‹ Traité de minéralogieChapitre 56 sur 118 · ARSENIC SULFURÉ ROUGE · texte numérisé non relu

ARSENIC SULFURÉ ROUGE

veloppe au chalumeau le distingue de toutes les autres substances que Ton a citées, à l'exception du cuivre gris et du cobalt arsenical. Soumises à l'action du chalumeau, celles-ci ne se volatilisent qu'en partie , et donnent une masse métalloïde scoriacée qui forme au moins la moitié du poids de la matière d'essai; l'arsenic natif se volatilise en totalité, ou du moins en très-grande partie; dans ce dernier cas, il reste ordinairement un très-petit bouton d'argent métallique.

Oltemont. — L'arsenic natif ne forme presque jamais de filons particuliers; il accompagne ordinairement l'argent sulfuré, l'argent rouge, le cobalt gris et le nickel arsenical; assez fréquent, il est peu abondant, et ne constitue pas de mines proprement dites. La presque totalité de Tarsenic employé dans le commerce provient du traitement de plusieurs minerais métalliques y comme le cuivre gris, l'étain oxydé et quelquefois le plomb sulfuré , qui sont associés , dans cer* taines mines , avec du fer arsenical.

ABSBMxo wavnmA aouoa.

Réalgar ; soufre rouge des volcans; sandaraca (Pline).

Ce sulfure d'arsenic est , dans les cristaux bien conservés , d'un beau rouge cochenille; il est rouge orangé, quand il a été. altéré soit par la chaleur, soit par le frottement; — sa poussière est jaune orangé ; — presque toujours cristallisé , il est quelquefois en masses amorphes grenues; — très-tendre j il s'écrase entre les doigts. Sa dureté est représentée par 1 ,5. — Sa pesanteur spécifique est de 3,5 à 3,6 ; seul sur le charbon il brûle avec une flamme d'uq jaune pâle, et une odeur alliacée.

Gompositloii. — Une analyse de M. Laugier, qui se rapporte presque exactement avec la composition atomique représentée par AsSu, adonné :

ou RÉALGAR. i»9

Rapports tloniqnef.

Anenic G9,57 0,151 1.

Soufre 30,45 0,148 1.

GrtetalUsatlon. — La forme primitive est un prisme rhomboîdal oblique, fig. 39, p/. 7, dont les angles et les dimensions sont , d'après M. Descloizeaux ^ :

P 8ar M = 104» 12'; H sar M ==74» 26'. B : H : : 167 : 47.

Les cristaux d*arsenic sulfuré rouge sont , en général , surchargés de facettes; la facilité avec laquelle ils s'altèrent par la chaleur, la lumière et le frottement, a fait planer pendant longtemps de Tincertitude sur la valeur de leurs angles; M. Lé vy a eu à sa disposition des cristaux très-nets, provenant de Kapnick en Transylvanie , qui lui ont permis de mesurer un grand nombre d'angles ; nous les transcrirons ci-après.

Ces cristaux 9 généralement petits , sont assez allongés; les fig. 40, 41 et 42, pi. 7, représentent trois variétés qui font connaître toute la cristallisation de ce minéral.

La première porte deux modifications dont le signe 0^ indique qu'elles sont placées sur l'angle 0, et parallèlement aux diagonales opposées des faces verticales ; la seconde offre ces modifications réunies à des facettes c*, ^V*, eV», placées sur les angles E opposés à la petite diagonale. Ces angles solides sont donc égaux , et, par suite, le prisme est rhomboïdal.

La troisième figure donnée par M. Descloizeaux, et dont la mesure des angles est due à M. de Marignac, est extrêmement complexe ; elle présente plusieurs modifications sur l'angle A , et deux modifications inermédiaires , t et i% dont les lois de décroissement sont : i :^ (fe* rf*/* g*); i = ( 6V» 6V* A* ).

