésie pragmatique. M. Samuel Jones lui envoie un fossile trouvé par un mineur dans des couches de charbon. Or le père de ce mineur avait été par unaccident tué dans la mine, il y a vingt ans. Miss Hawthorne dit qu'elle a une vision horrible, un homme gisant sur le sol, inanimé, livide, avec du sang à la bouche et au nez. D'autres iudications intéressantes, mais vagues, sont données sur les nombreux objets envoyés par M. Jones à Miss Hawthorne.

M. Pagenstecher - a entrepris quelques recherches sur Mad. Z... qui lui ont semblé prouver une hyperesthésie sensorielle tellement intense qu'elle devient presque de la cryptesthésie. Mais il faut attendre, avant de se faire une opinion, que les expériences de

1. Sur un cas de lucidité spontanée, A. S. P., juillet 1914, XXIV, 193.

2. A notable Psychometric Test. Am. S. P. R., XIV, 386-418, 1920.

M. Pagenstecher, de Mexico, soient données avec plus de détails. Dès maintenant, il semble bien qu'elles donnent un réel appui à la cryptesthésie daus l'hypnotisme.

En somme, ces résultats divers sont bien peu satisfaisants. Tout de même, c'est assez pour tenter la curiosité des expérimentateurs qui auraient de grands sujets hypnotiques, ou des médiums, à leur disposition. Ce n'est pas tout à fait de la métapsychique. Mais qui sait si l'action des corps à distance n'apportera pas quelque éclaircissement au phénomène métapsychique de la cryptesthésie?

L'action des métaux, l'action des aimants, l'action des substances toxiques à distance, voilà des problèmes qui me paraissent bien dignes de susciter des travaux et des recherches nouvelles1.

Faut-il faire rentrer dans la cryptesthésie pragmatique toutes les superstitions relatives aux amulettes, aux fétiches, que non seulement les sauvages, mais encore des civilisés regardent comme des protecteurs efficaces? Les anciens magnétiseurs croyaient fermement qu'on peut magnétiser de l'eau et un objet quelconque, de manière à douner à ces objets une vertu particulière. Mais ils n'ont pas suffisamment, même comme A. de Rochas qui a ébauché cette étude, éliminé la suggestion.

Je puis donner à cet effet un cas qui m'est personnel, et qui est ud très beau cas de suggestion, mais nullement de fétichisme, malgré les apparences.

Un de mes élèves, jeune homme très loyal, très naïf, d'une probité et d'une délicatesse rares, le Dr Mar..., quelques semaines après avoir passé sa thèse, vint me faire une confidence douloureuse. Il était hanté par des idées de suicide, si tenaces, si menaçantes, qu'il me dit, en pleurant : «Je suis convaincu que je finirai par me tuer. Est-ce que vous ne pouvez pas me sauver? » Il n'avait d'ail-

1. Loc. cit., p. 240. — Sur lorigine de la métallothérapie et sur l'action à distance des métaux, phénomènes qui ne rentrent guère dans la métapsychique, on consultera Burcq (V.), Etude expérimentale sur la métallothérapie et la métalloscopie, Rapports faits à la Société de Biologie 1877-1878, 8°, Paris, 1876. — Moricourt (J.), Manuel de métallothérapie et de métalloscopie, appliquées au traitement des maladies nerveuses, etc., 12», Paris, 1888. — Dumontpalliek, Métalloscopie et métallothérapie. Union médicale, Paris, 1879, XXVIII, 333, 381, 421, 457, 473, £67.

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leurs aucune raison, d'amour, d'argent ou de santé, qui justifiât ces idées sombres. Alors j'eus une inspiration. Il y avait sur ma table de travail un cachet, surmonté d'une toute petite figurine en bronze, un casque de chevalier (le chevalier de la Mort) dont la visière. se relevait et laissait voir le squelette de la face. Je dis à mon ami le Dr Mar... : « prenez cette statuette; et gardez-la toujours sur vous; elle a des vertus magiques et elle vous protégera ». Mar... me remercia avec effusion. Quelque six mois après il revint me voir. Il était guéri, gai, souriant, et ne pensait plus du tout au suicide l.

