‹ Traité de métapsychiqueChapitre 91 sur 327 · Athènes, 1846, 1" édit. ; 1856, 2» édit · texte numérisé non relu

Athènes, 1846, 1" édit. ; 1856, 2» édit

Richet. — Métapsychique. 18

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ou plusieurs livres grecs. J'ai pu après maiutes recherches, aidé par le hasard plus que par ma perspicacité, grâce à mes amis Courtier et le Dr Vlavianos, d'Athènes, trouver le principal livre où Mad. X. . . , avait puisé les longues phrases de grec qu'elle écrivait devant moi. C'est un livre introuvable à Paris (qui existe cependant à la Bibliothèque Nationale) le Dictionnaire grec-français et français-grec de Bvzantios et Coromélas. Comme c'est un dictionnaire de grec moderne, il n'est jamais en usage dans les classes de nos lycées.

Or Mad. X... a, de mémoire, écrit devant moi une vingtaine de lignes grecques, avec des fautes peu nombreuses (8 p. 100 environ, pour les accents surtout). Les fautes sont celles qu'on doit faire quand on transcrit du grec sans le comprendre. Ainsi au lieu de 5-co).i<j[x.oûç, Mad, X..„ a écrit axoliap.o8ç ; au lieu de 6(Uàouç, Sjjuàouç; au lieu de iuuapoSw, su-rcap 8<p ; au lieu de juxpdv, (juxpau ; toutes fautes qui indiquent nettement que c'est une copie visuelle, et que Mad. X... ne sait pas le grec, puisque elle ne commet ces fautes que par la transcription imparfaite d'une image visuelle.

La reproduction de ces mots fautifs est certainement une reproduction visuelle défectueuse.

Je suis absolument certain que Mad. X... n'a eu, en écrivant ces lignes, aucun texte sous les yeux. Elle regardait dans le vide, et écrivait comme si elle copiait imparfaitement un texte d'une langue inconnue, dont elle voyait les signes, mais dont elle connaissait à peine le sens. Quoique elle ne les comprît certainement pas, il est remarquable que les phrases ainsi écrites s'appliquaient assez bien aux circonstances. Un soir, au coucher du soleil, Mad. X... écrit en grec une phrase qui se trouve dans le Dictionnaire de Byzantios.

Quand le soleil est à son levant ou à son couchant, l'ombre se projette au loin. La phrase est transcrite sans accents. AvaxeUovio; xxi Suovtoç xou YjAiou t) cxia sxTeiva-cai jxaxpav (il y a une légère erreur,

exTeivotTai pour ixxetvexai).

Il ne reste donc que deux hypothèses : ou l'hypothèse d'une fraude, aidée par une prodigieuse et inouïe mémoire visuelle, ou l'hypothèse d'une cryptesthésie extraordinaire.

On doit toujours supposer la fraude possible. Admettons donc la fraude; sachons accepter les invraisemblances psychologiques qu'elle suppose. Admettons : 1° que Mad. X... a acheté en secret le

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livre de Byzantios, l'Apologie de Socrate, le Phèdre de Platon, l'Évangile de Saint Jean, c'esl-à-dire les quatre livres dans lesquels elle a puisé les phrases quelle écrivait devaut moi; 2° qu'elle a longuement médité sur ces quatre ouvrages, pour retenir l'image visuelle de caractères dout elle ne comprenait pas le sens.

Les deux hypothèses sout admissibles si l'on accepte une machination longuement et méthodiquement poursuivie, ce qui est possible après tout. Mais ce qui est singulier, c'est que Mad. X..., sans avoir compris ces phrases, puisqu'elle ignore absolument le grec, en a gardé une image visuelle assez nette pour reproduire de mémoire une vingtaine de ligues (622 lettres avec 6 p 100 d'erreurs). Le cas de Mad. X... n'est pas tout à fait de la xénoglossie; car elle ne parlait ni ne comprenait le grec. Elle écrivait, d'après une vision mentale — comment avait-elle acquis cette vision? — de longs textes grecs. Et c'est assez différent du parler en une langue étrangère. En définitive, il faut admettre, pour expliquer le cas étrange de Mad. X-.., ou la cryptesthésie, ou une mémoire visuelle prodigieuse, dont ou ne pourrait guère citer d'exemple analogue.

