CARBONE
réfléchit en outre au rôle important que les pierres calcaires jouent dans la constitution de notre globe, on sera bientôt convaincu que le carbone est un élément essentiel de la terre. Toutefois ce n'est que dans des cas rares qu'il se présente à Fétat natif. Cependant, on connaît le carbone libre dans deux conditions diSérentes, il forme alors des minéraux particuliers, qui sont : 1® Le graphite; ^ le diamant.
Le GRAPHo-E est tantôt disséminé en petits cristaux, dans les roches anciennes ou dans des roches cristallines ; j'ai recueilli de très-jolis cristaux de graphite dans le calcaire saccharoïde de Helette dans les Basses-Pyrénées, dans le gypse d'Arignac, dans la vallée de Massât. J'en ai également vu dans une roche de gneiss des environs du Puy. Le graphite se présente dans ces localités en petites tables à six faces trèsnettes de couleur noire, et dont l'éclat demi-métallique est vif.
A cet état le graphite est rare; il est au contraire commun en petites veinules très-minces, ou en espèce d'enduit, colorant les roches en noir. Il est peu de contrées, dans lesquelles le sol soit formé de gneiss ou de micaschiste, où l'on ne trouve de ces roches noircies par du graphite. Dans certaines circonstances, le graphite.y est à l'état natif; il paraît y avoir été produit par les mêmes phénomènes qui ont présidé à la formation de la roche ; dans d'autres, il est le résultat métamorphique de matières charbonneuses. C'est le cas de la plupart, peut-être même de tous les gisements où le graphite est en veinules assez épaisses pour être exploitables. Le gite de Borrowdale en Angleterre, célèbre par la qualité supérieure du graphite qu'il a longtemps fourni, se présente dans ces conditions. Il est souvent difficile d'alBrmer si le graphite est natif ou métamorphique. Cette difficulté m'a engagé à associer la description du graphite à celle des combustibles fossiles. Le carbone sera donc exclusivement représenté dans la première classe par le diamant.
BIABUUVT.
Le diamant est le corps le plus dur que l'on connaisse ; il raye les autres minéraux et n'est rayé par aucun. Ce caractère, qui suffît seul pour distinguer le diamant de tous les autres minéraux, est devenu le plus important des caractères extérieurs propres à cette espèce, depuis la découverte faite, il y a quatre ans, du diamant compacte et amorphe.
Formé de carbone pur, la composition du diamant est le caractère qui établit cette espèce d'une manière certaine. Mais la combustion du diamant, difficile à opérer, ne saurait, dans aucun cas, être employée pour reconnaître ce minéral.
La pesanteur spécifique du diamant, presque identique pour le diamant cristallisé et le diamant compacte, 3,52 à 3,55, est au contraire, un caractère facile à constater ; étudiée en même temps que la dureté, elle différencie le diamant de toutes les autres pierres dures.
Diamant eristallisé. — La forme primitive adoptée pour le diamant est l'octaèdre régulier ; elle est en rapport avec la facilité des clivages qui conduisent à ce polyèdre. Cette forme, assez fréquente, est toutefois bien loin d'être la plushabituelie, ainsi qu'on le suppose généralement. L'étude de nombreux lots de diamant que M. Halphen a mis à ma disposition m'a appris que les cristaux les plus fréquents sont des octaèdres portant un pointement à six faces sur chacune de leurs faces ; malgré la multiplicité de ces facettes, on reconnaît toujours la disposition octaèdrique par l'existence de stries très-profondes.
Dans la plupart des cristaux de diamant, les faces sont arrondies, soit que les arêtes soient réellement courbes, ou que les faces paraissent sphériques par la multiplicité de facettes dont elles sont surchargées.
La cassure du diamant est généralement lamelleuse. La facilité et la netteté de ses clivages sont mises à profit par les lapidaires pour le tailler; transversalement, la cassure du diamant est concholdale; son éclat très-vif et particulier,
90 MAUÀNT.
que Ton retrouve à un degré moindre dans plusieurs minéraux, a reçu le nom d'éclat adamantin, — Ordinairement diaphane, il est quelquefois demi-diaphane, et même simplement translucide. — Incolore, il est assez fréquemment teinté d'une nuance légère de vert, de jaurie ou de gris plus ou moins foncé; le vert d'eau est de beaucoup la teinte la plus fréquente. Elle disparaît par la taille, surtout pour les diamants de petites dimensions. On connaît aussi des diamants roses et vert pistache ; le bleu est extrêmement rare; on doit citer particulièrement un diamant bleu appartenant à M. Hope, remarquable par la beauté de ses feux et par ^on poids ; il pèse 4 karats 1/2; on l'évalue à plus de 600,000 fr. Le Muséum d'histoire naturelle possède un diamant jaune remarquable par sa couleur et sa grosseur. Les diamants de couleur, quand ils joignent à une teinte vive une parfaite limpiditéy sont d'un grand prix.
Nous citerons enfin des diamants complètement noirs, quoique nettement cristallisés. Les diamaiitsde cette variété se présentent le plus fréquemment en petites boules hérissées dans tous les sens de pointes cristallines. Ces diamants, formés de très-petits cristaux, groupés d'une manière irrégulière, sont très-réfractaires à la taille ; on les considère comme plus durs que les autres diamants, on les distingue dans la joaillerie sous le nom de diamants de nature.
Le diamant jouit de la réfraction simple, mais à un haut degré, circonstance qui avait fait soupçonner à Nev^ton qu'il devait être composé, en partie du moins, d'un corps combustible. — Electrique par le frottement, il donne toujours l'électricité vitrée, même pour les diamants bruts dont la surface est terne. — Au chalumeau il ne s'altère pas, ne se fond pas ; seulement au feu d'oxydation sa surface se dépolit. — Chauffé cependant à une température élevée et avec certaines précautions, il brûle avec une flamme bleuâtre, sans laisser de résidu.