Est-ce coïncidence? N'est-ce pas plutôt une suggestion? En tout cas je ne suis pas assez enfant pour attribuer quelque influence pragmatique au chevalier de la Mort.

Il me paraît que les fétiches, amulettes, cornes de corail, et autres bibelots n'agissent que par suggestion. Mais la suggestion n'est pas négligeable. Et puis, après tout, qui sait? Soyons presque aussi réservés dans nos négations que dans nos affirmations.

C'est encore à l'influence des choses qu'il faudrait rapporter, s'il y avait l'ombre d'une preuve en faveur de leur efficacité, l'histoire des envoûtements, et des sorts jetés. De toutes les légendes populaires, ce sont les plus répandues ; encore aujourd'hui dans maintes contrées superstitieuses on croit qu'il y a des sorcières et des sorciers, des objets funestes, des pierres qui portent malheur, des jeltaturas, et autres billevesées de même farine. Pourtant, si les choses inertes ne sont inertes qu'en apparence, on comprend qu'il doit y en avoir de favorables, et d'autres qui sont funestes. Mais jusqu'à présent, en ce domaine, il n'y a rien de sérieux, et il faut laisser aux contemporaines de Catherine de Médicis ou de Mad. de Montespan la croyance aux messes noires, et aux figurines de cire pour envoûtements2.

Mais, je le répète, même pour ces superstitions ridicules, il faut être prudent dans la négation. Si nous admettons, comme cela paraît prouvé, qu'il y a parfois dans les choses comme une émanation qui agisse sur notre cryptesthésie, il ne serait pas absurde

1. Le Dr Mar. ., est mort de mort naturelle, quelques années après.

2. On lira avec grand intérêt les pages spirituelles et érudites qu'A, de Rocius a écrites sur l'envoûtement {De l'extériorisation de la sensibilité).

Richet. — Métapsychique. 15

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qu'une vibration quelconque se dégageât des choses, capable d'agir soit sur notre intelligence, soit sur celle des autres hommes.

Et puis il y a un tel enchevêtrement des événements que tout est possible.

Mais il ne faut pas se laisser aller à ces rêveries. Et, d'ailleurs, même en admettant qu'il y a quelques relations entre tel ou tel objet et tel ou tel événement, nous ne pouvons absolument pas savoir quelle est cette relation, et le mystère reste aussi profond, aussi inabordable que si cette relation n'existait pas.

La cryptesthésie est, chez les sujets sensitifs, aidée par certaines conditions extérieures.

Les somnambules de métier, qui sont, par intervalles, lucides — car si elles ne dounaieut pas, de ci, de là, quelques exemples de lucidité, elles ne pourraient guère réussir dans leur singulière profession — se servent souvent des cartes pour aider la lucidité. Il serait fou d'imaginer quelque rapport, autre qu'une coïncidence fortuite, entre telle ou telle carte, et tel ou tel fait. Mais ce qui n'est pas fou, c'est de supposer que, la cartomancie des tireuses de cartes est une préparation à leur lucidité. Une cartomancienne connue en a fait l'aveu à Osty.

La chiromancie est déjà un peu plus près de la physiologie saine, car il n'est pas douteux que les formes de la main sont absolument différentes chez les diverses personnes, et que, très vaguement, mais très certainement, les mains, comme la physionomie, traduisent quelque peu la constitution physiologico psychologique des individus. De là à conclure quoi que ce soit sur le détail des événements passés, présents ou futurs, il y a loin. On distinguera les mains d'une duchesse et celles d'une cuisinière. Mais il n'y a rien là que de très banal.

Pourtant les chiromanciens ont eu la prétention de lire dans les lignes de la main1.

1. Voyez Desbarolles, Les mystères de la main. Paris. — Gaunier d'Arpentigny, La science de la main, Paris, 1857. — E. Magnin, Journal du magnétisme et du psychisme expérimental, décembre 1911. — Je citerai aussi le livre suivant, curieux, ne fût-ce que par son titre : Hôping, Inslitiiliones chiromanticae, oder Kurtze Unterweissung, Wie man aus denen Linien Bergen, und Ndgeln deren Hdnde, auch das Jahr,.Monat, Wocken und Tage in welchen einem was Gliick oder v ng lit c /clichés bevorsleht , mullimaslich judiciren kann, sampt einer ganlz

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