On trouve encore çà et là divers exemples de xénoglossie.

La petite fille (onze ans) de M. et Mad. Brown1 (Melbourne) par l'écriture automatique, écrivit des caractères chinois (en maniant sa plume comme font les Chinois). Il paraît que ce message était mal écrit, mais en partie lisible. Or l'écriture chinoise est, comme on sait, d'une difficulté extrême. Mais, même si le fait a été bien observé, que conclure?

Un cas bien remarquable a été cité par M. Chedo Miyatovitch, diplomate serbe2. M. M... était venu, avec un de ses amis croates, M. Hinkovitch, avocat à Agram, consulter une médium profession-

1. Une discussion s'est engagée à. ce sujet à la S. P. R. (voy. J. S. P. R., juin 1906, 276). Sir William Gkookes, qui présidait, a estimé que c'était d'après une représentation visuelle (in a visionary manner copied from their visionary prototype). On trouvera aussi à ce sujet, dans les P. S. P. R. de très intéressantes remarques de Mad. Verrall. Sir Oliver Lodge, M. Piddington, et M. F. -G. Constable. Voir enfin les critiques, assez justes d'ailleurs, de M. Dessoir. Vom Jenseils der Seele, 4» éd. Enfle, 1920, 97-100.

2. Deux extraordinaires séances avec la médium Mad. Wriedt à Londres. Light., 8 juin 1912, et A. S. P., juin 1912, 161.

nelle, Mad. Wriedt, américaine. Ua vieux médecin croate s'incarna en elle, parla croate à M. HiNkovrrcH, et ils conversèrent quelque temps dans leur langue maternelle. Une autre fois Mad. de Wriedt parla en serbe au nom de la mère de M. Mivatovitch. Une autre fois encore, Mad. Selenka, allemande, étant présente, le mari de Mad. Selenka (incarné en Mad. de Wriedt) chanta une chanson allemande.

On a élevé des doutes, auxquels Sir W. Barrett a vigoureusement répondu, sur l'authenticité des phénomènes de Mad. de Wriedt. En tout cas il est difficile d'admettre qu'elle parle couramment le croate et le serbe.

Eglinton, qui ne connaissait pas l'allemand, a donné (par l'écriture directe), des messages en allemand1. Dans une expérience à laquelle prit part l'illustre Gladstone, il y eut des réponses par l'écriture directe, en espagnol, en français et en grec. Or Eglinton ne sait pas un mot d'espagnol ni de grec, et il comprend à peine quelques mots de français. Mais la sincérité d'EGLiNTON est bien problématique.

Mad. Thompson a pu, en état de transe hypno-spiritique, parler en hollandais au Dr van Eeden, quoiqu'elle ignorât absolument le hollandais.

M. Damiani, dans un rapport à la Société dialectique de Londres, indique qu'il a eu en Sicile de nombreuses communications en allemand, en français, en latin et en anglais, données par un médium tout à fait illettré, appartenant à la classe ouvrière.

M. Burns, dans un rapport fait à la même Société, a vu sa bellesoeur, Mary Burns, écrire des messages dans des langues qu'elle ne connaissait pas.

On trouve dans la Revue spirite (15 janvier 1886), l'histoire, rapportée par M. Didelot, instituteur, d'un chanoine de la cathédrale de Nancy, l'abbé Garo, qui, avec plusieurs prêtres vénérables du diocèse, expérimenta sur un jeune garçon qui était le médium observé par M. Didelot. Une réponse fut faite en latin à des ques-

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