Gompositton. — Le diamant est, ainsi qu'on l'a annoncé.
DrAMAMT. 91
du carbone pur. C'est à Botle que cette intéressante décou- Terte est due, il fit brûler le diamant et annonça sa nature; Macquer, Bergmaiqi, Latoisier et Gutton de Morveau la confirmèrent, en recueillant les résultats de la combustion du diamant, qu'ils reconnurent être de l'acide carbonique ; récemment M. Dumas a renouvelé cette belle expérience, dans le but d établir d'une manière certaine le poids atomique du carbone ^. Il a constaté de nouveau que le diamant, composé exclusivement de carbone, laisse après sa combustion un résidu presque imperceptible y dû à des minéraux étrangers disséminés dans sa masse.
GrMaïuK. — La forme octaèdre, /I9. 1 , pi. 1 , domine dans la plupart des cristaux, même dans oeux qui sont surchargés de facettes ; mais l'octaèdre simple est assez rare. Le cube \fg. 3) est plus rare encore. On en trouve à peine un ou deux échantillo us dans des lots de d iamants composés de plus de mille cristaux. Le dodécaèdre est, au contraire, assez fréquent, soit simple {fig. 3), soit portant deux faces sur chacune de ses iaces (/I9. i , pL 225), et passant au solide à vingt-quatre faces. Un très-beau cristal, unique par ses dimensions et sur lequel je donnerai plus tard quelques détails, affecte cette forme. Le triforme {fig. 4) est rare. Le muséum est redevable d'un échantillon fort net de cette variété à M. Halphen. L'École impériale des mines, dont la collection est l'une des plus riches pour la cristallographie, possède en outre de très^jolis cristaux en hexatétraèdres (fig. 5), et un octaèdre tronqué sur les angles, par des facettes qui conduisent au cube, fig. 6. Il existe dans la collection du Muséum d'histoire naturelle des cristaux cubiques portant un double biseau sur chaque arête {fg. 7). Ces petites faces prolongées donneraient l'hexaté* traèdre représenté par la figure 5. L'un de ces cristaux, malgré la petitesse de ses dimensions, offre des faces nettes et
* RÊCkerches sur le véritable poids aUmûque du carbone ^ par MM. Dumas et St» ( Comptes rendus de rÀcadémie des sciences, t. II, p. 991 ).
miroitantes. On a pu en mesurer facilement les angles, qui conduisent à la loi de décroissement représentée par b^; ces mêmes faces se retrouvent dans les cristaux compliqués qui suivent, et dont plusieurs existaient dans la belle collection de M. le marquis de Drée, devenue la propriété de TÉcole des mines.
[Fig. 8.) Cristal cubo-octaèdre, portant sur les arôtes de Toctaèdre, le biseau b^** Les faces de l'octaèdre sont dominantes.
{Fig. 9.) Dans cette forme, les arêtes d*intersection des faces de l'octaèdre et du biseau b*f* sont émarginées par de petites facettes i^ qui naissent par un décroissement intermédiaire dont la loi est mal connue. La symétrie du cristal montre qu'il existe sur chaque face de l'octaèdre six facettes t, qui sont les rudiments d'un solide à 48 faces. Ces cristaux de diamant, quoique généralement très-petits, ont donc 80 faces, savoir : 8 de l'octaèdre régulier, 24 de Thexatétraèdre 6*/*, et 48 du polyèdre i. Malgré cette multitude de facettes, ces cristaux affectent la forme générale de l'octaèdre, seulement les faces en paraissent arrondies ; quelquefois elles le sont effectivement, comme dans la fig. H; ce caractère est encore beaucoup plus saillant dans les cristaux représentés par la fig. 10, qui ne diffèrent de la précédente que par la suppression des faces de l'octaèdre, lesquelles ont disparu sous le prolongement des facettes i.
Les cristaux de diamant sont quelquefois hémitropes. Les fig. 12, pi. 2, et fig. 5 et 6, pi. 225, qui représentent des cristaux donnés à la collection du Muséum d'histoire naturelle par M. Halphen, affectent, le premier, la forme d'un octaèdre hémitrope, émarginé sur ses arêtes par les faces du dodécaèdre régulier; le second, celle d'un hexatétraèdre hémitrope. Cette forme intéressante a été déterminée par M. Friedel. Ce jeune savant a dessiné, dans la/!jf. 5, pi. 225, le cristal simple avec le plan coupant 1, 2, 3, 4, autour duquel rhémitropie a lieu. Ia fig. 6 représente le cristal hé-
mitrope : les facettes de ce joli cristal sont très-brillantes, et au premier aspect, on les supposerait produites par la taille; mais la symétrie des faces et la valeur des angles établissent la forme réelle à laquelle il appartient.
Plus fréquemment encore les cristaux de diamant offrent des macles ; la fig. 7, pi. 225, représente un très-beau cristal acquis récemment par l'École des mines, composé de deux cristaux croisés à angles droits. Le Muséum d'histoire naturelle possède également une macle intéressante, elle se présente sous la forme d'une espèce de rosette composée de trois dodécaèdres accolés sous un angle de 60 degrés ; elle ofire un angle rentrant triple, fig. 4, p/. 225. Les dodécaèdres qui forment cette macle portent sur leurs faces un pointement quadruple. Ce sont donc en réalité des cristaux à 4iB faces.