M. Lévy annonce que le réatgar possède quatre clivages , deux suivant les faces verticales de la forme primitive , et deui parallèlement aux plans diagonaux K^ et g^. Je n'ai ja-^

* Notes ntr Ut formts cristaUm$s dti réaigar. ( Afmakt â$ cfUmk H dt physi" fw, tfoiiiène série, t. X. )

490 ARSENIC SUt^URÉ ROUGE.

mais aperçu ces clivages; la cassure du réalgar m'a toujours paru grenue , quelquefois cependant un peu cooeholdale.

Angles principaux

P sur M

M sur M

P-ei^»

= i50o S'iy.

Uh^

Pe«

ni56« i'65'.

Ue^

Wft

' Me'/»

Pel/3

Me»/»

Pa'"

Ma'f«

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Ma»'*

Maj

PA

= iOO* 47' 35'.

MA

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Po. ■

Moi

P sar i

ai'«8uri'

P sur i'

fc» — A»

i suri

M suri

r suri'

M sur i'

cUiMmont. ~ Les plus beaux cristaux d'arsenic Buiforé rouge proviennent de Kapnick et de Nagyag, en Transylvanie f de Neushol et de Felsobanya, en Hongrie ; ils sont dans las mêmes filons qui recèlent les minerais de tellure et d'or. Il existe également de larsenic sulfuré rouge dans les minas d'Ândréasberg, au Hartz ; dans la dolomie du Saint-Gothardt ainsi que dans les terrains volcaniques du Vésuve , de TEtna et de la Guadeloupe.

A une certaine époque , le commerce recevait de la Chine une quantité assez considérable d'arsenic sulfuré rouge ; il était en morceaux assez gros ; à cassure grenue, la plupart paraissaient être un produit artificiel.

Analoirias. -^ La couleur rouge cochenille du réalgar peut» dans certains cas, lui donner quelque ressemblaneo avec du mercure sulfuré et de V argent rouge. Sa faible pesanteur spécifique et son peu de dureté suffisent pour le distinguer. J'ajouterai que sa poussière est jaune orangé, tandii

ARSENIC SULFURÉ JAUNE. i9<

que la poussière des deux autres substances est d*uQ beau rouge cocheDille.

AaSEMXO 8UX.FimÉ «AUMB.

Orpiment, Orpin, Auripigment , Resigallum.

Cette seconde combinaison d arsenic et de soufre est d'un jaune citron très-vif et très-éclatant. Rarement en cristaux complets , il est ordinairement en masses cristallines lamelleuses, qui présentent des stries longitudinales, et donnent à l'orpiment un aspect à la fois lamelleux et fibreux ; les lames se séparent avec une grande facilité » mais pas d'une manière nette: on dirait des feuilles légèrement collées ensemble que Ton détache ; elles sont flexibles et se plient sans se casser. Le caractère tiré de la disposition des lames est particulier à lorpiment, et, joint à sa couleur, il fait reconnaître immé^ diatement ce minéral.

Sa dureté est 1,5; il est facilement rayé par Tongle. — Sa pesanteur spécifique, 3,48; -^ seul sur le charbon, il brûle avec une flamme d'un jaune pâle et upe odeur alliacée.

Rapp.

GOmpOtition. — Arsenic 61,86 0,13..,.. 2.

Soufre 38,14 0.19 3.

Cette analyse, due à M. Laugier, conduit à l'expression : AS-Su».

crlstalllMtUm. — L'orpiment est très-rarement cristallisé. Je n*ai vu de cristaux bien déterminés de ce minéral que dans la collection de H. le marquis de Drée , appartenant aujourd'hui à rÉcole impériale des Mines. Les faces verticales en sont assez nettes; toutefois, les stries verticales qu'elles pré« sentent m'ont empêché d'en prendre la mesure par réflexion. Quant à la base et aux modifications qui y existent, elles sont mates et raboteuses, La collection de M. Turner, à Lon* dres, renferme de petits cristaux très-nets, jig. 44, p2. 8, qui

\n ARSENIC SULFURÉ JAUNE.

proviennent de Tajowa, près Neushol , en Hongrie ; ils sont engagés dans une argile bleu&tre. L*examen de ces cristaux a conduit M. Lévy à adopter la forme primitive de l'orpiment, un prisme rhomboidal droit , fig. 43 , sous l'angle de 117^ 49 ^ dans lequel le rapport d'un des côtés de la base à la hauteur est à peu près celui des nombres 50 et 29. Dans tous les cristaux indiqués par M. Lévy, la base est remplacée par le biseau a^ ainsi que le représente la fig. 44.

