I II III
Oxygène 0^0 4,.57 2,64
Azote 92,43 84,97 93,46
Acide carbonique 0,43 1,92 2,35
Formènc 7,14 8,34 E5o
Je laisse de côté, pour y revenir seulement dans le volume suivant, ce fait que les chiffres ci-dessus témoignent qu'il y a eu un dégagement d'azote. Je me contente de faire remarquer deux choses : en premier lieu le faible dégagement d'acide carbonique, attribuable sans cloute à ce que ce fumier consommé est d'ordinaire alcalin. Il y avait eu pourtant dans le premier cas six litres d'oxygène absorbés, douze dans le second, quatorze dans le troisième, sans compter celui de l'air contenu originairement dans l'appareil. En second lieu on voit bien une fermentation forménique d'intensité variable, et qui semble avoir passé par un maximum dans l'expérience II.
393. Expériences de M. Déhérain. — Ces expériences furent reprises par M Déhérain sur un tas de fumier à Grignon. Il en examina les sraz à différentes hauteurs, d'abord au haut du tas, dans la partie la plus sèche en apparence et la plus poreuse, celle aussi où la tempéra-
liu'c est la plus élevée, car elle peut iiioiitcr jusqu'à 70" : puis au milieu du tas, où se font les suintements et où la température n'était que de 35" : à la base eniin où la masse est gorgée d'eau et où la température n'était plus que de 25". Les analyses faites ont donné les nombres suivants :
Ihuit du tas INIiliou du tas Base
Acide carbonique.. 21,6 31,0 37,1
Oxygène 0,0 0,0 0,0
Formène 0,0 33,3 58,0
Azote 78,4 35,5 4,9
Un autre jour, le gaz pris au bas du tas avait la composition suivante :
Acide carbonique. 2"2,7
Oxygène 0,0
Formelle 77,3
Azote 0,0
Ces chiffres sont très instructifs, si on les interprète avec ce que nous savons. On voit d'abord qu'au sommet du tas, il se produit une simple combustion. Il n'y a pas de formène dégagé, ni d'autre gaz de fermentation tel que l'hydrogène. L'oxygène est remplacé par son volume d'acide carbonique. Cette combustion active explique la température élevée en ce point, et montre que les actions prédominantes sont là des actions aérobies.
Au milieu du tas. l'oxygène est absent, mais il est remplacé par un volume d'acide carbonique plus grand que le sien, et cet excédant, en même temps que l'apparition du formène, témoigne qu'une fermentation active se produit. Cette fermentation ne dégage pas autant de chaleur qu'une combustion aérobie, d'où la température plus basse qu'au sommet. De plus cette fermentation semble univoque, puisqu'il n'y a pas d'hydrogène, qui se dégage
FERMENTATION FORMÉNIQUE 463
si abondamment comme nous Tavons vu, clans la plupart des fermentations anaérobies.
Au bas du tas^ dans la partie la plus liquide, nous retrouvons les mêmes conclusions. La diminution de l'azote, et même sa disparition complète dans la dernière analyse, montrent que l'air ne pénètre plus dans ces profondeurs ; il en est chassé par le dégagement des gaz de la partie moyenne, si bien que, dans le dernier exemple cité, l'oxyg-ène n'ayant naturellement pas plus pénétre que l'azote, on recueille uniquement les gaz de la fermentation, qui semblent faits de 2 d'acide carbonique et de 7 d'hydrogène protocarboné.
Cette conclusion ne cadre pas avec la formule théorique qui fait dériver le formène de la cellulose :
Qi.jj.oQio ^ 2IP0 = 6CIP + 6C0'
qui aboutit à des volumes égaux d'acide carbonique et de formène. Mais cela ne doit pas nous surprendre. D'abord, au milieu d'une masse aussi mélangée, il doit y avoir d'autres fermentations en jeu que celle qui nous intéresse, et puis, nous ne devons pas oublier que la masse est alcaline, le devient de plus en plus sous l'intluence des ferments des matières azotées, de sorte qu'une partie de l'acide carbonique peut être retenue pour donner du carbonate, et même, dans ces profondeurs, du bicarbonate d'ammoniaque.
Le tas de fumier étudié était donc en quelque sorte construit sur la formule schématique donnée par Pasteur, lorsqu'il montrait qu'une matière organique exposée à l'air pouvait pourtant devenir le siège de fermentations anaérobies, en nourrissant à la surface exposée à l'air une population d'êtres aérobies qui arrêtaient l'oxygène au passage, et l'empêchaient d'arriver dans les profondeurs habitées par les ferments anaérobies.