Je compléterai la description des cristaux de diamant par celle d'mi cristal aussi remarquable par ses dimensions que par différentes particularités qu'il présente, et qui lui donnent un intérêt particulier pour l'histoire de ce minéral. Il est à regretter que la valeur considérable de ce diamant soit un obstacle à ce qu'on le conserve à l'état brut, c'est-à-dire avec ses véritables caractères, qui en font un des objets d'histoire naturelle les plus remarquables. Ce magnifique cristal appartient à M. Halphen y qui , avant de le livrer à la taille , a bien voulu me le confier pour en étudier la forme et en faire reproduire le dessin exact.
Ce diamant, qui provient du Brésil, pèse 52''-,276 mill., ou 254 karats 1/2; il présente la forme d'un dodécaèdre portant un biseau obtus sur chaque face {fig. 1 , 2, et 3, pi. 225) . Il est aplati sur un côté, ainsi que les /Igf. 1 et 2 le représentent; ses faces mates sont légèrement rugueuses par des stries , dont quelques-unes, disposées d'une manière régulière, offrent la trace des clivages octaédriques propres au diamant; les autres stries forment une espèce de sablé très-fin, assez analogue à la disposition désignée sous le nom de ehagrinéf propre à la peau des squales. Cette disposition ôte au diamant la transparence
qui lui est propre; de telle sorte qu'il est simplement trans^ lucide à la manière d'une glace dépolie : sa pesanteur spécifique, déterminée par M. Halphen, est de 3,529.
Dès les premiers moments de son apparition dans te com* merce , le diamant que nous décrivons a fixé Fattention des lapidaires , qui , pour le distinguer des diamants connus , 1 ont surnommé VétoiU du Sud. Par la taille , ce diamant perdra à peu près la moitié de son poids ; il sera réduit alors environ à 125 karats. Ce poids le placera encore au rang des quatre ou cinq diamants connus les plus précieux ; sa valeur commerciale dépendra de la beauté de son eau ; mais pour les lapidaires, habitués à juger de Téclat du diamant , même à Tétat brut , Tétoile du Sud est considérée comme devant offrir une parfaite limpidité, ainsi que Téclat particulier qui rend les diamants si précieux.
On observe sur une des faces de ce diamant une cavité oo taédrique assez profonde, placée en a (/ig. 1 , pi. 225) ; elle représente Tempreinte laissée par un cristal de diamant qui jadis était implanté sur la surface de Tétoile du Sud. L'intérieur de cette cavité, examinée à la loupe, montre des stries octaédriques prononcées. On voit également, en fr, la trace de trois autres diamants , qui étaient groupés sur le diamant principal.
La face postérieure de Tétoile du Sud porte encore les traces de deux diamants , qui ont été détachés à Tépoque où elle a été entraînée dans le terrain de diluvium. L'espèce de base sur laquelle on place naturellement ce diamant, et que nous avons représentée fig, 3, offre encore, en d, des marques de l'adhérence de plusieurs autres petits cristaux de diamant. Sur ce côté, on remarque en /"une partie plate où le clivage apparaît. Je suis très-disposé à la considérer comme une cassure , peut-être le point d attache de ce diamant !i sa gangue; la forme générale de Tétoile du Sud me confirme dans cette opinion. J'ai déjà fait remarquer que ce beau diamant n*est pas symétrique; les /i^. 1 et 2, pL 225^ qui en offrent une
DUMANT. 95
perspective faite avec soin par M. Lemattre, la montrent re-posant sur une base ACB, dont la fig. 3 représente la disposition. Or, l'on sait que les cristaux qui se développent en liberté sont symétriques , tandis que ceux qui adhèrent à la surface dune vase, lorsqu'on les obtient artificiellement , ou qui, dans les filons , sont attachés sur les parois de ces masses minérales, sont précisément comprimés sur la surface qui correspond à leur point d adhérence; d'après cette observation, la forme comprimée de Tétoile du Sud me parait fournir une raison très-probable pour que le clivage f représente le point par lequel le diamant était fixé à sa gangue.
Je signalerai encore, comme un fait intéressant, la présence de quelques lamelles noires, que Ton remarquait près de la surface de ce beau cristal ; je les considère comme appartenant à du fer titane , minéral que Ton trouve fréquemment associé aux cristaux de quartz dans les Alpes et au Brésil. L ensemble des faits que je viens de rappeler me conduit à penser que Tétoile du Sud formait dans l'origine un groupe de cristaux de diamant, analogue aux groupes de cristaux de quartz, de spath d'Islande, ou de la plupart des minéraux cristallisés. Le diamant se trouverait donc tapissant des géodes , au milieu de certaines roches qui ne nous sont pas encore connues , mais qui , d'après l'observation communiquée, en 1843, à l'Académie des sciences par M. Lomonosoff, appartiendraient aux terrains métamorphiques du Brésil. Ce serait là son véritable gisement, et, sous ce rapport , la fonnation des diamants aurait de l'analogie avec celle des autres cristaux , notamment avec la formation des géodes de quartz, que l'on observe dans le marbre de Carare.
L'étoile du Sud a été trouvée, à la fin de juillet 1853, par ujie négresse employée aux mines de Bogagem , l'un des districts de la province de Minas-Géraès : c'est le plus gros diamant venu du Brésil eu Europe. Les diamants les plus célèbres, et sur lesquels nous donnons quelques détails page 103, notamment le diamant appartenant à l'empereur de Russie,
celui du grand-duc de Toscane, le régent, le ko4-noor , sont tous originaires de Tlnde.