Le clivage facile a lieu parallèlement à la modification 9^ et les stries longitudinales que nous y avons signalées sont les traces d'un second clivage suivant Tautre plan diagonal h^. Ces deux clivages sont donc perpendiculaires entre eux.

Gisement. — L'orpiment existe en Hongrie, dans les mêmes gisements que le réalgar, mais on ne le retrouve pas dans les terrains volcaniques. .On en connaît, en outre, dans plusieurs mines de la Saxe.

Cette substance, employée en peinture sous le nom d'orpin, est presque toujours artificielle. On fait passer le réalgar à l'état d'orpiment en le fondant avec un peu de soufre ; on peut de même, par une addition d'arsenic , transformer l'orpiment en réalgar.

Dlmorfina. — M. Scacchi a rencontré dans les produits de la solfatare de Pouzzoles , près de Naples, mélangés avec du réalgar, des grains cristallisés d'un jaune orangé , qu'il a reconnu pour appartenir à un sulfure d'arsenic particulier. L'étude cristallographique qu'il a faite de ces petits cristaux a montré que, bien que dérivant du même type, ils appartenaient à deux systèmes cristallins différents, ce qui le conduit à désigner ce sulfure d'arsenic sous le nom de dimorfine.

Lafig . 25, pi 228, représente une variété de ces cristaux, et la ^jf . 26 appartient à la seconde variété. Les observations qui vont suivre m'engagent à conserver les figures , même de M. Scacchi, avec leurs notations. On remarquera qu'elles appartiennent l'uùe et Tautre à un prisme rectangulaire droit, indiqué par les lettres A, B, C. Par leur disposition générale, ces deux

DIMORFINE. 195

cristaux paraissent une modification Tun de l'autre; on serait disposé à croire, et j'ai d'abord eu cette opinion, que le second dérivait du premier par la suppression de la base A et l'addition de facettes i. Dans cette hypothèse, il aurait été convenable de rapporter les deux variétés de cristaux à un prisme rhomboîdal droit , formé par les faces A et 0^ ; les faces o* deviendraient alors les faces M, et Tangle de celle&-ci donné par la mesure des faces o* sur o^ serait 121 ^^ 40'; mais les nombres obtenus pour les autres angles par M. Scacchi, et notamment pour les faces mm\ ne m'ont pas permis de faire cette transformation. Peut-être les faces mm' du cristal, f^g. 25, appartiennent-elles à une autre modification que les faces du même nom de la fig. 26; il serait nécessaire de posséder des cristaux de dimorfine, pour décrire complètement cette espèce. Le travail de M. Scacchi porte , du reste , tous les caractères d'une grande exactitude; les mesures ont été répétées plusieurs fois, et ce savant donne les incidences de beaucoup d'angles. J'en transcris les principales

Fig. 35

Fig. 26.

AsnrB

A sur B = 90*.

A sar G

B sur G

B sur G = 90».

BsurC»

B sur o« = 1510 7

o^sur <ï>

Msar m<

lilo.

M sur m*

dc8^ical.ll9»2'.

BsurM

AsarM

o«sv 0*

M. Scacchi a trouvé, pour les dimensions des formes primitives qui correspondent à ces angles, les relations suivantes :

Pour la fig. a s 6 : c : : 1 : 1,287 : 1,153. « Pour la fig. a : 6 : c : : 1 : 1,658 : 1,508.

D'après ces données, les faces m et o^ ont pour signes cristallographiques , dans les deux variétés de cristaux :

194 ACIDE ARSEN1EUX.

On remarquera que rorpiment cristallise aussi en prisme rhomboïdal droit, ftg.ii,pL 8; mais on ne peut faire concorder les faces de ces deux sulfures lune avec Tautre. C'est , toutefois, une idée assez naturelle que d'associer ces deux espèces, dont la plupart des caractères sont analogues.

