‹ Traité de minéralogieChapitre 43 sur 118 · GENRE BORE · texte numérisé non relu

GENRE BORE

'Acide boracique ; SassoUne de M. Beudtnt.

Cet acide est presque toujours en solution dans les eaux, notamment dans celles de certains lacs de l'Asie ; il existe en dissolution dans les fumerolles qui se dégagent des soufflards volcaniques qui existent en Toscane. M. Lucas a découvert, en outre, de l'acide borique solide dans l'intérieur du cratère de Vulcano ; il en a rapporté de fort beaux échantillons, que Ton voit dans les principales collections de Paris. Il est en masses lamellaires blanchâtres^ nacrées, en paillettes informes, et qui ont quelque analogie avec le minéral désigné sous le nom de talc pailleté.

HO AODiÊ BORigCnB.

L'acide borique est très-friable ; ses paillettes s*éera<eQt entre les doigts. Très-léger, sa pesanteur spécifique est 1,48 ; soluble dans l'eau, il Test également dans Talcool ; il communique à ce liquide la propriété de brûler avec une belle flamme verte ; se liquéfie, à une chaleur très-faible, dans son eau de cristallisation ; il donne beaucoup d'eau par la calcination, puis il se fond en un verre incolore et transparent.

Cet acide, lorsqu'il est calciné, est composé de 35^83 de bore, et 74,17 d'oxygène ; à l'état cristallin, il contient 56,37 (l'acide boracique et 43,63 d'eau ; nombres qui correspondent à un atome d'acide borique et un atome d'eau; composition représentée par le signe BoAq.

GiMmont. -— Nous avons indiqué que l'acide borique est en dissolution dans les eaux : il ne s'y trouve pas à l'état natif comme le sel dans Peau de la mer; il y est apporté à l'état de vapeur, par l'intermédiaire de funurolles qui sortent du ^in de la terre sous une grande pression, et qui s'élèvent dans l'atmosphère sous la forme de colonnes blanchâtres, asses analogues aux jets de vapeur qui s'échappent des soupapes de sûreté des chaudières à vapeur. Ces ftimerolles, en se con* densant, donnent naissance à des flaques d'eau peu étendues, qui constituent les lagtmi. Les vapeurs sortent en bouillonnant à travers ces petits lacs artificiels, dont les eaux se chargent d'acide borique. C'est principalement à Monte-Cerboli, Castel-Nuovo, Monte-Rotondo, qu'on rencontre leslagoni ; ces évents volcaniques sont placés à peu pi'ès suivant une ligne droite, de sorte que le\a éruption parait avoir lieu le long des parois d'une faille ou fracture préexistante, qui aurait 30 ou 40 kilomètres de longueur.

On doit faire une remarque intéressante, c'est que l'intermédiaire d'une masse d'eau recouvrant les fumerolles est nécessaire pour obtenir l'acide borique. Quand la vapeur d'eau sort à travers un terrain sec, cette vapeur, en se condensant, donne naissance à des filets d'eau parfaitement pure, qui ne contient pas la plus légère trace d'acide borique. De plus,

AGfDB Bongra. m

tes terre» qvi avoisioent les fumerolles hinratrelles même humides, ne contieniieiit pas la moindre proportion de cet adde. Enfin , si Too prend des terres dans Torifice d'un de ces souBIards volcaniques d'où s'échappent des vapeurs et des gaz , elles seront également privées d'acide borique. Nais si on pratique un lac artificiel au-dessus de ces soufflants, de manière que les vapeurs et les gas qui s'en échappent soient obligés de traverser une certaine masse d*eau, bientôt celle-ci se charge d'acide borique. Il semble résulter de ces faits que l'acide borique» amené des profondeurs de la terre par la vapeur d'eau à une haute température, se dépose le long des canaux souterrains qu'elle traverse; que la masse d'eau recouvrante s'introduit dans ces canaux, et que par le mouvement continu d'oscillation qui lui est imprimé, elle lave ces canaux et elle est ramenée à la surface chargée d'une partie de cet acide. Peut-être aussi que la condensation même de l'acide borique ne peut pas avoir lieu quand les canaux qui amènent les vapeurs sont en partie remplis par les eaux des lacs au milieu desquels les jets de Tapeurs et de gaz se dégagent.

Ce qui conduirait à admettre cette dernière oi^nion, c'est que lorsque la pression des eaux superficielles est trop grande, les jets de vapeur sont refoulés à l'intérieur; après une lutte de peu de jours, souvent même de quelques heures, les vapeurs abandonnent le lagoni et se créent une autre issue. Quelquefois, sans déserter complètement le bassin, elles se déplacent seulement, et, quittant le centre, où la pression est la plus grande , elles se portent sur un des points de la circoniiêrence des lagoni.