Diamant compacte et amorphe. — Il y a déjà cinq ans , M. Hoffmann, marchand de minéraux, ma remis des échantillons d'un minéral amorphe, qu'il désignait sous le nom de carbonilCj et qu'il disait susceptible de polir le diamant. Ces indications m'engagèrent à faire quelques essais sur les échantillons que possédait M. Hoffmann. Leur dureté et leur pesanteur spécifique me firent penser qu'ils devaient être considérés comme du diamant compacte; des analyses de M. Bivot, que je vais indiquer à la page 97, confirmèrent cette intéressante découverte. Un échantillon que le Muséum d'histoire naturelle possède y apporta le dernier degré de certitude, en montrant le passage du diamant cristallisé au diamant compacte. Cette variété de diamant est devenue depuis cette époque un objet de commerce, on la transforme en poudre. Son prix, moins élevé que celui du diamant, est encore très-considérable; il vaut en moyenne 5 fr. le karat ou 23 fr. 55 le gramme.
Le diamant compacte se trouve en espèces de rognons irréguliers à angles grossièrement arrondis, avec des parties anguleuses; ils diffèrent essentiellement par cette disposition de la forme des galets. Quelques échantillons sont k angles vifs, mais alors ils appartiennent à des fragments, ce que l'on constate facilement par l'éclat et la couleur des différentes parties de la surface de l'échantillon; effectivement l'extérieur des rognons de diamant compacte est ordinairement noir, souvent graphiteux; son éclat, un peu résineux, est analogue à celui de la croûte des aérolithes. Dans la cassure, ces rognons sont d'un gris toujours assez foncé, quelquefois ils passent au noir; dans certains échantillons, le centre est cristallin. La collection du Muséum d'histoire naturelle possède un échantillon de cette nature, auquel j'ai fait allusion il y a quelques lignes. C'est un rognon cassé à peu près dans son mUieu et pesant 2<'',11 ; il est composé de deux pai^ties distinctes, hi
DIAMAMT. 07
zone extérieure est noire à cassure résineuse, le noyau central est cristallin, hyalin et lamelieux comme le diamant; ces deux parties, bien que différentes, offrent un passage insensible entre elles, et les lamelles du clivage se fondent dans la pâte ; ce rognon est recouvert de la croûte noire qui existe toujours sur la surface de cette variété de diamant.
Les diamants compactes présentent beaucoup de vacuoles très-petites; ils sont persillés à la manière des dolomies. Ces vacuoles sont quelquefois de trop petites dimensions pour être vues à l'œil , mais on les observe facilement avec une loupe d un faible grossissement. Elles sont plus prononcées sur la surface extérieure que sur la cassure.
Les diamants compactes coupent le verre, rayent le quartz et la topaze; leur pesanteur spécifique moyenne est de 3,27. J'ai trouvé, pour la pesanteur spécifique de Téchantillon dont le centre est cristallisé, 3,52 ; je rappellerai que la pesanteur spécifique des cristaux est de 3,55.
Cette variété de diamant brûle presque complètement dans l'oxygène pur. M. Rivot*, auquel nous devons l'analyse du diamant compacte, a obtenu les résultats suivants sur trois échantillons différents.
gr. Pei;>péelf. Carbone. Gendref. Somme.
N» 1, pesant 0,444 5.141 96,84 2,03 98,87
Ro 2, — 0^410 5,416 99,75 0,24 99,97
Les deux dernières analyses prouvent que les échantillons auxquelles elles se rapportent sont composés presque exclusivement de carbone. La quantité de cendres est effectivement très-faible, a Les cendres du n® i avaient, dit M. Rivot, conc serve la forme du diamant. Examinées au microscope, « elles ont paru composées d'argile ferrugineuse et de petits
* Analyse de diamants carboniques provenant du Brésil ^ par M. Rivot, ingéniear des mines, professeur à TÉcole impériale des mines (Comptes rendus de ràcadémie des scienees, t. XXVIII, p. 517, 1849 }.
98 DIAIIÀIIT.
« cnstam transparents , doot la forme n'a pu être déler* « minée. »
Le plus gros échantillon que j*ai vu appartenait àM. Bernerdinger. Il pesait 186"',253; il consistait en un fragment de 0"*,05 de côté sur 0,045 d'épaisseur. U était anguleux à angles arrondis ; sa surface était luisante et recouverte d'un enduit mince, à la manière des aérolithes, mais d'un brun de girofle. L'une des faces de cet échantillon présentait une cassure qui offrait le moyen d'apprécier l'épaisseur de l'espèce de croûte qui le recouvrait. Les petites vacuoles ou persillures étaient beaucoup plus nombreuses sur la croûte que dans la masse même de l'échantillon.
Le Muséum d'histoire naturelle possède un rognon de diamant compacte qui pèse 66*'% 76; il a été payé 860 fr. Son prix serait actuellement, en raison de sonpoids^ de 14 à 1,500 fr.
AnàïagÎM. — CristaUisé, le diamant ne peut se confondre qu'avec le spinelle blanc, qui se trouve également en octaèdre régulier. Ce dernier minéral, beaucoup moins dur, est profondément rayé par le diamant.
Lorsque le diamant est taillé , son éclat suffit pour le faire reconnaître aux yeux même les moins exercés. Cependant on a essayé, à plusieurs reprises, d'émettre dans le commerce, sous le nom de diamant, des topazes, des éméraudes et des saphirs incolores. La dureté est toujours le caractère saillant, mais l'essai qu'elle nécessite altérant la surface des pierres , on se sert avec avantage des caractères suivants.
La topaze, fortement électrique, conserve son électricité encore plusieurs heures après qu'on Ta développée par le frottement, tandis que dans le diamant cette vertu s'éteint en moins d'un quart d'heure.
L'émeraude et le saphir se distinguent facilement du diamant par la pesanteur spécifique ; lemeraude pèse 2,7, le saphir 3,970 à 40, tandis que le poids spécifique du diamant est 5,55.