La couleur de la dimortJne est le jaune orangé passant au rouge, analogue à celle du réalgar altéré. Sa pesanteur spécifique est 3,58 ; très-tendre, il s'écrase entre les doigts, donne les réactions propres aux sulfures d'arsenic. M. Scacchi * a trouvé, pour la composition de la dimorfine .

RapporU atomiques .

Arsenic 74»65 0,158 4.

Soufre 24,55 0,122 3.

Proportions qui conduisent à la formule As^Su' .

M. Adam possède un très-joli échantillon de dimorfine , il offre des cristaux nombreux et brillants recouvrant les différentes surfaces d'un trachyte blanc et poreux. Les faces rectangulaires sont surtout très-brillantes; la couleur en est d'un jaune orangé bien pur. L'aspect de cet échantillon donne tout lieu de croire que la dimorfine se forme par sublimation.

AOZBfi ARSBmBUZ.

Arsenic oxydé ; arsenic blanc ; arsénite Uaidinger.

Cette substance est presque toujours produite par la décomposition des minerais arsenifères; il en existe à Andreasberg au Ilartz, à Joachimsthal eu Bohème, à Kapnick en Hongrie, dans les anciennes mines de Biber dans le Hanau, ainsi que dans celles d'Allemont dans le Dauphiné; elle se présente ordinairement sous forme de poudre blanche, recouvrant les minéraux qui lui ont donné naissance. Quelquefois, l'acide arsenieux forme des concrétions botryoïdes; dans quelques échantillons, il est en aiguilles cristallines et soyeuses; cellesci sont tendres, friables et ne possèdent d'ailleurs aucun ca-

> Memorie geologiche suUa Campaniay par Â. Scacclii, 1842, p. 115.

ACIDE .\RSENIEUX, 195

raclère extérieur particulier qui puisse les faire reconnaître; l'acide arsenieux présente la plus grande analogie avec la pharmacolite ; lorsque Tacide arsenieux est isolé et terreux, il ressemble à de la craie ou à tout autre minéral blanc et terreux. Les aiguilles fibreuses isolées auraient de l'analogie avec de la chaux sulfatée et de la baryte sulfatée fibreuses. L'association de l'acide arsenieux avec des arseniures, est un caractère empirique qui guide pour sa détermination. Quand cette indication ne suffit pas, il faut recourir aux caractères chimiques; le plus saillant est l'odeur d ail que ce minéral développe lorsqu'on le chaufie sur le charbon. Volatil dans le tube , sans fusion préalable et sans résidu. — L'acide arsenieux est légèrement soluble dans l'eau. Pesanteur spécifique, 3,71 ; sa composition, représentée par le signe as> est :

Rapp.

Arsenic 75,81 0,16 2.

Qxygëne 24,19 0,24 3.

L'adde arsenienjc cristallise artificiellement avec facilité; on le trouve en cristaux sur les parois des fourneaux , où il se volatilise de l'arsenic : sa forme est l'octaèdre régulier, ordinairement blanc laiteux , quelquefois hyalin.

Araéniphyllite. — Breithaupt a donné ce nom à un minéral qui, d'après sa composition, devrait être rapporté à l'acide arsenieux. Toutefois, sa forme serait, d'après ce savant, un prisme rectangulaire droit. L'acide arsenieux offrirait alors deux formes comme l'oxyde d'antimoine, et devrait être classé au nombre des minéraux dimorphes.

Remarque sur les minéraux de la première classe. — Les genres iilanej aniimoiney tellure, mercure, molybdène, osmium et rhodium, ont été rangés dans la première classe, attendu qu'ils font partie des corps simples formant un des principes des minéraux composés. Toutefois, les caractères extérieurs des espèces qui en dépendent étant analogues à ceux des substances métallifères, j'ai pensé qu'il était utile de* décrire ces genres en même temps que les métaux.

196 AMMONIAQUE MURIATË.

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