Au reste, la vapeur est d'une nature inconstante, et bien que presque toujours son déplacement doive être attribué à (ue surcharge d'eau, il arrive souvent aussi que cette cause y semble étrangère. Ces déplacements vagabonds de la vapeur apportent quelque difficulté dans l'industrie de la fabrication de l'acide borique ; il faut, pour ainsi dire, prévoir les pointa

iii AQDE BORIQUE.

OÙ elle se dégagera^ et là, y préparer un nouveau lagone ; ils rendent aussi ces localités dangereuses à fréquenter sans le secours d'un guide sûr. Lorsqu'en effet la vapeur abandonne son cratère, on ignore la direction qu'elle prendra, elle se fraye une route souterraine inconnue; elle choisit Tendroit d où elle fera irruption plus tard ; si elle trouve de l'humidité dans le sol, si elle en produit elle-même, elle forme un petit lagone souterrain, dont aucun indice n'annonce la présence, et qui est cependant très-voisin de la surface du sol. Le pied d'un cheval, d'un homme, occasionne un éboulement, et on plonge dans une eau bourbeuse, dont la température atteint souvent 125 ou 130 degrés. Les brûlures qui résultent de ces accidents sont fréquentes ; elles condamnent les victimes à plusieurs jours d'inaction.

L'eau du lagone, en contact avec la vapeur, s'échauffe graduellement jusqu'à une température assez élevée; elle se charge d'une certaine quantité d'acide borique qui ne parait pas devoir jamais s'élever au-dessus de 2 pour 100 ; du moins, M. le comte de Larderel*, auquel la Toscane est redevable de la belle et florissante industrie de l'acide borique, annonce ce fait d'une manière positive dans la Notice qu'il a publiée sur la fabrication de cet acide. L'eau des lagoni est un temps plus . ou moins long à atteindre ce maximum ; mais dans la pratique, au bout de vingt-quatre heures, on la fait passer dans un vaste réservoir, où elle se clarifie.

Cette eau est ensuite évaporée dans des chaudières, pour en obtenir l'acide borique.

Dans l'origine, cette évaporation avait lieu au moyen du bois; la cherté de ce combustible rendant cette fabrication peu avantageuse, elle ne s'est développée que lorsque M. le comte de Larderel eut Tingénieuse idée d'appliquer la chaleur volcanique à Tévaporation même. Cette innovation, couron-

^ Notice sur la prûducUon de Vaàde borique en Toscane, fyar M. le comte d< Urderel, 1851.

AQDE BORIQUE. iiS

née du succès le plus complet, décida de ravenir. En effet, depuis que Tindustrie a mis à profit ce curieux phénomèDe de la nature, le commerce de Tacide borique a été déplacé : la Toscane en fournit maintenant à presque toute TEurope, et les différentes exploitations de l'Asie ont été successivement abandonnées. En 1827, époque oh l'on employait le bois, comme agent d'évaporation , la fabrication de Tacide borique atteignait à peine 500 quintaux métriques par an. Aujourd'hui elle dépasse 16,000 quintaux métriques, et verse annuellement en Toscane une somme de plus de 2 millions de francs; elle pourra être aisément portée au delà de ce chiffre, dès que les besoins de la consommation rendront Décessaire un plus grand développement de cette industrie.

Quand les fumerolles ne traversent pas des flaques d'eau, on leur donne le nom de soffioni. Ces fumerolles sèches sont maintenant rares. Elles ont été presque toutes transformées en lagoni, en y pratiquant des lacs d'eau artificiels. Une forte odeur d'hydrogène sulfuré accompagne toujours les dégagements de vapeurs des lagoni et des soffioni.

La température des vapeurs chai'gées d'acide borique peut, d'après M. Le Blanc, atteindre 140 degrés centigrades. Ces vapeurs blanchâtres sont tellement épaisses qu'on les aperçoit du haut des collines de Volterra, distantes de plus de 16 kilomètres des lagoni les plus rapprochés. Les vapeurs sont plus ou moins épaisses, suivant l'état hygrométrique de l'atmosphère ; en général, elles sont aussi denses que le plus épais brouillard. Lorsque le temps est serein, les nuages blanchâtres qu'elles forment sont moins épais et s'élèvent sous forme de colonne. Quand la pluie devient imminente, les vapeurs s'étendent horizontalement en nuages lourds et opaques, qui ne se dissipent que lentement.

Les mêmes vapeurs déposent un peu de soufre, et l'on observe des veinules de gypse dans le terrain qu'elles traversent. D'après l'étude géologique que M. Burat a faite de la Toscane,

m QUARTZ.

c'est au milieu des formations crétacées et tertiaires que sortent les fumerolles chargées d'acide borique.

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