L'angle sous lequel la lumière est polarisée par chacun de
ces mioAraux est différent; sou élude fournit un moyen pour les distinguer les uns des autres.
oiMOMiit. — Les diamants se trouvent disséminés dans des sables qui constituent des allnvions anciennes. Les premiers diamants qui ont été répandus dans le commerce provenaient des royaumes de Tisapour et de Golconde. Aujourd'hui les diamants Tiennent presqu'eidusivement du Brésil, et ce n'est que de loin en loin qu'on en apporte des Indes. La découverte des gisements de diamants au Brésil remonte au commencement du dix-septième siècle. Les lavages sont répandus dans plusieurs provinoes du Brésil ; mais les exploitations les plus productives sont situées dans celle de MinashGeraès. Comme aux Indes, les diamants y soi^t disséminés dans des sables mélangés de cailloux roulés. Souvent ces galets sont agglutinés par un ciment ferrugineux, ils constituent alors un poudingue grossier, que Ton désigne sous le nom de coiealho. Quelquefois ce poudingue contient des cristaux de diamant , ce qui l'a fait décrire comme étant la gangue du diamant ; mais ce mi* oéral s'y trouve dans les mêmes conditions que les galets quartaeux ; il y est à Tétat de cailloux roulés; seulement sa dureté est telle, que son frottement avec les autres pierres n'a pu en altérer les formes et qu'il a conservé lesfkcettes qui le distinguent. Ce gisement est, pour ainsi dire, secondaire, et Ton ne peut regarder le cascalho comme la roche de diamant. Depuis quelques annéest on a véritablement trouvé, au Brésil, le diamant dans sa gangue ; il paraîtrait qu'on l'y exploite sur la rive gauche du Carrego des Rois, sur la gerra du Grammagoa, ï quarante-trois lieues portugaises de la ville de Tijuco ou Dûïmantina. D'après des échantillons apportés à Paris par M. Lomonosoff, et qu'il a présentés à l'Académie des sciences dans les premiers jours de Tannée i845, le diamant serait f diaiéminé dans cette localité dans une roche composée de r grains de quartz hyalin, peu adhérents entre eux, connue dans le pays sous le nom d'UacùbimUe. Cette roche, presque friable entre les doigts, est réduite en sable au moyen de mar-
iOO DUMANT.
teaux ; on fait subir à ces sables artificiels des lavages ana^ logues à ceux auxquels on soumet les sables d'alluvion exploi-^ tés dans la province de Minas^eraès. Ce genre d'exploitation est fort restreint et ne se pratique que lorsque la roche a peu d'adhérence.
Plusieurs géologues considèrent l'itacolumite comme ime roche de transition, pouvant être comparée aux quartzites des Alpes, qui sont de véritables grès. Il serait donc possible que cette roche ne fût pas encore la gangue première du diamant. En effet, les mêmes alluvions qui contiennent les diamants donnent aussi, par le lavage, des cristaux de topaze, de zircon, de rubis et même des paillettes d'or, minéraux arrachés tous aux montagnes anciennes qui dominent les vallées où les lavages sont établis ; il est dès lors possible que le diamant appartienne également aux terrains cristallins, et que l'itacolumite ne soit encore qu'un gtte secondaire du diamant, mais d'une époque fort ancienne. Les détails que nous avons donnés sur l'étoile du Sud tendent à confirmer cette manière de voir.
Les alluvions diamantifères du Brésil occupent une vaste étendue; elles sont placées sur le revers est de la serra d'E&pinhaco et de la serra de las Palmas, qui courent du sud 20® ouest au nord 20® est; l'élévation de ces chaînes a déterminé la direction de la côte depuis Espiritu*Santo au sud, sous le 20« degré de latitude jusqu'à Rio-San-Francisco , vers le H* degré. La belle vallée de San-Francisco, qui commence dans la province de Minas-Geraès et qui se jette dans l'Atlantique à Rio-San-Francisco , est également la conséquence de cette chaîne ; mais elle est située sur le revers ouest, tandis que les lavages de diamant sont répartis entre cette chaîne et la mer : ils existent principalement dans la partie haute des vallées latérales qui descendent de la serra d'Espinhaco. D'après les renseignements que m'a donnés M. le docteur J.-E. Cllffe, propriétaire d'une mine de diamant, que j'ai eu l'occasion de rencontrer à Londres , lors de l'exposition de i 851, les lavages commenceraient au village de Itambé,
DIAMANT. iOi
dans ia province de Minas^raès, sous le 19« degré de latitude. De ce point, ils descendent vers le nord, en se dirigeant sur Cincora. Il en existe d'assez nombreux le long de la vallée de Peruaguacu-River, dans la province de Bahia. La contrée où les lavages sont les plus riches est comprise entre les branches nord des parties hautes des rivières Doce, Ârassuahy et de Jequetinhonha. C'est dans ces derniers lavageSy dépendant de Minas-Geraès, que le diamant si remarquable, désigné sous le nom d'étoile du Sud, a été trouvé.
Les roches qui forment les contreforts de ces vallées sont principalement de Titacolumite associée avec du mica schiste, et traversé accidentellement par des filons de quartz. Rarement on trouve dans les alluvions des roches anciennes; cependant» on connaît du granité dans la serra d'Espinhaco, et principalement sur le revers ouest qui regarde le San- Francisco. De même que pour l'or, les diamants et les autres pierres fines qui les accompagnent occupent la partie inférieure des alluvions; souvent aussi on les rencontre dans les petits ruisseaux qui courent dans tous les sens, ainsi que dans les amas d'eau qui remplissent les cavités naturelles que présentent les roches. Les localités que Texpérience a constaté être les plus riches sont Gurranlinho, Datas, Mendanho, Cavallo-Morte, Caxoeira do Inferno; sur ces points, le terrain d'alluvion offre ime épaisseur de 8 à 20 pieds; il est composé presque entièrement de sable siliceux, en général fortement coloré par de l'argile chargée d'hydrate de fer. Cet oxyde s'est concentré dans la partie inférieure de l'alluvion, il cimente des galets de quartz hyalin, de quartz laiteux et d'itacolumite qui, par leur réunion, forment des poudingues grossiers, et notanmient le eascalho, que l'on considère sur les lavages comme l'annonce du diamant.
Depuis une quinzaine d'années, on a trouvé également des sables diamantifères en Sibérie, sur la pente occidentale des monts Durais, près de Keskanar, à 250 verstes à l'ouest de la ville de Pem.
iOS DIÀMAKT.
Prix da dlaauuBt. — Les diama&ts se trouvant avec Uèspeu (1 abondance, et leurs cristaux sont fort petits : il en résulte que cette pierre , si précieuse par fion éclat et par sa dureté, qui la rend inaltérable, est toujours dun prix fort élevé. M. Beudant ^ annonce que les diamants bruts, de bonne forme pour la taille , valent, « lorsqu'on les achète en lots, 48 fr. a le karat^; mais lorsqu'ils sont au-dessus d*un karat, on a les estime par le carré de leur poids multiplié par 48, dV a près cette règle un diamant brut de deux karats vaudrait « 4x48, oul92fr.
« Le diamant taillé est d un prix beaucoup plus élevé, parce « que, d'une part, il a coûté du temps , et que de l'autre, tt on y aperçoit des défauts qu'on n'avait pas vus dans la pierre a brute , qui en font rejeter un grand nombre. Les très-pe- « tits diamants taillés en rose, employés pour les entourages a de peu de valeur, et dont il se trouve jusqu'à 40 au karat, <K valent de 60 à 80 fr. le karat ; plus gros, ils valent 125 Ih »
Le prix du diamant a beaucoup augmenté depuis quelques années, quoique son exploitation ait pris quelque exten* sion an Brésil ; mais ces pierres sont devenues une partie Ci»sentielle de toute toilette élégante. Ii3s diamants d^un karat, ou 4 graine , sont surtout très-necherchés«
D'après les renseignementa que m'a donnés M. Âchard, joaillier, qui s'occupe spécialement du commerce des pierre fines, on peut établir en moyenne les prix suivants pour les différentes qualités de diamant.
OitaaBl pwr vttrfer, doal le poids noyen «st d'un gmm. . 50 fr. le Uni.
— pour réduire eu poudre 12
Les diamantfi qui savent à cet usage sont désignés sous le nom de diamants de nature; ils sont arrondis , presque toujours maclés, et sont considérés comme étant plus durs que ceux destinés à la taille*
• Traité éUmefUaire de minéralogie^ par F.-^. Beudant, p. 259. ' Le karat ra 4 grains = 0,20650 {Annuaire du Bureau des longitudei, 1855, p.97).
t « |«a4ra povr polir 8fr. lekant.
-» compacte dit carbonate oa carbouUe^ de 4 à 6
-^ carbonate en poadre 6
Cette poudre est moins chère que celle du diamant cristallisé.
Diamant de 4 grains ou 1 karat 250 fr.
— de 8 grains en % karats 800
— del2 grains ou 3 karats l^SOO
— de 52 grains ou 8 karats 10,000
Lorsque les diamants ont des couleurs vives bien décidées, ce qui est en général très-rare , ils prennent, ainsi que je Tai déjà indiqué, une valeur plus élevée que lorsqu'ils sont lim* pides , toutefois ils sont moins recfayerchés. Un diamant de 8 grains, d un beau vert, a été vendu, à la vente de M, Drée, 1,000 fr., et un diamant de 11 grains Ta été 2,000 fr. Les couleurs jaune et hyacinthe sont beaucoup moins estimées. Dn diamant jaune de chrysolithe, de 10 grains, n'a été, à la même vente, qu'à 600 fr», et un couleur hyacinthe, de 15 grains, à 1,560 fr., par conséquent au-dessous de la valeur des diamants limpides du même poids.
Les diamants de 5 à 6 karats sont déjà de fort belles pierres ; ceux de 12 à 20 karats sont rares, et à plus forte raison ceux d'un poids plus élevé : on n'en connaît que quelques-uns qui dépassent 100 karats, on les désigne sous le nom de princiers.
Uamante prlnctan. — Le diamant du Raja de Matan, à Bornéo, est le plus gros que l'on connaisse; il est évalué à pbs de 300 karats ( 61 '',50 ).
Celui de Vempereur du Mogol, dont l'histoire a été donnée par Tavemier , dans l'ouvrage qu'il a publié sur ses voyages dans rinde, pesait, d'après cet auteur 279''- 9/16(57»'-,195); il l'avait évalué à 11,723,000 fr. Tavemier compare ce diamant à un œuf coupé par le milieu; il était taillé en rose, autrement dit ses facettes formaient une pyramide aiguë. Il est d'une très-belle eau. Tavernier annonce qu'il n'y a vu d autre défaut qu'une petite glace que Ton observait à sa base.
L'Or/otr, très-beau diamant appartenant à l'empereur de s, pèse laS karats (30^,975), il est de la grosseur
d'un œuf de pigeon, et de mauvaise forme; il a été acheté 2,160,000 fr. et 96,000 fr. de pension viagère.
Le diamant du grand -duc de Toscane pèse 139 karats (28''-,495); il a une teinte jaunâtre, est taillé en rose; on lui a conservé à peu près sa forme naturelle, qui est peu agréable; il est estimé 2,600,000 fr.
Le diamant appartenant à la couronne de France, qu'on nomme le Hèlent, pèse 136 karats; son poids était de 410 karats avant d'être taillé. On assure que sa taille a coûté deux années de travail. Il est remarquable par sa belle forme, ses belles proportions et sa parfaite limpidité ; il est regardé comme le plus beau diamant de TEurope. Il fut acheté 2,250,000 fr. par le duc d'Orléans, alors régent; il est estimé plus du double.
Le Koh-i-noor ou montagne de lumière, diamant qui appartient à la reine d'Angleterre, est fort célèbre par les faits historiques qui se rattachent à son acquisition, comme par ses dimensions ; il a figuré à l'exposition de Londres en 1851, où il a vivement attiré l'attention publique.
Ce diamant pesait, alors 186 karats; il avait une forme allongée, qui faisait supposer qu'avant d'être taillé il appartenait à un cristal en dodécaèdre aplati. Son poli était peu vif, et à l'exception de quelques parties qui, lorsqu'elles étaient éclairées par le soleil, jetaient un éclat considérable, son aspect était celui d'un morceau de quartz taillé. Sa mauvaise forme et le peu de vivacité de son poli ont engagé la reine d'Angleterre à le faire tailler de nouveau ; cette importante opération a été exécutée par M. Gaward, qui a donné à ce diamant célèbre à peu près la forme du Régent. Son poids a été réduit d'un tiers environ ; on l'évalue à 123 karats.
Le Koh-i-noor a appartenu en dernier lieu à Runjet-Sing, roi de Lahore. Après la mort de ce souverain, ses états ayant été réunis aux possessions de la Compagnie des Indes, elle est devenue propriétaire de ce beau diamant, qu'elle s'est empressée d'offrir à Sa Majesté la reine d'Angleterre.
Le Koh-i-noor avait primitivement appartenu à l'empereur
du Hogol, il ayait passé depuis aux souverains du Caboul ; Runjet-Sing en était devenu propriétaire en 1813, après une guerre heureuse contre le schah Shuja.
M. le professeur Tennant, dans une leçon* qu'il a faite à la Société des arts de Londres, en mai 1852, a donné des détails intéressants sur l'histoire du Koh-i-noor; il émet l'opinion qu'il n'est qu'un fragment du diamant de l'empereur du Mogol, qui pesait, ainsi que nous l'avons annoncé d'après Tavemier, 279 kar^ts.
L'étoile du Sud^ diamant dont nous avons donné précédemment une description circonstanciée, pèsera, suivant toute probabilité, après la taille, 122 à 125 karats.
Le Sancy^ moins gros que les différents diamants que nous venons d'indiquer, était cependant considéré, par la beauté de son éclat, comme un des diamants les plus remarquables ; il pesaitSÔ*- l/2oull"-,581; il étaitdefigureoblongue, formant une double rose ; ce fut M. Harlay, baron de Sancy, ambassadeur de France à Gonstantinople, qui l'apporta au roi et lui donna son nom. Il n'a coûté que 600,000 livres. On l'estimait à plus du double de cette valeur; il a été perdu en 1793, avec la plupart des diamants dépendant du domaine de la couronne de France.
Tous ces beaux diamants viennent de l'Inde. Avant la découverte de l'étoile du Sud, le plus gros diamant trouvé au Brésil était celui que possède la reine de Portugal, lequel, suivant les plus fortes estimations, pèse 120 karats (24*'',60) : M. Maw n'en porte le poids qu'à 95 karats (19«'',57) ; il n'a pas été taillé, et il se présente sous la forme d'un octaèdre, arrondi par des facettes.
TaiDe du diamant Les anciens ne paraissent pas avoir
soupçonné la taille du diamant : ils employaient cette belle pierre avec ses facettes naturelles. C'est un artiste de Bruges, nommé Louis de Berquen, qui^ vers le milieu du quinzième
1 lÊCtmê on Gmns and precioi» sUmes, by professor James Tennant, mai 1852.
106 MAMÀNT.
siècle, eut l'idée de le tailler, en usant d'abord deux diamants Fun contre lautre ; mais cette opération ne produisait que des faces matés, dépolies, analogues aux faces des diamants bruis. Pour lui donner le poli, Berquen eut Tidée de se servir d'une plaque ronde d'acier ou de fonte, qu'il faisait tourner rapidement comme une meule posée à plat, et de saupoudrer la siu*face de cette meule de poussière de diamant mouillée d'huile. Il faisait ensuite appuyer le diamant à polir sur cette meule qui, par sa vitesse, l'égrenait d'abord, puis lui donnait le poli. Le procédé de Berquen fournit ainsi le moyen de donner au diamant toutes les facettes désirées. Des essais successiis indiquèrent la forme la plus avantageuse à choisir. On s'est con* stamment arrêté à deux dispositions principales, qu'on appela Mie en brilUmt et taille en ro^e. On suppose assez généralement que les brillants difierent des roses par leur nature. Ces pierres sont l'une et Tautre de véritables diamants, la seule différence consiste dans leur épaisseur ; on ne saurait, en effet, donner la forme en brillant qu'à des diamants présentant une double pointe, et qui, par cette disposition même, possèdent une grande épaisseur.
La Uùlle en brillant consiste à abattre un peu plus de la moitié de la pointe octaédrique du diamant, et de la rempla<cer par une large face carrée. Celle-ci, que l'on désigne sous le nom de UiW^, forme la face supérieure du brillant ; quant à la pointe inférieure, on la diminue d'un quart de la hauleur de la pyramide, de manière à rendre celle-ci obtuse; on remplace en outre cette pointe par une multitude de facettes. Les côtés de la table sont également taillés en facettes; par cette disposition, la lumière entrant par la table va frapper le fond, fmne par les petites facettes, revient en avant, puis, traversant les faces de côté, éprouve des réfractions et des réflexions successives; la lumière blanche se décompose dans les sept couleurs de l'arc^n-ciel; celles-ci, venant à l'œil, lui montrent le rayon rejaillissant, teint des plus vives couleurs, et produisent ce qu'on appelle les feux du diamant.
AGfl» GABBONIQUE. ' 407
La taiik m r&9e oonsiste à laisser au diamaat une large fiice plane en dessous, et à recouvrir le dessus de plusieurs facettes, pour obtenir par le reflet sur la face d*ea dessous des feux semblables à ceux du brillant. On emploie cette taille pour des pitres de forme plate, qui aurait été trop diminuées de poids en les rament à la forme ^Urbrillant. Souvent la face de dessous correspond à un clivage. Il en résuite que les brillants et les roses sont ordinairement des diamants placés dans des positions différentes. Les premiers sont taillés perpendiculairement à Taxe , les roses suivant le sens des clivages.
La taille fait perdre au diamant souvent plus de la moitié de son poids ; mais de même que le marbre sous la main du sculpteur aicquiert une grande val^r, la taille transforme complètement les diamants. A Fétat brut, ils sont ternes et raboteux, et sous ce rapport bien inférieurs au quartz, dont les bces naturelles sont aussi réfléchissantes que les miroirs les plus pdis. Taillés, ils étincellent des mille feux éblouissants, et brillent des couleurs de i*are-en-<îiel.
AOXBB OAKBOHX^Ull.
Ce gaz, U*ès-abondatot dans la nature, se trouve tantôt à Tétât gazeux, tantôt dissous dans leau.
A 1 etatgazeux, il est incolore et inodore; sa pesanteur spécifique, 1,524, est supérieure à celle de tous lœ gaz connus, et dans les lieux oii il se dégage, il se tient à la surface du soi ; rarement il s élève à la hauteur de 2 pieds ; impropre à la combustion, il éteint tous les corps enflammés qu'on y plonge; également impropre à la respiration, les animaux sont asphyxiés presque subitement quand ils se trouvent dans une couche de cet acide.
En dissolution dans l'eau, il communique à ce liquide une saveur aigrelette qui le distingue. Si celte saveur était voilée par des mélanges de sels, comme dans certaines eaux thermales, on reconnaîtrait sa présence pu* la propriété qu'il a de précipilier TesM de ehanx.
i08 ACIDE CARBONIQUE.
L'acide carbooique se dégage avec abondance des terrains volcaniques, soit récents, soit anciens. A chaque éruption de l'Etna ou du Vésuve , les dégagements de ce gaz sont trèsabondants; ils se font par des fissures qui s'ouvrent quelquefois même au milieu de la campagne. Les pays volcanisés de la France centrale offrent aussi beaucoup de points où il existe des jets de gaz analogues. On en connaît dans certaines mines métalliques, ainsi que dans des grottes calcaires. Il se dégage également de l'acide carbonique en quantité assez considérable de la houille. L'origine de ce gaz est, dans ce cas, fort différente ; il est, de même que rhydrogène carboné, le produit immédiat de la houille ; tandis que Tacide carbonique qui accompagne les éruptions volcaniques, celui qui existe dans les sources thermales, ou s'échappe du sein de la terre, est lié avec les phénomènes naturels.
Quand Tacide carbonique se dégage dans des galeries de mines, ou dans des grottes, il s'accumule bientôt et forme une couche qui oblige, pour pénétrer dans ces lieux, de pren* dre certaines précautions.
Parmi les grottes les plus connues comme renfermant de l'acide carbonique, on doit citer la grotte du Chien^ sur les bords du lac Agnano, près de Naples, célèbre parmi les voyageurs ; elle a reçu ce nom parce que les animaux de petite taille, et notamment les chiens qu'on y plonge y sont immédiatement asphyxiés ; cette circonstance tient à ce que l'acide carbonique, étant beaucoup plus lourd que l'air^ s'accumule à la partie basse de ces grottes. Plusieurs cavernes des environs de Bolzena, la grotte de Thyphon, dans l'Asie Mineure, celle d'Aubenas , dans le département de l'Ardèche , et la cave du Mont-Joli, près de Clermont-Ferrand, produisent le môme phénomène.
Les eaux minérales chargées d'acide carbonique sont trèsnombreuses. Quelques-unes sont chaudes, comme les eaux de Vichy, du mont Dore, de Châtel-Guyon, de Pozello, près Pise. Mais la plupart des eaux acidulées sont froides ; telles
ACIDE BORIQUE. i09
sont celles de Chàteldon, de Seitz, de Spa, de Pirmont, de Fougues, de Saint-Parize, etc. Elles doivent probablement leur origine à des masses d'eau froide, à travers lesquelles se dégage de l'acide carbonique, qui s'y dissout par la presaon qu'il éprouve.
La liaison intime qui existe entre les volcans et les dégagements de gaz acide carbonique donne lieu de croire que ce phénomène est, dans la plupart des cas, le résultat d'actions intérieures de la terre ; dans quelques circonstances, l'acide carbonique est le produit de la décomposition des substances organiques disséminées dans les difiTérents terrains secondaires ; mais les dégagements d'acide carbonique dus à ces décompositions sont rares. La profusion énorme de carbone qui entre dans la composition du calcaire me conduit à penser que le carbone appartient essentiellement au globe, comme tous les corps simples, et que les corps organiques l'empruntent au règne minéral par l'intermédiaire de l'atmospbère. Dans cette supposition, les dégagements d'acide carbonique doivent, dans beaucoup de circonstances, être des produits inunédiats de la nature inorganique.